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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 12:01

Bourc'hig àr glannoù ar Gwilen, Pennestin zo e-mesk ar c'humunioù a vro Naoned bet lakaet e departamant ar Mor-Bihan e grez an Dispac'h Bras.

Gellet e veze klevet brezhoneg ar vro e-doug an XIXvet kantved c'hoazh. Anat eo deomp rak e 1806 e oa bet lakaet e Breizh Izel get an Aotrou Coquebert de Montbret en e studiadenn, hag e 1889 e lâras ar chaloni Le Méné e veze c'hoazh komzet ar yezh-se «n'eus ket gwerso» er gumun.

N'eus ken nemet sellet doc'h ur gartenn evit gwelet ho kwalc'h a anvioù-lec'h brezhonek er gumun: Trehiguier, Kerfalher, Toullan, Men Harzein, Locbran,...

 

Ur stumm komzet.

Bec'h zo bet genin kavout ur stumm komzet d'an diaoul a anv-se evit lâret ar wirionez (pep hani e c'hoari pokemon, goût a rit !). A-benn d'ar fin ema daet ur reskont diget un den savet a gornad Damgan: D. Bodat. Ne vez ket komzet brezhoneg ar vro du-hont ken (a-c'houde penn-kentañ an XXvet kantved) mes chomet ez eus gerioù ha troioù-lâr e galleg an tro-àr-droioù. Sed, doc'h ar pezh en doa klevet a pa oa bugel e veze distilhet /penᵊ'ʃtin/ («penchtin» pe «penëchtin» mar kavit gwell). Netra souezhus enta.

Ha gwir eo, hrevez-an-dailh n'eus ket bet a chañch àr an anv-se a-c'houde gwerso bras. Mar klaskit stummoù kozh e vo atav ar mem sonenn: Penestin e 1557, Penestin e 1565, Penestin e 1630, Pennetin e 1779... (kerofis).

 

Orin ar ger.

A-beban e ta an anv-se enta ? Daou damm a zo ennañ, n'eus ket mar erbet àr an tamm kentañ «penn», Pennestin zo un tamm begenn dalc'het etre ar Mor-Bras ha stêr ar Gwilen. An anvioù e «penn» zo gerioù implijet stank get ar vartoloded evit deskriviñ an aod (evel ar galleg «cap»). Diaesoc'h eo bet kompren an eil tamm mes kredabl bras e tahe diàr ar ger «staen» (G. Buron), skrivet «steinn» a-barzh geriadur Kerampoul. Diàr levezon ur yezh roman (étain) e c'hellahe donet an tamm "e" dirak. Kenese ez eus parlantoù a Greisteiz ar vro douget da lakaat un tamm «e» dirak ar gerioù a sort-se (skeud= eskèd, stêr=estêr lakaomp), pezh a c'hellahe bout un diskosell d'an afer-se ivez me gred.

 

Gwerzh ar staen.

Adal -3000 kent J.K e komprenas an dud penaos gober ur mental nevez, an arem. Savet eo anezhañ diàr kouevr ha staen. Get an ijinadenn-se o doa gellet sevel binvioù nevez ha kaletoc'h doc'h an uz: armoù, dilhad-brezel, ostilhoù a-bep sort ha c'hoazh ha c'hoazh...

Tamm ha tamm en em strewas an deknologiezh-se dre Europa, ar pobloù a veve àr aodoù ar mor Atlantel o doa en anavet diwezhatikoc'h (adal -2500 kent J.K) mes e kreizig-kreiz ur marc'had «etrebroadel»e oant en em gavet rak dober bras o doa pobloù ar Mor-Kreiz a staen (dibaot eo aze). Ar staen prizius-se a oa stankoc'h e kostez Galisia, Kreisteiz Breizh hag e Bro Gernev-Veur. Pell pell amzer e padas ar c'henwerzh-se ha posubl mat e vehe anvet Pennestin diàr an tenniñ-staen pe pandeogwir e tremene marc'hadourion staen Abbaretz dre beg ar Gwilen...

 

Evit gouiet pelloc'h :

Cunliffe Barry, Facing the Ocean, Hardcover, 2001

 

Gerioù diaes ?

Bout a ra gerioù n'anavit ket er pennad-mañ ? Na gemerit ket poan get se ha kit da welet listenn ar gerioù diaes.

 Pennestin hag e anv
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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 08:44

Cette commune est l'une des dernières du pays nantais où le breton nantais a été parlée. En 1830 les anciens pratiquaient encore cette langue selon un témoignage de Paulin Benoist (Buron G. exposition sur le breton de Batz). Elle a donc disparu durant XIXe siècle.

Le nom de Piriac vient du breton, il est constitué du mot «Penn» (tête, bout, pointe) et de l'ancien nom de Guérande: Kiriac, comme le montre les attestations anciennes comme Penceriac en 867 Piriac signifie donc «la pointe de Kiriac».

La forme originelle en *penn-c'heriag a rapidement perdu son «n» ce qui donne des formes en Peheriac (LO) ou en Pihiriac qui apparaît dès le XVe comme dans la carte de 1426 ci-dessous.

 

 

Pour connaître une prononciation de Piriac en breton parlé nous devrons encore une fois rejoindre l'île d'Hoëdic qui est la commune bretonnante la plus méridionale de Bretagne. De plus, Piriac et Hoëdic sont voisines et les deux communautés se côtoient depuis des siècles.

La bas, il existe un toponyme qui va nous aider dans nos recherches : Kasperakis ou Casperaquiz prononcé /kaspjɛratʃis/ (kaspièratchis) en breton local.

Ce nom apparaît sous la forme Pointe de Piriaguis sur une carte de 1693 où l'on reconnaît bien le gentilé des piriacais en breton avec la marque en -iz (par exemple, Naoned= Nantes, Naonediz=nantais).

 

 

Le premier élément de Kasperakis est Kastell réduit en Kas comme le montre cette autre carte de la fin du XVIIIe où ce nom figure sous la forme «Castel Pariadis», avec une confusion entre d et k dûe à la palatalisation. Le /a/ à l'initial s'explique par le fait qu'à l'oral nous avons une diphtongue avec le son /ɛ/ très ouvert. Il faut savoir que les voyelles courtes sont généralement diphtonguées dans le breton de cette zone: "penn" se dit /pjɛn/. Ce nom vient en fait de Kastell Periagiz, le château des piriacais. On peut d'ailleurs ausi voir sur cette carte de 1637 la forme traduite en français de "Pointe de Chasteau Piriac" et sur cette autre de la fin du XVIIe  une demi traduction "Château de Piraguis".

 

Nous avons donc le nom du gentilé de Piriac en breton d'Hoedic : periagiz (les piriacais). Il suffit d'enlever le suffixe « -iz » pour connaître le nom de Piriac sur cette île : Periag.

 

On pourrait pour conclure proposer une évolution du nom breton de Piriac à travers les siècles : Penc'heriag (≈IXe) -> Pic'hiriag/Pec'hiriag (≈XVe)-> Periag/Piriag* (≈XVIIe).

*Une autre forme: "Piriag" est aussi tout à fait envisageable en breton (comme le montrerait la carte de 1693, si elle n'est pas une correction savante), forme qui aurait donné le nom français actuel.

 

Sources :

 

Bernier G. Toponymie nautique des îles de Houat et Hœdic, Norois, n°22, Avril-Juin 1959. p. 200.

Remerciments : Luçon B. et les habitants de l'île.

 

Cartes anciennes :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b5967728z/f240.item.r=H%C3%A9dic.zoom

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53015091d/f1.item.r=Hoedic.zoom

A-vaez da Beriag

A-vaez da Beriag

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 09:55

Pour le quatrième opus de notre série (après La Turballe, Le Pouliguen et La Roche-Bernard) nous allons nous intéresser à une problématique un peu différente, car je l'annonce tout de suite, le nom de Saint-Lyphard en breton parlé n'a jamais été collecté. Cependant nous avons peut être un indice comme nous le verrons plus bas. Suspens, suspens...

 

Saint-Lyphard s'étend donc au bord de la Brière et se trouve aujourd'hui en pays gallo. La langue bretonne a dû y disparaître durant le XVIIIe siècle comme l'indique à la fois l'étude de la toponymie (Le Moing) et les cartes d'époque où figure la frontière linguistique (Nolin puis Homann).

 

Son nom ne change que peu dans les textes, on retrouve la forme savante Sanctus Lyphardus en 1287 (Kerofis).

La commune possède deux noms en gallo : Seint Lifa /sɛ̃lifa/ et Seint Nifâ /sɛ̃nifɑ/.

 

Le second est titillant, vous aurez remarqué que le « l » s'est transformé en « n », c'est peu de chose mais c'est peut-être une prononciation dérivée du breton comme je vais essayer de vous le montrer.

 

En breton saint se dit sant et se prononce selon les cas [sɑ̃nd\t] ou [sɑ̃n], le « n » est donc généralement prononcé (même si ce n'était pas le cas du breton tardif de Batz : [sɛ̃t] (Mathelier).

Ce « n » a parfois tendance à amuïr (faire disparaître) la consonne suivante.

 

On en retrouve plusieurs exemples, comme dans le nom de Saint-Nolff (Sant-Nolf ou Senolf en breton) de l'autre côté de la Vilaine. Vous avez peut être remarqué que ce nom ressemble beaucoup à notre Saint-Molf, eh bien vous avez vu juste car Saint-Nolff apparaît sous les formes Sainct Molff en 1421 par exemple. Nous avions donc un « m » à l'origine qui a été « mangé » par le « n » du mot breton sant.

C'est la loi du moindre effort, deux consonnes étant plus difficiles à prononcer qu'une seule, une a disparue. Sant-Molf prononcé /sɑ̃nmɔlf/ a finalement donné /sɑ̃nɔlf/.

 

La prononciation gallèse de saint-Lyphard a peut-être la même origine : breton : */sɑ̃nlifar/ → */sɑ̃nifar/, puis en passant en gallo : →/sɛ̃nifɑ/.

 

En résumé, la forme gallèse Saint Nifâ pourrait garder en mémoire une ancienne prononciation bretonne de Saint Lyphard qui devait alors  être quelque chose comme *Sant Nifar.

 

Moralité, les noms de lieux gallos peuvent révéler bien des choses !

 

 

Bibliographie :

 

Chassé V. and Institut Chubri. Prénoms de Haute-Bretagne: Déz ptit non en galo. Temps-An Amzer, 2013.

 

Lecuyer F. Le Teinzou dou galo.

 

Auffray R. Le Petit Matao, Rue des scribes, Rennes 2007

 

Mathelier Y, Le guérandais, mémoire de master, s.l, 2005

Site :

Kerofis : http://www.fr.brezhoneg.bzh/40-kerofis.htm

 

Sant-Nifar ?

Sant-Nifar ?

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 10:28

Troisième épisode de notre série «le nom breton de X» où nous abordons le thème des noms de communes du pays nantais en breton parlé. Après La Turballe et le Pouliguen c'est au tour de ce joli bourg posé sur la Vilaine que l'on appelle en français La Roche-Bernard.

 

La langue bretonne a probablement disparue assez tôt dans le bourg lui-même, peut-être vers le XVe, même si le manque de toponymes dans cette commune minuscule n'aide pas vraiment à se faire une idée (on a bien le ruisseau du Rodoir où l'on reconnaît le mot roudour désignant un gué).

 

En revanche elle est restée vivante beaucoup plus tardivement dans les communes des alentours (Férel, Herbignac, Arzal,…). Les bretonnants de la zone ont donc toujours fréquenté ce port qui avait une certaine importance économique et politique.

 

En gallo le nom le plus fréquent de la Roche-Bernard est simplement La Roch, en breton aussi, les habitants des environs disent/disaient simplement Ar Roc'h (prononcé avec une diphtongue : /ə ʁoa/).

 

Mais lorsqu'il faut lever toute ambiguïté car d'autres «roch» ou «roc'h» existent (Roc'h-an-Douar pour Rochefort-en-Terre par exemple) il faut bien rajouter quelque chose ! Mais Bernard est là pour vous aider…

 

En gallo on dira alors La Roch Bernâ, la forme longue est plus difficile à trouver en breton mais il semble bien que c'était Ar Roc'h Bernar (H. Le Bihan). C'est d'ailleurs aussi la forme que l'on retrouve dans les anciens horaires de trains en breton au début du 20e.

 

Dans cette publicité de 1914 vantant les mérites d'un médicament contre la diarrhée en breton (cette référence ne restera pas comme étant la plus glamour du blog) on peut voir le nom de Bouchard à la Roche-Bernard (Bouchard ér Roh), avec la forme courte donc.

 

 

(Diarrhol soigne complètement en un jour ou deux  la dysenterie ou la diarrhée des veaux, des vaches, des chevaux, des poulains -6 réaux la boîte- en vente dans les meilleures pharmacies...)

 

Ici il est question des arrêts de trains dans le Morbihan où l'on retrouve une forme longue : Er Roh-Bernard.

 

(La compagnie des chemins de fer du Morbihan fait savoir à tous que l'arrêt de Séréac entre la gare de Muzillac et celle de Diston (Ligne de Vannes à la Roche-Bernard) est ouverte aux gens sans gros bagages ni chiens, à partir du 5 juin 1907)

 

En conclusion, Ar Roc'h pour les intimes ou Ar Roc'h Bernar devant les "hors-venus" !

 

Bibliographie.

 

ar Bihan, Herve.'Anvioù Parrezioù ar Mor-Bihan', Hor Yezh 162, 1985 p.1-90.

 

Auffray Régis, Le Petit Matao, Rue des scribes, Rennes 2007

 

Revue Dihunamb numérisée par Gallica.

 

Ar Roc'h

Ar Roc'h

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 14:10

« Supplie, s'ilz treuvent quelque langage mal aorné par deffaults d'elegance ou plaisant stille, qu'ils l'aient pour excusé, attendu qu'il est natif de Bretaigne et que françois et breton sont deux langaiges moult difficiles a disertement prononcer par une mesme bouche ».

 

C'est ainsi que s'excuse l'historien Alain Bouchart né dans la presqu'île du Croisic vers 1440 dans ses Grandes Croniques de Bretaigne publiées en 1514. Il montre que même s'il était issu d'une grande famille: les Boucharts de Kerbouchard (Bourg de Batz), la langue maternelle d'Alain était le breton.

 

(Alain Bouchart)

 

Alain Bouchart eu une vie bien remplie. Il fut tour à tour notaire, maître des requêtes à la cour du duc de Bretagne, historien, ... et même pirate ! (il participe a des actes de piraterie contre des navires génois, allemands et espagnols entre Belle-Ile et Noirmoutier).

Les archives concernant ces pirates croisicais médiévaux montrent, sans surprise, que la langue bretonne s'entendait à bord. Par exemple, le capitaine Guillaume Trimau qui menait des actions contre les espagnols en 1530 était surnommé "Bihan" qui signifie "petit" en breton.

 

Mais revenons à Alain Bouchart, il est question plusieurs fois de la langue bretonne dans son œuvre. Il décrit, par exemple, la situation linguistique de la Bretagne par la division en trois groupes de trois évêchés (courante à l'époque) :

 

en troys dicelles eueschez comme Dol, Rennes & Sainct Malo, lon ne parle que langaige francois : en trois autres, Cornoaille, sainct Paul & Treguer, lon ne parle que langaige breton, qui est pour tout vray le propre langaige de Troye : & en Nantes, Vennes & sainct Brieuc, lon parle communement françoys & breton.

 

En cette fin du XVe il y avait donc trois évêchés de langue française, trois de langue bretonne et trois mixtes. Cette situation linguistique sera encore d'actualité jusqu'au début du XXe .

La mention de la ville antique Troie est due à une croyance médiévale selon laquelle le breton était la langue des troyens (!).

 

Alain Bouchart donne parfois des indications linguistiques, des traductions:

 

« Daniel appellé drem ruz, qui vault a dire en françoys face vermeille, fut couronné roy de Bretaigne... »

 

Ou encore:

« Vterpandragon : pandragon est langaige breton qui vault a dire en francois teste de dragon. Et pour ce, cy apres, le nommerons doresnauant Vterpandragon. »

 

(Kerbouchard à Batz-sur-mer, village d'origine de la famille)

 

 

Faux modeste ?

 

 

Alain Bouchart s'excuse donc de son français, mais il faut bien l'avouer, il ne parle pas du tout le « galleg saout » (mauvais français). Rien d'étonnant en réalité puisqu'il a fait des études et a dû côtoyer des francophones dès son enfance. Il maîtrise cette langue parfaitement. De plus son œuvre a été relue par plusieurs personnes (lui même et sans doute par les imprimeurs), sans parler des multiples éditions, avec plusieurs corrections.

J'ai tout de même cherché de potentiels bretonnismes passés entre les mailles du filet mais pas de quoi en faire un bouquin; de plus ils pourraient aussi s'expliquer par de simples coquilles de l'imprimeur.

 

(La bataille d'Auray selon les Grandes Croniques de Bretaigne)

 

Par exemple :

 

 

° Près Londres dans la version de 1514 a été corrigé plus tard par près de Londres

 

En breton on dira « e-tal Londrez » ou « e-kichen Londrez » (mot à mot : à côté Londres)

 

° commencea estre corrigé par commencea à estre

Le breton « deraouiñ » comme « komañs » ne fonctionnent pas forcément avec une préposition.

 

ha deroù a rae Youann soñjal e oa e vreureg un den a-vod (Dihunamb)

(et Yann commençait (à) penser que son beau-frère était génial)

 

En breton médiéval on aurait quelque chose comme *e zezrouas bout (...commencea (à) être…).

 

°Peut-être aussi une confusion assez courante dans la phrase suivante, due à la préposition bretonne get qui signifie à la fois « avec » et « par » :

 

Or pour retourner a nostre premier propos, apres que les Rommains eurent ete receuz a rençon auecques ses Bretons

 

J'imagine que Bouchart voulait plutôt dire *par ses Bretons

 

Ce type de bretonnisme est très vivant parmi les locuteurs de français en Basse-Bretagne et des phrases comme « je n'osais pas lever la tête avec la honte » (H. Lossec) sont encore courantes.

 

 

Malheureusement le texte est en prose, il est donc difficile de trouver des bretonnismes phonétiques comme nous l'avions fait pour le briéron Guillaume De Saint André (article par ici).

 

 

 

 

Bibliographie :

 

Bouchart A. Les grandes croniques de Bretaigne (en ligne)

 

Auger M-L, Variantes de presse dans l'édition de 1514 des "Grandes croniques de Bretaigne" d'Alain Bouchart, dans Bibliothèque de l'école des chartes, n°141, 1983

 

De la Borderie A. Études bibliographiques sur la chronique de Bretagne d'Alain Bouchart, Caillère, Rennes, 1909

 

Lossec H. Les bretonnismes, Skol Vreizh, Morlaix, 2011

 

Gallicé A.  "Les bavures de l’action corsaire : l’exemple du Croisic, 1450-1540", Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 2002

 

 

La tour Saint Guénolé et le moulin de la falaise depuis Saint Nudec.

La tour Saint Guénolé et le moulin de la falaise depuis Saint Nudec.

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 15:42

Second article de la série « Le nom breton de... », après La Turballe, voici le tour du Pouliguen.

Cette commune est l'une des dernières communes bretonnantes de Loire-Atlantique, la pratique de cette langue y a disparue durant la seconde moitié du XIXème siècle.

 

Extrait de La Loire-Inférieure, sorte de guide touristique du XIXème:

«A Batz et au Pouliguen, village qui en dépend, hommes et femmes parlent le breton du dialecte vannetais, contrairement à leurs voisins qui s'expriment en français mélangé de quelques expressions bretonnes »

(G. Touchard La Fosse, La Loire-Inférieure, 1851)

 

D'un point de vue étymologique, il n'y a de mystère pour personne et le nom du Pouliguen est directement compréhensible par un locuteur de breton. Il est formé de poull (trou d'eau, anse) et de gwenn (blanc, sacré). Ar Poulgwenn. Tout est dit.

 

Le problème du sens est réglé, voyons voir du côté de la ou des prononciations.

 

Turballais et bretonnant de naissance (d'Hoëdic), R. Allanic le prononce /puldʒɥɛn/ (pouldjùènn), sa prononciation pourrait être influencée par sa connaîssance de l'étymologie du mot.

Nous avons aussi la chance de connaître la prononciation locale qui était quelque chose comme /əʁ'puljɛ̃n/ (ër poulyain-n). Ces deux prononciations montrent une palatalisation du /g/ à différents degrés: g-> dj->y

 

À ce propos, voici un document intéressant. Une carte anglaise du début du XVIIIème qui montre pas moins de trois prononciations différentes pour le Pouliguen. Manifestement la personne qui a fait cette carte ne connaissait pas bien la région et a cru qu'il s'agissait de trois ports différents.

 

(Des ravages du muscadet chez les marins anglais...)

 

Pouleguin= Semble découler d'une forme romane avec guin prononcé «guain».

Polegen= Pourrait être beaucoup de choses.

Pulien= Rappelle fortement la prononciation bretonne locale.

 

À noter qu'il existe aussi manifestement plusieurs prononciations en gallo, comme la très bretonne "L'Pouliqènn" (Teinzou dou galo, F. Lecuyer). Le son /k/ au lieu de /g/ doit avoir pour origine un sandhi en breton (ici un durcissement de consonne): ar poulgwenn-> ar poulkwenn. C'est un phénomène fréquent en breton, que l'on retrouve dans le nom de Roscoff par exemple (de Ros+Gov-> Roskov-> Rosko). 

 

 

Bibliographie:

 

Mathelier Y, Le guérandais, mémoire de master, s.l, 2005

The New York Public Library.

Le nom breton du Pouliguen
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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 17:09

Nous avions vu dans un article précédent les mots gallos empruntés par le breton. Cette fois nous ferons l'inverse (emprunts et substrats bretons).

Avant tout, il est important de préciser que la tache n'est pas simple, et il y a bien des pièges sur le chemin de celle ou celui qui cherche des mots bretons en gallo.

 

Piège 1. Le breton a emprunté bien plus au roman que l'inverse.

Les parlers romans jouissaient autrefois d'un prestige que le breton n'avait pas. Il était de bon goût d'emprunter au roman parmi les bretonnants alors que les emprunts des locuteurs de gallo/français sont souvent dépréciatifs. Lorsqu'un mot est commun au breton et gallo, s'est souvent un emprunt du breton au gallo.

 

 

Piège 2. Le gaulois.

Le breton et le gaulois sont deux langues de la même famille. Une grande partie du département a parlé succèssivement ces deux langues proches. Il n'est pas toujours simple de savoir si un mot celtique en gallo est breton ou gaulois. Pour trancher, il faut regarder si ces termes existent dans des zones où le breton n'a jamais été parlé.

 

Dans cet article nous ne nous intéresserons qu'à la zone située à l'est de Guérande. À l'ouest de celle-ci le contexte est trop différent car encore bretonnant à l'époque moderne voir contemporaine.

 

Lorsque le mot n'est pas suivi d'une indication de lieu c'est qu'il est utilisé un peu partout.

 

A-droezz: (Châteaubriant: F-Lecuyer) De côté.

Semble venir du breton a-dreuz (de travers). Sans doute un emprunt argotique.

 

Agouvrë (Derval, Guémené-Penfao,source : Pihern): Dot.

Du breton “argouvroù” (dot). À rapprocher du cornique “argovrow” et gallois “argyffrau”.

 

Anouyèrr (Herbignac, source : F-Lecuyer) : Génisse.

Du breton “annoer” (génisse). Répond au cornique “annor” et au gallois “annair”.

 

Bëlion. Gros cailloux.

S'il n'est pas gaulois, ce mot pourrait venir de la racine bretonne “bilienn” (galet). Dans tout les cas il est issu du celtique “bul” (pierre ronde).

 

Begen, beyen : Lombric.

Du breton “buzhugenn” (lombric), certaine formes du breton vannetais sont très proches: “bugen” à Hoëdic ou encore “begen” vers Damgan. Paradoxalement, le mot breton pour le vers de terre a la peau dure. Ce terme est resté vivant en gallo. Mais c'est aussi un des mots bretons passés en français de Basse-Bretagne sous la forme “buzhug”.

Ce mot a des dérivés comme “bighenée” (liasse de vers pour pêcher l'anguille). Ce mot a été très tôt repéré comme un mot indicateur. En effet, il y a des communes où l'on dit “begen” et d'autres “âchè” pour ce petit animal. La présence du mot “begen” en gallo local indiquerait la présence ancienne de la langue bretonne dans la commune.

À noter cependant que des formes proches semblent exister ailleurs (autours de Bordeaux), sans doute à cause du substrat gaulois.

(Atlas linguistique de France. Begen, âchè et ver)

 

Botogètt (Brière, F-Lecuyer). Sorte de sabot surmonté de cuir.

Du breton “botoù-koed” (sabots). Le mot bicacouaq à Sainte-Reine-de-Bretagne, de même sens, pourrait peut-être en être une corruption.

 

Berlu (Campbon : F-Lecuyer, Chauveau) : Digitale.

Vient du breton brulu de même sens. Cf cornique brylu (roses) et briallu (primevères) en gallois. Ce mot semble rare en pays nantais.

 

Berzounèt. Locuteur de breton (fem : berzounètt).

Du breton "brezhoneg" (langue bretonne).

 

Carriqhèll. Charrette à bras.

Du breton “karrigell” (brouette). Mot encore assez populaire.

 

Carvengn, Qervengn (source : revue Pihern). Charogne

Du breton “karvan” (charogne, gencive, mâchoire), à rapprocher du gallois carfan.

 

Corzeo (Brière, La Madelaine). Roseaux.

Du breton “korz” (roseaux), à rapprocher du gallois “cors” et du cornique “cors”.

 

Coscorée (secteur du Grand-Fougeray, source : F-Lecuyer). Une grande quantité.

Du breton “koskor” (serviteurs, ensemble du personnel d'une maison). Correspond au gallois “cosgordd”. 

 

Craïsant (Bouvron, source : Maillard). Carrefour.

Du breton “kroaz-hent” (carrefour).

 

Fonnabl (Brière, La Madelaine ). Rapide.

Du breton “fonnabl” (abondant, rapide) formé à partir de “fonn” et répond au gallois “ffyn”. Ces mots viennent cependant du latin “fundere” (répandre).

 

Gronner (Brière, La Madelaine). Envelopper.

Du breton “gronn” (enveloppe), “gronniñ” (envelopper) qui répond au cornique “gron” (idem.) et au gallois “crymo” (compact). Ce mot est aussi connu en pays guérandais.

 

Héch. Carex.

Du breton “hesk” (carex). Correspond au cornique “hesk”, au gallois “hesg”, à l'irlandais “seisc”.

 

Loyè (Guémené-Penfao, source: Pihern), noyè (Guénouvry, source : Delanoe), oyao (La Madelaine). Coffin, corne de faucheur.

Du breton “hogell” (coffin). Après une palatisation du “g” et disparition du “l” final, le mot a donné *hoyè d'où “oyao” en Brière. Avant de se voir rattaché un “l” ou un “n” à l'initiale par fausse coupe dans les communes plus à l'est: “un hoyè → noyè” et “l'hoyè → loyè”. Encore plus à l'est on utilise un autre terme “boetiao” (Sion).

 

"Ma doue benniget !" (Saint-Malo de Guersac). Bon diou ! (juron)

Du breton "Ma doue benniget", les jurons devaient mieux passer en breton. Emprunt arg.

 

Mahô. Locuteur de breton.

Du breton "mav" (jeune homme).

 

Oualë. Pleurer

Voir cet article.

 

Pobran (Pornic, Presqu'île: Chauveau): Bouton d'or.

Du breton pav-bran de même sens (litt. Patte de corbeau). Mot connu dans la presqu'île et autour de Pornic.

 

Pégemènn (Fégréac, source : F-Lecuyer). Argent.

Du breton “pegement” (combien). Emprunt récent et argotique.

 

Penbass (Guémené-Penfao, source : E-C p.31). Bâton.

Du breton “penn-bazh” (bâton). Emprunt récent et argotique.

 

Pratèll (Fégréac, source : F-Lecuyer). Pré

Voir cet article.

 

Qhengnë (Guémené-Penfao, source : Pihern). Paître au ras du sol. Enlever la peau.

Du breton “kignat” (enlever la peau), à rapprocher du gallois “cynnu” (détartrer). E. Ernault cite le mot gallo “quigner” dans les environs de Saint-Brieuc.

 

Qhett (Plessé). Rien du tout.

Du breton “ket” (rien). Fonctionne avec les verbes “entendre” et “comprendre”, “j'y comprend qhett !”. Cette expression est aussi connue dans une commune du Maine. Sans doute un emprunt récent.

 

Qhic (Plessé). Mauvaise viande, carne.

Du breton “kig” (viande).

 

Tonn (Brière, La Madelaine). Surface de la terre.

À rapprocher du breton et de l'irlandais “ton” (peau, surface). Ce mot était aussi connu en gaulois “tona” (surface, peau) qui a donné le mot “tonneau” en français (de “peau/surface”, le sens a dérivé à celui de récipiant..., la “peau” du vin).

 

Trenchon. Oseille

Du breton “triñchon” (oseille), à rapprocher du gallois “dringon”, et dérivé de “trenk” (aigre). Ce mot, comme “begen”, est bien connu dans l'ouest du pays nantais.

 

 

Sources :

 

Plessé : collectages personnels auprès des époux Desbois.

Saint-Malo de Guersac : J. Evain (famille)

 

Ernault E. Mots et expressions celtiques dans le gallot de Haute-Bretagne, Revue celtique, T.V, Vieweg, Paris, 1881 p.218

 

Ernault E. Etymologies bretonnes, 3, Ket, Annales de Bretagne, tome 15, 1889, p 56.

 

Capelle C. Le gallo et les langues celtiques. Édition commune, Rennes, 1988

 

Chauveau, J-P. 1985. 'Quelques emprunts du gallo au breton', La Bretagne Linguistique 1, CRBC.

 

Gilliéron J et Edmont E. Atlas Linguistique de France, Champion, Paris, 1910

 

Delanoë, V. Chat d'écureuil et pomme d'orange, s.n, Guénouvry, 2003

 

Mikael, Y., & Cogrel, E. Pays mitaw, pays breton: histoire, linguistique & toponymie d’un pays breton entre Loire et Vilaine. Blain: Pihern. 2010

 

Cogrel, E. Eugène Cogrel raconte, Groupement culturel Breton des pays de Vilaine, 2012

 

Maillard, A. Le parler du pays de Bouvron. Ploudalmézeau: Label LN. 2009

 

Deshayes Albert, Dictionnaire étymologique du breton, Chasse-marée, Quimper 2003

 

Association la Madelaine d'hier et d'aujourd'hui, Parlers et patois de la Madelaine...en Brière, Saint-Nazaire association, 2008

 

Dictionnaire de gallo en ligne : Lecuyer Fabien, http://teinzoudougalo.unblog.fr/teinzou-dou-galo

 

Französisches Etymologisches Wörterbuch : https://apps.atilf.fr/lecteurFEW/index.php/

Entre Lanhio et Bréca

Entre Lanhio et Bréca

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 12:43

Nous nous penchons assez souvent sur l'anthroponymie médiévale dans ce blog. Ces prénoms médiévaux étaient, sans surprise, souvent bretons puisque cette langue y était active. Mais qu’en est-il de l'autre côté de la Loire, dans le pays de Retz du Haut Moyen-Âge ?

 

Situation linguistique du pays de Retz au Moyen-Age.

 

Les noms de personnes ne sont pas un bon marqueur de la langue réellement utilisée. Ce n'est pas parce que l'on porte un prénom d'une langue X que l'on parle cette langue X. Beaucoup de « Gwenolé » ne parlent pas breton aujourd'hui, beaucoup de Kevin ne parlent pas irlandais et beaucoup d’Élisabeth ne parlent pas hébreu. Il en était de même au Moyen-Âge. L’existence de prénoms bretons ne prouve pas la présence de la langue.

Pour le faire il vaut mieux regarder du côté de la toponymie, appeler son champ par un nom breton implique forcément la connaissance de cette langue. Pour en savoir plus la situation toponymique du pays de Retz (assez perturbante d'ailleurs) je vous renvoie à ce très bon article.

Au Haut Moyen-Âge, le pays de Retz est roman. Cependant des toponymes bretons épars, surtout sur la côte, impliqueraient la présence d'une minorité bretonnante médiévale. Malheureusement on n'en sait guère plus.

 

(Gourmalon en Pornic)

 

Exemples de prénoms breton dans le pays de Retz.

 

Voici quelques exemples du cartulaire de Redon. À gauche vous trouverez le prénom « normalisé », la version originale dans le texte latin, et la signification du prénom (cf article sur les prénoms bretons).

 

Urvoed (latinisé en Urvodius) (XIè siècle), forme latinisée du prénom Urvoed (Ur= héritage + moed=puissant), ce dernier était le prètre de Chauvé.

 

Riwalon (lat. : Rivallonus), père du précédent. (Ri= roi + gwal= valeur)

 

Catwalon (lat. Cathuallonus), témoin à Frossay le 28/10/1100. (Cad=combat+gwal=valeur)

 

Morvan (lat. Morvanus), témoin à Prigny le 16/07/1103. (mor= grand + man=sage)

 

Glemarhoc (Lat. Glemarhocus), témoin à Prigny le 16/07/1103. (gleu=brave+marhoc=chevalier)

 

Iarnogon (lat. Jarnogonus), témoin à Prigny le 16/07/1103 (iarn=fer+kon=guerrier/chien-loup)

 

Helogon (Lat. Helogonus), témoin à Prigny le 16/07/1103 (hael=généreux+kon=guerrier/chien-loup)

 

Rohoiarn (idem), témoin à Prigny le 16/07/1103 ( +hoiarn=fer)

 

Ewen (lat. Eueno), témoin à Prigny le 16/07/1103 (bien né)

 

Iudicael (lat.Judicaele), témoin à Prigny le 16/07/1103 (iud=seigneur+hael=généreux)

 

Tangi (idem), fils du dernier (tan=feu+ki=chien)

 

Kadoc (lat. Kadoci), témoin à Prigny le 16/07/1103 (kad=combat)

 

 

 

 

(L'acte de Prigny de 1103, pour prendre un acte riche en noms d'Hommes, présente environs 26% de noms bretons)

 

Autres sources :

 

Iuduel, fondateur de la chapelle Saint Guénolé à Prigny en 1038. (iud=seigneur+hael=généreux)

 

Gourmalon, toponyme à Pornic (gour=homme+mael=prince)

 

Harscoët, second seigneur de Retz (houarn=fer+skoed=écu)

 

Minorité bretonnante au sein d'un pays majoritairement roman ou effet de mode ? Le mystère reste entier.

Certains noms d'hommes sont arrivés jusqu'à nos jours, par les noms de famille (Mainguy) ou la toponymie: Gourmalon à Pornic.

Banquet chez le Tiern (prince), troupe Letavia

Banquet chez le Tiern (prince), troupe Letavia

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 08:36

Les langues ont toujours emprunté des mots à leurs voisins et c'est bien sûr aussi le cas de la langue bretonne. Pour des raisons sociales, la langue bretonne à largement emprunté au gallo, ou plus généralement aux langues romanes, alors que de son côté le gallo a très peu emprunté au breton, et le substrat breton y est minime. La situation de ces deux langues pourrait rappeler celle des îles britanniques où la langue anglaise s'est étendue sur des territoires autrefois celtiques mais n'a que très peu emprunté à ces langues, alors qu'à l'inverse le gallois et les langues gaélique comptent de nombreux anglicismes. Ces dernières ne jouissaient pas du même statut dans les représentations de l'époque.

Nous verrons un choix de quelques mots bretons, empruntés au gallo ou plus généralement à une  langue romane.

 

Le titre est un clin d’œil à un autre article « quand les gallos imitent les mahos », le mot « maho » désigne les bretonnants en gallo et serait formé du breton « mav » (jeune homme).

 

Jediñ : Calculer.

à rapprocher du poitevin « jeter » (connu en Vendée par exemple) signifiant aussi « calculer ». Ces mots ont la même origine que le français « jeton ». Les jetons servaient en effet à l'origine à calculer. En gallo nous ne trouvons plus que « carqhulë » dans ce sens, les zones alentours connaissant ce mot, il est très probable que les gallaisants aient connu puis perdu ce verbe.

 

Boutin : En commun.

Ur park boutin c'est un champ commun en breton, un cllos boutin c'est un champ commun en gallo (il y a un "pré boutin" à Crossac).

Petit mot fort pratique « boutin » à la même origine que le français « butin » ou que l'anglais « booty ». En effet « butin » avait en moyen-français la même signification que nos langues bretonnes : mettre quelque chose à butin = mettre quelque chose en commun.

Les abeilles « butinent » est c'est encore le même mot. Elles vont ça et là puis regroupent, mettent en commun.

Ce mot semble germanique (haut-allemand bute, proie) et serait passé dans nos langues par le jargon maritime.

 

Flour : Doux.

Ce mot vient d'un mot roman pour fleur. Peut-être bien le gallo où ce dernier se dit « fllour ». L'anglais « flour » (farine) a d'ailleurs aussi la même origine romane, « la fleur de farine ». On le retrouve encore dans le breton « floudelis » (fleur de lis ).

 

Brav : Beau

On voit parfois ce mot donné comme un emprunt au roman. Le gallo dit en effet « brave », ce mot « brave » est aussi connu en français et dans bien d'autres langues romanes (italien, espagnol, occitan,...). Mais il est aussi bien connu dans d'autres langues celtiques (braf (agréable) en gallois brea en irlandais). Les dictionnaires sont souvent peu loquaces sur l'origine de ce mot. Mystère donc.

 

Nouelenn : Chant de Noël.

Emprunt à un mot roman. Noël se prononce « nouel » dans de nombreux endroits de Haute-Bretagne (Guémené-Penfao, Nivillac,...) ou encore "noué" (Brière). Une autre prononciation : naù à Cordemais.

 

Señdegri / Jeñdegri : Datura.

Dans le Morbihan on utilisait la datura (plante hallucinogène) pour faire de mauvaises blagues et la jeter dans le cidre. En pays gallo c'est de la « cendre de gris » que l'on jetait dans le cidre avec le même but. La manière est différente mais l'usage et le but sont les mêmes, les bretonnants ont emprunté l'expression « cendre de gris ».

 

A-gri : Beaucoup, en grand nombre.

Expression vannetaise qui fait beaucoup penser à une expression gallaise du pays nantais « a-griy » de même sens (Guémené-Penfao). Ce mot est un bon exemple de la complexité des recherches étymologiques entre breton et gallo lorsque le substrat celtique ancien s'en mêle. Le gallo nantais « griy » doit avoir la même origine que le béarnais « grei » désignant un troupeau, que l'on retrouve dans le moyen- français « grège » de même sens, qui à donné l'actuel « grégaire », bien. Cependant cette racine est celtique et se retrouve en breton « gre », en gallois « gre » et en irlandais « graigh ». Alors qui à piqué à qui ?? L'absence de mutation (on dit a+goude= a-c'houde, mais nous n'avons pas eu a+gre=*a-c'hre) me fait pencher plutôt pour un emprunt du breton au gallo mais sans certitude.

 

("et ne pas le boire abondammant comme ça", Dihunamb)

 

Riboulat :Déambuler, circuler.

 

En Brière le verbe « ribouler » veut dire « tomber en roulant ». Ribouler existait aussi en français avec les sens primitif de « rejeter une boule » aux jeux (d'où le nom "re-boule-er"), puis par glissement : frapper, repousser et rouler.

 

Rabin : Allée d'arbres.

Se dit aussi en gallo « rabine » avec le même sens. Ce mot veut dire primitivement « champs de raves ».

 

Chasplouzenn : Chenille.

 

En gallo nous retrouvons le même mot : « chaplouzz ». Ces termes ont la même origine que l'anglais « caterpillar » et dérivent du vieux français « cate pelose », « chat pileux».

 

Kos-enn : Charançons, vers intestinaux.

 

En Brière on parle de “cô” pour les charançons, ce mot se retrouve aussi à l'est de la Bretagne et dans les autres langues d'Oïl, souvent sous la forme “cosson” dans le Coglais et jusqu'en Suisse romane. Ce mot se retrouve aussi en moyen-français : cosson. Tous sont dérivés du latin “cossus” qui désigne une sorte d'insecte.

 

 

Tabut: Dispute .

 

Ce mot est aussi connu en gallo, par exemple dans le verbe tabutë (chercher des noises), se tabutë (se tracasser). Le mot tabut se retrouve en fait dans presque tout le domaine d'Oïl avec le sens de tapage, fracas. Il est attesté en moyen-français où tabuster signifie «se quereller» et tabut «fracat». Tout ces mots dérivent probablement d'une onomatopée (comme «tapage», «taper», faire une «tape»...).

 

Judell: Foulque.

 

C'est l'un des noms bretons d'un petit oiseau des marais. En gallo on dit aussi judell pour le même animal. Dans d'autres endroits ou à d'autres époques, il désigne aussi des oiseaux physiquement proches de la poule d'eau: joudelle ou jodelle en moyen-français. La forme judelle se retrouve surtout dans l'ouest, plus au sud on a des formes proches du moyen-français joncelle comme jôzelle (Vendée)...

 

 

Kouezhañ e bod (breton de Groix) : Tomber en ruine.

 

"Êtr en bott" c'est être en ruine dans gallo nantais. On dit aussi "tomber en botte" qui est l'équivalent exact de l'expression groisillonne. Cette expression peut-être entendue outre Altantique, au Québec et dans les Antilles. Tomber en botte c'est donc tomber comme une botte (de foin).

 

 

 

Français de basse-Bretagne :

 

Curieusement il semble que quelques mots gallos se trouvent en français de Basse-Bretagne sans qu'ils soient connus en breton.

 

Pignou-se :

Emprunt au gallo. À rapprocher du français piailler, de l'ancien français « pignier ». Ces mots sont d'origine onomatopéique.

 

 

Sources :

Piette Jean-Raymond-François, French loanwords in middle Breton, University of Wales, Cardiff : 1973

Französisches Etymologisches Wörterbuch

Deshayes Albert, Dictionnaire étymologique du breton, Chasse-marée, Quimper 2003

Association la Madelaine d'hier et d'aujourd'hui, Parlers et patois de la Madelaine...en Brière, Saint-Nazaire association, 2008

Quand les Mahos imitent les Gallos
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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 20:17

La toponymie, un peu comme l'archéologie, permet quand elle est bien utilisée de remonter le temps. Nous ne remontrons pas le temps avec des châteaux ou des céramiques mais avec des mots.

La toponymie nantaise est essentiellement romane, avec quelques noms de lieux gaulois, et quelques rares toponymes bretons.

 

Nantes est une ville et pose donc un problème, les citadins ont une fâcheuse tendance à créer des toponymes à partir de noms d'Hommes. (aah le genius-loci n'est vraiment pas mort!). Il faut donc souvent sortir de l'intra-muros pour trouver de « vrais toponymes ».

 

1) Gallo

 

Voici quelques toponymes romans, assez typique du pays gallos qui ne sont pas forcément transparents pour un francophone :

 

Le Bignon : En gallo un « bignon » désigne une source.

 

Doué Garnier : Le « doué », c'est le lavoir en gallo dont un certain Garnier était le proprio.

 

La Noë Lambert : Une noë, c'est un terrain bas et humide en gallo. Vu l'emplacement de la ville de Nantes, il n'est pas étonnant de retrouver ce mot plusieurs fois.

 

La Nouëtte (1857) : la petite noë.

 

le Clos Ferré : Un « clos » c'est un champ « clos ». Ferré est le nom d'un ancien propriétaire.

 

La Sausaie : La sauze c'est le saule, la « sausaie » est donc le lieu planté de saules.

 

Le Pré d'Eubas (1771): Plus souvent nommé « pré d'Aval » (une forme normalisée?), Eubas vient du gallo « abas », le sud ou le bas d'une zone. Ce toponyme répond au « pré d'amont ». Tous deux sur la petite « Biesse ».

 

La Boire de Toussaint : « boire » désigne dans les parlers de la basse Loire une sorte de petit golfe formé par le fleuve. Il existait plusieurs « boires », par exemple la boire des Recollets.

 

Les Ecrois : Désigne un dépôt de sédiments (sable, gravier,...) transporté par le courant ("alluvion" en français). A l'est de l'île de Nantes.

 

La Musse : Une "musse" est un passage dans une haie.


L'Echallier: Sorte d'échelle pour passer par dessus les haies.

 

Le Houssay : Lieu planté de « houx ».

 

(Chantenay, carte non datée, sans doute du XVIIIe)

 

 

Noms de propriétaires.

 

Une grande partie des noms en « -ière » sont construits de telle sorte :

Nom de propriétaire ancien+ (i)ère.

 

Thébaudière : Terres du dénommé Thébaud.

 

L' Angevinière : Terres du dénommé Angevin.

 

La Guillotière : Terres du dénommé Guillot.

 

La Morrhonière : Terre du dénommé Morrhon (peut-être du surnom gallo « mohon » mot péjoratif désignant un asocial)

 

La Tortière : Terre du dénommé Tort (signifiant « tordu »)

 

Ces noms en -ière apparaissent à partir du XIème siècle.

 

 

Les toponymes romans représentent la quasi-totalité de la toponymie nantaise. Ce n'est pas vraiment une surprise puisque c'était la langue de ses habitants. Cependant une autre langue devait s'entendre fréquemment dans les rues de la cité des ducs de Bretagne.

 

 

 

2) Breton

 

En 1491, un chevalier originaire de Cologne entreprend un long voyage. Durant son voyage ce dernier écrit des petits lexiques des langues qu'il entend dans les villes visitées. Et il note à Nantes, surprise...du breton.

Ce n'est en fait pas si surprenant que ça, car les bretons « tonnants » ont toujours été nombreux dans cette ville. D'abord ceux de passage : paludiers du pays guérandais, marchands bas-bretons, marins de toute sorte, nobles venus de Basse-Bretagne en visite ou dans la cour ducale…

Mais aussi les pauvres venus des territoires encore bretonnants du pays nantais ou d'ailleurs en Basse-Bretagne. Ces derniers se seraient manifestement regroupés dans certains quartiers du nord et de l'ouest de la ville dès le Moyen Âge (cf B.luçon, ). Les derniers « quartiers bretons » en date (peuplés surtout de cornouaillais), encore bien vivant dans la mémoire des nantais, étaient ceux de Chantenay (Sainte Anne, Ville-en-Bois, Saint-Clair,…) où la messe sera en breton jusque dans les années 30. Témoignage surprenant, on m'a raconté l'histoire d'un homme né et mort à Chantenay au début du XXème sans jamais avoir appris le français.

En fait, même si les « mahos » comme on les appelait, ont toujours été nombreux, leur empreinte a été nulle sur la toponymie. Ces derniers apprenaient vite la langue locale, et après une ou deux générations nous avions de vrais nantais ne sachant plus un mot de breton.

 

Cependant, comme dans les communes des alentours (Saint-Herblain, Couëron, ...), il existe à Nantes quelques toponymes bretons qui se battent en duel. Voici sans doute le plus connu :

 

Carcouët : Celui-là pète aux yeux. À l'ouest de Nantes, il semble formé de « Car » (lieu fortifié) et de « coët » (bois). Ce n'est manifestement pas un toponyme de « pécore » mais bien aristocratique. Pour que quelques noms de lieux bretons soient présents dans cette zone, il y a dû avoir à époque ancienne une présence bretonnante, sans doute locale (ou en tout cas bien implantée) même si déjà minoritaire. Malheureusement les données manquent.

 

(Le Chemin de Basse-Bretagne à l'ouest de la ville, 1716)

 

3) Gaulois.

 

Noms les plus anciens et les plus difficiles à interpréter il témoignent des premiers siècle de la ville, quand elle était une cité gallo-romaine.

 

les Mauves : Peut-être à rapprocher de *marua « (la rivière) morte » « mortes-eaux », qui a donné des hydronymes semblables comme la « mauve », dans le Loiret, la Marve en Champagne-Ardenne.

 

Chantenay (Chantnài en gallo) : *cantinãcon = le domaine de « Cantinos » (cf Delamarre). Ce nom d'homme gaulois est attesté latinisé (Cantinus, Cantenius).

 

Cheviré (Chuiré en gallo) : Peut-être à rapprocher de Cauariacon (Delamarre) Cauarios (le "héros"), c'est le domaine du héros. Gallois : cawr (géant, champion), vieux-breton : kaour (cf prénom Corentin).

 

Doulon : Peut-être à rapprocher de la racine celtique « dol » méandre d'une rivière (dolenn= polder en breton).

 

Biesse : Petite et grande biesse. Encore une fois c'est une proposition. Biesse pourrait bien venir du gaulois "betua" (bouleau) que l'on retrouve dans le breton "bezv" de même sens. Ce mot gaulois est encore connu dans de nombreuses langues d'oïl ( "bies") et est attesté en ancien français (biez). C'est un terme celtique bien présent dans les noms de lieux. De plus ces arbres apprécient les sols pauvres et humides.

 

Sources :

 

Bertrand Luçon, Les noms de lieux bretons du pays nantais, sous presse. An Amzer

Hervé Tremblay : http://herve.tremblay.monsite-orange.fr/

Delamarre Xavier, Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne, éditions errance, 2012

Dictionnaire de gallo en ligne : Lecuyer Fabien, http://teinzoudougalo.unblog.fr/teinzou-dou-galo/

 

Cartes anciennes :

 

Plan géométrique de F-J Pinson, 1857.

Carte « Sebire », 1795

La Loire-Couëron-Le Pellerin-Nantes, 1771

Plan de Nantes, De Fer Nicolas, 1716

Plan de Nantes, Charpentier H-D, 1846

 

 

Langues et toponymie : Nantes
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