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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 12:46

 

 C'est l'automne, les feuilles prennent leurs couleurs dorées et les journées comme la température chutent tranquillement; c'est le retour de la saison froide dont on plaçait traditionnellement le départ à la Toussaint (1), période de tout les dangers comme nous le verrons.

 

C'est durant cette période où, bien avant que l'oncle Sam ne s'en mêle, les gens creusaient déjà des visages grimaçants dans des betteraves où étaient plantées des bougies, à Guenrouët on les nommes « biettes » ou encore « lizette » en rapport au légume. En breton ces légumes effrayants prennent le nom d'  « ar vol ». Ni en hivers ni en été, cette période est intemporelle où les morts peuvent se mélanger aux vivants. Croyance d'origine celtique qui se rencontre dans une vaste zone géographique et dont les premières références datent de l'époque gauloise.

C'est aussi le retour de la période des veillées (fileries) et des contes... 

cric !crac! Et haït ! rac le fouyë l'contou commenwce o unn peré duranwt qhe dror toutes les qheriatures fërieuzes sont en devarinne, l'patou d'në est à oualë, les ptits courrigans dance cont les folets, le huchou huch, les bonns donnes ghèt ou qeuniaws pour les agrichës, l'ancou, la bétè Jenwnette et l'mao picou vont de part le peï cont lou bërouë d'ërvnanwts...(2)

 

C'est donc sur ces derniers que nous allons « travailler » aujourd'hui, les revenants étant tout particulièrement actifs cette nuit là. De part sa conception de la mort, le pays entre Loire et Vilaine se trouve à la croisée de plusieurs traditions, elles sont cependant toutes intimement liées et l'on ne peut comprendre l'une sans connaître l'autre; nous en avons eu un avant goût avec l'article sur l'Ankou dans le pays nantais, cette fois-ci nous élargiront le thème en voyant chez la concurrence pour ainsi dire, car d'autres cortèges et assemblée d'âmes sont présentes dans la mythologie populaire nantaise. Leurs études permettra une meilleurs compréhension de la perceptions de la mort dans la société rurale de la zone que nous avons choisit pour ce blog.

 

Même si leurs origine est préchrétienne, le clergé s'est efforcé de donner un vernis ou même un sens chrétiens aux croyances des assemblées d'âmes, au point qu'il est difficile de comprendre sont sens primitif. Heureusement certaines légendes sont moins passées par la moulinette de l'église que d'autre. Nous verrons quatre légendes mitaws, les deux première sont largement christianisées et leurs sens ne se révélera qu'avec l'étude des deux dernières (oui il faut bien un peu de suspens !!).

 

Pour commencer nous allons dans la commune d'Avessac, racontée par un berger de Ramballay et recueillie au 19ème siècle (3); l'action se passe à Trioubry, une pinaie serrée où se trouve les restes d'une ancienne chapelle templière.

« Un soir, je gardais mes bestiaux sur la lande et j'eus la malencontreuse idée de venir m'abriter du vent dans les ruines sinistres de la chapelle. Soudain, elle s'illumina et j'aperçus des rangées de squelettes qui écoutaient la messe dite par un grand moine tout vêtu de rouge. Quand il me vit, ce dernier se mit à courir après moi, en poussant des cris. Je me sauvais et m'étant retourné quelques centaines de mètres plus loin, je le vit disparaître sous les pierre du coteau »

Le lieu était si dangereux que les habitants qui se rendaient à la fontaine proche y allaient armés.

Ce moine rouge serait un ancien templier, son fantôme chasse les pêcheurs égarés dans les limites de sa chapelle, en dehors de celle-ci il ne peut rien faire.

Le moine rouge semble être le chef des rangées de morts présents dans la ruine, c'est aussi un « chasseur d'âme », il n'est pas étonnant qu'il n'ait de pouvoir que sur un territoire précis, c'est un thème récurent, dans certains endroit de basse Bretagne, les gens pensaient qu'il y avait un Ankoù par paroisse... Les créatures mythiques des croyances sont souvent avant tout des génies du lieu (4), c'est la grande différence avec les contes où il y a toujours un flou artistique sur l'origine géographique.

L'histoire des templiers est un rajout postérieur, pour comprendre cette histoire et faire le liens aux suivantes, il faut en dégager la structure : un lieu abandonné redevient la propriété d'un génie local, chef des morts du dit lieu (le monde des morts est toujours dans des endroits sauvages ou inaccessible). A cela s'est accroché le mythe de la chapelle aux morts (que l'on retrouve au Croisic).

A noter que parfois, ce moine rouge est présenté sur un terrifiant cheval squelette, le cheval reviendra, sont lien avec la mort pourrait alimenter bien des articles.

 

P1060037.JPG

 

La deuxième légende vient de la commune du Coudray, au bord de la forêt du Gâvre (5), curieusement ce bourg (6) possède deux légendes liées au cortège des âmes, une primitive, se rattachant aux croyances à l'Ankou (cf article), et l'autre que voici, qui est complètement remaniée; parfait exemple montrant a quelle point une croyance peut être remaniée complètement, gagner une toute nouvelle signification (ici religieuse) et repasser dans les couches populaires. Avec cette légende, nous rentrons de plein pied dans la grande famille des « chasses fantastiques », et touchons du doigt un élément de ce qu'on appelle le « folklore international » car ce thème se retrouve de l'Inde à L'Irlande, du Canada au Japon...Il commence a être bien compris du moins dans le contexte européen.

Voici un résumé de la légende,

Saint Hubert et Saint Georges sont deux frères, le premier est un chasseur invétéré seigneur du château de Claye, le second est prêtre. Un jour alors qu'il se rendait à la messe de son frère pour Pâque, le piqueur d'Hubert vint le prévenir qu'il avait relevé la trace du cerf gigantesque qui hantait alors la forêt du Gâvre... La tentation est trop grande ! Hubert lâche alors « rien à craindre ! Le cerf sera pris avant l'élévation.. Sinon, que mon château soit englouti et ma chasse changée en pierre ! », et lui de partir, chevauchant à travers la vaste forêt en quête de l'animal fabuleux, mais alors sonna la cloche de l'élévation une croix apparue entre les ramures du cerf,  et tous s'immobilisèrent alors et se transformèrent en pierre, cerf, seigneur piqueurs et chiens; et son château disparu dans les entrailles de la terre...

Une quarantaine de menhirs s'étendant du Don à L'Isac sont censés être les restes pétrifiés de cette chasse, le cerf étant le menhir de Lansé.

La morale chrétienne est évidente, même si un peu maladroite, on ne comprend pas bien pourquoi Hubert est un saint... Les éléments trop païens comme l'assemblée d'âmes ont été purement éradiquée, le cerf géant psychopompe, sans doute un peu trop louche, passe quand même bien mieux avec une croix entre les ramures !

 

Nous allons voir maintenant une version plus archaïque du même thème, où le lien avec la mort est beaucoup plus évident que dans la légende précédente, elle est aussi assez courante.

 

En Brière ont entendais les nuits d'automne parmi un déluge de pluie de tonnerre et de bourrasques

le bruits du galops et les cris des âmes en peine de la « chasse Arthu » (que l'on appelle aussi « chasse infernal », « chasse Hennequin » ou encore le « diable et son train »), lorsqu'elle passait les brièrons se signaient « la chasse passe. Prions pour les damnés ».

Le nom de chasse Arthu est connus de la Normandie à l'Aquitaine, la chasse Hennequine (à Chateaubriant) ou Hellequin a un domaine encore plus large, de l'Angleterre à l'Italie.

La Bretagne est citée plusieurs fois comme étant traversée par ces chasses fantomatiques, et ce depuis longtemps. Le gallois Walter Map les mentionnent au 13ème siècle: « En petite Bretagne, on vit des proies nocturnes et des chevaliers qui passaient toujours en silence. Souvent les Bretons leur volaient des chevaux et des animaux et ils s'en servaient, ce qui amena la mort des uns, les autres restant indemnes ».

Cet Arthur drène donc avec lui une grande quantité d'âme dans sa course folle, nous retrouvons les chevaux encore une fois, même si en se signant les brièrons semblent les craindre, l'aspect de chasseur d'âme n'est pas mentionné, cependant à Saint Suliac vers Saint Malo, la chasse Arthus massacre les animaux domestiques et les Humains qui se trouvent sur son passage (7). Témoignage qui est cohérent avec le texte de Walter Map.

Notez la référence au tonnerre et aux intempéries, c'est une des origines probables de ce mythe.

 

illustration de la revue des traditions populaires (n 12, 1907)

 

Nous revenons dans la forêt du Gâvre, qui sera notre avant dernière halte dans cette course aux fantômes !

Cette tradition a été notée en 1835, elle concerne un géant redoutable vivant dans la forêt, le Mau Piqueur (hybride gallo-français, probablement prononcé « maw piquou »), on le surnommait « l'avertisseur de tristesse » car sa vue était un très mauvais signe. Il tenait en laisse un chien noir reniflant les pistes pendant qu'il était en train de couper du bois. Quiconque le voit est sûr de mourir dans les jours qui suivent. Ses yeux pleuraient des flammes lorsque sa voix résonant dans la forêt profonde disait

« Fauves par les passées,

Gibiers par les foulées 

Places aux âmes damnées »

Son apparition nous dit Paul Sébillot annonçait la grande chasse aux réprouvés.

 

Parfait témoignages que celui-ci qui regroupe tout les thèmes.

Le Mau piqueur est un fantôme, c'est un chasseur d'âmes comme Arthur, le moine rouge et l'Ankoù, il chasse les âmes avec l'aide de son chien fantastique qui viennent alors grossir sa « menée » (ici les âmes sont citées mais semblent invisibles). De plus il est lié aux intersignes (cf article sur l'ankoù), sa vue annonce une mort ou un malheur certain. Notez que sa petite poésie rimée, assez obscure semble montrer qu'il est aussi le maître d' animaux sauvages (ce qui est récurant, la chasse hennequine de Chateaubriant (8) est aussi constituée en partie d'animaux).

 

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("Places aux âmes damnées !")

 

Pour finir nous allons sortir du département pour aller outre Vilaine et mentionner une autre chasse infernale, le « chariot David » à Redon, il passe dans le ciel et vrombit comme le vent, un chariot est en effet parfois présent dans ces chasses infernales. Le parallèle est évident, toutes ces légendes, même si elles semblent différentes à première vues, tirent leur origine d'une source commune; bien malin celui dira laquelle (9), cependant nous avons plusieurs traditions bien attestée qui montre la croyance en un personnage psychopompe qui conduit les âmes des morts sur terre. La croyance en l'Ankoù et son charigot de nuit « karrigell an Ankoù » semble être la plus primitive (il ne prend pas que les âmes damnées mais toutes), les autres que nous avons vus aujourd'hui ont vus leur sens dévier afin de coller à la morale chrétienne.

Le chapitre sur la mort en Loire Atlantique, n'est pourtant pas clos, car il reste une dernière famille de passeurs d'âmes, plus aquatiques, allez je donne un indice... « Mallet » ça vous dit quelque chose ? Non et bien soyez patient !

 

 

 

 1: Particulièrement évident en breton vannetais où Novembre se dit «Kala-Gouiañv», les «calendes d'hiver» et précède le «gouel an anaon» fête des âmes. En breton guérandais l'hiver se disait «Goê».

  2: en gallo dans le texte « cric crac ! C'est partit ! Auprès du foyer le conteur commence avec une histoire effrayante pendant que dehors tout les monstres sont en fête, le pâtre de nuit se pleint, les lutins dances avec les folets, les huchous hurlent, les fées surveillent les enfants pour les enlever, la mort, la bête Jeannette et le Mau piqueur vont de part le pays avec leurs assemblées de revenants... ». L'orthographe employée n'est pas officielle et n'est utilisée que pour rendre plus accessible les particularitées du gallo mitaw a des francophones.

  3: Bulletin de la société de mythologie française, n°116.

  4: Claude Lecouteux, 1995, Démons et génies du terroir au moyen-age, édition Imago.

  5: receuillie par le docteur Desmars en 1912.

  6: Où soit dit en passant est fait un exellent chouchen (ou chamillard en gallo).

  7: Paul Sébillot, Tradition et superstitions de la Haute Bretagne, édition G.P Maisonneuve

  8: Selon le petit Matao, « Heneqhinne » a le sens de « fantomatique » en gallo.

  9: Certains verraient un dieu celtique de la mort derrière ces personnages, le chasseur présentant certain attribut commun avec le dieu gaulois Sucellos. C'est interressant mais à prendre avec des pincettes, sachant que ce thème se retrouve dans des pays n'ayant jamais été de langue celtique, comme en Scandinavie.

 

 

Sources :

 

Cet article à été largement nourri de l'analyse de Claude Lecouteux, (professeur de littérature et civilisation germaniques médiévale à la Sorbonne) dans son livre "chasse fantastiques et cohortes de la nuit au moyen age", 1999 aux édition IMAGO.

 

L'ankoù en Loire Atlantique : http://mitaw.over-blog.com/article-l-ankou-en-loire-atlantique-49537352.html

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Published by Seoc - dans Croyances
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