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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 21:34

Globalement, la langue bretonne a été dans la majeure partie de son histoire une langue socialement méprisée. Les langues du continuum roman jouissaient ainsi d'un statut plus élevé aux yeux de la population.

Il en fut ainsi, en tout cas du Moyen Âge central à l'époque moderne, car il fut deux époques où les locuteurs de langues romanes eurent une vision positive, ou du moins, moins négative de la langue bretonne : le haut Moyen Âge et l'époque contemporaine.

 

Les « faux-kêrs » :

Mode gallaise étonnante de la fin du XIX et au XXè : la création de « faux » toponymes bretons (puisque donnés par des gens qui n'en savaient pas un traître mot) en contexte rural parmi une population majoritairement de langue gallaise.

 

Ces noms de lieux sont assez aisément repérables car formés de deux éléments : Ker, qui est un préfixe breton bien connu indiquant un « lieu habité » et un nom de propriétaire (une femme dans la majorité des cas). De plus ils ne présentent pas de formes anciennes dans les cadastres, preuve qu'il s'agit de créations récentes.

 

Nous en retrouvons de nombreux, concentrés dans certaines communes du nord-ouest du pays nantais :

 

Plessé : Kêr Thérèse, Kêr Phillippe, Kêr Jeanne, Kêr Jean, Kêr Marie-Anne

Guémené-Penfao : Ker Aline

Derval : Ker Emma

Pontchâteau : Ker Emma, Ker Anna, Ker Maria, Ker Emile, Ker Luce, Ker Paul

Missillac : Ker Alex, Ker Marie, Ker Hortense

Campbon : Ker Maria

 

C'est une copie un peu surfaite de ce qu'est l'usage réel de la toponymie en langue bretonne, d'ailleurs bien représentée dans le département. Ils ne doivent ainsi surtout pas être confondus avec ces derniers car Pontchâteau, par-exemple, présente ainsi aussi de vrais « kêr » comme Kerguily (« lieu du bosquet »).

 

Deux constatations sur ces toponymes :

-ils sont concentrés dans des communes plus importantes (Pontchâteau) ou plutôt riches par rapport aux communes alentours. Nous pouvons ainsi comparer Guenrouët qui n'en présente aucun juste à côté de Plessé qui en a un grand nombre, cette dernière était plus aisée que sa voisine.

 

-Les faux « kêr » ruraux sont majoritairement présents dans la zone mixte.

 

Pour le premier point la raison principale est l’intérêt que porta une partie de l'élite et des lettrés à la langue bretonne tout au long du XIXè, portée principalement par le courant romantique. Le breton passe alors petit à petit du statut de « langue de ploucs » à celui de « langue des origines » (de Bretagne voir même de toute la France). Et romantisme oblige, les élites fortunées de l'époque ayant des résidences sur les côtes bretonnes s’amusent à nommer leurs villas avec des noms bretons souvent formés sur le mot « Kêr » justement, imitant ainsi la pratique bretonnante.

 

Nos « faux-kêr » en milieu rural on dut être inspirés par ces villas bourgeoises côtières, et quelques-uns ont dut vouloir imiter les pratiques mondaines pour rajouter du « cachet » à leur résidence.

 

Le fait qu'il s'agisse, à l'origine, d'une pratique un peu mondaine expliquerai donc le fait que nous les retrouvons surtout dans des communes plutôt aisées, ou en tout cas moins pauvres.

 

Le second point est aussi révélateur, le fait que ces « faux-kêr » (hors côte) soient concentrés majoritairement dans la zone mixte montrerait qu'il ne s'agit pas là seulement d'une pratique calquée sur l'élite, mais qu'elle a aussi été favorisée par le contexte historico-linguistique de la région. La création d'un faux toponyme breton étant pour ainsi dire motivé par le fait qu'il soit entouré de « vrais ». Montrant peut-être du même coup qu'il existait parmi une frange instruite de la population rurale gallaise de ces zones une sorte de conscience de vivre dans la zone mixte (?).

 

Les plus récents de ces « faux-kêr » doivent quant à eux avoir une origine politique (affirmation du pays nantais à la Bretagne). Pour l'anecdote, ce ne serait d'ailleurs pas la première fois que des populations romanes utilisent le breton à ces fins. Il fut ainsi la mode dans l'Avranchin médiéval de porter des prénoms bretons dans le but un peu provocant de montrer sa défiance envers le pouvoir du Duc de Normandie

 

 

 

(1) : Von Torhoudt E. L’Avranchin dans les premières décennies du XIe siècle: ni Bretagne, ni Normandie ? dans : Quaghebeur J., Merdrignac B. (dir.), Bretons et Normands au Moyen Âge. Rivalités, malentendus, convergences, PUR, Rennes, 2008

 

(2) : En gallo, le mot « maho » désigne les bretonnants.

Ker Jean en Plessé

Ker Jean en Plessé

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Published by Mài - dans Gallo Breton
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commentaires

electricien paris 10/03/2015 08:13

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Cordialement

electricite paris 14/02/2015 19:03

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plombier paris 6eme 02/02/2015 12:16

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