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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 17:53

Nous allons parler aujourd’hui d'une pierre, située dans les environs de Saillé. Elle n'est pas très impressionnante et c'est du haut de son 1m60 qu'elle regarde, d'une manière toute granitique, les automobilistes filant devant elle sur la D774.

En réalité si nous avons décidé de faire un article sur la dite pierre c'est que son envergure modeste est largement compensée par son histoire. Cette pierre est une pierre politique ! La pierre de Congor.

 

Son histoire commence au Néolithique. C'est à cette époque qu'elle fut dressée. Mais nous allons faire un grand bond dans l'histoire pour arriver au Haut-Moyen Age où grace au cartulaire de Redon nous connaissons son ancien nom en vieux breton : Concor. Or comme le précise J-Y Le Moing :

 

«Concor, désigne en vieux breton le "conseil des chefs". Fleuriot cite la pierre de Congor à Guérande, connue du cartulaire de Redon, et où des actes étaient passés il y a encore un siècle. Citons également en Basse-Bretagne, Congoro à Trégonneau ».

 

« Conseil des chefs » donc, cette pierre est étonnante puisque durant près de 1000 ans elle a eu un rôle juridique et politique et c'est auprès d'elle que les Hommes de la contrée se réunissaient et prêtaient serment.

 

Voyons donc ce que nous en dit le cartulaire de Redon, dont voici le texte en v.o pour les latinistes.

 

(un peu de latin médiéval, ça ne fait jamais de mal)

 

L'action se passe le 22 Août 859. Il y est question d'un homme, Omni, qui vend à réméré la saline de Penlan à un certain Leuhemel alors représentant de l'abbaye de Redon. Les fils du vendeur, Chenbud et Kintwant sont cautions de leur père et sont accompagnés de nombreux témoins, religieux et laïcs (dont certains sont des hommes d'importance dans le pays de Quiriac de l'époque) : des hommes d'Eglise : Tribodu, Carmunoc, Wetenan et d'autres témoins, sans doute des hommes libres : Worwoer, Gleumarcoc Kenmarcoc, Menfinit, Rufin, Preselan, Scaelan, Jarnwiu, Alnodet

 

Ce type de déroulement est typique dans le cartulaire, et c'est par ces différents actes qu'il mentionne que nous pouvons mieux comprendre le système juridique et politique breton dans la première partie du Moyen-Age. Loins d'être des sauvages désorganisés comme se plaisaient à raconter certains auteurs francs, les habitants de la Bretagne possédaient une société complexe.

 

(Un machtiern, chef-garant breton, écoute les arguments de chacun avant de rendre la justice, un des homme présente son témoin. troupe Letavia)
 

Le plus étonnant est la persistance de cette coutume puisque, toujours selon Fleuriot des actes étaient encore passés auprès de cette pierre jusqu’au 19ème siècle.

 

 

« Cela c'est produit dans un lieu appelé Congor, près de la pierre de Congor »

 

Sources :

-Cartulaire de redon, DVD

-Le Moing, J.-Y. (1990). Les noms de lieux bretons de Haute-Bretagne. Coop Breizh, Spézed.

 

Édition : il semblerait qu'il y ait eu une confusion entre deux pierres ici (confusion qui viendrait des services patrimoniaux modernes), et que la pierre prise en photo sur ce blog ne soit pas la pierre de Congor originelle, qui fut déplacée et se trouverait dans un fossé. Si vous avez plus d'informations sur cette pierre n'hésitez pas à me contacter.

 Factum est hoc in loco nuncupante Concor, juxta petram Concor

Factum est hoc in loco nuncupante Concor, juxta petram Concor

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 13:50
Les noms de lieux en -ac

La toponymie du nord-ouest de la Loire-Atlantique balance entre deux familles linguistiques, d'un côté les langues celtiques (le breton bien sûr, mais avant lui les langues celtiques antiques (gaulois) et de l'autre les langues romanes (latin, gallo, français).

Le gaulois n'est pas simple à traiter du fait de son ancienneté et du manque de sources mais linguistes ont cependant pas mal « défriché »le domaine du gaulois ces dernières années, et nombres de toponymes peuvent désormais être compris.

Les toponymes gaulois les plus « saillants » dans cette zone sont sans doute les siens en « -ac ».

-Ac est un suffixe, il se place après un élément ; c'est une vielle dame et est prolifique depuis au moins deux millénaires, ce -ac a évolué en -oc en vieux breton (cf : « Foussoc » à Quilly), en -euc en moyen breton (« Clégreuc » à Vay) et est finalement devenu le fameux -ec ( « Merionnec » à Guérande). Ce suffixe signifie a peu près « lieu à ».

Au contact des langues d'Oïl, ce -ac est devenu "-ay" (Savenay) ou "-é". En Bretagne mixte et bretonnante il est resté -ac grace aux contacts avec la langue bretonne (il est particulièrement présent en Bretagne mixte et dans le vannetais bretonnant).

Mais revenons en arrière, à l'époque gallo-romaine les toponymes gaulois en -acon sont à la mode dans une grande partie du domaine celtique d'alors.

Pour le premier élément (avant le suffixe), deux théories s'affrontent :

-Un nom de propriétaire

-Un nom descriptif

Il doit être aisé de faire la différence me direz vous ? Et pourtant pas tellement, les gaulois avaient la fâcheuse attitude d'avoir des noms « totems », il n'y avait rien de choquant à s'appeler « ours » ou « bouleau » ce qui peut nous poser quelques problèmes.

Les toponymes suivants, sont des propositions, la recherche avance à grand pas dans ce domaine. Ils pourront vite être dépassés ou précisés.

En voici une liste, que je completerai à mesure;

Avenac (l') : (Donges)

*aboniãcon, lieu de la rivière (cf vbreton aven= rivière)

Bessac : (Quilly)

*bettiãcon, domaine de Bettios / ou lieu aux bouleaux (cf breton : bezv= bouleau)

Dréfféac :

* deruiãcon, le lieu aux chênes. (cf breton derv=chêne)

Callac : (Guémené-Penfao, Crossac)

* calãcon, le lieu aux pierres

Gavressac : (Avessac)

*gabrissiãcon : lieu de la rivière ou encore de la chèvre (les deux mots étant proche, breton gavr (chèvre) et gover (ruisseau).

Joursac: (Campbon)

*Iorciãcon : lieu au chevreuil / domaine de Iorcios (cf breton yourc'h = chevreuil)

Lavrac (Plessé)

*lavariãcon, le domaine de Lavaros (le "hableur" cf breton "lavarout" : parler). Il y avait à Plessé un Labarsac (Labarezac 1557), peut être de même éthymologie

Sereignac (Avessac) :

*serrãniãcon : domaine du maitre de la serpe

Sordéac (Bouvron) :

*soritiãcon, (so-ritu-iacon) « le lieu du bon gué », le village est d'ailleurs toujours entouré de ruisseaux.

Teignac : (Avessac)

*tanniãcon : domaine de Tannios/ ou lieu aux chênes verts (breton= tann)

Vérac (Chapelle Launay)

*ueriãcon : lieu aux eaux. (breton= gover)

Biblio :

Delamarre Xavier, Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne, éditions errance, 2012

Delamarre Xavier, Dictionnaire de la langue gauloise, édition errance. 2008

Tanguy Bernard, La limite linguistique dans la péninsule armoricaine à l'époque de l'émigration bretonne (IVe-Ve siècle) d'après les données toponymiques, Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, 1980.

Les noms de lieux en -ac
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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 19:59

 

 

On peut avoir du mal à comprendre certaines traditions populaires, et l'acharnement qu'on put avoir certaines populations pour continuer à pratiquer, malgré les foudres de l’Église, des usages qui peuvent nous paraître curieux voir même risibles


La raison est que la symbolique de ces rites est puissante et bien encrée dans la société rurale d'alors.

 

 

L'historien Jean Claude Schmitt a étudié le cas des danses des chevaux de bois connues dans une grande partie de l'Europe atlantique. Nous allons comparer ses conclusions (qu'il a tiré à partir de textes languedociens) aux écrits nantais.

 

 

Ce thème de la danse des chevaux de bois est lié à celui plus large des mascarades et présente toujours les mêmes éléments : l'adoubement, le tournoi ou la quintaine, la Pentecôte, la mort.

La Pentecôte, période printanière est la période de la jeunesse, c'est donc à cette époque que se déroulait ce qu'y aurait été un rite de passage de l'enfance à l'age adulte pour les jeunes hommes.

 

Durant la Pentecôte donc, les jeunes hommes enfilaient un cheval-jupon avec lequel ils devaient exécuter une danse représentant selon un axe « bas-haut » la mort ou plutôt la mort de leur ancien état d'enfant (axe : bas), puis le retour à la vie sous forme adulte (axe haut)

 

 

(motif médiéval printanier, "le combat des feuillus", 1475-1480 Amsterdam)

 

 

Voyons plutôt les traces de ces danses en pays nantais :

 

 

_Pays de Retz, le cheval Mallet :

 

(premier texte par M. Thomas de Saint Mars, 1806) :

 

 

...ou cornemuse, était exécutée assez ordinairement par les quatre autres acteurs de la fête. Le cheval restait en repos dans son nouveau domicile, jusqu'au jour de la Pentecôte. La veille de ce jour, après dîner, les marguilliers assistés de sergents en costume, et accompagnés d'une foule de peuple, se rendaient dans quelque bois voisin où l'on arrachait un chêne qui était conduit, au son de la musette, sur la place publique de l'église

 

→ Remarquons déjà que tout va bien d'un point de vue chronologique, l'action se déroule à la Pentecôte comme dans le Languedoc médiéval. Ici c'est le chêne qui servira d'axe.

 

Le lendemain, jour de la Pentecôte, sitôt après la première messe, les marguilliers, accompagnés de leur cortège en costume, faisaient apporter le cheval dans l'église, et le plaçaient dans le banc du seigneur.

 

→Nous passons à la seconde étape, l'adoubement symbolique avec l'honneur seigneurial. Le caractère chevaleresque du cavalier est aussi mis en évidence par l'épée (arme noble) et son vêtement aux armes du duché.

 

On procédait ensuite, au son de la musette seulement, à la plantation du chêne. Aussitôt après la grand'messe, tous les personnages de la cérémonie apportaient le cheval sur la place, et faisaient en dansant et caracolant au son de leur musique rustique, trois fois le tour de l'arbre.

 

→ L'axe haut-bas, est planté, la danse commence. Le chiffre trois est un chiffre magique bien connu.

 

Nulle personne étrangère à la cérémonie ne pouvait, pendant cette danse, approcher des acteurs qu'à la distance de neuf pieds

→ Les jeunes ne sont pas mentionnés spécifiquement, mais cette phrase montre bien que la danse était réservée à certaines personnes. De plus il est dit que le cheval était donné par les « anciens »du village aux danseurs. Il y avait donc bien critère générationnel.

 

La danse du cavalier autour du chêne est en deux temps : la première partie le matin de la Pentecôte, et la seconde le soir :

 

Après les vêpres, on reportait le cheval sur la place, et, comme le matin, on formait une danse autour du chêne. Cette danse était composée de neuf tours, après lesquels on approchait le cheval du chêne, qu'on lui faisait baiser trois fois.

 

->Nous retrouvons la danse autour du chêne, mais le chiffre trois accentué, neuf tours (3X3).

 

Avant de chercher les éléments relatifs à la mort, il nous manque le thème du tournoi. Nous pouvons le retrouver dans une autre description où des armes sont indiquées :

 

 

« Scavoir celui qui le joue, deux tambours, deux épées, un baston ferré à deux bouts et une corne à corner »

(Jean Gallays et Etienne Giraudet, aveu au roi en sa chambre des Comptes de Bretagne, XVII).

 

 

_Bon et la mort alors ?

 

Et bien elle est partout, d'abord le cheval est un animal psychopompe bien établi, de plus il ne s'agit pas de n'importe quel cheval, mais du « cheval-mallet » animal fantastique connu comme le loup blanc au sud de la Loire. Il s'agit d'un cheval fantôme cousin de Mistilicourtin du Mitao. Il est connu pour précipiter ses cavaliers dans l'eau noire du marais...

 

Notre cavalier a donc une monture infernale qui emporte ses proies dans le monde d'en bas.

 

Enfin le chêne, nous l'avons déjà vu, est dans bien des civilisations où il pousse l'arbre symbolisant l'axe du monde qui relit le monde d'en haut (les branches) à celui d'en bas (les racines). C'est un axe « bas-haut » parfait !

Malheureusement les pas de la danses ne sont pas précisés mais, si la théorie de notre historien est juste pour le pays nantais, le cavalier devait danser sa plongée dans le monde des morts, le monde d'en bas d'abord (la première partie de la danse?), puis effectuer la danse de son retour parmi les vivants dans son nouvel état d'homme adulte (la deuxième partie).

 

 

J'en conclue que le schéma de Jean Claude Schmitt, adapté à la période médiévale dans le secteur occitan correspond aussi assez bien à ce que l'on retrouve dans le pays nantais (et certainement dans bien d'autres endroits).

 

 

_ Le nord-Loire :

 

Il y a peut être une preuve de ce genre de mascarade dans le nord-Loire dans le bourg de Sion (déjà vu dans un article précédent ), ce n'est cependant qu'une proposition faute de sources  :

Article 6 du cahier de doléances de Sion :

"...contraire à la religion et aux bonnes mœurs. Voici en quoi il consiste : le seigneur a droit de faire marquer par son sergent audiencier un pied de chêne situé sous le proche fief d'une seigneurie inférieure à la sienne, la veille de la fête de la Pentecôte, et de contraindre par voie de justice les sergents baillagers de sa châtellenie à faire abattre le dit chêne dans une charrette, et de la faire conduire dans cette voiture le lendemain également jour de fête par ces hommes attelés comme des bœufs sur cette charrette, au bourg de Sion éloigné de quelquefois d'une lieue où se prend l'arbre, à travers les mauvais chemins, les rivières et les ruisseaux qui se rencontrent. Arrivés au bourg de Sion, les malheureux traînent la charrette et l'arbre autour du cimetière et de l'église et puis ils finissent par le planter sur la place publique du dit bourg où il reste jusqu'à l'année suivante où on déplace l'ancien pour y substituer le nouveau."

 

Il n'est pas question de danses (peut être simplement parce qu'elles ne posaient pas de problèmes (cahier de doléances) contrairement à l'acheminement d'un chêne (!). Nous avons cependant tout les autres thèmes :

La Pentecôte = la date est bonne

Le chêne planté = voilà notre axe, qui plus est le même qu'à Saint Lumine du Coutais.

L'aspect seigneurial = peut être lié au motif de l'adoubement.

Le cimetière = promener un chêne dans un cimetière peux sembler curieux, sauf si on le rapproche au thème de la mort, et surtout si on le compare aux danses des chevaux de bois médiévales ou le cortège tourne dans le cimetière.

 

 

Nous aurions donc un ensemble de traditions liées au passage initiatique de l'enfance à l'age adulte, ayant lieu durant le Printemps, saison de la jeunesse. Et lié à la fois à la tradition chevaleresque (adoubement, combat) et au voyage dans l'autre monde (axis mundi, cheval psychopompe).

 

 

 

 

Bibliographie :

 

Schmitt Jean-Claude, Le corps, les rites, les rêves, le temps. Essai d'anthropologie médiévale. Editions gallimard, 2001

 

Le cheval-mallet : http://fr.wikipedia.org/wiki/Cheval_Mallet#cite_note-53

De Nore Alfred, Coutumes, mythes et traditions des provinces de France, Périsse,‎ 1846,

 

Grand-lieu

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 14:34

 

 Au bord de l'Isac, en face du bourg de Guenrouët (mais dans la commune de Plessé) l'on palabre depuis longtemps d'un énigmatique château médiéval, le château de Sé (« chatiaw d'sé » en gallo). Un tertre, des cercles dans les champs, de mystérieux souterrains, a première vue tout cela semble bien fantasmagorique... Et pourtant, il n'est point question ici d'extraterrestres farfelus mais de choses bien réelles !

Et souvent les archéologues prêtent attention aux observations des locaux pour appuyer leurs hypothèses.

Nous allons donc partir ensemble sur les traces de ce château à partir des constatations actuelles qui nous ouvriront une porte vers la vie des habitants des rives de l'Isac il y a plus de mille ans...

 

Il n'y a pas si longtemps, lorsque les champs du village de Saint Clair étaient couverts de céréales on pouvait voir se dessiner une sorte de pentagone jalonné de quatre tours sur la bute. Cette curiosité est dut au fait que la terre des anciens fossés est plus fertile et rend donc visible les tracés de constructions humaines parfois très anciennes. L'archéologie utilise souvent les images aériennes afin de repérer ces « dessins » avant les fouilles.C'est la « prospection aérienne ». Sur le site de l' IGN (institut géographique national) sont proposées un ensemble de photographies aériennes d'excellente qualité pour toutes les communes, depuis environs les années 50 (pour Guenrouët en tout cas). Cartes suffisamment anciennes pour voir ces fameux champs, qui ont parfois disparu.

Je rappelle que si l'envie vous prend de rechercher d'anciennes structures dans votre région, vous être libres de le faire, mais la recherche d'objets anciens est strictement réservée aux archéologues 1! Trop d'objets ont été perdu, cassé ou dérangé de leurs contextes à cause de pillards du dimanche...

 

structure.jpg

( Pour les yeux de lynx, sur cette photo de Saint Clair de 1967 apparaissent quelques structures anciennes, une carrée, une ronde (un puit ?) et un élément peut-être coupé par la haie à gauche )

 

Quelques érudits ce sont penchés sur la question, comme le fameux blinois Louis Bizeul, au 19ème siècle, qui a receuilli des témoignages oraux sur la dénomination de l'ancien château, selon lui, le vocable « Sé » n'est pas oublié des populations, la frairiedes environs s'appelle d'ailleurs « la frairie de Sé ».

L.Maitre, parle lui des fameuses traces : «L'emplacement du châtellier paroissial est encore marqué par une véritable église bâtie en forme de croix latine sur les rives de l'isac et les talus de terre qui forment une enceinte subsistent toujours sur deux côtés à travers la lande déserte».

Témoignage pas si ancien, et pourtant il n'y a plus de chapelle (détruite pendant la seconde guerre mondiale) et les landes ( landes et frairies... Nous en avons déjà parlé sur ce blog !) ont laissé place a des propriétés privées 2.

 

Au sujet des souterrains, tout le monde s'accorde sur l'emplacement de la bouche, elle aurait été obstruée par la récente statue de Saint Clair, pour l'autre bout, on entend les hypothèses les plus folles (jusqu'à Guémené-Penfao vous dirons certains !). Un témoignage me semble intéressant car il vient ni d'un plesséen ni d'un guérinois (ce sont des choses qui arrivent)

Dans le livre « peau de grenouille »3, qui décrit a partir de témoignages des deux camps le déroulement de la fin de la seconde mondiale dans la région (alors à la limite de la « poche » de Saint Nazaire) il est fait allusion a la découverte d' un souterrains par un soldat allemand rejoignant les environs de Lancé, ce dernier l'aurait emprunté de nombreuses fois pour aller voir sa douce.

 

Lors de la construction de la nouvelle route, les ouvriers auraient aussi trouvé le fameux souterrain ainsi que d'anciens sarcophages...

 

Tant que nous y somme, voyons maintenant des références plus anciennes :

1548: La motte du chateau Saint Clair auquel lieu (...) y eut anciennement chateau et forteresse.

En 1483 est mentionné le « château Cé ».

 

La toponymie encore nous montre qu'il y a eu une fortification, ainsi le nom de village « le châtelier » vient du latin « castrum », et désigne a coup sûr des fortifications anciennes.

 

Voilà pour les témoignages plus ou moins actuels (oui oh ! À part 1483!), que savons nous au-delà ?

Et bien dans le cartulaire de Redon 4, recueil de chartes du VIIIème au XIIème siècle, il est fait mention d'un Castrum Seium, un « château de Sé » ! De plus le roi de Bretagne Alain Le grand (Alan Veur) le mentionne dans trois chartres. Le château était en fait sa résidence !

Alain Le grand, ou Alain 1 de Bretagne, hérite à la mort de son frère Paskwezhen au titre de comte de Vannes et de Nantes, ainsi que, pas de bol, a la continuation de la longue guéguerre contre le comte de Rennes (Judikael). Les deux camps ennemis sont alors obligés de s'allier face à une nouvelle menace : les Vikings. Alan aura alors d'une certaine manière une double victoire, car à Questembert en 890, il bat les Vikings, et le comte Judikael meurt au combat. Alain devient alors roi de Bretagne... Son règne aura été étonnement calme pour l'époque, il aura eu donc le temps de se prélasser dans sa résidence des bords de l'Isac au son des harpes, rotes et chants !

 

DSC_0516.JPG

(reconstitution d'un comptoir viking, Finlande)


Ne vous imaginez surtout pas un château à « l'américaine » aux grandes murailles de pierres et au donjon vertigineux, les constructions d'époque sont beaucoup plus simples, faites de bois et de terre avec un donjon en bois et quelques bâtisses, c'est ce que l'on appelle une « motte castrale ».

Peu après sa mort les vikings reviendront en force, et seront probablement a l'origine (du moins en partie) de la destruction du château, les sièges n'étaient pas le fort des vikings, qui affectionnait les combats rapides et inégaux 5; on peu imaginer que les défenses du château n'était pas très efficaces, peut être à cause de la période de paix qui a précédée.6. A moins qu'il ait été affaibli tout simplement par le chaos général que ces hommes du Nord ont créé dans le royaume de Bretagne à l'époque. Selon certaines sources le château aurait complètement disparu plusieurs siècles plus tard pendant la guerre de cent ans.


 

pless.jpg

(Premier fait divers plesséen, l'affaire Lalokan !)


 

Mais comment vivait le peuple a cette époque ?

 

Le cartulaire de Redon nous permet de voir comment vivaient les anciens habitants des environs; la société d'alors était pour la quasi totalité rurale. Des sortes de frairies existaient déjà, les « kenedl », sortes de petits regroupements familiaux, il y avait à leurs têtes un « marchtiern » (chef gageur) qui a une responsabilité notamment judiciaire. Il s'agissait généralement d'hommes même si des femmes sont parfois mentionnées. Ce cartulaire, mentionne une affaire à Plessé en 854 entre deux hommes Kovellig et Brizhvael qui appelèrent leur marchtiern Houarnskoed pour le contrôle d'un endroit appelé « Treb-Hinoi » qui appartenait à un certain Lalokan alors décédé (et qui était leur cousin); le jugement eu lieu, sous le contrôle de moines venus de Redon dans le village de Sérant à Guémené-Penfao.

Grâce à cette banale histoire de dispute de terrain, Lalokan, Houarnskoed, Brizhvael et Kovellig se trouvent être les premiers plésséens jamais mentionnés dans l'histoire à part peut être ce fameux Sei, nous y reviendrons...

A l'époque, l'Europe subit une forte hausse de température, qui même si elle fût profitable pour les récoltes amena un certain nombre de perturbations (dont font parti les Vikings de façon indirect), c'est l'optimum climatique médiéval.

La société se divise entre nobles (dont le marchtiern Houarnskoed faisait sans doute parti), les hommes libres, les colons (fermiers qui ne possèdaient pas leurs terres mais ne pouvaient pas en être expulsés), et les tenanciers. Le cartulaire nous montre que les paysans possédaient peu de surface mais étaient souvent libres.

Les surfaces se divisaient en plusieurs catégories, il y a d'abord le "rann" la parcelle privée (qui a donnée beaucoup de noms de lieux, comme Guérande (Gwenn-rann)), ensuite vient le "tigran" (ti+rann) la parcelle et la ferme, et enfin le "converan" qui désigne les parcelles collectives.


Il existe un certain nombre de reconstitutions de village de l'époque, à Melrand dans le Morbihan existe une reconstitution du village de Lann-goh, en Anjou c'est la motte castrale de Saint-Sylvain d'Anjou qui a été reconstruite. Leurs visites peuvent vous donner une idée du type architectural d'alors. Sur les ruines du château sera construit au XIème siècle la chapelle Saint Clair par les seigneurs de Carheil, elle sera à son tour détruite pendant la seconde guerre mondiale. En octobre on y bénissait les semances.

Ce choix n'est pas un hasard car le lieux avait aussi une importance religieuse, au moins depuis les temps chrétiens car la tradition populaire place sur cette même butte les prêches de Saint Clair (première évêque de Nantes)...Quoi qu'il en soit la présence d'une fontaine miraculeuse dont l'eau soignerait les yeux (on sait aujourd'hui que c'est un culte d'origine précrhétienne) peut être un indice d'une certaine importance préchrétienne du lieu... 

 

P1050911.JPG

(reconstitution d'un village de l'an mil à Lann-goh, Melrand)

 

Voilà pour l'âge d'or et la fin du château de Sé, mais qu'en est il de ses origines ? Nous allons devoir encore prendre le temps à rebours... L'Empire Romain est aux abois, les « barbares » affluent de toutes part et l'Empire a bien du mal a se défendre. En Armorique, l'instabilité politique crée par les bagaudes ( mot gaulois voisin du breton « bagad », bataillon), véritables armées de paysans ruinés par le refroidissement climatique se rajoute aux pirateries des saxons sur les côtes. Rome, appelle alors des détachements de Bretons, venus de l'actuelle Grande-Bretagne, dans le cadre du tractus armoricanus, ces Bretons sont les défenseurs idéaux: les attaques perpétuelles des Gaëls sur leurs côtes leurs ont donné une expérience solide au combat, de plus ils partagent une langue et une culture très similaire a celle armoricains, enfin, la Manche déjà depuis l'âge du bronze et au delà est un véritable axe de communication, et certainement pas une frontière, traverser la Manche est moins dangereux et plus rapide que d'emprunter les routes carossables7. Ces immigrations de bretons vers l'Armorique, et plus largement le Nord de la Gaule, se feront petit à petit sur plusieurs siècles, et continueront longtemps après la chute de l'Empire Romain. Ces habitants des îles auront une influence culturelle importante sur le pays, car à l'inverse du reste de la Gaule où les élites et les religieux de la toute nouvelle foi catholique se mettent a parler le latin entraînant avec eux le reste de la population, dans les royaumes bretons la création d'une élite et d'une Eglise faisant usage (à l'oral en tout cas) d'une langue celtique permit le maintien de celle-ci.

Ces Bretons créèrent des paroisses primitives, les « Plous » autour du VIème siècle, qui marquent encore largement les noms de lieux en Bretagne. Dans 75% des cas 8, il est formé sur le mot « plou », « ple », « plo »... et celui d'un nom fondateur, c'est le cas de Plessé, écrit Plebs Sei dans le cartulaire de Redon, c'est à dire la « paroisse de Sei ». Ce Sei, ancêtre de la paroisse donc, n'a malheureusement laissé son nom que dans la toponymie, on le retrouve à Lancé (lieu consacré de Sei), à Tressé (village de Sei) et peut être plus au Sud à Couacé (forêt de Sei). La nouvelle paroisse de Sei est alors construite, non pas au bord de la rivière mais dans les terres, sur une auteur, originalité qui concerne tous les « plouefs ». Comme ailleurs, d'un personnage peut être réel, Sei est devenu un ancêtre mythique, créateur de la commune, la présence de son noms dans des lieux, ici et là résulte peut être, à la manière de certaines communes comme Locronan par exemple, d'une lecture sacrée de l'espace de la commune 9, ce n'est bien sûr qu'une hypothèse.

 

P1050381

(la fontaine saint Clair soignerait les yeux selon la tradition populaire)

 

La valeur stratégique de l'endroit, surveillant l'Isac, sur une hauteur, nous permet d'imaginer qu'une fortification ou en tout cas un lieu important y était présent depuis des lustres, même avant les bretons, les vestiges gallo-romains ne sont pas rares dans la région.

Il semble que l'Isac n'ait jamais été une frontière, mais cette rivière est et a toujours été un lieux d'échanges intensifs, rejoignant la Vilaine et Redon, elle est de plus traversée par plusieurs gués (qui ont sans doute donné le nom de Guenrouët, Gwenn-red, le « gué sacré ») qui ont facilité sa traversée.

Il semble que l'emplacement du château était, au contraire, central 10; il se situait au centre du territoire de Carheil, il se situait aussi presque exactement entre deux voies antiques importantes, l'une partant de Blain vers Redon et passant aux abords de la forêt du Gâvre à Curun (où se trouvait des thermes) et passant par Rozay; au Sud passait une route partant aussi de Blain allant vers Vannes et passant par Branleix et Langâtre.

Le lieu était avait donc une importance politique (résidence royale) et religieuse (chapelle, fontaine, et dont la toute récente croix monumentale de Saint Clair peut être une résurgence).

Une fouille archéologique sur les lieux permettrait de répondre à bien des interrogations.

 

gwenred.jpg

(représentation approximative des observations d'anciennes structures par les habitants de Saint Clair à Plessé, les points rouges représentent les tours, une quatrième tour était visible, le dessins d'anciennes "douves" passent dans les champs. Enfin les restes de la chapelle construite par les seigneurs de Carheil sont encore visibles dans le cadre rouge)

 

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1: http://www.halte-au-pillage.org/

2: http://mitaw.over-blog.com/article-l-organisation-rurale-dans-l-ouest-du-pays-nantais-50830346.html

3: Jean-Anne Chalet, 1980, peau de grenouille, éditions S.Godin, Paris.

4:http://fr.wikipedia.org/wiki/Cartulaire_de_Redon

5: Régis Boyer, 2008, Les Vikings, histoire, mythes, dictionnaire, édition Robert Laffon

6: http://www.drakkars-d-hyperboree.org/viking/histoire/site_conquetes.html

7: Léon Fleuriot, 1980, Les origines de la Bretagne, édition Payot, Paris

8: André Chédeville, Hubert Guillotel, 1984, La Bretagne des saints et des rois, éditions Ouest-France, Rennes

9: Pour pouvoir le prouver il faudrait faire une étude des processions dans cette zone, cf thèse de Joël Hascoët, 2010, Les troménies bretonnes. Un mode d'anthropisation de l'espace à l'examen des processions giratoires française et belges, disponible sur internet.

10: Hervé Tremblay,1996, "Noms de lieux et itinéraires anciens en Loire-Atlantique, de Nantes à la Vilaine et au Brivet".

 

plus : la compagnie "Letavia", fait un travail de reconstitution sur la vie des soldats brito-armoricains du haut moyen-age : http://letavia.canalblog.com/

 

A propos de l'affaire Lalocan (j'ai utilisé l'orthographe du breton moderne pour les prénoms) : Davies Wendy,1999 Intra-family transactions in south-eastern Britanny. The dossier from Redon . disponible sur Persee

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Published by Seoc - dans Histoire
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