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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 09:30

Émile Souvestre (1806-1854) dans son « Les derniers paysans » a décrit le mode de vie des paysans et des ruraux au XIXème siècle sous la forme de différentes nouvelles. Nous avions déjà parlé du Korrigan noir, fantôme inquiétant dont il est question dans une de ses nouvelle relative aux paludiers, nous nous pencherons cette fois sur celle nommée « Les Boisiers » et ayant pour cadre le bourg de Blain et la forêt du Gâvre.

 

Les histoires de Souvestre semblent assez fidèles à la réalité, même si forcément romancées, et sont souvent parsemées de termes en « patois » (en fait en gallo) ou en breton comme nous le verrons plus bas. Enfin ces nouvelles sont souvent aussi l'occasion pour l'auteur de mentionner des croyances locales, et un peu à la manière de Scoubidou, le narrateur homme cultivé, se rend toujours compte que derrière le monstre/fantôme/korrigan.. il y a un petit farceur.

 

« Les Boisiers » donc décrit deux sortes de populations : ceux du « couverts » vivant dans la forêt et ceux hors du « couvert » vivant en dehors, et c'est avec ces derniers que commence la nouvelle.

 

 

Les paysans

 

Il y a une description du bourg de Blain, qui a bien changé en un peu plus de cent ans :

 

"...quand nous descendîmes au bourg, le soleil commençait à disparaître derrière les horizons de Rozet et de Plessé. Une lueur pourprée incendiait les toits de chaume. Les femmes revenaient des vagues de la forêt, portant des fagots d'ajoncs ou de fougères qu'elle retenaient à l'épaule avec la pointe de la faucille; des enfants courraient pieds nus en poussant devant eux des porcs qui arrivaient de la glandée..."


Il est aussi question de paysans vivant à la lisière du bois, ces derniers doivent lutter contre les loups :

 

"quant aux loups, ils n'étaient redoutables qu'en hiver; mais alors ils se rassemblaient par troupes et venaient assiéger les étables"

 

Les loups pullulaient à l'époque dans le secteur, ils sont mentionnés par les plesséens dans une séance de l'administration municipale du canton de St Nicolas de Redon :

 

"Les loups font de si grands ravages dans le canton, principalement dans la commune de Plessé qui renferme une étendue de bois considérable..."

 

 

 

Les boisiers :

 

Les boisiers sont les habitants de la forêt du Gâvre et exercent plusieurs métiers qui sont cités :

 

« navreurs de cercle et d'échalas, aux tailleurs de cuillers, aux tourneurs d'écuelles et de rouets, aux charbonniers, aux fendeurs de lattes, aux sabotiers, population nomade qui habite des huttes de feuillage dans les clairières »

 

Il est aussi question de « chasseurs de miel » qui récoltent le miel sauvage.

 

Une de ces hutte est décrite, leurs conditions de vie apparaissent encore plus misérable que celle des blinois :

 

"toutes les huttes étaient rondes, bâties en branchages dont on avait garni les interstices avec du gazon ou de la mousse, et recouvertes d'une toiture de copeaux. Lorsque je passais devant ces portes fermées par une simple claie à hauteur d'appui, les chiens-loups accroupis près de l'âtre se levaient en aboyant, des enfants à demi-nus accouraient sur le seuil"

 

Une belle description de l'intérieur de ces « loges » est donnée par Émile Souvestre :

 

"Je pouvais saisir tous les détails de l'intérieur de ces cabanes, éclairées par les feux de bruyères sur lesquels on préparait le repas du soir. Une large cheminée en clayonnage occupait le côté opposé à la porte d'entrée; des lits clos par un battant à coulisses étaient rangés autour de la hutte avec quelques autres meubles indispensables, tandis que vers le centre se dressaient les établis de travail auxquels hommes et femmes étaient également occupés."

 

Ces boisiers forment une sorte de société dans la société, et les relations avec ceux « hors du couvert » ne sont pas toujours cordiales. Il est question de razzias effectuées par ces derniers à des époques plus anciennes lorsque les conditions étaient trop rudes dans les bois.

 

 

 

Le Mau piqueur :

 

Le Mau-Piquou, chasseur d'âme de la forêt est mentionné assez longuement dans ce texte, c'est cet être des croyances populaires qui sera utilisé dans la nouvelle pour ajouter un brin de surnaturel. Nous en avions déjà parlé sur l'article concernant ce type de croyance (ici).

 

"_eh bien ! il m'a averti qu'il venait de rencontrer, vers les fourrés de l'Homme-Mort, le mau-piqueur qui faisait le bois.

Il y eu à ces mots un mouvement général; toutes les conversations furent interrompues"

 

Ce dernier est surnommé "avertisseur de tristesse", il porte un cor et tient un chien noir en laisse qui semble chercher des pistes. Lorsque ce dernier sonne son cor c'est qu'il part en chasse, et son gibier se tient sur deux pattes...

Les yeux du Mau-Piqueur laissent couler des flammes.

Ce personnage a comme les autres personnages du type "chasseur d'âme" (Ankoù, Korrigan-noir,...) un rôle d'intersigne, sa présence est en soit un mauvais présage et sa vue suffit à savoir que ses jours sont comptés.

Ce charmant personnage prononce un couplet :

"Fauves par les passées
gibiers par les foulées,
place aux âmes damnées !"

 

Ce qui le rattache au mythe de la chasse sauvage, où le chasseur d'âme entraîne avec lui une troupe d'âmes et d'animaux (comme la chasse Arthur par exemple)

 

Le gallo

 

Tout ce petit monde parle gallo, même si Souvestre semble dire que « l'accent » des boisiers n'est pas le même que celui des paysans, malheureusement nous ne savons pas dans quelle mesure leur parler était différent. Beaucoup de mots gallo sont donc donnés dans ce texte sous une forme francisée :

 

Beaucoup de termes relatifs aux chemins : sente (piste), rabine et ravine (allée), foulée /fulɛj/, passée /pasɛj/ (passage), voyette /vajɛt/ (chemin), passe (piste)

 

Aux plantes : bouée /buɛj/ (bosquet) , rosière (zone de roseaux) et deux termes que je n'ai trouvé nulle part ailleurs : aigrasse (pommier sauvage) et lancygnés (sureau) sont-ils gallos ?

 

D'autres termes sont donnés :

étrêpe : petite faux

placis : clairière

fi !: ma fois !

avette : abeille noire

devantière : tablier

adournée : « bien décoré »(?) selon le contexte.

braverie : beauté (?)

verdaude (surnom) : verdâtre /vèrdawd/

paraître "brave" : paraître « beau », que nous retrouvons sans doute dans « braverie » (cf moyen français "brave" = élégant).

dormeuse (vêtement) : nom d'un type de coiffe

arcis: brûlé

 

Lieux :

 

Des toponymes de la forêt sont aussi cités :

Épine des Haies, Petite Fougeasse, l'Homme-Mort

 

 

Le breton

"Ils font un verbiage que le bon dieu n'y entendrait rien."

 

Les boisiers étant nomades, lorsqu'il y avait des difficultés dans un bois ils n'hésitaient pas à en changer, d'où la présence d'un braconnier: Antoine, originaire de Camors qui utilise la langue bretonne comme langue secrète avec quelques autres boisiers. Réel ou non, ce personnage aurait fini comme garde-chasse dans le bois de Carheil en Plessé.

 

 

Bibliographie :

 

Vous pouvez lire cette nouvelle gratuitement sur le site de gallica :

Souvestre E, Les Derniers Paysans, Tome II, Septième récit

 

Les "Boisiers"

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Published by Mài - dans Histoire Gallo
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