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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 09:45

Petite liste non exhaustive au sujet des noms bretons « fossilisés » dans la toponymie autour de l'Isac et du Don. La forme gallaise est basée sur la prononciation du dit lieu.

Certains sont d'usage anciens, les autres ont perduré comme noms de famille (Ravily, Mabon...)

Armel : Saint Armel (Fégréac), Le pas Armel (Pierric) / gallo : idem

→ Composé de arzh (ours) et mael (prince)

Brieg : Saint Brieuc (Plessé) / gallo : Berieu

→ Composé de bri (dignité) et mael (prince)

Gouvry : Guénouvry, Tréoubri (Avessac)

→ Composé du vieux breton wubri (grave)

Gwenneg : Tréguéneuf (Guénouvry) / gallo : Ghene

→ Composé de gwenn (blanc) et du suffixe -eg

Gereg : Trégreuc (Guenrouët) / gallo : Gre

→ Composé de ger (souffle) et du suffixe -eg

Harnoù / Iarnoù : Croix Jarnoux (Plessé)

→ Composé de houarn (fer) et suffixe -où.

Kadoù : Cado (Saint Nicolas de Redon)

→ Composé de kad (guerrier)

Kolac'h : Langola (Plessé) (celui-ci est une proposition)

→ Composé de kol (intime)

Kommeur / Konveur : Trégommé ( Fégréac) / gallo : Comè

→ Composé de kon (chien, guerrier) et meur (grand)

Mabon : Pré Mabon (Saint Gildas des bois)

→ Théonyme, composé de mab (fils) et du suffixe théonymique -on

Malo : La noë Malo (Plessé)

Composé de Mac'h (garantie) et Loù (Lumière / aussi théonyme)

Marc'h: Trémar (Plessé), gallo : Ma/ Marr

→ Composé de marc'h (cheval)

Maelan : Trémelan (Guémené-Penfao) / gallo : Mlàn

→ Composé de mael (prince) et du diminutif -an

Maeleg : Coëmeleuc (Guenrouët), Tréveleuc (Marsac) / gallo : Mène

→ Composé de mael (prince) et du suffixe -eg

Megan (fem) : Treffegant (Marsac)

→ Forme bretonne de Marguerite

* édition : Selon Erwan Vallérie, (Diazezoù studi istorel an anvioù-parrez, An Here, 1995)

Melar : Botmelas (Fégréac) / gallo : Mélâ

→ Composé de mael (prince)

Ratvili : pièce de Ravily (Blain, Fégréac)

→ Composé de rad (conseil) et de bili (brillant)

Riwallan : Pont Rialand (Plessé, Le Coudray)

→Composé de riwal (roi valeureux) et du diminutif -an

Riwallen : Pré Rivallin (Avessac)

→Variante du premier

Il y a un cruel manque de femmes...

Certaines sources anciennes comme le cartulaire de Redon peuvent aussi nous aider à trouver des prénoms anciens utilisés dans la région, c'est le sujet de cet autre article :ici :

Basé sur :

Tremblay Hervé, Noms de lieux et itinéraires anciens en Loire Atlantique, Goubault imprimeur, 1996

Delanoë Vincent, Chat d'écureuil et pomme d'orange, 2003

SIte "l'arbre celtique"

Pour en savoir plus :

Chubri, Prénoms de Haute-Bretagne, le temps éditeur 2013

Autour du Don de l'Isac et du Brivet ; anthroponymie bretonne
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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 16:39

Après les animaux, entamons une nouvelle promenade toponymique cette fois en retenant les noms rapportant aux arbres et comme précédemment en en profitant pour préciser de petites notes ethnographiques ou historiques.

 

La flore en général occupe une grande place dans la toponymie, c'est aussi le cas des arbres, bois et autres taillis, car ils étaient et sont toujours d'une grande valeur pour les Hommes, ils leurs donnent de quoi se chauffer, bâtir, se guérir, sont un refuge pour le gibier etc...

 

Beaucoup de toponymes ne font pas référence à un arbre en particulier mais au groupe : le bois, « koed » (ou « koad ») en breton, nombres de villages se sont nommés en rapport à ce « désert » médiéval : Talhouët= le front du bois, Penhouët = Le bout du bois, Trégouët= le village du bois, Coispéan= le bois païen, Couëtmeur= le grand bois, Coët Roz= le bois du tertre, Kercoat = village du bois,  Kercoudy =le village du petit bois, Coiquenay= Le bois de la butte...

En gallo il en est de même, les « bois » (prononcez « boué » ou « bois ») sont courants (« bois du gué », « bois de Pourhan »...).

 

Le mot « forêt » est rare, de toute manière il est à l'origine un terme juridique (« territoire soustrait à l'usage général et dont le roi se réserve la jouissance »), au moyen age l'on pouvait tout à fait avoir des « forest » sans arbres …


En revanche nous avons bien des taillis et des bosquets : Killi en breton (Quilly, Kerguily..) ou « brousse » en gallo ( la brousse au cerf, la brousse...). Il y a aussi le breton « Bod » = buisson mais nous ne citerons pas tout sinon nous y serons encore demain. Regardons plutôt de plus près...

 

La déforestation en Europe fut précoce, beaucoup de toponymes suggèrent ce défrichement :

En gallo :

Ecobu= brûlis.

En breton :

Krann, (Cranda, Crancoët...)

 

Les forêts des climats océaniques offrent une grande diversité d'essences, on pourrait s'attendre à toute sorte d’espèces d'arbres citées, et pourtant que neni ! Les bretons (comme les autres) ont leurs marottes, et à croire leurs toponymes il n'y aurait que des hêtres ! Des hêtres ! Des hêtres (et puis aussi accessoirement un peu de chênes de châtaigniers, de tremble et de saules)

 

 

-Ils sont foux ces hêtres ! (désolé)

 

En gallo (fou) comme en breton (faou) le mot vient du latin (fagus), c'est d'ailleurs la première bizarrerie ( Rome n'est pas connue pour ces impénétrables hétraies...), deuxième bizarrerie relative, c'est de trouver autant de noms de lieux rapportant aux hêtres dans des zones où ils ne sont pas particulièrement présents. Il faut cependant savoir que le climat a changé et des périodes plus froides comme le bas moyen age ou la fin de l'antiquité étaient être plus adaptées à notre camarade fagus sylvatica.

Enfin, pourquoi lui ? Je n'ai pas de réponses exactes, peut être des pistes : c'est le plus haut, ses fruits peuvent être consommés (le « café » de fouenne), c'est une essence noble et puis ce serait l'arbre préféré d'un champignon arboricole rigolo : l'amadouvier, qui brillerai la nuit (??) et surtout connu depuis la préhistoire à la fois comme excellent pour démarrer un feu (on les utilisait pour les briquets), mais aussi comme remède. C'est d'ailleurs l'un des rares champignons à avoir le droit à un nom en breton et qui plus est sans connotation péjorative (tonn), c'est peut être un cas unique d'ailleurs (les bretons étaient du côté « mycophobe » de la force, pour en savoir plus lisez l'article de Levy Strauss en bas de l'article, tout cela sent fort le tabou!).

 

Noms de lieux : Penfao, Tréfoux, Faugourbin, Faugunot....

 

  • Le chêne :

 

L'autre superstar, en breton « derv »=les chênes, on le retrouve dans Derval et Drefféac. En gallo c'est « chengn ». C'est aussi une essence noble, l'arbre peut vivre vieux, très vieux, et ça, c'est fascinant ! Le chêne au Duc dans la forêt du Gâvre aurait ainsi vécu 1100 ans. C'est peut être cette longévité qui lui a donné ce petit côté sacré aux yeux des Hommes. Nombres d'arbres sacrés sont des chênes, comme celui de Juzet où sont encore déposées de petites offrandes.

Il n'est pas toujours bon d'être un chêne adoré, d'anciennes traditions attestées en pays nantais montrent que l'on abattait un chêne la veille de la Pentecôte pour le placer sur la place du bourg où il restait toute l'année (ces traditions existent tout autour du globe, et sont sans doute à relier avec le mythe de l'arbre monde ).

 

Article 6 du cahier de doléances de Sion :

"...contraire à la religion et aux bonnes mœurs. Voici en quoi il consiste : le seigneur a droit de faire marquer par son sergent audiencier un pied de chêne situé sous le proche fief d'une seigneurie inférieure à la sienne, la veille de la fête de la Pentecôte, et de contraindre par voie de justice les sergents baillagers de sa châtellenie à faire abattre le dit chêne dans une charrette, et de la faire conduire dans cette voiture le lendemain également jour de fête par ces hommes attelés comme des bœufs sur cette charrette, au bourg de Sion éloigné de quelquefois d'une lieue où se prend l'arbre, à travers les mauvais chemins, les rivières et les ruisseaux qui se rencontrent. Arrivés au bourg de Sion, les malheureux traînent la charrette et l'arbre autour du cimetière et de l'église et puis ils finissent par le planter sur la place publique du dit bourg où il reste jusqu'à l'année suivante où on déplace l'ancien pour y substituer le nouveau."

 

Sources :

-Tremblay Hervé, Noms de lieux et itinéraires anciens en Loire Atlantique, Goubault imprimeur, 1996

-Giraudon Daniel, Du chêne au roseau, Yoran embanner, 2010

-archives départementales de Loire Atlantique

-Levy Strauss Claude, Les champignons dans la culture. disponible en ligne ici

(- à propos de l'arbre monde (un chêne) dans la tradition celtique antique lire les articles de X. Delamarre :

-Andrusteihae Matres

-Les rois du monde)

(tronc du chêne de Juzet à Guémené-Penfao, à droite de petites offrandes)

(tronc du chêne de Juzet à Guémené-Penfao, à droite de petites offrandes)

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Published by Mài - dans Breton Gallo
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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 15:45

Je suis tombé par hasard en lisant la revue "Dihunamb" (de janvier 1908) sur un témoignage au sujet de l'arrêt de la pratique du breton en presqu'île Guérandaise,et des raisons (en tout cas selon cette femme) qui aurait poussé la population à changer de langue :

 

gwenrann-ha-dihunamb.jpg

 

"Dans la presqu'île de Guérande on parlait encore breton il y a trente ans. Maintenant il n'y a plus qu'environ cinquante anciens qui peuvent le parler. Qui en est la cause ? J'ai demandé à une vielle femme de ce pays,et voilà ce qu'elle m'a répondu, " Autrefois, du temps de ma jeunesse, tout le monde parlait breton, mais quand sont arrivées les nouvelles écoles les maîtres sont venus nous dire que l'on ne pouvait pas apprendre le français à nos enfants si on leurs parlait breton,et hélas nous les avons écoutés."

(Dihunamb, Genver 1908, p 130)

 

L'auteur utilise l'anecdote comme avertissement, les morbihannais sont nombreux à agir comme l'ont fait les guérandais avant eux. Il finit cependant sur une note positive avec cette expression : " Tre ma vo mor e vo brezhoneg" / "tant qu'il y aura la mer il y a aura du breton (la langue)" 

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 13:13

 

L'onomastique est la «science des noms propres». Nous nous pencherons ici sur les prénoms bretons, et leurs Histoire.

Surtout depuis les années 80 on revoit apparaître la mode des prénoms bretons, en Bretagne et ailleurs. En 2009, parmi les 50 prénoms les plus donnés dans le département de Loire Atlantique 5 prénoms bretons masculins : Arthur, Mael, Evan, Malo, Ewen et un seul prénom féminin : Maelys.

Retour étonnant après des siècles de désuétudes voir d'interdiction.

Je dit bien retour, puisque ces prénoms on bien été portés à des époques plus ou moins anciennes (même si quelques prénoms bretons on toujours été portés, comme Armel ou Malo pour ne citer qu'eux).

 

Leurs souvenirs est arrivé jusqu'à nous grâce aux noms de lieux, de familles ou encore de saints.

 

Nous ne nous pencherons que sur les prénoms bretons, c'est à dire formés à partir de la dite langue, ainsi «Yann» est la prononciation bretonne du prénom biblique Yohanân, il ne rentre donc pas dans cette catégorie.


lettrine2.jpg

 

  1. Le cartulaire de Redon

 

Nous avions déjà parlé du Cartulaire de Redon, recueil de chartes médiévales dans une grande parties de la Bretagne Sud. Témoignages exceptionnel qui nous permet d'avoir une idée des modes onomastiques médiévales dans la région.

La majorités des prénoms de cet article viennent d'Avessac et de Pierric au IXème.

 

_ Qui les portes ?

 

Sans surprise, on trouve la majorité de prénoms bretons dans les zones alors bretonnantes. Même si l'on peu trouver ces prénoms dans des zones romanes. Simple effet de mode.

A cette époque, Pierric et Avessac sont bretonnantes, la quasi totalité des prénoms des 3 chartes sont bretons (sauf un prénom germanique et latin).

 

_Les femmes ?

 

Les femmes sont beaucoup plus rares que les hommes dans ces chartes. Dans les 3 chartes que j'ai fouillées je n'ai trouvé que 3 prénoms féminins à peu près sûrs (certains prénoms peuvent être mixtes): Benedic, Tudia et Riscomnit.

 

_Comment sont ils formés ?

 

Généralement par deux élément :

 

Prénoms

Traductions littérales

Formes modernes

Rihouuen

Roi blanc

Breton : Riowen

Gallo : * Ruen (?)

Hincant

vieux parfais

Hingant

Iarncar

qui aime l'acier

Houarngar

(Exemple tirés des chartes d'Avessac en l'an 836)


Le prénom Riowen à traversé les siècle, puisqu'un Saint Riowenn était adoré par les bateliers du Don et de la Vilaine.

 

Quelques thématiques sont récurrentes :

_Les qualités bien sûr (Iunuual : Valeur juste (Ionwal), Pierric),

_L'aspect guerrier ( à Avessac : Uuetenuuoion :Combatant sincère (Gwezhennwoion),

_« Possessifs » (Dorgen: Bonne naissance : Derrien)

_Religieux : (« Benedic : (f) benie Benedig »)

 

Et plus étonnants, parfois païens : « Mapon, nom de Dieu, Mabon » ou encore « Leuhemel: semblable au dieu Lug (*Loùheñvel) », à l'époque ces prénoms on certainement perdus leurs signification religieuse (1).

Il peux aussi avoir des prénoms basés à partir de noms d'animaux.

 

kervabon.jpg

(Autre exemple du prénom d'origine païenne "Mabon", ici dans la toponymie, Kervabon à Guérande)

 

_ L'attribution d'un prénom

 

Il semble que souvent un élément du nom passe à la génération suivante, par exemple le cartulaire montre un certain Catlouuenfils de Ratlouuen, les exemples sont nombreux. Ainsi à Avessac, plusieurs personne porte l'élément « uuoret », peut être des membres d'une même famille : Risuuoret, Iarnuuoret.

 

-Quelques autres exemples :

 

Formes anciennes

Significations

Formes modernes (breton ou gallo)

Lieux

Wetenoc

«combattant»

Breton : Gwezhenneg

Gallo : Ghihene/ Ghéne

Pierric 868

Dorgen

«bonne naissance»

Breton: Derrien

Avessac 836

Uurbudic

«homme de la victoire»

Breton : *Gourvizig

Avessac 836

Tudia

«favorable»

Breton : *Tudia

Pierric 868

 

 

P1050856.JPG

(Petit chat dans un village breton médiéval)

 

1° : Les archéologues trouvent des traces païennes dans les tombes du Nord de la Gaule jusqu'au 8ème siècle, les premières Eglises en cotexte rural au Nord de la Gaules datent du 7ème siècle.. ainsi il n'est peut être pas si étonnant de trouver des prénoms d'origine païenne s'attarder au 9ème siècle.

 

 

Sources :

 

_DVD, Cartulaire de Redon

_Fleuriot Leon, Le vieux breton, Éléments d'une grammaire, Paris, Klincksieck, 1964

_Fleuriot Leon, Dictionnaire des gloses en vieux breton, Paris, Klincksieck, 1964.

_Sébillot, Paul , Petite légende dorée de la Haute-Bretagne, 1897

_Lin Yutang, Du paganisme au christianisme, éditions Denoël, 1961

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 14:28

 

 

  Prenons notre loupe et notre imper et allons enquêter sur les traces de la langue bretonne en Loire Atlantique. Et comprendre le véritable travail d'investigation qui les mettes en évidences.

 

Aujourd'hui parlée par une petite dizaine de millier de personnes dans le département (ce qui est trop peu, même si elle se développe) cette langue passerait presque inaperçue dans le paysage, et certaines mauvaises langues en concluraient qu'elle n'y est et n'a jamais été parlée. C'est évidement faux, allons Sherlock allons voir de quoi il en découle !

 

Première indice : les noms de lieux.

Et non des moindres, comment rester de marbre devant un panneaux comme «Guémené-Penfao» tout encerclé de rouge qu'il est ! Presque provocant en plein pays gallo ! Comme l'archéologue qui fouille des strates de différentes époques dans le sol, le linguiste se trouve face à des noms de lieux qui nous renseignent sur l'usage de telle ou telle langue, les plus anciens sont gaulois(1) (une langue celtique) les rivières le sont presque toujours (le Don (de la déesse «Don»), l'Isacimpétueuse»), le Brivetpourvut d'un pont», la Loire («la vaseuse»)... sont tous des noms gaulois) et de nombreux noms de commune, (Nantes (des namnetes), Campbon (le «méandre»), Crossac (le lieux du tumulus) ..), un grand nombre de toponymes gaulois sont remarquables par une finale en «-ac». Ces derniers sont une première piste:

-Ac/ é:

Les noms gaulois permettent aussi de savoir si la langue bretonne était parlée ou pas, ainsi, nous l'avons vus, le gaulois connaissait les noms de lieux en « -ac » (ancêtres du « ec » breton), les populations bretonnantes les prononçaient tel quel d'où : Avessac, Severac, Piriac, Trignac,... Les populations romanes en revanches disaient « é ». Une simple carte permet de faire la différence entre les deux, c'est la « ligne Loth », du nom du linguiste qui en a eu l'idée, elle n'est cependant pas fiable, car Loth n'a pas pris en compte la microtoponymie (les noms des villages et lieux naturels). Elle donne cependant une idée :

 

1loth.jpg

 

Il y a les noms d'origine romane, très nombreux, les plus anciens ont été donnés par la langue latine , les plus récents sont actuels et donnés en français, mais la plus grande portion de cette catégorie à été donné par le gallo, langue d'Oïl dont nous avons déjà souvent parlé sur ce blog.

Il serait vain d'en donner une liste, tant ils sont nombreux et riches, à titre d'exemple citons la suffixe «-ière» ou «-erie» que l'on retrouve très souvent et qui est une formation très apprécié des locuteurs de langue gallaise.

Les noms d'origine romane sont certainement les plus nombreux dans le département, ils sont de moins en moins nombreux à mesure que l'on s'approche des rives du Nord-Ouest, où ils sont même minoritaires. Enfin n'oublions pas l'extrême Sud du département, qui est une langue d'Oïl de transition entre gallo et poitevin, jusqu'à s'apparenter carrément à ce dernier au Sud de Machecoul.

 

Et les troisièmes sont les noms de lieux d'origine bretonne, présent dans presque tout le département, mais particulièrement à l'Ouest de l'Erdre ( Guenrouët Gwenn+red(Ie gué sacré), Blain Blaen (le sommet), Guérande Gwenn+rann(Ia parcelle sacrée) Tréfieux Tre+Fieg (le village de Fiec), Quilly Killi (le bosquet)... pour ne donner que quelques exemples . A l'Est et au Sud de celle ci ces noms existent de façon sporadiques. Deux cas particuliés cependant, le pays du Vignoble, où ils ne semblent pas présents, et le Nord du pays de Retz qui au contraire en présente de notables, ce qui montre un usage ancien de la langue (certains noms sont même plus anciens que l'annexion du pays de Retz par le royaume de Bretagne (2)), cette zone est surprenante et mériterait une étude appuyée.

 

 

Voilà, les faits, comment les utiliser ? Et bien pas n'importe comment, comme cela à longtemps été le cas, la recherche toponymique est une science avec ses règles très strictes, presque mathématiques. Un nom de lieux qui « a l'air», n'est pas un raisonnement rigoureux, il faut s'appuyer sur les formes anciennes, avoir une connaissance approfondie des langues locales anciennes et modernes ainsi de la façon dont elles traitent les différents phonèmes. De nombreux noms de lieux se sont vus affublés de significations fausses à cause de certains «latinomanes» (la connaissance des langues celtiques étant moderne, on a expliqué les noms de lieux uniquement par le latin pendant des siècles) ou de «celtomanes» (qui voudrait voir du breton ou du gaulois partout). Internet, en publiant gratuitement certains livres très anciens sur la toponymie a aussi curieusement, un siècle plus tard, redonné une seconde vie à des explications «tout latines» remises en cause depuis longtemps que l'on retrouve souvent dans les sites des mairies par exemple...

 

Une fois que des noms de lieux on été identifiés comme bretons, ils peuvent servir à plusieurs choses, d'abord, en les comptant et en faisant des statistiques on peut voir où ils sont le plus nombreux (et donc là où la langue à été le plus parlée). Ce travail à été fait par J.Y LeMoing(3).

 

 

carohaise-lemoing-carte.jpg

(pourcentage de noms de lieux bretons par commune en Haute Bretagne)

 

 

-Politique ou culturel ou les deux ?

 

Outre le fait de les compter, les noms de lieux peuvent se diviser en plusieurs groupe, en fonction de leur signification : certains sont « politiques » car ils résultent de l'organisation politique des anciens bretons : ces noms sont nombreux, ils commencent par « Plou » ou « Ple » (il n'en reste plus qu'un aujourd'hui : Plessé, mais étaient plus nombreux autrefois, il y a aussi les noms en « tre » et en « lan » qui désignent une communauté religieuse. Ces noms de lieux prouvent que la zone étaient sous juridiction bretonne ou en tout cas que les habitants étaient organisés comme tel. Les frairies, qui sont une organisation rurale typiquement bretonne permettent aussi de la même manière de savoir jusqu'où allaient les coutumes et organisations de type « bretonnes » (4):

 

La encore, ces noms de lieux à eux seuls ne se suffisent pas, ils montrent que dans cette zone l'élite était bretonnante, mais qu'en est il du peuple ?

Et bien le petit peuple bretonnant ne passe pas inaperçu, et nous leurs devons une foule de noms de champs, forêts, collines, marécages...Loins des saints ou des juridictions, la population nomme les lieux qui l'entourent d'une façon pratique, c'est le gros des noms de lieux.

Il apparaît que dans le Nord de la Haute Bretagne, les noms des bourgs sont souvent bretons (formés sur des « Plou » bien souvent) et les noms plus ruraux sont souvent d'origines romanes, ce qui montrerait que l'élite vivant dans les bourgs étaient bretonnante contrairement au peuple, ce qui explique le recul soudain de la langue bretonne dans la côte Nord de la Haute Bretagne (région de Saint Brieuc, Dinan, Saint Malo..). La situation semble être exactement inverse dans certaines communes du pays nantais ou morbihan gallo où des communes au noms romans ou gallo-romains sont entourées par des toponymes bretons dans la campagne environnante.

Exemples criants :

Plancoët (22), nom de commune breton, pourcantage de noms de lieux bretons dans la commune : 7,50%

Herbignac (44), situé  à peu près sur la même ligne Nord-Sud, nom de commune gallo-romain a lui : 61,80%

 

 

Nous avons vus que le premier indice, les noms de lieux, sont aussi précis et « bavards » que difficiles d'accès, les toponomistes sérieux sont rares mais permettent d'avoir une meilleure connaissances de l'Histoire. Des travaux semblables se trouvent un petit peu partout dans les zones où plusieurs langues se sont croisées, nottement entre langue occitane et oïls, entre piccard et flamand, entre lorrain roman et platt, ou encore entre basque et gascon.

 

 

Deuxième indice: le gallo :

 

Le gallo est une langue romane qui est parlée dans la quasi-totalité du département, elle est souvent injustement taxée de « patois », par ses locuteurs eux même. Sa richesse est cependant certaine et son étude permet d'éclaircir bien des problèmes. Elle peux elle aussi nous aider sur l'implantation ancienne de la langue bretonne, car si le breton à reculé et le gallo avancé, il y a forcément un substrat, mais les choses sont plus compliquées que ce qu'elles paraissent être encore une fois :

 

Compliquées pour plusieurs raisons, d'une part parce que le breton et le gaulois sont de la même famille linguistique, comment savoir si le gallo « abronë » (donner le sein) vient du breton « bronn » (sein) ou du gaulois « bronn- » ? Évidemment beaucoup sont tombés dans le piège, d'autant plus que le substrat gaulois n'est pas des moindres dans les langues d'oïls (outre le français officiel qui a « purifié » sont vocabulaire). Il y a un moyen de vérifier: si le mot est connu hors de la Bretagne il y a de grandes chances pour qu'il ne soit pas breton mais gaulois, c'est le cas d'abronë, qui est connu ailleurs dans l'Ouest. D'autre mots en revenche semblent suivre l'ancienne limite de la langue bretonne, comme ga(n)pa (restes de céréale), ou plus sûrement beghen (lombric), les mots bretons en gallo existent, mais ne sont finalement vraiment pas nombreux: quelques exemple pour le pays nantais : agouvrë (dot,br: argouvroù=dot), beurnique (soutien-gorge, br: brennidell=soutien-gorge), coscoreilh (beaucoup, br: koskor=troupe), botogètte (sorte de sabot, br: botoù-koed=sabots), corzeau (roseau, br: korz=roseaux), morgouille (méduse, br: morgouilh=méduses), ), craïssant (carrefour br: kroaz-hent=carrefour), carë (corriger, br: kareziñ=corriger), cariquelle (brouette/chariot br: karrigell=brouette/chariot), pegemèn (argent, br: pegement=combien), dre (exactement, br: dres=exactement), kingnë (arracher l'écorce des arbres (br: kigniñ : enlever la peau), trenchon (oseille, br: trechon : oseille), oualë (pleurer, br oueliñ=pleurer)(5), dërwen (joyeux, br: drev=joyeux), blo (mou, br: blot=mou) ... Certains ont vus leur sens devenir négatif : dou (gadoue, br :dour=eau), qhiq ( bidasse, br : kig=viande)

 

Ainsi que dans certaines tournures de phrases ( j'y comprend kiett ! (à Bouvron), br: Ket: rien), ou encore l'expression de "pierres vertes" pour l'ardoise, en breton un seul mot rend le bleu, le vert et le gris : glas; l'ardoise, dans cette langue se dit donc "maen glas" (pierre bleue/verte/grise); on raconte que c'est à cause des moqueries des citadins que les habitants du pays de Nozay durent changer leur nom vernaculaire "elles ne sont pas vertes vos ardoises !!"; il y a encore par exemple le castelbriantais "yetr pouïllë a-drezz" (être habillé n'importe comment) qui fait bougrement penser au "a-dreuz" (de travers) bretonnant...

 

1gapa.png

(le mot "gapa" est peut être d'origine bretonne ( "gwaspel") car il n'est connus que dans la zone mixte en Bretagne, même si le mot gaulois "uaspa" de même sens est aussi connus en wallon et en gironde ce qui montre l'ambigüité de son origine(6))

 

En réalité, et c'est un autre piège, c'est surtout le breton qui a emprunté au gallo qui jouissait d'un meilleur statut dans la société bretonne, comme souvent dans ce cas la langue défavorisée emprunte beaucoup à la langue mieux considérée, l'inverse étant beaucoup plus rare. Ce genre de cas est courant, prenont l'anglais par exemple, le substrat celtique y est ridicule, de l'ordre de quelques mots, et pourtant les langues celtiques on été parlées dans toute l'île, en revanche les emprunts au normand sont considérables plus de la moitié du vocabulaire malgré le fait que ces normands n'ont constitués qu'une partie de l'élite.

 

 

Troisième indice: noms de familles.

 

Un certain nombre de noms de familles du département sont d'origine bretonne, un grand nombre d'entre eux sont des prénoms; dont la signification est souvent guerrière:

GuiheneufGwezhenneg (le combatant)

Evain: Even/Ewen (bien né)

Briand : Briant (Elevé)

Halgand : Haelgant (parfait et généreux)

Herve/ Hervouet : Herve (fer-ardent)

Rivaland: Riwallen (Roix valeureux)

Audrain:  Aodren (Haut royal)

Menoret : Maenoret (Puissant secour)

Gicquel/ Judic /Yviquel  : Jikael/ Jezekael (Seigneur généreux)

 

et bien d'autres... ces derniers cités sont tous parmis les noms de familles les plus portés du départements.

Là encore, même si ils prouvent une certaine présence de la langue, les noms de familles sont facilement le jeux des "modes" du temps, comme le sont les nombreux noms de familles ( Guihard, Lambert, Herbert...) d'origines germaniques, dont se sont affublés bien des hommes du Haut moyen age alors qu'ils ne parlaient pas un mot de ces langues. On peut très bien imaginer ce genres de modes pour le breton (encore aujourd'hui, combien de Yann ou de Gaëlle parlent breton ?).

A l'inverse, nous savons que de nombreux bretonnants avaient des noms de familles d'origines germaniques ou romanes (c'est le cas des derniers locuteurs de Batz par exemple), enfin, pour brouiller encore plus les pistes, de nombreux témoignages dans le département montre que les bretonnants avaient l'habitude de traduire leurs noms de familles, et ainsi sur les papiers, un monsieur Yann ar Bleiz, devenait aisément Jean Leloup et vice et versa...

 

 

Quatrième indice: les témoignages.

Mais je suis fatigué, je le laisse pour un autre article ! (7)

 

Pour finir, la carte « geobreizh » est de loin la plus complete et la plus actuelle à ce sujet :

http://www.geobreizh.com/breizh/fra/carte-langue.asp

 

carte-bretagne-langue-2011-fr.jpg

(carte générale de la langue bretonne geobreizh, la ligne rose : zone d'extension maximale du breton, ligne Plouha/ Pouliguen : zone bretonnante au 19ème siècle, la ligne rouge : Plouha/Vannes : est la ligne actuelle)

 

 

1/ X. Delamarre Dictionnaire de la langue gauloise édition errance

2/ http://karrikell.over-blog.com/article-l-empreinte-de-la-langue-bretonne-en-pays-de-retz-56745853.html

3/Jean-Yves Le Moing Noms de lieux bretons de Haute Bretagne. Coop Breizh.

4/http://www.insitu.culture.fr/article.xsp?numero=5&id_article=d3-1587

5/Tout ces mots ont été collectés entre la Brière et le pays de Chateaubriant.

6/ Pour avoir de nombreux exemples de mots gaulois dans les langues latines de France, lisez "La Gaule des activités économiques" de J. Lacroix, édition errances.

7/ L'article Wikipedia, est très bien fait, et fait une suite parfaite à cette article:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Breton_de_Batz-sur-Mer

 

 

Dernière édition de l'article : 18 Novembre 2011

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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 17:07

 

Curieux endroit que le pays nantais, à en croire ce que certains en sont venus à penser celui-ci serait un trou dans le grand ouest, ni breton, ni vendéen, ni… en fait un rien du tout sans histoire, sans langues… sauf peut être cet étrange adjectif sortit de son contexte Rhône-Alpain pour combler ce vide béant, cette acculturation tristounette comblée par un malheureux mot…."Ligerien"

 

Si il y a bien un endroit qui au contraire était culturellement riche c’était bien celui là pourtant ! La langue bretonne, la langue gallaise, et même le poitevin dans l’extrême Sud y était parlé, une histoire riche, tous imprègnent encore le paysage, mais les aveugles ne les voient pas 

 

« On a jamais parlé breton en Loire Atlantique », commençons par détruire le mythe.

 

1983, Marie-Françoise Le Berre décède, avec elle les restes du breton du pays nantais, elle est la (ou sinon « l’une », c’est difficile à dire) des dernières personnes à connaître le dialecte breton de Loire Atlantique.

 

C’est à Batz sur mer (Bourc’h Baz), que les derniers bretonnants traditionnels de notre département ont vécus. Leur langue a été le sujet d'étude de Léon Bureau, qui ne fit pas moins de 3 dictionnaires,  malheureusement ce trésor est perdu...et il n’existe qu’un seul enregistrement ( et encore il est presque entièrement en français). Les travaux de collecteurs depuis le 19ème siècle et jusqu’à nos jours grâce à Gildas Buron ont permit cependant de regrouper à peu près 3000 mots, ainsi qu’une partie de sa syntaxe. Le dialecte breton du pays nantais était parent du haut vannetais, particulièrement des îles morbihannaises et a aussi des caractères en commun avec le gouëlard (côte-d’armor).

 

Ce sont les paludiers qui ont été les derniers à la transmettre

Mais revenons en arrière,

D'où vient le breton ?

 

Comme ailleurs en Bretagne, la langue s’est implantée avec les populations bretonnes immigrées de Grande Bretagne venues en Armorique dès la fin de l’Empire romain. Ces gens parlaient le brittonique. Là ils créèrent royaumes et communautés religieuses et se fondèrent avec la population locale, qui n'avait apparement pas tout à fait oublié une autre langue celtique : le gaulois. Les deux langues devaient être suffisamment proches pour qu’ils ne semblent pas qu’ils aient eux besoins d’interprètes. Les zones trop proches des grandes villes romaines, comme Nantes, Rennes ou Corseul, qui parlaient bas latin, continuèrent eux à parler la langue de l’Empire qui avec le temps donna naissance au gallo, de la même manière que le vieux brittonique donna naissance au breton

 

 _Mais jusqu'où a été parlée la langue bretonne dans le pays nantais ?
Il n'est pas facile de répondre à cela, cependant la toponymie nous permet de nous en faire une idée finalement assez précise.

Lorsqu’une région était habitée par des bretonnants, ces derniers ont bien évidemment appelé l’endroit où ils vivaient dans leur langue. Les travaux de J.Y Le Moing, sur ce fait ont permis de connaître la proportion de noms de lieux breton dans chaque commune de Haute Bretagne, ces cartes permettent d’une part d’avoir une idée du recul de la langue mais aussi de savoir jusqu’où fût son aire maximale. Ainsi, l’Erdre apparaît assez clairement comme étant une frontière entre la Bretagne bretonnante et romane au Haut Moyen age.

Une jolie carte sera plus efficace que de longs discours.



 


 _Qui parlait breton ?

En pays nantais l’élite a très vite adopté le roman, et dans les régions autrefois bretonnantes ont constate souvent le type : un nom de bourg roman ou gallo-roman (comme Nozay, Saillé, Derval…) mais des noms de village breton. Cela impliquerais un usage de la langue bretonne par les couches populaire.

C’est tout à fait l’inverse du phénomène du Nord de la Bretagne, (région de Saint Malo, Dinan, Saint Brieuc) où les nobles parlaient breton et le peuple roman.

Cela permet d’expliquer en partie pourquoi le recul de la langue bretonne fût ci violent dans le Nord alors qu’il fût beaucoup plus lent ici.

 


(Kerhinet/Kerhineg, la Brière à été longtemps un mur à l'avancée du roman)

_Et aujourd’hui ?

 Il y aurait environs 10 000 bretonnant en Loire Atlantique, ce qui est bien peu, par rapport à d’autre département où la langue bretonne est beaucoup moins implantée historiquement comme l’Ille et Vilaine. Cependant la hausse du nombre de brittophone est un bon signe, outre les cours du soir pour adultes, les écoles bilingues et immersives existent à Nantes, Guérande, Saint Nazaire et bientôt Savenay et Pornic.
à suivre...

 


 

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