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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 11:57

Suite de l'article : Berniques, morgouilles et compagnies..

 

Créac, le nom celtique de l'esturgeon.

 

En Vendée « créac »désigne l'esturgeon, ce mot est aussi connu autour de Bordeaux et en provençal. Selon le Französisches Etymologisches Wörterbuch c'est un terme celtique se rattachant au gallois «crag »qui désigne une croûte dure, que l'on retrouve aussi dans le breton kragell (roche). Il faut savoir que l'esturgeon a ceci departiculier que c'est un poisson sans écaille, à la place de celles-ci il est recouvert de plaques osseuses.

 

Cet exemple est assez amusant puisque nous avons un mot celtique pour l’esturgeon connu sur une étendue assez large; alors qu’au sein même de la famille des langues celtiques actuelles on trouve principalement des dérivés de la racine (germanique) « sturio » qui a donné le français esturgeon mais aussi le breton sturj, le gallois stwrsiwn ou encore le gaélique écossais stirean. Le mot créac n’est connu que dans le breton du sud (il est attesté à Groix) sous la forme krea ou kreia (formes qui pourraient bien être des emprunts au gallo au vu de l’absence de la consonne finale).

 

 

Cotriade :

 

Ici à l'inverse nous avons un exemple d'emprunt au breton récent avec le mot « cotriade » aujourd'hui bien connu pour la recette vannetaise et qui vient du breton kaoteriad (marmitée) mais qui est attesté dans le parler de la côte vendéenne et désigne la « part de poisson retenue sur la pêche pour la consommation du pêcheur ». Le lien avec la recette est clair, les familles de marins utilisant la "cotriade" pour cuisiner la"cotriade".

Le mot breton est formé à partir d'un emprunt au latin « caldarium »(chaudron) et du suffixe « -(i)ad » qui désigne un contenu. Plus au sud, en Charente on utilise le mot "chaodrée", cette fois sans influence du breton.

 

 

Mordache :

 

La mordache désigne en Loire-Atlantique et Vendée un type de requin : le requin squatina aussi souvent appelé « ange de mer ». Le FWE donne ce mot comme breton. Encore un composé de « mor » (mer) comme nous en avions vu plusieurs dans le premier article, et d'un mot bien connu « tach ».

Tach veut dire « clou » en breton. Ce mot est d'ailleurs encore bien vivant dans le gallo du 44 où il désigne les gros clous que l'on mettait sous les sabots (appelés « maillettes » dans le nord de la Haute-Bretagne). Tout cela est apparenté au gaulois tascos (cheville, pointe).

Sémantiquement cela semble se tenir, « pointe/clou de mer », pour un animal plein de dents (non ! Je ne ferai pas de blague avec le requin marteau!).

Oui menfin, il y a tout de même un souci, ce mot breton n'existe pas en breton... Je n'ai trouvé aucune trace du mot « mordach ». Les bretonnants disent sagement : ael-mor (« ange de mer »).

Alors à part pour embêter le bon peuple, pourquoi les pêcheurs vendéens et nantais utilisent-ils des mots « crypto-bretons » ?

Trois possibilités (de la pire à la meilleure selon moi) :

* Le FWE s'est trompé. Dans ce cas il faudrait trouver une autre étymologie mais laquelle ? Ce mot semble bien être un composé en « mor » comme nous en avons vu tant d'autres.

**Emprunt d'un mot breton ancien. Peut-être que ce mot a existé en breton et aurait disparu dans cette langue. Mais pas dans les zones alentours.

***Le mot breton « tach » vient en fait du gaulois et donc "mordach" aussi. Il ne me semble pas que ce mot soit connu dans les autres langues celtiques insulaires. Un mot gaulois, *mori-tascos, aurait (à mon avis) très bien pu donner « mordach » dans les langues d'Oïl sans passer par le breton.

 

 

Rigadell-enn

 

Alors là, pas simple, ce sera des supputations ! Ce mot est bien connu en Bretagne et en Vendée, sous plusieurs formes, rigadeau, rigadelle, ragideau et désigne ce qui s'appelle une « coque » ou « palourde » en français standard. Les dictionnaires étymologiques du français donnent à ces mots une origine bretonne : on dit effectivement « rigadell-enn » en breton. Mais les dictionnaires étymologiques bretons (Deshayes) notent ce mot comme un emprunt de l'hypothétique mot ancien-français *rigadel, non attesté et lui même dépourvu d’étymologie.... on est pas sorti de l'auberge. On peut toutefois décomposer ce mot, puisque le « -ell » final est un suffixe, la base du mot serait donc « rig » ou « rigad ».

En breton il existe un autre mot : regad (sillon) formé de reg (raie) avec le suffixe -ad, ces mots sont d'origines celtiques : rhych en gallois (sillon, raie, ride), riach en gaëlique d’Écosse , rech en irlandais (sillon), (d'ailleurs dans cette même langue « rigadeau » se dit « ruacan » ou « ruachan », serait-se la même étymologie ?).

Cette racine est aussi attestée en gaulois : rica (raie, sillon), c'est ce mot gaulois qui a donné le français raie, le gallo rae.

Bien, donc si nous avons un mot celtique ancien rica qui a fait des bébés à la fois en breton et en gallo, comment savoir si « rigadelle » est breton ou gallo ? Qui diable a volé qui ?

Alors si l'hypothèse d'un dérivé en « rica » est bonne, le nom de ces animaux à la coque ridée pourrait se décomposer comme tel : rig-ad-ell (ride/rayure+suffixe+diminutif) « petits trucs ridés/rayés » en somme.

Si ce mot n'avait été prononcé que par des bouches romanes il n'y aurait pas de « g » intervocalique, rica → riga → raie. On aurait donc eu quelque chose comme *raïeau (?).

En breton en revanche l'évolution est complètement régulière, les gallos et vendéens auraient donc emprunté un terme breton (nemet e fazian !).

 

 

Vendée vs Normandie.

 

Beaucoup s'attendraient à trouver plus d'emprunts lexicaux maritimes bretons dans les maisons de pêcheurs en granits du Cotentin que dans les bourrines à tuiles vendéenne. C'est pourtant l'inverse que je constate.

Le phénomène est particulièrement évident pour le nord de la Vendée (Bouin et Noirmoutier), et si ces communes ont historiquement fait partie de la Bretagne, cela n'explique pas grand chose. Premièrement, la Manche a aussi fait partie de la Bretagne. Deuxièmement frontières politiques et linguistiques font rarement bon ménage et le breton n'était pas porté par l'élite à l'époque (bien au contraire).

Je pense que (outre le substrat gaulois), les emprunts au breton que nous retrouvons en Vendée (cotriade, moroux, guillou,...) sont dus simplement à la proximité géographique.

 

Prenons un exemple :

 

1) Côte sud.

Les bretonnants les plus proches ont été ceux de la presqu'îles du Croisic jusqu'au XXème siècle.

Noirmoutier-Le Croisic = 29,76 km. Hoëdic où il existe toujours des bretonnants se trouve elle à 55,6 km.

 

2) Côte nord.

Granville est la ville normande la plus proche de Plouha, première commune de basse-Bretagne sur la côte nord, avec 96,35 km.

 Enfin, ces mots bretons pourraient aussi avoir été empruntés auprès de gallos d'ailleurs.

 

Conclusion :

 

Les noms d'animaux marins dans les langues d'Oïls d'origines celtiques peuvent être classés dans trois familles :

  1. Substrat celtique ancien. Restes des langues celtiques antiques que l'ont parlait sur une grande partie du Nord-Est de l'Atlantique.

  2. Substrat breton. Beaucoup de zones côtières du pays gallo étaient primitivement bretonnantes, il est normal d'y trouver quelques termes de cette langue.

  3. Emprunts au breton. Plus rares, ces derniers existent pourtant. Des langues d'Oïl empruntent un mot breton directement ou indirectement en passant par des substrats bretons en gallo.

 

moroux vif

moroux vif

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 09:53

Vous connaissez tous les « berniques », et vous pensez qu’il s’agit d’un mot bien standard ? Et bien détrompez-vous, ce mot est dialectal et ne se trouve que dans l’Ouest de la France, le mot standard étant « patelle ».

« Bernique » vient en fait du breton « brennig », rien de très étonnant à priori. Mais voilà, il y a un problème, car ce mot breton est employé aussi en Normandie et en Vendée... Et il n'est pas le seul dans ce cas. Ces mots sont-ils vraiment bretons ? Jusqu'où sont ils utilisés ? C'est le propos de ce nouvel article !

 

Alors que signifie « brennig » ? Il est plaisant de penser qu'il est formé du mot « bronn » (poitrine/sein) et d'un diminutif « -ig ». Notre bernique est donc un « petit sein », regardez le bien et vous comprendrez. La racine « bronn » est restée vivante en gallo où l'ont dit les « brons » ou les « abrons » pour les seins. Ce mot est en fait connu dans toutes les langues celtiques, des Hébrides (bàirneach) à la Vendée (beurnic). (edit. Une seconde étymologie est aussi possible (cf commentaires).

 

(le bernique et son royaume)

 

Le breton, ou plutôt le vieux breton aimait, un peu à la manière de l'allemand, combiner deux mots pour n'en former qu'un. Les exemples maritimes sont nombreux : « mor » (mer)+ «pig » (pie) = morbig (huîtrier-pie), « mor »+ « hoc'h » (cochon) = morhoc'h (marsouin). Pour nommer les espèces marines ont a donc souvent eu recours au substantif « mor » suivit d'un animal terrestre. C'est assez commode pour les repérer. Ce type de construction se trouve dès le gaulois avec des attestations du type "moritasgos" (blaireau de la mer). 

J'ai donc fouillé les glossaires en lignes de poitevin, gascon, normand mais aussi galicien, asturiens et scot (en vain pour ce dernier) pour en retrouver. Voici un tableau :

 

(en bleu les langues latines, en vert les langues celtiques.)

 

Cette recherche n’a pas été très poussée puisque je n’ai utilisé que des documents en ligne et un collectage, mais si vous avez des informations complémentaires n’hésitez pas !

 

Seiche :

 

"Morgad".Ne se trouve que sur le continent pour la bonne raison que le terme « gad » n'existe pas dans les langues celtiques insulaires (sauf en gallois mais c'est un emprunt). Morgad est composé de « mor »+ « gad » (lièvre), peut-être pour sa tendance à dresser deux de ses bras au dessus de sa tête dans l'eau. Les langues d'Oïl utilisent plutôt une forme en « a » : margate ou margade (margade au nord de la Vendée)sauf à proximité de la basse-Bretagne, nous y reviendrons.

 

 

Marsouin :

 

Morhoc'h en breton, le terme est connu en gallo : morhou, morhô mais est attesté aussi dans le nord de la Vendée à Bouin (Emile Ernault, "Glossaire moyen-breton", p. 426 ), commune anciennement bretonne. Morhoc'h est composé de « mor »+ « hoc'h »(cochon). On retrouve ce mot dans les autres langues brittoniques, les langues gaéliques utilisant la même image mais avec un autre mot.

 

(comme d'habitude excusez-moi pour mes cartes toujours aussi moches)

 

Méduse :

 

Morgouilh en breton, formé de « mor »+ « kouilh »(gelé), il est connu en cornique de l'autre côté de la Manche, mais aussi en gallo et au nord de la Vendée sous la forme margouille, ou morgouille à proximité de la langue bretonne.

 

Appât à poisson :

 

Boued signifie « nourriture » en breton et a des correspondants dans toutes les langues celtiques (gaëlique écossais : biadh, irlandais: bia, gallois : bwyd, cornique : bos). Ce mot est bien connu sur presque toute la côte atlantique avec le sens d’appât pour la pêche. La racine en ancien celtique est *beit- et nous la retrouvons avec le sens restreint à la pêche en Normandie (bète), Bretagne gallaise (bouette), Poitou (bouette), Charente (bouitte) et pays Basque (bait). L'anglais connait aussi le mot "bait" de même sens, cependant les langues germaniques et celtiques partagent ici la même racine, nous avons donc achuré les zones anglophones en bleu dans le doute.

 

 

 

Gwrac'h :

 

"Gwrac'h" = vieille/sorcière.

La vieille est un poisson qui traîne une réputation de poisson magique parmi les langues celtiques, d'où son nom : gwrac'h (sorcière). Ce mot se retrouve en cornique : gwragh et en gallois : gwrach. Le mot sorcière est attesté en gaulois : vrac-.

C’est sans doute le mot breton que nous retrouvons au Croisic (kra).

Le mot celtique ancien vrac- se retrouve des deux côtés de l’atlantique dans des zones ayant perdu leur langue celtique depuis longtemps. En anglais il a donné wrasse, sur les côtes de la Manche : vras, vrac ou encore vra. Nous avons aussi des formes plus évoluées avec un « k » à l’initiale comme au Croisic, mais aussi dans la baie de Saint-Brieuc et à Oléron.

 

 

Le goémon :

 

Le mot goémon est en concurrence avec le mot normand « varech » en français standard et vient du breton : « gouemon ». C'est un mot que l'on retrouve dans toutes les langues celtiques actuelles : gallois : gwymon, cornique : gubman, irlandais : feamainn, gaélique écossais : feamainn (un « f - » à l'initiale dans une langue gaélique correspond à un « gw- » dans une langue brittonique). Dans les langues romanes il est connu de la Manche à la Saintonge sous plusieurs formes (gouamon, goumon). En breton de Loire-Atlantique il se disait « goemeoñ ». Nous retrouvons la même carte que le bernic.

 

 

 

Goéland

 

Autre mot ayant été adopté par le français standard (ce qui s'explique puisque ce dernier était une langue terrienne). C'est un mot celtique que l'on retrouve dans tout le domaine : breton : gouelan, gallois : gwylan, cornique guilan, gaélique : faoileann. Il est connu du Havre à la Vendée (sous plusieurs formes : goal, galan, goualan,...). En gallo du 44 (et nord Vendée) on le nomme aussi guillou qui contrairement à la croyance populaire n'est pas un prénom mais une forme bretonne plus archaïque de gouelan. Cette racine a aussi été empruntée (à moins qu'il ne s'agisse d'un substrat) par l'anglais : gull.

 

 

 

D’autres mots ?

 

Les mots ci-dessous sont moins évidents, ils ne sont que des propositions soumises au débat.

 

Morc’hast :

 

« mor »+  « gast »(chienne) = Requin-hâ.

Une prononciation vannetaise de ce mot /mo:raʃt/ pourrait bien à mon sens donner /moraʃ / en langue d'Oïl. Le mot « morache » et « marache » bien connu dans l'insulte maritime « gueule de marache » sur une grande partie du rivage atlantique et de la Manche avec plusieurs sens, mais toujours au sujet d'animaux peu flatteurs : baudroie ou requin. Nous retrouvons encore le doublet « mor »/ « mar ». Le mot « morc'hast » existe en cornique : « morast » (requin bleu). Dans son article Daniel Le Bris retrouve ce mot de la Cornouailles brittanique à la côte atlantique de la péninsule ibérique "marracho" et de là ce mot fut popularisé par les marins portugais, galiciens et asturiens jusqu'aux Açores mais aussi auprès des basques, catalans et marocains arabophones qui empruntèrent ainsi ce mot.

"Si nous parvenons à établir une similitude morpho-syntaxique entre les formes armoricaines et ibériques, nous ne pouvons pas en rendre compte par un simple phénomène d'emprunt récent. La connaissance d'un même type de composé morpho-syntaxique de part et d'autre du Golfe de Gascogne pourrait s'expliquer par l'existence d'une aire linguistique et culturelle ancienne s'étendant le long des côtes atlantiques. Les concordances linguistiques seraient dans ce cas des survivances de cette aire." (D. Le Bris)

Notre morache serait l'un des derniers témoignages de l'extension des langues celtiques tout au long des rivages atlantiques (sauf Aquitaine/pays basques) durant la proto-histoire et l'Antiquité.

Pour faire le rabat-joie, on voit cependant mal comment le groupe /ʃt/ (morc'hast) dans les langues brittoniques peut avoir comme équivalent un /ʃ/ dans le nord de la péninsule ibérique (marachu) et un /θ/ en basque (marrazo). Alors si la construction du mot pourrait bien être « celtique » dérivée de « mor »+ nom d'animal. Le second élément reste mystérieux.

 

 

Morvoc'h :

 

« mor »+  « moc'h » (cochons) = synonyme de « morhoc'h ».

Notre « cochon marin » pourrait bien se retrouver dans le mot gascon « mormoc » (grosse méduse blanche), aussi connu en poitevin : « marmoux » à Oléron. S'ils viennent bien d'un « mor+moc'h » la formation de ces mots paraîtrait, surtout pour le gascon, très archaïque. Nous n'avons pas de trace de mutation ce qui plaiderait plutôt pour une origine celtique ancienne avec un terme gaulois du type * mori-moccos  (cochon de mer) ?

Une autre possibilité : ce mot se retrouve aussi en basque : marmoka, aucune étymologie n'est proposée pour ce mot mais la racine basque "marm" désigne des êtres grossiers ou monstrueux, c'est une piste. Les emprunts celtiques en basque sont nombreux mais les mots gascons étant des emprunts au basque sont aussi courants. Difficile de trancher, le fait de retrouver la dualité mar/mor et qu'il s'agisse d'un animal marin pourrait plaider pour une origine celtique.

 

Morgazh :

 

« mor »+ « kazh » (chat) = pieuvre (et petite roussette)

Le « chat de mer » est aussi connu en gallois et cornique  : morgath et désigne la raie. Nous n'avons pas trouvé d'équivalent de ces mots en gallo (on dit « minard ») mais « morga » signifie « petite roussette » à Oléron. Il pourrait s'agir d'un hasard, et le mot serait alors à rattacher à la racine gauloise « marga » (souillure).

 

 

Origine de ces mots ?

 

Mais pourquoi diable les normands et vendéens auraient attendu les Bretons pour donner un nom au bernique ? En fait ces mots sont-ils bien bretons ? Difficile à dire, voici quelques pistes.

 

1) Évolution phonétique.

 

Langue gauloise et bretonne se disputent donc la paternité sur ces mots, un moyen de les départager peut être la phonétique car le gaulois étant une langue morte un certains nombres d'évolutions ne se sont pas faites chez cette dernière.

 

Morou/ Morhoc'h :

 

L’équivalent gaulois de « morhoc'h » serait *mori-succo et aurait donné quelque chose comme *morso(c) ou *marso(c) dans une langue d'oïl actuelle. Le fait que le « s » à l'initial devienne « h » puis rien du tout est un trait phonétique breton. On a donc une bonne raison d'affirmer que « morou » est bien breton, ce mot ne semble d'ailleurs attesté qu'en Bretagne actuelle et dans des communes vendéennes ayant appartenues à la Bretagne.

 

Mormoc/ Morvoc'h :

 

À l'inverse comme nous l'avons vu plus haut le « mormoc » à ce petit charme désuet avec ses consonnes restées inchangées qui flaire bon la langue gauloise…. Ce mot n'est d'ailleurs pas connu en Haute-Bretagne.

 

La dualité "mar"/"mor" pourrait aussi être un indice, les mots en "mor" semblent surtout se trouver dans le voisinage des bretonnants. Les formes en "mar" seraient plus romanes.

 

Pour les autres mots ce n'est pas aussi simple...

 

 

2) La loi du marché :

 

Prenons le raisonnement inverse, et penchons-nous sur les mots latins dans les langues celtiques. Voici un tableau présentant des « morages », des fruits de mer et poissons à la mode sur les tables romaines durant l'Antiquité :

 

 

Vous remarquerez que les langues celtiques sont très proches du latin. En fait elles ont abandonné leurs mots autochtones pour les termes latins car ces animaux étaient des produits recherchés sur les marchés de l'Empire. D'où une loi curieuse : plus un animal marin était courant sur les marchés antiques plus il y a de chance pour que son nom soit latin dans les langues celtiques actuelles.

De la même manière que le pêcheur gaulois Caratacos vend ses huîtres au marché à des gallo-romains au point que le terme latin « ostrea » remplace son mot natif.  Caradeuc, breton médiéval et baleinier, abandonne le mot « morvil » pour « balum » avec le développement de la chasse aux cétacés..

 

Nos morgouilles, berniques et autre goémon ayant des qualités alimentaires pour le moins discutables, nous pourrions proposer à l'inverse que ces termes soit restés celtiques parce qu'ils n'ont jamais été assez « bankables ».

 

J'ai orienté les cartes vers l'est, outre le fait que c'était la vision qu'en avaient les marins autrefois cette orientation permet de voir l'Atlantique sous une autre perspective. Loin d'être une frontière, la mer a toujours été un axe de communication. On y transportait gens et marchandises en plus grande quantité et plus sûrement que par voie terrestre, et ce depuis la préhistoire.

 

En guise de conclusion voici un extrait de Facing the Ocean de l'archéologue Barry Cunliffe (en français plus loin), théorie qui fait pas mal parler d'elle en ce moment parmis les archéologues.

 

« A sharing of landfalls and access to local ressources would have created social interactions which developed, as we have suggested, into cycles of gift exchange, creating the basis for the more complex systems of exchanges and trade that were to follow. In this way the varied ressources of the Atlantic littoral were developed and exploited. With these maritime movements came the unrestricted spread of knowledge and beliefs and values. Thus the ocean facilitated the emeregence of a shared Atlantic culture communicated through a lingua franca we have come to know as 'Celtic ' ». p 565.

 

Les permissions d'accoster et l’accès aux ressources locales ont créé des interactions sociales qui se sont développées, comme nous l’avons proposé, à travers des périodes d’échanges de dons, créant ainsi la base d'un futur système complexe d'échanges et de commerces. Ainsi, les différentes ressources du littoral atlantique furent développées et exploitées. Grâce à ces interactions maritimes se diffusa connaissances, croyances et valeurs. Ainsi l'Océan facilita l'émergence d'une culture Atlantique commune, qui s'exprima au travers d'une « lingua franca » qui nous est connu comme « celtique ». p 565.

 

Sources principales :

 

Le Bris Daniel-Carpitelli Elisabetta, Concordances aréales en Europe Atlantique, Current Approaches to Limits and Areas in Dialectology, Cambridge scholars publishing, 2013 (très bon article disponible en ligne)

 

44 :

Buron Gildas, Des mots venant du breton dans les parlers entre Loire et Vilaine , poster.

Garnier Michel, Mots et expressions des gens de mer en Presqu’île Guérandaise, dans Histoire et Patrimoine, n°75, 2011, p2-17

Floc'h D. La Turballe, 150 ans au pays de l'or bleu. Piriac, Adunat communication

Site : Patois Mesquer/Quimiac

 

85 :

Collectage : merci à O. Francheteau de Beuvoir-sur-mer (85) et sa petite fille.

Site : Dictionnaire « troospeanet »

Glossaire du patois Noirmoutrin

 

17 :

Patois d'Oléron

 

Gascon :

Lo congres

Le Bordeluche

 

Arabe marocain

 

Langues celtiques :

Deshayes Albert, Dictionnaire étymologique du breton, Chasse-marée, Quimper 2003

Y geiriadur mawr. (pdf)

Cornique

Gaélique d'Écosse

Une baleine dans le Golfe de Gascogne

Une baleine dans le Golfe de Gascogne

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 17:22

Nous aborderons ici le sujet complexe du rapport qu'ont les locuteurs de langue bretonne et les toponymes de Haute-Bretagne. Ces derniers peuvent dès le départ être partagés en trois catégories :

 

-Les toponymes bien connus des bretonnants et ayant toujours eu une forme populaire dans cette langue. Il s'agit généralement des grandes villes (Naoned, Saint-Nazer, Gwenrann,...)

 

-Les villes plus modestes mais où la langue bretonne s'est maintenue jusqu'à récemment (ou dans les environs) et ayant donc une forme populaire attestée (Bourc'h-Baz, Pic'hiriag, An Drebal, Ar Roc'h,….), nous avions parlé de ces cas dans un précédent article.

 

-Les villes n'ayant pas de nom breton moderne attesté. C'est de ces dernières que nous allons parler aujourd'hui.

 

 

A l'origine les écrivains bretons ne cherchaient généralement pas de formes bretonnes particulières à ces dernières et se contentaient de rendre la prononciation standard française avec l'orthographe bretonne de l'époque ou en réutilisant carrément l'écriture française. Le premier à avoir essayé de bretonniser des toponymes haut-bretons semble avoir été l'ultra-nationaliste Remon Delaporte (1907-1990) qui créa les toponymes suivant (Anorz=Nort, Pornid= Pornic, Lanveurz = Saint Mars-la-Jaille).

Mais c'est avec la publication d'une carte de Bretagne en breton montrant des toponymes haut-bretons laissés tel-quel que vint l'idée à un rennais (du même bord que Delaporte !) Théophile Jeusset (1910-1968), de trouver des formes bretonnes à ces toponymes orientaux. Il se sent d'autant plus impliqué par cette tache qu'il est lui-même haut Breton :

 

"E gwirionez e ranked bout eur Breiz-Uhelad evit trei an anoiou-lec'hiou Breiz-Uhel gant karantez ouz an dud hag ar vro"

 

(En vérité on doit être haut breton pour traduire les noms de lieux de Haute-Bretagne avec amour envers les gens de ce pays)

 

Ces toponymes nouvellement créés serviraient principalement à la littérature en langue bretonne et de donner des formes « viables » et standardisées.

Pour ce faire il cherche les formes anciennes attestées des toponymes et les fait dériver « à la bretonne ». Par exemple, Vertou, est attesté sous le nom « Vertavus » au IXème siècle, à partir de là, en suivant quelques règles de phonologie historique (le « v » à l'initiale devient « gw » en breton moderne, le « t » devient une dentale puis « zh », perte de la désinence...). On obtient : Gwerzou.

Fercé vient lui de « fertiacum » (1123), les « -ac » gaulois correspondent à « -eg » en breton et donc Théophile Jeusset donne « Ferzieg ».

L'affaire est plus simple pour les nombreux toponymes d'origine bretonne, il suffit alors de faire un petit « lifting orthographique » (Blain vient du breton « blaen », donc : Blaen)

Enfin il y a les toponymes « français » qu'il décide parfois de traduire complètement : Le Pellerin devient « Pirc'hirin » qui veut dire « pèlerin ».

 

L'entreprise est pour le moins audacieuse, car comme il l'avoue lui-même, lorsqu'il se lance dans cette affaire il n'est pas linguiste et ne parle même pas breton1….

 

Mais après des années de travail, d'erreurs, de corrections, et d'autres erreurs... il traduisit une bonne moitié des noms de communes haute-bretonne dans les années 30 et 40. Beaucoup de ses formes sont encore utilisées et on lui doit par exemple : Orvez, Kerc'hfaou, Eskoubleg, Porniz (il n'utilisait pas le « zh »), Nozieg,...

 

Ce procédé est très artificiel, mais contre toute attente il semble qu'il ait toujours été pratiqué. Ainsi la ville de Vitré qui est un ancien « -ac » (comme Fercé) se dit en breton « Vitreg »2 dans certains endroits du Morbihan (le nom étant connu grâce à un nom de famille). Le nom haut-breton a donc ici été bretonnisé d'une manière populaire. Ils ont correctement fait évolué l'ancien "-ac" gaulois de manière empirique (!)...

En fait le procédé est assez normal. De la même manière que les gallos/francophones ont toujours tendance à « galloïser » ou franciser les toponymes bretons, et de faire d’un « Lannmor » un « âne mort » les bretonnants ont toujours bretonnisé ou prononcé à la bretonne des toponymes romans.

 

Manque de chance : entre réalité et théorie il y a un monde. Notre rennais ne sachant sans doute pas que l'on parlait encore, ou jusqu'à récemment, breton dans l'ouest de la Loire-Atlantique, s'appliqua à créer des toponymes bretons pour cette zones alors qu'ils étaient encore connus par des locuteurs locaux. Et c'est là où le bas blesse, car lorsque l'on compare les formes théoriques de Jeusset avec celles collectées, on remarque qu'il s'est trompé presque à chaque coup :

 

 

 

Ne soyons pas trop mauvaise langue, dans le même genre de cas il a eu bon pour Sulniac qui se dit effectivement Sulnieg en breton.

 

Par chance beaucoup de ces formes fautives furent corrigées plus tard par d'autres personnes.

 

Voilà donc un petit historique et le pourquoi du comment de ces formes qui manifestement interrogent puisque je reçois souvent des questions à leur propos sur ce blog.

 

 

1 : SAV n°28 p76.

2 : Tanguy Bernard, Recherches autour de la limite des noms en "-ac" en Haute-Bretagne, Tome II, Thèse. 1973

 

 

Bibliographie :

 

- Teofil Jeused, Anoiou Lec'hiou Breiz-Uhel, Sav, n°27 à 31

- Teofil Jeused, Anvioù lec'hioù Breizh-Uhel, al liamm n°8

- Teofil Jeused, Adnotennou ha stagadennou, al liamm, 1951

 

Les formes bretonnes des noms de lieux de Haute-Bretagne.
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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 11:03

Du passage du breton au roman dans le nœud fluvial entre Don/ Isac / Chère.

 

C'est régulièrement que nous nous penchons sur cette zone et aussi régulièrement que nous la mentionnons à travers les langues qui y sont parlées ou qui y ont été parlées. Nous avons vu que cet endroit était à l'origine de langue bretonne et qu'il est aujourd’hui de langue gallaise. Bien.

Mais bien avant les écoles, la télé ect … par quel processus un pays peut-il changer de langue ?

Il s'agit d'un changement culturel important et qui a du toucher en profondeur la société d'alors et malheureusement les sources sont rares.

Mais heureusement certains spécialistes proposent des pistes, comme Bernard Tanguy dans son article (lien) c'est à partir de son raisonnement qu'est construit l'article suivant.

 

 

Un peu de géographie :

 

La zone qui nous intéresse répond à deux particularités, elle forme d'abord un nœud fluvial autour de l'Isac du Don et de la Chère, de leurs affluents et de la Vilaine au Nord permettant la circulation des gens, des biens et des idées. Elle est coupée au sud-est par la forêt du Gâvre et au sud-ouest par les marais.

 

( le nœud fluvial  Don/ Isac / Chère avec Redon en rouge)

 

Cette zone fluviale se rattache au nœud fluvial plus important qui a Redon pour centre. C'était, depuis la fondation de l'abbaye par Conwoïon, un carrefour religieux, politique et économique très important dans la Bretagne médiévale.

 

Elle est ensuite éloignée à la fois de la sphère d'influence de Nantes et de Rennes, ces dernières étaient les épicentres de la langue romane en Bretagne. Notre zone était alors le ventre du S que dessinait la limite de la langue bretonne.

(en vert la zone de langue bretonne au haut Moyen Age, Carte geobreizh)

 

 

Bernard Tanguy (p 451)

"Si l'on note, d'autre part, que les affluents de la rive gauche de la Vilaine, situés en aval, sont donnés comme navigables, la Chère sur 5 km, le Don sur 9 km, l'Isac sur 13 km, on comprend mieux encore l'incurvation de la limite des noms en -ac dans ce secteur. on conçoit aisément que l'action de la romanisation se soit heurtée à une zone de conservatisme s'appuyant sur un réseau navigable dont les documents s'accorderont au Moyen Âge à souligner le rôle économique prépondérant."

 

 

Etape 1 : une zone conservatrice (premier Moyen Âge).

 

Sans doute du fait de son éloignement des deux grandes cités Nantes/Rennes, la langue celtique s'y maintient face au roman contrairement aux zones plus à l'est où elle disparaîtra manifestement durant la fin de l'Antiquité.

Comme nous l'avons vu dans d'autres articles (,, et ) l’anthroponymie, les documents de l'époque ainsi que la toponymie montrent alors une contrée bretonnante, même si le bilinguisme ne devait pas être rare.

Au haut Moyen Âge les relations entre les deux langues sont parfois tendues et provoquent des désordres politiques dans cette zone comme le montre l'histoire de l'éphémère évêché de Guérande au IXème siècle :

 

« Puis Gislard, que le roi Nominoé avait institué comme évêque de Nantes, quitta cette cité et trouva refuge, sous le pouvoir des bretons, à la cour de Quiriac (qui par ces mêmes bretons qui y habitent est maintenant appelée Guérande , mais qui auparavant était du ressort des évêques de Nantes). Là, se constituant en siège par usurpation, Gislard sépara du diocèse de Nantes toutes les paroisses nantaises de la région allant depuis le fleuve Erdre, jusqu'à la Vilaine et au Semnon et se l'appropria tant qu'il fut de ce monde »

(traduction du latin par Erwan Vallerie)

La zone décrite dans cet extrait correspond bien avec la zone bretonnante du pays nantais de l'époque (comparez avec la carte plus haut).

 

 

Etape 2: Victoire du roman (second Moyen Âge).

 

Le basculement du breton au roman aura cependant lieu dans la ville de Redon quatre ou cinq siècles plus tard, aux environs du XII-XIIIème siècle, sans doute pour des raisons politiques (l'élite du duché devient alors francophone). Or cette ville, comme nous l'avons vu est la clé de voûte culturelle et économique de cette zone, cet événement aura pour conséquence l'ouverture inéluctable au roman de toute la zone à la fois vers le comté de Nantes par le Don, l'Isac et la Chère et vers le comté de Vannes par l'Oust et l'Arz.

Le processus ici encore, ne se fit certainement pas au cours d'une vie humaine mais s'étala sur plusieurs générations et concerna sans doute d'abord les commerçants et l'élite. Et la progression se fit manifestement d'est en ouest avec peut-être quelques poches de résistance comme à Drefféac qui présente un fort pourcentage de toponymie bretonne par rapport aux communes voisines, ce qui pourrait être le signe du maintien de cette dernière un peu plus longtemps qu'ailleurs.

 

La différence de statut entre les deux langues peut être mise en évidence notamment par le lexique de ces dernières, le breton à largement emprunté aux français alors vue comme une langue de prestige, alors qu'au contraire le gallo de cette zone ne présente que très peu de mots d'origine bretonne.

 

 

Wild wild west :

 

Une fois cette zone autours de Redon devenue gallaisante, la frontière entre la langue gallaise et bretonne en pays nantais se stabilisa dans les marais de la Brière et ce durablement, puisque ce fut le cas jusqu’à l'époque contemporaine.

 

Bibliographie

Tanguy Bernard, La limite linguistique dans la péninsule armoricaine à l'époque de l'émigration bretonne (IVe-Ve siècle) d'après les données toponymiques, Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest , v 87

Mathelier Yves, Le Guérandais, mémoire

Tanguy Bernard, Recherches autour de la limite des noms en "-ac" en Haute-Bretagne, Tome II, Thèse. 1973

 

Au bord de l'Isac à Guenrouët

Au bord de l'Isac à Guenrouët

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 21:34

Globalement, la langue bretonne a été dans la majeure partie de son histoire une langue socialement méprisée. Les langues du continuum roman jouissaient ainsi d'un statut plus élevé aux yeux de la population.

Il en fut ainsi, en tout cas du Moyen Âge central à l'époque moderne, car il fut deux époques où les locuteurs de langues romanes eurent une vision positive, ou du moins, moins négative de la langue bretonne : le haut Moyen Âge et l'époque contemporaine.

 

Les « faux-kêrs » :

Mode gallaise étonnante de la fin du XIX et au XXè : la création de « faux » toponymes bretons (puisque donnés par des gens qui n'en savaient pas un traître mot) en contexte rural parmi une population majoritairement de langue gallaise.

 

Ces noms de lieux sont assez aisément repérables car formés de deux éléments : Ker, qui est un préfixe breton bien connu indiquant un « lieu habité » et un nom de propriétaire (une femme dans la majorité des cas). De plus ils ne présentent pas de formes anciennes dans les cadastres, preuve qu'il s'agit de créations récentes.

 

Nous en retrouvons de nombreux, concentrés dans certaines communes du nord-ouest du pays nantais :

 

Plessé : Kêr Thérèse, Kêr Phillippe, Kêr Jeanne, Kêr Jean, Kêr Marie-Anne

Guémené-Penfao : Ker Aline

Derval : Ker Emma

Pontchâteau : Ker Emma, Ker Anna, Ker Maria, Ker Emile, Ker Luce, Ker Paul

Missillac : Ker Alex, Ker Marie, Ker Hortense

Campbon : Ker Maria

 

C'est une copie un peu surfaite de ce qu'est l'usage réel de la toponymie en langue bretonne, d'ailleurs bien représentée dans le département. Ils ne doivent ainsi surtout pas être confondus avec ces derniers car Pontchâteau, par-exemple, présente ainsi aussi de vrais « kêr » comme Kerguily (« lieu du bosquet »).

 

Deux constatations sur ces toponymes :

-ils sont concentrés dans des communes plus importantes (Pontchâteau) ou plutôt riches par rapport aux communes alentours. Nous pouvons ainsi comparer Guenrouët qui n'en présente aucun juste à côté de Plessé qui en a un grand nombre, cette dernière était plus aisée que sa voisine.

 

-Les faux « kêr » ruraux sont majoritairement présents dans la zone mixte.

 

Pour le premier point la raison principale est l’intérêt que porta une partie de l'élite et des lettrés à la langue bretonne tout au long du XIXè, portée principalement par le courant romantique. Le breton passe alors petit à petit du statut de « langue de ploucs » à celui de « langue des origines » (de Bretagne voir même de toute la France). Et romantisme oblige, les élites fortunées de l'époque ayant des résidences sur les côtes bretonnes s’amusent à nommer leurs villas avec des noms bretons souvent formés sur le mot « Kêr » justement, imitant ainsi la pratique bretonnante.

 

Nos « faux-kêr » en milieu rural on dut être inspirés par ces villas bourgeoises côtières, et quelques-uns ont dut vouloir imiter les pratiques mondaines pour rajouter du « cachet » à leur résidence.

 

Le fait qu'il s'agisse, à l'origine, d'une pratique un peu mondaine expliquerai donc le fait que nous les retrouvons surtout dans des communes plutôt aisées, ou en tout cas moins pauvres.

 

Le second point est aussi révélateur, le fait que ces « faux-kêr » (hors côte) soient concentrés majoritairement dans la zone mixte montrerait qu'il ne s'agit pas là seulement d'une pratique calquée sur l'élite, mais qu'elle a aussi été favorisée par le contexte historico-linguistique de la région. La création d'un faux toponyme breton étant pour ainsi dire motivé par le fait qu'il soit entouré de « vrais ». Montrant peut-être du même coup qu'il existait parmi une frange instruite de la population rurale gallaise de ces zones une sorte de conscience de vivre dans la zone mixte (?).

 

Les plus récents de ces « faux-kêr » doivent quant à eux avoir une origine politique (affirmation du pays nantais à la Bretagne). Pour l'anecdote, ce ne serait d'ailleurs pas la première fois que des populations romanes utilisent le breton à ces fins. Il fut ainsi la mode dans l'Avranchin médiéval de porter des prénoms bretons dans le but un peu provocant de montrer sa défiance envers le pouvoir du Duc de Normandie

 

 

 

(1) : Von Torhoudt E. L’Avranchin dans les premières décennies du XIe siècle: ni Bretagne, ni Normandie ? dans : Quaghebeur J., Merdrignac B. (dir.), Bretons et Normands au Moyen Âge. Rivalités, malentendus, convergences, PUR, Rennes, 2008

 

(2) : En gallo, le mot « maho » désigne les bretonnants.

Ker Jean en Plessé

Ker Jean en Plessé

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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 15:15

 

Nous allons parler d'un temps que les moins de 20 ans n'ont pu connaître, le IXè siècle. Avessac est assez bien lotie en ce qui concerne le cartulaire de Redon, ce qui nous permet d'entrevoir quelques anecdotes ayant eu lieu dans cette paroisse au cours du IXè siècle.

 

 

En ce temps-là Wrbudic vivait à Avessac ou dans les environs, et se retrouva à plusieurs reprises mêlé dans des déboires avec les moines de l'Abbaye de Redon toute proche.

Il attenta l'abbé Conwoïon en justice autours des années 840, réclamant une portion de la pêcherie dite de Coret Loen Cras se trouvant sur la Vilaine entre Avessac et Bain. Des témoins de ces deux paroisses le contredirent donnant raison à Conwoïon. Notre pauvre Wrbudic, lésé, se mit en colère contre l'abbé avant de reprendre ses esprits et d'avouer sa faute. Touché, Conwoïon, dans sa miséricorde accepta de donner la partie du barrage que Wrbudic réclamait. Voilà l'histoire...selon les moines en tout cas.

Car malgré la bonté de Conwoïon, notre Wrbudic réapparaît dans le cartulaire de Redon quelques années plus tard en 842 toujours dans une affaire de terre disputée entre l'Abbaye et les autochtones. Il est ainsi un des témoins d' Anauhocar qui conteste la propriété de l'Abbaye sur la terre dite du Puz toujours en Avessac qui appartiendrait à un certain Urblon... et cette fois raison leur est donnée.

 

(CoretLoen Cras)

 

Ces petites histoires médiévales contenues dans le cartulaire de Redon nous intéressent pour des raisons à la fois historiques et linguistiques. Nous avions déjà mentionné à quel point le cartulaire de Redon est une source indispensable concernant l’anthroponymie bretonne médiévale. Avessac y est souvent mentionné et nous avons ainsi à peu près une centaine de noms de personne de l'époque mentionnés, d'Avessac même, ou des environs.

 

Certains personnages apparaissent plusieurs fois ce qui témoigne peut-être de leur importance locale.

Hoiarscoet par exemple est cité comme étant le machtiern d'Avessac, son nom est constitué du mot « hoiarn » (fer) (houarn en breton moderne) en outre nous trouvons par exemples Iarnwere et Maenworon plusieurs fois dans les chartes (même si nous avons peut-être affaire à des homonymes).

 

Nous avions vu que l'attribution d'un prénom en vieux breton peut obéir à plusieurs règles. Et que, notamment un élément du prénom peut être transmis de génération en génération.

Nous voyons ainsi apparaître des suites de prénoms formés des mêmes éléments faisant sans doute référence a un ancêtre tutélaire.

Jarnworet,Treuuon,Precamur, Finitworet, Tutworet, Tutuuocon, Tutworet. (892). (vx breton "woret"=secours)

Toujours à Avessac les fils de Wesilloc se nomment Buhedoc, Budmonoc et Vuokeloc et vivent dans la villa Roinoc...

 

Les ancêtres semblent avoir été importants dans cette société car (Avessac en 869) Prigent fils de Maeloc a du justifier, selon l'expression, d'un ancêtre ayant vécu sur les terres disputées (et quem auctorem in supradictis insulis et villulis habebat) sur l'île d'Ambon en Massérac. N'ayant eu aucun ancêtre en ces lieux (Sed nullum auctorem usurpacionis suae in his reperiens= "Et comme on ne trouvait aucun ancêtre"), Prigent ne put avoir satisfaction.

 

Petite et grande histoire se rencontrent parfois, et dans cette même charte (où Prigent fils de Maeloc réclame des îles), nous apprenons que : « Factum est hoc in pago namnetico, in plebe davizac (sic) ubi Salomon et omnes Britones contra Normandos in procinctu belli erant » / Salomon (alors roi de Bretagne) a réuni ici dans le pays nantais à Avessac tous les Bretons pour faire la guerre contre les Normands.

Les bretons infligeront une sérieuse défaite aux vikings sur les landes de Crétumez.

 

Noms de lieux vieux-bretons :

 

Plusieurs lieux anciens sont aussi cités dans cet Avessac médiéval :

Certains sont des lieux de prestige :

Lispenfau : la « cour de Penfaou » (pennfaou = le bout de la hêtraie), ces « lez » (cours) sont souvent les lieux de résidences des Machtierns.

Castel Guel : une fortification sur la Vilaine (Kastel = château) et "guel" (vue) = Castel Guel Le "château vigie".

Villa Penhoit : Penhoët (pennc'hoed = le bout du bois), sans doute une résidence aristocratique.

Villa Roinoc : Roinoc doit être un nom de propriétaire, sans doute une résidence aristocratique (Villa pourrait traduire le breton Bot dans ces cas)

D'autres témoignent de l'activité sur ce fleuve :

Coret Loen Cras : « pêcherie du bosquet desséché» (Kored= pêcherie)

Treslerien (port) : nom d'un port, construit sur le mot Trezh (passage) et Lerien (nom d'Homme) = le Passage de Lerien.

D'autres de l'activité agraire :

Ran Sint : "Rann" = parcelle. (cf :  Guérande = Gwenn-Rann)

Puz : le puit (emprunt ancien du breton au latin)

 

Il reste encore beaucoup à dire sur ces chartes, un nouvel article sur l'anthroponymie pourrait voir le jour.

 

Bibliographie :

Fleuriot L., A Dictionary of Old Breton, Toronto, 1985

Tanguy B., Les noms d'hommes et de lieux, DVD Cartulaire de Redon. 2005

Dabo Y. Le système anthroponymique vieux-breton, mémoire.

http://www.cn-telma.fr

"..omnes Britones contra Normandos in procinctu belli erant" (Letavia)

"..omnes Britones contra Normandos in procinctu belli erant" (Letavia)

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 14:00

 

Nous l'avons vu dans plusieurs articles déjà, les derniers locuteurs traditionnels du breton (par cela nous entendons ayant appris le breton par transmission familiale et sans rupture) originaires du pays nantais ont disparus au cours du XXème siècle dans la presqu’île du Croisic autours du bourg de Batz.

 

Cependant certains bretonnants de communes morbihanaises environnantes comme l'île d'Hoëdic ont toujours eu des liens forts avec certaines communes du pays nantais (Piriac, La Turballe, Le Croisic) et ont gardées jusqu’à nos jours une prononciation dialectale pour certains ports qu'ils avaient coutume de fréquenter.

 

Voici donc la prononciation en breton hoëdicais de communes du 44 par R. Allanic (93 ans), turballais, ancien de la marine marchande et né à Hoëdic.

 

(dans l'ordre : an Drebal (la Turballe), ar Groazig (Le Croisic), « deomp d'ar Groazig » (allons au Croisic)


Remarquez que le nom breton de la Turballe correspond à son homologue gallo : La Trouballe (Le breton turballais a lui disparu au début du XIXème)

Ce nom est parfois devenu un surnom en breton : en drebaliz ou en droubaliz (les habitants ou l'habitant de ce lieu)

Il n'a d'ailleurs pas échappé à ce locuteur que le nom breton posé sur le panneau bilingue (an Turbal) de la dite commune ne correspond pas à l'usage réel.

 

Les noms d'autre villes sont bien connus par tous les bretonnants comme Nantes et dans une moindre mesure Guérande ( d'ailleurs en breton "gwerigan"  est un surnom désignant les paludiers, habitants de la presqu'ile guérandaise, formé sur le nom Gwe(n)rann et le diminutif "-igan", d'ailleurs généralement réservé aux êtres fabuleux). En ce qui concerne les villes plus petites du pays nantais le nom breton de la Roche-Bernard est aussi encore d'usage par endroits, on le retrouve dans certaines publicités anciennes d'ailleurs :

 

(ici le nom breton de la Roche Bernard (Dihunamb, 1925): er Roh ("ar Roc'h" en peurunvan), tout simplement, parfois c'est la forme er Roh Bernard qui est utilisée)

 

Bibliographie :

 

Auffray Régis, Le Petit Matao, Rue des scribes, Rennes 2007

Pierre de Châlons, J. L. (1895). Dictionnaire breton-français du dialecte de Vannes. Rennes, Oberthur.

 

Plus d'infos :

 

Des enregistrements effectués par Y. Dabo du breton d'Hoëdic (et d'ailleurs) sont disponibles sur l’excellent site de la banque sonore du breton parlé.

 

Remerciements à Roger Allanic et sa femme, Bertrand Luçon et Yannick Dabo pour leurs précieux conseils.

Lergat, La Turballe.

Lergat, La Turballe.

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 05:24

Les dernières semaines j'étais en presqu'île guérandaise...

Voici un autre article (nous en avions vu un autre très semblable ici) de la revue morbihanaise Dihunamb daté de 1905 et écrit par Loeiz Herrieu. Il y raconte les raisons de la perte du breton dans cette région. L'exemple de la déchéance du breton nantais sert à cet auteur à appuyer la revendication d'un bilinguisme breton/français dans le système éducatif au lieu du monolinguisme franco-français.
Selon lui le français que parlent les enfants serait devenu une forme de créole mais l'exemple de « jagouillaj » qu'il donne est en réalité issu d'un article de Gustave Blanchard (Le dialecte breton de Vannes au pays de Guérande)

 

 

en breton :

Er suhunieu treménet é oen é gourinizen Gérand, é parréz Batz, léh ma hes hoah pedér kér hag e gavér enné tud koh hag e gonz er brehoneg. Bout e zou tregont vlé a pen dé bet saùet skolieu é pep léh mistr skol diot en doé lakait tud er hornadig-bro-se de gredein penaus ou bugalé n'ou dehé guéh erbet disket galleg mar behé bet dalhet de gonz brehoneg dohté. Ind e lauskas er brehoneg a kosté èl tud diaviz. Er ré iaouank ne houiant ket mui gir brehonek erbet; ha bremen, arlerh tregont vlé skolaj diot elsé hui e gleuer vugalé é laret treu sord-men : mon douarin, qui est anpert et qui va deher, a couru dré le jardrin, il a héjé des pér...
Chetu er jagouillaj dihaill en des disket er vugalé é léh er brehoneg flour e oé inou nen des chet hoah pelzo.

 

traduction en français :

Les dernières semaines j'étais en presqu'île de Guérande, en la paroisse de Batz, où il y a encore quatre villages où l'on trouve des anciens qui parlent breton. Il y a trente ans quand des écoles furent construites partout, de stupides maîtres d 'écoles firent croire aux gens de ce pays-là que les enfants n'auraient jamais appris le français s’ils continuaient à leur parler breton. Ils laissèrent le breton de côté comme des gens mal avisés. Les jeunes ne savaient plus un mot de breton, et maintenant, après trente ans de cette scolarité stupide on entend des enfants dire des choses comme « mon douarin, qui est anpert et qui va deher, a couru dré le jardrin, il a héjé des pér... »

Voilà le patois dépenaillé qu'on a appris aux enfants à la place du breton courant qui se trouvait là-bas il y a peu.

 

Biblio :

L'article de Dihunamb :

Gustave Blanchard, Le dialecte breton de Vannes au pays de Guérande, 1878 (en ligne)

 

 

Guérande vue du Croisic

Guérande vue du Croisic

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 12:12
(conversation autour du four à pain quelque part dans la Bretagne du Xème siècle. Letavia)
(conversation autour du four à pain quelque part dans la Bretagne du Xème siècle. Letavia)

A propos des anciens scandinaves, Régis Boyer écrit :

"La perpétuation d'un esprit est également assurée par le choix du prénom conféré au nouveau-né // il pouvait donc lui donner (à l'enfant) un prénom allitérant, à l'initiale, avec celui de ses ancêtres mâles immédiats : Sigurðr est fils de Sigmunde, fils de Siggeirr, etc... Ou bien, il pouvait lui donner un prénom qui reproduisît une partie du sien propre et une partie de celui de sa mère : guðrún est fille de guðmundr et de Sigrún. L'essentiel était d'établir une permanence, une cohérence vis à vis des ancêtres. »

(Boyer Regis, la mort chez les anciens scandinaves, Les belles lettres, 1994, Paris p 72)

Or si vous vous souvenez bien nous avions déjà entrevu ces « prénoms allitérant bretons" dans le pays nantais médiéval :ici.

En effet les cartulaires bretons anciens montrent parfois des situations semblables où nous retrouvons les mêmes éléments chez des personnages d'une même famille.

Ainsi dans cette charte d'Avessac (consultable ici) et datant du 9ème siècle :

« parati fuissent quod plus essent heredes filiii Vusilloc ,id est, Buhedoc, Budmonoc, Vuokeloc , et omne semen eorum in villa que dicitur Botcuton, quam in villa Roinoc que est in Avizaica »

Ceux de la « villa Roinoc » ont tous le suffixe -oc dans leur nom : Vusilloc, Buhedoc, Budmonoc, Vuokeloc et Roinoc.

Même chose dans cette autre charte () , où nous trouvons ces hommes répondant aux doux noms de : Uuorhoiarn, Uuorhasoeu, Uurmhouuen, Uuarher. L'allitération est ici sur le "uu*r" ( "uur" =homme, qui a donné le breton moderne « gour », "uurm" = marron) et qui malgré l'archaïsme de l'écriture devait déjà se prononcer avec un « g » à l'initiale (cf Vallerie Erwan, Diazezoù studi istorel an anvioù-parrez 1995 an Here).

Ces allitérations passant de génération en génération au sein d'une même kenedl (« clan », « famille » bretonne médiévale) pourrait montrer le même souci de cohérence vis-à-vis des ancêtres chez certains bretons médiévaux et une pratique qui semble semblable à celle des scandinaves païens de la même époque.

Cette pratique de faire apparaître un même élément chez les noms d'une même famille n'est pas systématique ,loin de là, peut être s'agit-il d'une coutume déjà désuète à l'époque. En tout cas elle sera remplacée par d'autre pratiques d'attribution d'un prénom.

Bibliographie :

Boyer Regis, la mort chez les anciens scandinaves, Les belles lettres, 1994, Paris

Tanguy Bernard, Les noms d'hommes et de lieux, DVD Cartulaire de Redon. 2005

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 09:43

Malgré sa lenteur légendaire, le site « cadastre.gouv.fr » est un vrai trésor pour les amoureux des noms de lieux et d'Histoire.

La commune de Plessé a attiré assez tôt les curieux et ses noms de lieux ont été bien étudiés (par Hervé Tremblay par exemple). Il faut croire que cette commune cache encore des surprises au vu des toponymes restés discrets mentionnés par cadastre.gouv.

En voici quelques-uns, le manque de formes anciennes appelle cependant à la prudence. Il ne s'agit que de suggestions.

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_Dont quelques noms de lieux bretons :

Clos du Miny :

Présent aussi dans « pré du Miny ». Les plesséens reconnaîtront le même mot que dans « Pont Miny » à Fégréac.

Ces toponymes sont intéressants car ils pourraient indiquer la présence médiévale d'un « Minihi » mot breton désignant un lieu consacré, un lieu d'asile. Le mot breton « minic'hi » devient « miny » en gallo.

Selon Hervé Tremblay : « Le Minihy éventuel de Fégréac pourrait représenter un établissement religieux qui serait à l'origine du pont et aurait perçu des droits. Le cartulaire de Redon évoque des menehi dont celui d'Avessac ».

Toullin :

Nous retrouvons le même élément que dans Toullan : Toull = trou, dépression. Et peut être le mot «lenn = lac. Le trou du lac.

Coimeron :

Semble formé à partir du koed (bois) et d'un élément que nous retrouvons dans Tréveron à Besné. Peut-être un nom d'homme.

Quinhoret :

Semble formé du mot kenec'h (monticule) que l'on retrouve dans Quinhu (guenrouët) ou encore dans Coiquenay à Guémené Penfao. Le second élément pourrait être un nom d'homme vieux breton Uuoret.

Nombre de toponymes bretons sont en rapport avec les sommets et les hauteurs, selon K. Jacskon, ce qui témoigne pour une civilisation d'élevage de bétail. "Les Bretons pouvaient installer une économie d'élevage dans des terrains moins riches pour la culture que ceux qui étaient mis en valeur par les Gallo-romains" (J Y Le Moing).

Carmeil :

Est ce une coquille pour Carheil ? Il y a des chances ! Si non, il serait comme lui formé de Car (lieu fortifié), le second élément serait plus obscur, peut être le prénom Mael.

Trebon :

Nous pourrions y voir une forme de Trebont (village du pont) comme Trébon à Surzur ou Trébont à Muzillac (56 ) ou encore Trebon à Crossac (44) d'ailleurs près d'un pont actuel. Cet endroit se trouve à proximité d'un ruisseau.

Quilly :

Au Nord de la commune, de Kili (bosquet, bocage), classique de la toponymie bretonne, il a aussi donné son nom à une commune des environs (Quilly).

 

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D'autres toponymes obscurs : Trelion, Trenerin, Kernouer, Kerguemer (Carguemetz), Pessin-Nic, Cafeny...

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_Et une masse de noms gallos :

Ces derniers posent moins de problèmes :

Le clos de la fée :

Clos désigne un champ en gallo.

Bois de la lune

Bignon :

Source

Bauche de la noë :

Bauche désigne un pisé et une noë est une plaine humide.

La Seencie :

Sensie, terre grévée du cens

La Cabosse :

Cabosse: grosse butte

Les Tréfoussés :

Ici il ne s'agit pas d'un nom breton en "Tre" mais bien d'un toponyme gallo : Tré (par delà) et foussés (fossés)

La Cheréy :

Le français "-ée" correspond au "-ey" gallo et c'est avec cette diftongue que ce toponyme écrit la Cherée en 1790 est désormais écrit.

**************************************************

En savoir plus :

-www.cadastre.gouv.fr

http://fr.wikipedia.org/wiki/Minihi

Tremblay Hervé, Noms de lieux et itinéraires anciens en Loire Atlantique, Goubault imprimeur, 1996

Le Moing Jean-Yves, Les noms de lieux bretons de Haute-Bretagne, coop Breizh 1990

Quelques microtoponymes plesséens :
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