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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 16:10

La religion qui était pratiquée dans la zone qui nous intéresse avant la christianisation est malheureusement très mal connue. Heureusement, les archéologues découvrent régulièrement des inscriptions ou des représentations (comme le laraire de Rezé, le dieu cornu de Blain, la divinité androgyne de Quilly,...) ayant rapport aux dieux et déesses des anciens Namnetes et Uenetes. La toponymie et l'anthroponymie gardent parfois en mémoire les noms de ces anciens cultes tombés dans l'oubli quelque part durant le haut Moyen-Age.

 

(Dieu cornu de Blain, début de notre ère)

 

 

Noms de dieux :

 

 

La Vilaine :

 

Le nom de la Vilaine vient du gaulois Uicinonia (Vicinoniam fluvium, Greg. de Tours). Sans doute d'un théonyme (un Mars «Vicinnus» est attesté à Rennes) comme c'est souvent le cas pour les fleuves. De plus le suffixe «-on» indique souvent un dieu. La racine «uic-» désigne le combattant ou le vainqueur (irlandais fichid) ce qui est assez cohérent avec l'épithète du dieu Mars.
Dans le gallo de la basse Vilaine la Vilaine est appelée la «Marée» (la marey, la maray), plus au nord elle est prononcée la Vilengn (Guémené). En breton d'Hoëdic on dit simplement Er Vilén (G.Bernier).  Dans son dictionnaire de vannetais, Ar Menteg mentionne une forme bretonne qui ne semble pas être dérivée du français (contraiement à Gwilen, Vilen,...) : Gwinon.

 

 

Mabon :

 

C'est aujourd'hui un nom de famille courant dans le département, on le retrouve aussi attesté dans les noms de lieux. Il s'agit d'un prénom breton qui était encore donné au Moyen-Age (Albert Deshaye) ayant pour origine un dieu bien attesté Mabon (Maponos en gaulois). Formé à partir de la racine « mab » (fils, enfant) il devait s'agir d'un dieu de la jeunesse. Les diverses invocations de ce dieu trouvées par les archéologues prouvent la popularité que connaissait Maponos.

 

 

La Divatte :

 

Du gaulois deua- (déesse). Les rivières déifiées sont légions.

 

 

Arthon :

 

Dans Arthon-en-Retz, Artonos est un dieu assez présent dans la toponymie. La racine arto- désigne l'ours et nous retrouvons le suffixe divin gaulois -on.

 

Grannos :

 

Comme dans le Lac de Grand-Lieu. Ne vous fiez pas à l'orthographe farfelue actuelle, il n'est pas question ici du mot français « grand » mais du gaulois « grannos ». Grannos (le barbu) est le surnom de l’Apollon gaulois (Delamarre). Grannona pourrait être l'ancien nom de la ville de Guérande et ferait référence au même personnage.

 

(Dieu androgyne de Quilly, début de notre ère)

 

Déesses mères:

 

Le culte des déesses mères, souvent représentées comme trois femmes seins nus, est largement attestées dans l'Europe celtique antique. Ces matrae (déesses mères) se retrouvent aussi dans la toponymie. C'est une proposition mais Mérimont en Fay-de-Bretagne pourrait comme les autres toponymes du type Mairé, Méré, Marey,… que l'on retrouve un peu partout en France, être composé du nom de ces déesses symbolisant la fécondité.

 

 

Lieux de culte :

 

Le «nemeton» ou bois sacré.

 

L'équivalent breton de ce mot est «neved» que l'on retrouve dans deux occurrences à ma connaissance dans le pays nantais: le nom Canevet (kad+neved, guerrier+bois sacré). Et peut-être aussi dans un toponyme de Nivillac: La Grée-Nevet (B. Luçon)

 

 

Le Luc, bois sacré antique.

 

Plusieurs toponymes en Luc existent dans le département (Plessé par exemple : Haut-Luc et Bas-Luc). Selon H. Tremblay ils viendraient du latin lucus qui désignait aussi un bois sacré dans la religion romaine. Les bois et arbres sacrés sont des éléments importants dans de nombreuses sociétés humaines. Même dans la grande Rome antique il y avait un lucus dans le forum (jusqu'à l'incendie de -64).

 

 

Pièce après pièce, les archéologues, historiens, spécialistes des religions et linguistes reconstituent (non sans mal) ces croyances pré-chrétiennes. Mais il faut bien avouer que dans ce domaine nous ne savons encore que peu de chose. L'avenir est certainement encore plein de surprises!

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet, cet article sera donc sans doute réédité.

 

 

Bibliographie :

 

Bertrand L., Les noms de lieux bretons du pays nantais, sous presse. Yoran Embanner.

 

Delamarre X., Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne, éditions errance, 2012

 

Delamarre X., Dictionnaire de la langue gauloise, édition errance. 2008

 

Deshayes A. Dictionnaire des noms de familles bretons, Chasse-marée, 2005

 

Lacroix, J. Les noms d’origine gauloise. Paris: Éd. Errance. 2005

 

Ar Menteg T. Geriadur brezhoneg ar Gevred

 

Bernier G. Toponymie nautique des îles de Houat et Hœdic, Norois, n°22, Avril-Juin 1959. p. 200.

 

Tremblay H, Noms de lieux et itinéraires anciens en Loire Atlantique, Goubault imprimeur, 1996

Feu de Kala-Hañv, exemple de syncrétisme. Ici le feu de joie symbolise la mort de l'hiver.

Feu de Kala-Hañv, exemple de syncrétisme. Ici le feu de joie symbolise la mort de l'hiver.

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 14:10

« Supplie, s'ilz treuvent quelque langage mal aorné par deffaults d'elegance ou plaisant stille, qu'ils l'aient pour excusé, attendu qu'il est natif de Bretaigne et que françois et breton sont deux langaiges moult difficiles a disertement prononcer par une mesme bouche ».

 

C'est ainsi que s'excuse l'historien Alain Bouchart né dans la presqu'île du Croisic vers 1440 dans ses Grandes Croniques de Bretaigne publiées en 1514. Il montre que même s'il était issu d'une grande famille: les Boucharts de Kerbouchard (Bourg de Batz), la langue maternelle d'Alain était le breton.

 

(Alain Bouchart)

 

Alain Bouchart eu une vie bien remplie. Il fut tour à tour notaire, maître des requêtes à la cour du duc de Bretagne, historien, ... et même pirate ! (il participe a des actes de piraterie contre des navires génois, allemands et espagnols entre Belle-Ile et Noirmoutier).

Les archives concernant ces pirates croisicais médiévaux montrent, sans surprise, que la langue bretonne s'entendait à bord. Par exemple, le capitaine Guillaume Trimau qui menait des actions contre les espagnols en 1530 était surnommé "Bihan" qui signifie "petit" en breton.

 

Mais revenons à Alain Bouchart, il est question plusieurs fois de la langue bretonne dans son œuvre. Il décrit, par exemple, la situation linguistique de la Bretagne par la division en trois groupes de trois évêchés (courante à l'époque) :

 

en troys dicelles eueschez comme Dol, Rennes & Sainct Malo, lon ne parle que langaige francois : en trois autres, Cornoaille, sainct Paul & Treguer, lon ne parle que langaige breton, qui est pour tout vray le propre langaige de Troye : & en Nantes, Vennes & sainct Brieuc, lon parle communement françoys & breton.

 

En cette fin du XVe il y avait donc trois évêchés de langue française, trois de langue bretonne et trois mixtes. Cette situation linguistique sera encore d'actualité jusqu'au début du XXe .

La mention de la ville antique Troie est due à une croyance médiévale selon laquelle le breton était la langue des troyens (!).

 

Alain Bouchart donne parfois des indications linguistiques, des traductions:

 

« Daniel appellé drem ruz, qui vault a dire en françoys face vermeille, fut couronné roy de Bretaigne... »

 

Ou encore:

« Vterpandragon : pandragon est langaige breton qui vault a dire en francois teste de dragon. Et pour ce, cy apres, le nommerons doresnauant Vterpandragon. »

 

(Kerbouchard à Batz-sur-mer, village d'origine de la famille)

 

 

Faux modeste ?

 

 

Alain Bouchart s'excuse donc de son français, mais il faut bien l'avouer, il ne parle pas du tout le « galleg saout » (mauvais français). Rien d'étonnant en réalité puisqu'il a fait des études et a dû côtoyer des francophones dès son enfance. Il maîtrise cette langue parfaitement. De plus son œuvre a été relue par plusieurs personnes (lui même et sans doute par les imprimeurs), sans parler des multiples éditions, avec plusieurs corrections.

J'ai tout de même cherché de potentiels bretonnismes passés entre les mailles du filet mais pas de quoi en faire un bouquin; de plus ils pourraient aussi s'expliquer par de simples coquilles de l'imprimeur.

 

(La bataille d'Auray selon les Grandes Croniques de Bretaigne)

 

Par exemple :

 

 

° Près Londres dans la version de 1514 a été corrigé plus tard par près de Londres

 

En breton on dira « e-tal Londrez » ou « e-kichen Londrez » (mot à mot : à côté Londres)

 

° commencea estre corrigé par commencea à estre

Le breton « deraouiñ » comme « komañs » ne fonctionnent pas forcément avec une préposition.

 

ha deroù a rae Youann soñjal e oa e vreureg un den a-vod (Dihunamb)

(et Yann commençait (à) penser que son beau-frère était génial)

 

En breton médiéval on aurait quelque chose comme *e zezrouas bout (...commencea (à) être…).

 

°Peut-être aussi une confusion assez courante dans la phrase suivante, due à la préposition bretonne get qui signifie à la fois « avec » et « par » :

 

Or pour retourner a nostre premier propos, apres que les Rommains eurent ete receuz a rençon auecques ses Bretons

 

J'imagine que Bouchart voulait plutôt dire *par ses Bretons

 

Ce type de bretonnisme est très vivant parmi les locuteurs de français en Basse-Bretagne et des phrases comme « je n'osais pas lever la tête avec la honte » (H. Lossec) sont encore courantes.

 

 

Malheureusement le texte est en prose, il est donc difficile de trouver des bretonnismes phonétiques comme nous l'avions fait pour le briéron Guillaume De Saint André (article par ici).

 

 

 

 

Bibliographie :

 

Bouchart A. Les grandes croniques de Bretaigne (en ligne)

 

Auger M-L, Variantes de presse dans l'édition de 1514 des "Grandes croniques de Bretaigne" d'Alain Bouchart, dans Bibliothèque de l'école des chartes, n°141, 1983

 

De la Borderie A. Études bibliographiques sur la chronique de Bretagne d'Alain Bouchart, Caillère, Rennes, 1909

 

Lossec H. Les bretonnismes, Skol Vreizh, Morlaix, 2011

 

Gallicé A.  "Les bavures de l’action corsaire : l’exemple du Croisic, 1450-1540", Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 2002

 

 

La tour Saint Guénolé et le moulin de la falaise depuis Saint Nudec.

La tour Saint Guénolé et le moulin de la falaise depuis Saint Nudec.

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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 16:05
Kerhineg e Sant Nifar

Kerhineg e Sant Nifar

Hiriv e vo lakaet ar gomz àr un tamm lizherenn a c'heller gwelet c'hoazh àr an tier kozh evel e kreiskêr Periag: “K/varia”. Honnezh zo anvet “k barrennet”.
Ar c'h-k barrennet-se a lenner stank ha stank er c'hadastroù ivez hag ar skeudennoù a welit er pennad-mañ zo bet tennet anezhe.
 
Roudoù kentañ :
 
A-werz zo e oa anezhañ, hag an hani koshañ bet kavet a vehe bet kouchet e 1494.
Neoazh, mechal ha  koshoc'h e c'hellahe bout kel kavout a reer ar stumm K/entre e-lec'h Kerautret e dornskrid "D" al Libvre du Bon Jehan. Siwazh deomp, ne ouier ket reizh mat pegourz e oa bet ledet an dornskrid-mañ àr baper. E dibenn ar XVvet kantved hep mar erbet, ha hrevez al levr Chronique de l'Etat breton e vehe bet skrivet tro dro ar blez 1470.
Komzet hor boa a-zivout ar skrid-se er pennad kent, ha gwelet hor boa e oa bet savet get Gwilherm Sant Andraz, ur penn brierek anezhañ, genedik a Sant Andraz just arwalc'h.
 
Perak ?
 
Ar re a lede àr baper steudadennadoù anvioù tud pe lec'hioù é komañs get “kêr” o doa dleet kavet ken hir o zraoù m'o doa savet un tamm lizherenn nevez a-ratoezh kuit da goll o amzer.
“K/” a c'heller skriviñ timat, “kêr” ne lâran ket, ha eñ da gemer e lec'h.
Hrevez-an-dailh, an darn vuiañ anezhe a veze kavet e bro Gwened hag e Bro Dreger. Mes ne oa ket tu ar c'holl get Bro Naoned, hag evel ma lâren tuchant e oa stank evel brenn an niver anezhe e kadastroù kumunioù zo.
 
 
Setu skouerioù tennet a gadastr Periag bet savet e 1823:
K/vagaret
K/nodé
K/drien
K/gobelle
K/vin
 
Ha kement-arall e kadastr Skoulag e 1819:
K/quesso
K/laray
 
Estroc'h evit ar c'hadastroù a ziskouez sort lizherennoù, en anvioù familh e vezont kavet ivez. Skouerioù a vil vern a zo gellet lenn ivez, lakaomp e rolloù studi-noter kumun Aserag :
K/rolland
K/masson
 
Pe c'hoazh e niveradeg tud Sant Molv
K/duel
K/rio
 
E Skoulag c'hoazh :
K/poißon (ha get un "eszett" àr ar marc'had !)
 

(Louis K/poißon a g-Ꝃallan, 1796)

 
Un harz zo bet lakaet d'an implij-se e dibenn an naontekvet kantvet. Kuzul ar Stad en doa lakaet lemel ar lizherennoù-se tro ar blez 1895 rak start e oa gober getañ (tamallet dezhañ bout start da lenn, ha da luziiñ an enklaskoù).
Anzav a ran ne vez ket aeset gobet gete atav. Lakaomp, e kadastr Skoulag bet gwelet kent e weler anvioù e "ker" hag e K/ kej-mej, hag ouzhpenn kement-se, an den n'en doa ket kemeret ar boan da varreniñ mat e draoù !
 
Ha sed lonket ar c'haezh “K/” e mor an ankounac'h...
...betak bout adkaset d'ar vuhez e deroù an XXIvet a-drugarez d'un nebeut tud o doa c'hoantaet er skriviñ get o c'hlavier. A-c'houdevezh e c'hell an den er c'havet hag er skriviñ e Libreoffice, Word, ha me oar me.
 
 
Evit gouiet pelloc'h :
 
 
 
De Saint-André G. Chronique de l'État breton, texte présenté par Cauneau J-M et Dominique P. PUR, Rennes, 2005
 
 
Gerioù diaes ?
 
Bout a ra gerioù dianavet geneoc'h er pennad-mañ ? na gemerit ket poan get-se ha kit da welet listenn ar gerioù diaes !
 

* Da c'hortoz gwell, anvioù an teir c'humun: Sant Nifar (Saint Lyphard), Sant-Molv hag Aserag (Assérac) zo dre deori.

"Ꝃvagaret"

"Ꝃvagaret"

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 16:07

On entend encore souvent que le gallo, le « patois » ne serait qu'un français déformé. Nous avons déjà vu que ce n'est pas du tout le cas et que ce qu'on appelle le gallo est en fait la forme qu'a pris le bas-latin en Bretagne. Il fait partie des langues d'Oïl et du continuum roman.

 

Aujourd'hui nous nous pencherons sur un ensemble de textes médiévaux écrits par un certain Guillermus de Sancto Andrea originaire du pays Nantais (Brière). Vous verrez que certains mots rappellent fortement ce qui peut encore s'entendre aujourd'hui.

 

Guillermus de Sancto Andrea.

 

Notre homme a vécu durant le XIVe et était originaire de Brière, d'où son surnom « De Sancto Andrea » qui n'est autre que l'actuelle commune de Saint-André-des-eaux.

La Bretagne de ce XIVe était un pays déchiré par une redoutable guerre de succession qui opposait (pour résumer rapidement) une Bretagne monfortiste soutenant Jean III de Monfort, alliée aux anglais et luttant contre l’annexion du duché par la France et une Bretagne blésiste soutenant Charles de Blois, alliée aux français.

Comme beaucoup de guérandais, Guillaume soutient le parti de Jean de Monfort dont il deviendra le secrétaire. Il écrira le Libvre du bon Jehan duc de Bretaigne poème retraçant cette guerre fratricide.

De Saint-André ne rate d'ailleurs jamais une occasion de louer le courage des guérandais :

En Guerrande l'ont fist bannir

Que chascun bien s'appareillast

Et en sa garde s'en alast

Et se meïst en ordennance.

Trop pou creignoint touz ceulx de France (v3398)

 

(trad: On fit annoncer à tous de bien s'équiper, d'aller prendre sa garde et se mettre en position de combat. Ils ne craignaient pas du tout ceux de France,)

 

Nous allons donc nous pencher sur ces écrits et vous verrez que ce «patois» n'est pas sorti du néant, mais qu'il a lui aussi une histoire ancienne.

 

 

Vocabulaire :

Quelques comparaisons entre les mots utilisés par Sant-André et le gallo actuel en pays nantais (cela n'empêche pas ces mots d'être bien connu ailleurs!).

 

Ahan (peine, douleur). Idem en gallo.

Ayve (eau), c'est une des formes employées par Saint-André. Ce mot ev se retrouve encore en gallo.

Berton (breton), le voilà le voilà ! Le fameux r syllabique ! De même « grimace » est écrit « guermace ».

Blaign, Blaingn (Blain), la palatalisation finale est toujours d'actualité.

Chouse  (chose), bonnour (bonheur), ... ces "ou" au lieu de "o" sont encore fréquents en gallo nantais.

Cute (cache) mot typique des parlers romans de l'ouest.

Cza (çà) rien d'étonnant ici. Ce mot est devenu très rare en français, il est cependant encore actif en gallo : viens çà = viens ici (Campbon).

Devers (vers) encore actif.

Fiens (fumier) fien ou fian en gallo actuel.

Engoissou (angoissé), les finales en -ou sont déjà nombreuses chez Saint-André : Espagnoux (Espagnols),baratou(r) = trompeur,...

Ennuyt (aujourd'hui) vous avez peut être reconnu le mot anë, ané. Formé à partir de la racine « nuit ».

Flour (fleur) fllourr en gallo.

Huche (crie), mot bien connu, hucher c'est « crier ».

Musser (faufiler) idem en gallo.

Ou (du, au) par exemple dans: «Par especial ou pays » (v.68)= spécialement au pays. Ce petit mot se retrouve encore dans la presqu'île «la voiture ou médecin», «il est ou travail» (Petit Matao).

Pour (peur) idem.

Poure (pauvre) idem.

Prinson (prison), « prise » se dit prinse en gallo.

Quou (queue) idem.

Remenbrer (se)  (se rappeler), toujours actif de nos jours, ce verbe est depuis passé en anglais (to remember) par l'intermédiaire des normands.

Ros (roseaux) semblable en gallo actuel.

Soullaill(soleil) prononcé soulaï actuellement.

Vueill  (vieux) idem.

 

En conclusion, c'est sans surprise que nous retrouvons bien quelques mots ou traits phonétiques toujours présents dans le gallo local.

 

(Good old times)

 

Quelques mots disparus depuis.

 

Coint (élégant) = ce mot n’existe plus en gallo que je sache, mais est passé en breton sous la forme « koant » (joli-e, mignon-e)

 

Malo ! = Cri de guerre des bretons. C'est sans doute de Saint Malo qu'il est question, de la même manière que les français criaient le nom de Saint-Denis et les anglais Saint George.

 

Ardoire (brûler) = n'existe plus en gallo du pays nantais, un cousin proche existe toujours : arsin (goût de brûlé). Le verbe "arder" existe toujours en Penthièvre.

 

 

Gwilherm Sant Andraz ?

 

Guillaume était-il bilingue ? Selon les études de J-Y Le Moign le breton était toujours parlé à Saint-André à cette époque. La toponymie bretonne y est en effet abondante : Kerméans, Brangouré, Rouëllo, Tréhé, Kerquesso, Ker Glâne,  ...

De plus le breton était encore la langue unique ou principale de la masse populaire dans de nombreuses communes de cet ouest du pays nantais qu'il connaissait et aimait tant.

 

Pourtant nous ne savons pas si c'était aussi le cas de la noblesse locale. Elle pouvait très bien « snober » le peuple et parler uniquement roman.

Je n'ai pas trouvé d'indice vraiment convaincant d'une connaissance de la langue bretonne par Guillaume, mais il est certains que son « français » était influencé par la phonétique du breton.

 

1) Neutralisation

 

La « neutralisation » est un phénomène breton qui durcit les consonnes sonores finales : le b de «mab» (fils) se prononce /p/ lorsque le mot est en position finale ou suivi d'une voyelle par exemple.

(Vous en rêviez, le voilà, un tableau avec quelques équivalences entres consonnes sonores et sourdes)

 

Les rimes mettent en évidence ce type de neutralisations :

 

devise/ justice  (il prononcait donc « devise » /s/)

Huche / juge (et « juge » /ʃ/)

De plus il trahit cette prononciation en hésitant entre plusieurs graphie: guise est ainsi écrit parfois guisse ou en écrivant le mot dague « daque ».

 

Il est important de noter que cette prononciation est toujours active dans le gallo local. De Saint-André parlait donc peut être déjà un parler roman à la phonétique influencée par le breton, mais cela ne prouve pas qu'il parlait cette langue.

 

2) Bretonnisation de l'anglais

Plus amusant, le nom de l'anglais Hugh Calveley est bretonnisé en Kervalay. Certainement un jeu de mots, qui pourrait s'expliquer simplement par une familiarité avec la toponymie bretonne.

 

 

3) Braign, bran, brein,..

 

Il y a un mot qui apparaît comme assez mysterieux dans le lexique de Saint-André : « braign », qui fait figure d'insulte :

 

Il ne doit pas estre gourmant

Ne homme braign, ne mesdisant (v.4794)

 

Dans le manuscrit dit A (plus tardif) ce mot n'est pas présent, à la place on lit « purain » :

ne homme purain, ne...

 

J-M Cauneau et D. Philippe hésitent sur ce mot et le rapproche de brehaigne (stérile) ou de bran (son). Ces deux mots existent encore en gallo et la seconde proposition est séduisante, d'autant plus que le mot brennou veut dire « sale » à Nantes et dérive de bran.

Je propose une autre piste ici, l'adjectif breton brein (pourri, infect) qui se prononce fréquemment « bregn » est très souvent utilisé en composition pour former des insultes.

 

Après quelques menus indices qui n'éclairent pas grands choses, il faut bien se résoudre à conclure que nous devrons nous satisfaire d'un « peut-être » à la question initiale, Saint-André parlait-il breton ?...

 

Guillermus parlait-il gallo ?

 

La question peut sembler provocante mais elle mérite d'être posée. Qu'aurait répondu un breton de langue romane à la question « que parlez-vous ? » (gallo, roman, nantais,…), est-ce qu'il avait l'impression de parler une langue différente de celle ses voisins français ou normands ? Langue gallaise et française sont deux teintes d'un tout: le continuum roman (une vidéo sur ce qu'est le continuum roman). C'était d'autant plus vrai à l'époque.

 

Bibliographie :

 

De Saint-André G. Chronique de l'État breton, texte présenté par Cauneau J-M et Dominique P. PUR, Rennes, 2005

 

Reis R., Die Sprache im "Libvre du bon Jehan, Duc de Bretagne", Junge, Erlangen, 1903

 

Auffray R., Le petit Matao, rue des scribes, Rennes, 2007

 

Le Moing, J.-Y. Les noms de lieux bretons de Haute-Bretagne. Coop Breizh, Spézed. 1990

En 1379 les bretons prennent le château angevin de Pouancé.

En 1379 les bretons prennent le château angevin de Pouancé.

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 12:43

Nous nous penchons assez souvent sur l'anthroponymie médiévale dans ce blog. Ces prénoms médiévaux étaient, sans surprise, souvent bretons puisque cette langue y était active. Mais qu’en est-il de l'autre côté de la Loire, dans le pays de Retz du Haut Moyen-Âge ?

 

Situation linguistique du pays de Retz au Moyen-Age.

 

Les noms de personnes ne sont pas un bon marqueur de la langue réellement utilisée. Ce n'est pas parce que l'on porte un prénom d'une langue X que l'on parle cette langue X. Beaucoup de « Gwenolé » ne parlent pas breton aujourd'hui, beaucoup de Kevin ne parlent pas irlandais et beaucoup d’Élisabeth ne parlent pas hébreu. Il en était de même au Moyen-Âge. L’existence de prénoms bretons ne prouve pas la présence de la langue.

Pour le faire il vaut mieux regarder du côté de la toponymie, appeler son champ par un nom breton implique forcément la connaissance de cette langue. Pour en savoir plus la situation toponymique du pays de Retz (assez perturbante d'ailleurs) je vous renvoie à ce très bon article.

Au Haut Moyen-Âge, le pays de Retz est roman. Cependant des toponymes bretons épars, surtout sur la côte, impliqueraient la présence d'une minorité bretonnante médiévale. Malheureusement on n'en sait guère plus.

 

(Gourmalon en Pornic)

 

Exemples de prénoms breton dans le pays de Retz.

 

Voici quelques exemples du cartulaire de Redon. À gauche vous trouverez le prénom « normalisé », la version originale dans le texte latin, et la signification du prénom (cf article sur les prénoms bretons).

 

Urvoed (latinisé en Urvodius) (XIè siècle), forme latinisée du prénom Urvoed (Ur= héritage + moed=puissant), ce dernier était le prètre de Chauvé.

 

Riwalon (lat. : Rivallonus), père du précédent. (Ri= roi + gwal= valeur)

 

Catwalon (lat. Cathuallonus), témoin à Frossay le 28/10/1100. (Cad=combat+gwal=valeur)

 

Morvan (lat. Morvanus), témoin à Prigny le 16/07/1103. (mor= grand + man=sage)

 

Glemarhoc (Lat. Glemarhocus), témoin à Prigny le 16/07/1103. (gleu=brave+marhoc=chevalier)

 

Iarnogon (lat. Jarnogonus), témoin à Prigny le 16/07/1103 (iarn=fer+kon=guerrier/chien-loup)

 

Helogon (Lat. Helogonus), témoin à Prigny le 16/07/1103 (hael=généreux+kon=guerrier/chien-loup)

 

Rohoiarn (idem), témoin à Prigny le 16/07/1103 ( +hoiarn=fer)

 

Ewen (lat. Eueno), témoin à Prigny le 16/07/1103 (bien né)

 

Iudicael (lat.Judicaele), témoin à Prigny le 16/07/1103 (iud=seigneur+hael=généreux)

 

Tangi (idem), fils du dernier (tan=feu+ki=chien)

 

Kadoc (lat. Kadoci), témoin à Prigny le 16/07/1103 (kad=combat)

 

 

 

 

(L'acte de Prigny de 1103, pour prendre un acte riche en noms d'Hommes, présente environs 26% de noms bretons)

 

Autres sources :

 

Iuduel, fondateur de la chapelle Saint Guénolé à Prigny en 1038. (iud=seigneur+hael=généreux)

 

Gourmalon, toponyme à Pornic (gour=homme+mael=prince)

 

Harscoët, second seigneur de Retz (houarn=fer+skoed=écu)

 

Minorité bretonnante au sein d'un pays majoritairement roman ou effet de mode ? Le mystère reste entier.

Certains noms d'hommes sont arrivés jusqu'à nos jours, par les noms de famille (Mainguy) ou la toponymie: Gourmalon à Pornic.

Banquet chez le Tiern (prince), troupe Letavia

Banquet chez le Tiern (prince), troupe Letavia

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 11:58
Tour-tan ar forn

Tour-tan ar forn

A-vaez d'ar Groazig ez eus ur platur anvet « platur ar Forn ». Meur a vag zo aet da skoiñ àr ar bazoù hag àr ar c'herreg a gaver eno : ar Beniged, ar Gouez-Vaz,...

Brudet ma oa evit bout ul lec'h dañjerus e voe savet àrnezhañ un tour-tan etre 1816 ha 1821.

 

 

Un dra souezhus a zo neoazh, an tour-tan-se a zo bet savet àr ur c'hrug. Ur c'hrug zo ul lec'h savet get an dud, stumm ur manez anezhañ, get mein. Al lec'hioù-se a dalve da vezioù e-grez an Neolitik dreistholl. Reoù brav a gaver en tro-àr-droioù evel hani Gavriniz er Mor-bihan pe c'hoazh hani Disignag e kêr Sant-Nazer. Savet pe adimpllijet int bet betak an Oad-Houarn.

Ha nend eo ket bet beuzet o zalvoudigezh-sakr e islonk an Amzer rak atav int bet doujet get an dud a-c'houde. Evel-se, an arkeologourion en deus kavet, a-barzh krug Roc'h Priol e Kiberen, un den bet interet edan ur c'hrug-kozh (ag an Neolotek) e mare ar Grennamzer (VII-VIIIvet), sed un adimplij àr an diwezhat !

 

Met perak en em gav hennezh er mor-don ?! A pa oa bet savet ne oa ket an douar-bras lec'h m'er gweler hiniv an deiz. Meur a aet àr-raok zo bet graet get ar mor a-c'houdevezh. Krug ar Forn a oa bet savet àr vlaen ur manezig àr an douar.

Ha sed-eñ goloet get ar mor bep gourlanv hiniv an deiz, ha kent-pell ne vo ket gwelet ken kredabl, beuzet ma vo anezhañ.

 

(An douar àr-gil. Diàr :  Cunliffe Barry, Facing the Ocean, Hardcover, 2001)

 

Ur voem eo bet d'an dud gwelet kement-tra, un dra savet, ur c'hrug, kollet er mor, ha bec'h d'an istoerioù, d'ar jubennoù lan a fantazi.

Paot-mat a sorbiennoù a-zivout kêrioù beuzet a veze kontet àr aodoù bro-Naoned evel e Periag lec'h ma vehe bet beuzet ar vourc'h kozh miret enni teñzorioù brav diwallet get korriganed, peotramant e Brandu, e kumun an Drebal, lec'h ma oa goloet ur gêr-veur get ar mor.

 

Sort istoerioù zo bet e platur ar forn ivez moarvat, kement-se a anad àr ar gartenn-mañ. Savet e 1800, skrivet eo lec'h m'ema Platur ar Forn « ruine d'une ville et de son port » :

 

E gwirionez e oa roudoù ag amzer an Neolotek.

 

 

* an anv « ar forn » evit ar pezh a anver « le four » e galleg zo teorik mes moarwalc'h e chom martoloded ag ar mor-bras a oui penaos e vez lâret e brezhoneg.

 

.Foto an tour-tan : Archives 44.

 

Gerioù diaes ? 

Bout a ra gerioù dianavet geneoc'h er pennad-mañ ? na gemerit ket poan get-se ha kit da welet listenn ar gerioù diaes !

 

 

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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 09:30

Émile Souvestre (1806-1854) dans son « Les derniers paysans » a décrit le mode de vie des paysans et des ruraux au XIXème siècle sous la forme de différentes nouvelles. Nous avions déjà parlé du Korrigan noir, fantôme inquiétant dont il est question dans une de ses nouvelle relative aux paludiers, nous nous pencherons cette fois sur celle nommée « Les Boisiers » et ayant pour cadre le bourg de Blain et la forêt du Gâvre.

 

Les histoires de Souvestre semblent assez fidèles à la réalité, même si forcément romancées, et sont souvent parsemées de termes en « patois » (en fait en gallo) ou en breton comme nous le verrons plus bas. Enfin ces nouvelles sont souvent aussi l'occasion pour l'auteur de mentionner des croyances locales, et un peu à la manière de Scoubidou, le narrateur homme cultivé, se rend toujours compte que derrière le monstre/fantôme/korrigan.. il y a un petit farceur.

 

« Les Boisiers » donc décrit deux sortes de populations : ceux du « couverts » vivant dans la forêt et ceux hors du « couvert » vivant en dehors, et c'est avec ces derniers que commence la nouvelle.

 

 

Les paysans

 

Il y a une description du bourg de Blain, qui a bien changé en un peu plus de cent ans :

 

"...quand nous descendîmes au bourg, le soleil commençait à disparaître derrière les horizons de Rozet et de Plessé. Une lueur pourprée incendiait les toits de chaume. Les femmes revenaient des vagues de la forêt, portant des fagots d'ajoncs ou de fougères qu'elle retenaient à l'épaule avec la pointe de la faucille; des enfants courraient pieds nus en poussant devant eux des porcs qui arrivaient de la glandée..."


Il est aussi question de paysans vivant à la lisière du bois, ces derniers doivent lutter contre les loups :

 

"quant aux loups, ils n'étaient redoutables qu'en hiver; mais alors ils se rassemblaient par troupes et venaient assiéger les étables"

 

Les loups pullulaient à l'époque dans le secteur, ils sont mentionnés par les plesséens dans une séance de l'administration municipale du canton de St Nicolas de Redon :

 

"Les loups font de si grands ravages dans le canton, principalement dans la commune de Plessé qui renferme une étendue de bois considérable..."

 

 

 

Les boisiers :

 

Les boisiers sont les habitants de la forêt du Gâvre et exercent plusieurs métiers qui sont cités :

 

« navreurs de cercle et d'échalas, aux tailleurs de cuillers, aux tourneurs d'écuelles et de rouets, aux charbonniers, aux fendeurs de lattes, aux sabotiers, population nomade qui habite des huttes de feuillage dans les clairières »

 

Il est aussi question de « chasseurs de miel » qui récoltent le miel sauvage.

 

Une de ces hutte est décrite, leurs conditions de vie apparaissent encore plus misérable que celle des blinois :

 

"toutes les huttes étaient rondes, bâties en branchages dont on avait garni les interstices avec du gazon ou de la mousse, et recouvertes d'une toiture de copeaux. Lorsque je passais devant ces portes fermées par une simple claie à hauteur d'appui, les chiens-loups accroupis près de l'âtre se levaient en aboyant, des enfants à demi-nus accouraient sur le seuil"

 

Une belle description de l'intérieur de ces « loges » est donnée par Émile Souvestre :

 

"Je pouvais saisir tous les détails de l'intérieur de ces cabanes, éclairées par les feux de bruyères sur lesquels on préparait le repas du soir. Une large cheminée en clayonnage occupait le côté opposé à la porte d'entrée; des lits clos par un battant à coulisses étaient rangés autour de la hutte avec quelques autres meubles indispensables, tandis que vers le centre se dressaient les établis de travail auxquels hommes et femmes étaient également occupés."

 

Ces boisiers forment une sorte de société dans la société, et les relations avec ceux « hors du couvert » ne sont pas toujours cordiales. Il est question de razzias effectuées par ces derniers à des époques plus anciennes lorsque les conditions étaient trop rudes dans les bois.

 

 

 

Le Mau piqueur :

 

Le Mau-Piquou, chasseur d'âme de la forêt est mentionné assez longuement dans ce texte, c'est cet être des croyances populaires qui sera utilisé dans la nouvelle pour ajouter un brin de surnaturel. Nous en avions déjà parlé sur l'article concernant ce type de croyance (ici).

 

"_eh bien ! il m'a averti qu'il venait de rencontrer, vers les fourrés de l'Homme-Mort, le mau-piqueur qui faisait le bois.

Il y eu à ces mots un mouvement général; toutes les conversations furent interrompues"

 

Ce dernier est surnommé "avertisseur de tristesse", il porte un cor et tient un chien noir en laisse qui semble chercher des pistes. Lorsque ce dernier sonne son cor c'est qu'il part en chasse, et son gibier se tient sur deux pattes...

Les yeux du Mau-Piqueur laissent couler des flammes.

Ce personnage a comme les autres personnages du type "chasseur d'âme" (Ankoù, Korrigan-noir,...) un rôle d'intersigne, sa présence est en soit un mauvais présage et sa vue suffit à savoir que ses jours sont comptés.

Ce charmant personnage prononce un couplet :

"Fauves par les passées
gibiers par les foulées,
place aux âmes damnées !"

 

Ce qui le rattache au mythe de la chasse sauvage, où le chasseur d'âme entraîne avec lui une troupe d'âmes et d'animaux (comme la chasse Arthur par exemple)

 

Le gallo

 

Tout ce petit monde parle gallo, même si Souvestre semble dire que « l'accent » des boisiers n'est pas le même que celui des paysans, malheureusement nous ne savons pas dans quelle mesure leur parler était différent. Beaucoup de mots gallo sont donc donnés dans ce texte sous une forme francisée :

 

Beaucoup de termes relatifs aux chemins : sente (piste), rabine et ravine (allée), foulée /fulɛj/, passée /pasɛj/ (passage), voyette /vajɛt/ (chemin), passe (piste)

 

Aux plantes : bouée /buɛj/ (bosquet) , rosière (zone de roseaux) et deux termes que je n'ai trouvé nulle part ailleurs : aigrasse (pommier sauvage) et lancygnés (sureau) sont-ils gallos ?

 

D'autres termes sont donnés :

étrêpe : petite faux

placis : clairière

fi !: ma fois !

avette : abeille noire

devantière : tablier

adournée : « bien décoré »(?) selon le contexte.

braverie : beauté (?)

verdaude (surnom) : verdâtre /vèrdawd/

paraître "brave" : paraître « beau », que nous retrouvons sans doute dans « braverie » (cf moyen français "brave" = élégant).

dormeuse (vêtement) : nom d'un type de coiffe

arcis: brûlé

 

Lieux :

 

Des toponymes de la forêt sont aussi cités :

Épine des Haies, Petite Fougeasse, l'Homme-Mort

 

 

Le breton

"Ils font un verbiage que le bon dieu n'y entendrait rien."

 

Les boisiers étant nomades, lorsqu'il y avait des difficultés dans un bois ils n'hésitaient pas à en changer, d'où la présence d'un braconnier: Antoine, originaire de Camors qui utilise la langue bretonne comme langue secrète avec quelques autres boisiers. Réel ou non, ce personnage aurait fini comme garde-chasse dans le bois de Carheil en Plessé.

 

 

Bibliographie :

 

Vous pouvez lire cette nouvelle gratuitement sur le site de gallica :

Souvestre E, Les Derniers Paysans, Tome II, Septième récit

 

Les "Boisiers"
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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 07:58

Après avoir vu dans une première partie quelle était la place sociale des femmes durant le premier Moyen-Age et l'évolution de cette dernière en passant du « marc'htiernat » au « féodalisme » () nous nous intéresserons à l'anthroponymie féminine bretonne médiévale.

 

L'anthroponymie féminine bretonne de l'époque est formée de la même manière que celle des hommes à savoir souvent en assemblant deux éléments, qui semblent parfois transmissibles, (cf article)

Nous reprenons dans le tableau ci-dessous les femmes étudiées dans l'article précédent en décomposant cette fois leurs prénoms.

 

 

 

Champs lexicaux dans l'anthroponymie féminine :

 

 

Certains champs lexicaux et termes reviennent souvent, c'est particulièrement le cas du mot vieux-breton « winn » ( breton moderne : gwenn= blanc), mais aussi « dreh » (aspect ), « uuokon » (puissance, gloire), «ken » (beau), ainsi que le lexique des métaux (aour = or, argant=argent). Cependant ces derniers peuvent aussi très bien se retrouver dans l'anthroponymie masculine.

 

Plus surprenant peut être, parfois l'anthroponymie féminine est guerrière : Morliwet (grande+armée), les noms bretons ne font cependant pas exception à l'époque car les anthroponymes germaniques féminin, très populaires dans une grande partie de l'Europe, comportaient aussi souvent des éléments guerriers(« Aginhilt » à Lusanger près de Châteaubriant dont le prénom est formé de « Agin »= tranchant d'épée et de « hilt » =combat).

 

Ce qui est plus étonnant peut-être c'est la présence de prénoms rappelant la religion pré-chrétienne comme Catboduu (corneille du combat): ce prénom rappelle la déesse corneille de la guerre bien attestée dans le domaine celtique dès l'Antiquité ( Attestation épigraphique de Mieussy en gaulois : Cathebodua, puis dans les mythes irlandais).

 

 

Hors des Cartulaires :

 

Toponymie :

 

Encore une fois, l'anthroponymie féminine est bien plus rare que la masculine. Mais des prénoms féminins apparaissent parfois dans les noms de lieux, et nous avions déjà cité l'hypothèse d'Erwan Vallérie qui voit dans le Treffegan de Marsac-sur-Don un *Trevegan (Village de Megan), Megan étant une forme bretonne pour Marguerite.

 

Matronymes :

 

Un certains nombres de noms de famille bretons, sont en fait étymologiquement des matronymes. Par exemple le nom « Le Maguérès » signifie « la nourrice »(cf Jehan Le Magueres de Guérande relevé par B. Luçon ADLA B 1484), Gouiffès est la forme féminine de « gwiv », l'agile... Le pays nantais n'est pas en reste et le nom de famille Anézo, très répendu dans certaines zones du département (secteur de Saint-Molf) est aussi un matronyme (forme bretonne d'Agnès avec un diminutif : Anezoù), citons quelques exemples historiques comme Azelice Guennes (Le Croisic 1514), le nom de cette femme est formé de Gwenn (blanc) et du suffixe féminin -ez (source: B. Luçon) . Les matronymes posent la question de la diffusion de ces noms dans une société patriarcale, il semble que deux cas de figure aient été possibles : celui d'une femme seule (veuve, célibataire,..) et dont les enfants prenaient le nom, ou alors celui d'une femme ayant un statut social plus élevé que son mari. Les matronymes existent ailleurs, ils sont ainsi nombreux en Normandie (plus d'info ).

 

 

Bibliographie :

 

Fleuriot L., A Dictionary of Old Breton, Toronto, 1985

Fleuriot L., Le Vieux Breton : éléments d'une grammaire, Paris, C. Klincksieck, 1964

Tanguy B., Les noms d'hommes et de lieux, DVD Cartulaire de Redon. 2005

Dabo Y. Le système anthroponymique vieux-breton, mémoire.

Vallérie E. Diazezoù studi istorel an anvioù-parrez, An Here, 1995

Ní Bhrolcháin M, An introduction to early Irish literature, Dublin, 2009

 

http://www.cn-telma.fr

Enluminure du cartulaire de Landévennec

Enluminure du cartulaire de Landévennec

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 19:41

Nouvelle serie sur le blog Mitaw, nous parlerons cette fois de la place des femmes dans la société entre Loire et Vilaine à différentes époques et sous différents angles.

Ce premier article traitera de l'époque médiévale et de ce que le cartulaire de Redon, source innévitable pour la zone qui nous intéresse, nous apprend sur cette longue période et des évolutions qui ont été remarquées par les spécialistes (ici par André Chédeville).

 

  1. Haut Moyen-Age :

Nous commençont notre voyage juridique au haut Moyen-Age donc, autours du IX, et X principalement. Même si les sources sont rares, le cartulaire de Redon nous donne quelques rares indices et exemples du rôle qu'avaient les femmes à cette époque et résèrve même quelques surprises.

 

Pouvoir politique :

Aourken, en 872 porte le titre de Mac'htiern (à Carentoir) : « et commendavit Salomon Aourken tirannisse » titre important dans la Bretagne alto-médiévale et que l'on peu traduire par « chef gageur ». Ce dernier (ou du coup manifestement parfois cette dernière) exerce le rôle de juge et prononce les sentences lors d'un conflit. Il contrôle un ou plusieurs « plou » (paroisse bretonne médiévale). Le mari d'Aourken était aussi mac'htiern.

À noter cependant que le cas d'Aourken est unique dans le cartulaire de Redon, si la charge de mac'htiern ne devait pas être interdite aux femmes, ces cas devaient être rares.

 

Pouvoir économique :

Plus que femme ou homme, les différences économiques semblaient dépendre aussi du fait d'être un Homme libre ou non et à quel degré. Les femmes libres, comme les hommes, pouvaient posséder des biens et les vendre sans avoir besoin du consentement de leur mari.

C'est le cas par exemple de Roiantdreh qui vendit des biens au roi Salomon de Bretagne. Le minic'hi de Wakamoe en Bains de Bretagne est vendu par une femme : Cleroc.

Dans le pays Nantais, dans une zone manifestement mixte, Winnanau vend une vigne à son fils Unrog pour 150 sous.

À Caro le couple Gredcanham et Wiuhoiam vend une terre, il est précisé que les deux tiers de la vente reviennent à Gredcanham et le dernier tiers à sa femme prouvant sans doute une certaine autonomie économique de la femme dans le couple.

En plus de sa dot, le mari doit donner à sa femme l'enepwert (le prix du visage) la veille du marriage. Ces possessions resteront la propriété de cette dernière.

 

Pouvoir juridique :

Des femmes apparaissent parfois aussi comme témoins aux affaires juridiques comme Riscomnit  à Saint-Nicolas de Redon.

 

Pouvoir religieux:

Il peut être de deux sortes.

  • Rôle dans le christianisme. Une grande partie des religieux de la Bretagne durant le premier Moyen Age suivent la règle irlandaise de saint Colomban, c'est ce que certains appellent le «christianisme celtique». Les femmes peuvent prendre part à l'ofice religieuse. Ce sont les diaconesses. Ces pratiques sont rapidement critiquées par l'Eglise comme le montre ces citations de trois évêques de l'ouest de la Gaule au VIème siècle qui critiquent les pratiques bretonnes :

«on rapporte que vous célébrez la messe avec des femmes appelées « Conhospitae », dont vous admettez la présence au sacrifice divin»

«En accord donc avec les statuts des Pères, nous prescrivons à votre charité non seulement que ces minables sortes de femmes ne polluent plus les divins sacrements»

  • Rôle parachrétien. Même s'il est discret dans les sources car ces dernières sont écrites par des religieux. Mais il y a fort à parier que certaines femmes devaient avoir un rôle religieux important localement, comme voyante, sorcière ou dormeuse comme ce fut le cas par la suite.

 

 

 

2. En zone romane :

Le cartulaire traite deux zones culturelles, la première est la zone alors bretonnante qui nous intéresse, mais aussi la zone romane plus à l'est (dans les alentours directs des villes de Nantes et de Rennes et l'extrème est du royaume de Bretagne). La place des femmes diffère entre les deux zones, dans les espaces de langues romanes ces dernières apparaissent encore plus rarement et n'ont de rôle que lorsque leur mari est décédé ou avec le consentement de ce dernier (sauf un cas). "Godildis, et filius meus Guntarius, cum concensu mariti mei Permig" (Godildis et son fils Guntarius, avec le consentement de l'époux de Godildis, Permig)

 

En conclusion, nous somme dans une société patriarcale, cependant la femme Bretonne bretonnante du haut moyen-age semble jouir de plus de droits que son homologue de langue romane.

 

3. Moyen-Age central :

Avec la féodalité, les particularités sociales « bretonnes » s'estompent et le « mac'htiernat » disparaît, le royaume devient duché et les institutions se « francisent », le changement linguistique est amorcé (cf article). Le cartulaire de Redon ne montre plus de femmes comme Roiantdreh, Cleroc, Winnanau, Riscomnit ou encore Aourken. Le statut de la femme entre Loire et Vilaine devient le même que celui qui était dans l'extrème est du royaume de Bretagne et dans le reste du monde féodal.

 

 

Bibliographie :

Chédeville André, Cartulaire de Redon, Société et économie. Dvd Cartulaire de Redon

Cassard Jean-Christophe, La femme bretonne au haut Moyen Âge, Annales de Bretagnes et des pays de l'Ouest, v93, 1986. (disponible en ligne)

http://www.cn-telma.fr/

(photo : troupe Letavia)

Femmes entre Loire et Vilaine. I (Statut de la femme au Moyen-Age)
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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 15:15

 

Nous allons parler d'un temps que les moins de 20 ans n'ont pu connaître, le IXè siècle. Avessac est assez bien lotie en ce qui concerne le cartulaire de Redon, ce qui nous permet d'entrevoir quelques anecdotes ayant eu lieu dans cette paroisse au cours du IXè siècle.

 

 

En ce temps-là Wrbudic vivait à Avessac ou dans les environs, et se retrouva à plusieurs reprises mêlé dans des déboires avec les moines de l'Abbaye de Redon toute proche.

Il attenta l'abbé Conwoïon en justice autours des années 840, réclamant une portion de la pêcherie dite de Coret Loen Cras se trouvant sur la Vilaine entre Avessac et Bain. Des témoins de ces deux paroisses le contredirent donnant raison à Conwoïon. Notre pauvre Wrbudic, lésé, se mit en colère contre l'abbé avant de reprendre ses esprits et d'avouer sa faute. Touché, Conwoïon, dans sa miséricorde accepta de donner la partie du barrage que Wrbudic réclamait. Voilà l'histoire...selon les moines en tout cas.

Car malgré la bonté de Conwoïon, notre Wrbudic réapparaît dans le cartulaire de Redon quelques années plus tard en 842 toujours dans une affaire de terre disputée entre l'Abbaye et les autochtones. Il est ainsi un des témoins d' Anauhocar qui conteste la propriété de l'Abbaye sur la terre dite du Puz toujours en Avessac qui appartiendrait à un certain Urblon... et cette fois raison leur est donnée.

 

(CoretLoen Cras)

 

Ces petites histoires médiévales contenues dans le cartulaire de Redon nous intéressent pour des raisons à la fois historiques et linguistiques. Nous avions déjà mentionné à quel point le cartulaire de Redon est une source indispensable concernant l’anthroponymie bretonne médiévale. Avessac y est souvent mentionné et nous avons ainsi à peu près une centaine de noms de personne de l'époque mentionnés, d'Avessac même, ou des environs.

 

Certains personnages apparaissent plusieurs fois ce qui témoigne peut-être de leur importance locale.

Hoiarscoet par exemple est cité comme étant le machtiern d'Avessac, son nom est constitué du mot « hoiarn » (fer) (houarn en breton moderne) en outre nous trouvons par exemples Iarnwere et Maenworon plusieurs fois dans les chartes (même si nous avons peut-être affaire à des homonymes).

 

Nous avions vu que l'attribution d'un prénom en vieux breton peut obéir à plusieurs règles. Et que, notamment un élément du prénom peut être transmis de génération en génération.

Nous voyons ainsi apparaître des suites de prénoms formés des mêmes éléments faisant sans doute référence a un ancêtre tutélaire.

Jarnworet,Treuuon,Precamur, Finitworet, Tutworet, Tutuuocon, Tutworet. (892). (vx breton "woret"=secours)

Toujours à Avessac les fils de Wesilloc se nomment Buhedoc, Budmonoc et Vuokeloc et vivent dans la villa Roinoc...

 

Les ancêtres semblent avoir été importants dans cette société car (Avessac en 869) Prigent fils de Maeloc a du justifier, selon l'expression, d'un ancêtre ayant vécu sur les terres disputées (et quem auctorem in supradictis insulis et villulis habebat) sur l'île d'Ambon en Massérac. N'ayant eu aucun ancêtre en ces lieux (Sed nullum auctorem usurpacionis suae in his reperiens= "Et comme on ne trouvait aucun ancêtre"), Prigent ne put avoir satisfaction.

 

Petite et grande histoire se rencontrent parfois, et dans cette même charte (où Prigent fils de Maeloc réclame des îles), nous apprenons que : « Factum est hoc in pago namnetico, in plebe davizac (sic) ubi Salomon et omnes Britones contra Normandos in procinctu belli erant » / Salomon (alors roi de Bretagne) a réuni ici dans le pays nantais à Avessac tous les Bretons pour faire la guerre contre les Normands.

Les bretons infligeront une sérieuse défaite aux vikings sur les landes de Crétumez.

 

Noms de lieux vieux-bretons :

 

Plusieurs lieux anciens sont aussi cités dans cet Avessac médiéval :

Certains sont des lieux de prestige :

Lispenfau : la « cour de Penfaou » (pennfaou = le bout de la hêtraie), ces « lez » (cours) sont souvent les lieux de résidences des Machtierns.

Castel Guel : une fortification sur la Vilaine (Kastel = château) et "guel" (vue) = Castel Guel Le "château vigie".

Villa Penhoit : Penhoët (pennc'hoed = le bout du bois), sans doute une résidence aristocratique.

Villa Roinoc : Roinoc doit être un nom de propriétaire, sans doute une résidence aristocratique (Villa pourrait traduire le breton Bot dans ces cas)

D'autres témoignent de l'activité sur ce fleuve :

Coret Loen Cras : « pêcherie du bosquet desséché» (Kored= pêcherie)

Treslerien (port) : nom d'un port, construit sur le mot Trezh (passage) et Lerien (nom d'Homme) = le Passage de Lerien.

D'autres de l'activité agraire :

Ran Sint : "Rann" = parcelle. (cf :  Guérande = Gwenn-Rann)

Puz : le puit (emprunt ancien du breton au latin)

 

Il reste encore beaucoup à dire sur ces chartes, un nouvel article sur l'anthroponymie pourrait voir le jour.

 

Bibliographie :

Fleuriot L., A Dictionary of Old Breton, Toronto, 1985

Tanguy B., Les noms d'hommes et de lieux, DVD Cartulaire de Redon. 2005

Dabo Y. Le système anthroponymique vieux-breton, mémoire.

http://www.cn-telma.fr

"..omnes Britones contra Normandos in procinctu belli erant" (Letavia)

"..omnes Britones contra Normandos in procinctu belli erant" (Letavia)

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