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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 14:47

Voici un article présentant quelques mots gallos connus entre Loire et Vilaine, j'ai indiqué la provenance de ces mots (si rien n'est indiqué c'est qu'ils sont employés un peu partout), plus la forme en API (alphabet phonétique international) l'orthographe de cette langue n'étant pas encore une. Enfin j'ai mis l'étymologie de ces mots, leurs origines est diverses : parfois formés à partir d'autres mots gallos, dérivant du latin ou encore issus d'un substrat gaulois (cf : article) ou breton ou encore d'un superstrat germanique.

 

 

 

Adoliche, verbe, /adoliʃə/

Travailler le bois à la manière des enfants, du gaulois *dolbô (façonner).

 

 

Amiele ,verbe, /amjɛle/ verbe, Brière

Flatter, de « miel », « donner du miel ».

 

 

Arsin : /aʁsɛ̃/ masc, Brière.

goût de brûlé, à rapprocher du moyen-français « arsin » (incendie), ces mots viennent du latin ardere (brûler). Le français actuel « ardent » est de même origine.

 

 

Berchè : /bəʁʃɛ/ masc.

Tabouret. Comme celle des Hommes l'Histoire des mots est parfois tortueuse, accrochez vous : ce mot vient en fait du celtique brusket (breton : brusk /bruchet) qui indique au sens propre la poitrine. Par analogie, il a par la suite ausssi désigné une « pièce servant de support » pour finalement désigner le tabouret en gallo et en breton (briched) et le tréteau au moyen-français.

 

 

Bij-goulinne, fem, /biʒgulin/ Brière

De « bije » (embrasser) et de goule (visage), la bij-goulinne est celui ou celle qui embrasse beaucoup.

 

 

Bonn : /bɔn/ fem

Borne, comme le français « borne » ce mot dérive de la racine celtique : bunda (sol, fond) à rapprocher du mot breton « bonn » (borne).

 

 

Bourdri, fem, /buʁdʁij/ Guémené-Penfao

Ferme, à comparer au moyen-français « bourderie », venant lui-même de borde (chaumière, cabane), vient du francique *borda (cabane). Le mot français « bordel » est de même origine.

« Laboureux ont du mal foison Car ilz n'ont borde ne maison Ou ilz se sachent maintenir » (Xvème) (RÉGNIER (Jean).- Les Fortunes et adversitez. Texte publ. par E. Droz.- Paris : É. Champion, 1923)

 

Chamillart : /ʃamijaʁ/ Sion, Plessé,...

Chouchenn (alcool de miel), on dit aussi chouchènn par endroit (Fégréac), ce mot vient sans doute du verbe « chamiller » (marcher de travers) le chamillart est l'alcool qui fait chamiller donc. Le verbe « chamiller » se retrouve dans d'autres langues d'oïl (Picardie) et il est peut-être à rapprocher des mots gallos : càmpi et càmpen = boiteux (à moins que ces derniers ne soient des formes de « clopiner »). L'origine de chamiller est la racine celtique *cambo (courbe, boiteux) qui a donné le breton « kamm » (boiteux, courbe). Remarquez que dans chamiller le « c » est devenu « ch », c'est un traitement roman typique alors que dans càmbi et càmpen (s'ils ont bien la même origine) le « c » du radical est resté dur /k/, ce serait alors l'influence du breton.

 

Chouc /ʃuk/ (Herbignac)

Tronc d'arbre. Ce mot est à rapprocher du français « souche ». Les deux mots ont pour origine le gaulois *tsuka. Ce mot ancien a donné plusieurs variantes en gallo, ainsi il se dit /s əʃ/ (soùch) à Quinsignac en Saint-Nicolas de Redon ou encore "sico" à Guérande.

 

Courje : vb /kuʁrʒə/

Donner des coups de fouet, vient du latin corrigia= fouet. Ce mot latin a donné le français « corriger »

 

 

Couyeu : masc, /cujø/ Guémené-Penfao

Paysan (péjoratif) ; sans doute parent du mot cueilleur.

 

 

Derouen : masc, /dəʁwɛ̃/ Guémené-Penfao

Naïf et guilleret d'où derouennè (roitelet breton laouenan=le petit joyeux) vient sans doute , comme proposé par la revue Pihern, du breton drev (joyeux) à moins qu'il ne soit en rapport avec Drouin le prénom du moineau dans le roman de Renart, comme en français, plusieurs noms d'animaux gallos tirent leur nom de ce roman : rnar (Renart le goupil) et Belin (Belin le bélier).

 

Écaobu : masc /ekawby/

Essart (terre défrichée par brûlage). Je rapprocherais ce mot de la racine celtique *scolp- qui aurait eu comme sens couper à rapprocher du gallois ysgolp et du breton scolp (copeaux) et d'ailleurs aussi du français « copeau ». Le verbe breton vannetais « skolpiñ » («essarter/ écobuer » et « couper la chaume ») me semble affirmer cette thèse.

Il me semble aussi probable que le terme mentionné par Guériff "Ecao" désignant les faucheurs bretonnants employés dans la presqu'île dérive de la même racine.

L'écobuage a été pratiqué dans le pays nantais jusque dans les années 60 (secteur Guenrouët/Plessé) (un article au sujet de l'écobuage dans le 44)

 

 

Faochè masc /fawʃchɛ/, Bouvron

épervier, de la racine latine falc (faux), qui aurait donné falco (cf français : faucon), l'auteur antique Festus explique que les gens ont appelé ces animaux ainsi en rapport à la forme courbe de leurs serres quand ils attaquent. En réalité, ce mot pourrait simplement venir du gaulois volcos qui signifie "faucon" et l'anecdote de Festus une étymologie populaire sans fondement. (G. Quentel, p 144)

 

 

Gâpâ : masc, pl /gɑpɑ/

Mélange de paille et de céréales, et vient d'une racine celtique en *uaspa (déchets) (breton : gwaspel : paille hachée par la machine à battre). En Loire-Atlantique la marée des gâpâ est la grande marée fin septembre qui tirerait son nom, selon Arthur Maillard, du fait qu'elle arrive à la fin des gros travaux agricoles. D'autres mots découlent sans doute de la même racine comme gâpi (pourri) ou encore gaboraj :

(le mot "gaboraj" prononcé /gaboʁaʃ/ par un Plesséen né à Trégouët)

 

gaboraj : /gaboʁaʃ/ ou /gaboʁaʒ/ mélange grossier de céréale pour l'alimentation des animaux.

Cette racine est aussi connu hors de la Bretagne (substrat gaulois) et a donné le français « gaspiller » notamment.

(La marée des gapois à Pen-Bé)

 

Gôd : /god/ (Piriac)

Pingouin. Semblable au breton « god » qui signifie « petit pingouin » et plus généralement les membres de la famille des « alcae ». Dans le Morbihan « god beg-ruz » (le pingouin au bec rouge) désigne ainsi le macareux. Pour Deshayes dans son dictionnaire étymologique du breton ce mot se rattache à la racine germanique "kodde" (d'où "godet", « godell » (poche)...). Ce mot se retrouve de la Vendée (Noirmoutier) à la Normandie, et était utilisé par Jacques Cartier et ses hommes au XVIème siècle. C'est ainsi qu'on le retrouve aussi au Québec encore de nos jours.

 

 

Jao : masc, /jaʊ/

Coq, du latin gallus (coq)

 

Hale /alə/ verbe

Jeter, tirer, : « hal-te ! » (vas t'en !). Parfois utilisé comme préfixe : Halbâton = de la bagarre, Haltabu = du tapage. Ce mot est aussi connu en français (haler) et a donné le mot halage par exemple (parce qu’on y « tire » les bateaux). Il vient d'une racine germanique *hâlon (emmener, aller chercher).

 

Incarvane : /ɛ̃kaʁvane/ (La Turballe) verbe :

Sentir très mauvais. Ce mot est basé sur la racine bretonne « karvan » (charogne, corp d'animal mort), incarvaner c'est donc sentir la bête morte... Cette racine se retrouve un peu partout en pays gallo : qervengn, carvigne (Guémené-Penfao)

 

Kiètt : /kjɛt/ adverbe.

Rien. Dans quelques expressions : « j'y comprends kiett » Plessé (s'utilise avec comprendre et entendre). Viens manifestement du breton « ket » (rien, pas) comme dans « ne gomprenan ket » (je ne comprends pas) que les bretonnants devaient souvent répondre aux gallaisants. Ce mot n'est peut être pas un substrat car comme le remarque Ernault cette locution étant aussi connue dans le Bas Maine (St Pierre des landes). Les gallos l'auraient simplement empruntée (de manière peut être un peu moqueuse?) un peu comme en français "nada" (espagnol) ou "niet" (russe).
Dans le même style nous avons "Niskett" à Saint-Julien-de-Concelles et autours de Nantes qui semble bien venir du breton "N'eus ket" (il n'y a rien / non) et signifie "non ! " "rien du tout !".

 

 

Lorieu : adj /lɔʁjø/

Fier, parent du français glorieux.

 

Matra: fem ./matʁra/ Brière

Désigne une sterne à Saint Joachim, c'est peut être un peu aventureux, mais je propose d'y voir un cousin du moyen français « matras » (carreau d’arbalète), ces mots dérivent du gaulois mataris désignant une petite lance. La forme et surtout le bec pointu de cet oiseau rappelle assez bien celui d'un trait.

 

Marga : /maʁga/ Brière

Mucus des anguilles, sans doute à rapprocher de la racine celtique marga (boue, souillure) qui a donné le moyen-français margouiller (souiller) et margain (sorte de petite anguille, mot encore connu en gallo). De « marga » dérive le verbe « émargasse » (enlever la dite matière).

 

Mârée : fem. /mɑʁəj/ (Saint Dolay)

Estuaire (?). Ce mot désigne la « Vilaine » dans les communes de son embouchure, or une basse à l’entrée de la Loire se nomme «morée » justement. Nous avons sans doute là un mot gallo qui signifiait « estuaire » ou son flux à l’origine. On retrouve ce mot dans le vocabulaire des marais salants.

 

Minarr : /minaʁ/ (partout sur la côte)

Pieuvre. Sans doute composé du mot « mine » (cavité) et du suffixe « -ard » la pieuvre appréciant se « musser » dans les cavités sous marines.

Morgouilh : /m ɔʁguj/

Méduse. Mot breton, composé de « mor » (mer) et de « kouilh » (gelée), ce mot se retrouve dans d'autres langues celtiques comme en cornique : morgowl.

 

Ouale : verbe, /walə/

Pleurer, du breton « oueliñ » de même sens, que l'on retrouve dans d'autres langues celtiques comme en gallois (wylo) et cornique (ola).

 

Pastt (Herbignac)

Désigne un pâté. Ce mot a bien sûr la même origine que le mot français, c'est à dire le latin « pasta » à ceci près que « as » n'a pas évolué en /ɑ/ comme en français ou même dans la quasi-totalité des autres mots gallos. Ce n'est pourtant pas un cas unique, croûton se dit ainsi « crouston » à Bouvron dérivant lui du latin « crusta » et préservant aussi son « s ». Ce pourrait être dû à une influence extérieure (laquelle?).

 

Pratell :masc /pʁatɛl/ Fégréac

Pré à herbe, l’étymologie ressemble parfois a une partie de ping-pong ,ce mot vient du breton « pratell » désignant une pelouse et vient lui-même du latin « pratum ».

 

 

Pigo : /pigo/,masc, d'où pigoche : verbe, /pigoʃə/

Bec d'oiseau ; picorer, vient sans doute du latin « picus ».

"Sio don ton pigo ! " (ferme ta gueule !) 

 

 

Pirono : /piʁono/ (Piriac)

Requin griset. Mot aussi connu sur les rives de la Manche et voisin de « piloneau » tout deux dérivant du verbe «piler» (du latin "pilare") c'est à dire « réduire en petits fraguement par par un choc répété »... image parlante pour un type de requin pouvant atteindre jusqu'à 6 mêtres de long.

 

Souliviao, masc /sulivjaw/ Sion les mines

Le plafond, les poutres. Correspond au moyen français solives (poutres) et un diminutif.

 

Tall : fem /tal/

Plante qui s'élargit par des racines adventives ; du celtique « tal » (front, avant).

 

Talmoch : / talmɔʃ/ (Quinsignac)

Vermée, mélange pour pêcher les anguilles. Mot cousin du moyen-français « talemache » qui signifie à l'origine un « masque » avec un sens magique et négatif (un « talmache d'enchanteur »), se « talmacher » c'est ainsi à l'origine se barbouiller le visage d'une mixture colorée pour se faire un masque. Lié à la sorcellerie ce mot péjoratif s'est vu avoir beaucoup de sens figurés, et « talmacher » signifie souvent «souiller, nuire » et « talmache » faire des mélanges louches ou de mauvais goût, c'est par ce dernier sens qu'il a fini par s'appliquer à la mixture peu ragoutante donnée aux anguilles pour les piéger. L'étymologie du mot est plus difficile à cerner, le « mache »/  « moch » final pourrait avoir la même origine que « masque » mais ce dernier est lui-même obscur.

 

Tèrr : fem. /tɛʁ / (Piriac)

La raie. Ce dit de même en Normandie et un peu partout sur la côte Atlantique (Lorient, Arcachon,...). Ce mot vient du radical celtique «*tar- » (percer) à cause de leur dard. D'autres animaux piquants dérivent de la même origine comme « tarach » qui signifie un «tique» par exemple.

 

Terjetaj : /təʁʒətaʒ/ (Quinsignac)

Rotation des champs. Correspond au moyen-français « tresjeter » (transformer) formé à partir du latin « jactare » (jeter).

 

Touze: /tuzə/ verbe

Tondre, du latin tonsare=tondre (qui a donné le français « tonsure »), attesté en moyen français :

Pastourielles, de Jean Froissart : "mainte brebis bien tousee" (XIVème)

 

Trava : /tʁava/ masc

Appareil pour immobiliser les bœufs afin de les ferrer. Vient du latin tripalium qui désignait un appareil servant à immobiliser les humains (pour les torturer) ou les chevaux (pour les ferrer). Le sens de ce mot a évolué en français et d'un instrument de torture il a abouti au mot français « travail » actuel...

 

 

Lusè : masc, /lysɛ/,

Porte à battant. Sans doute une mauvaise coupe de *l'uset (l'huiset) (prononcé l'usè en gallo) ancien mot désignant la porte que l'on retrouve dans le français « huis clos » par exemple.

 

 

Yocbao : masc (péjoratif) /jɔkbaw/ Guémené-Penfao

Un monsieur. De yoc (dents, crocs) et biao (beau), le yocbao est donc celui qui a de belle dents, qui est de la haute. Plus à l'ouest (Brière,...) yoc se dit gnoc.

 

 

De nouveaux mots viendront à mesure.

 

 

 

Bibliographie :

 

Bizeul, L. J. M., & Brasseur, P. (1988). Dictionnaire patois du canton de Blain. Nantes: Université de Nantes.

Floc'h D. La Turballe, 150 ans au pays de l'or bleu. Piriac, Adunat communication

 

Garnier Michel, Mots et expressions des gens de mer en Presqu’île Guérandaise, dans Histoire et Patrimoine, n°75, 2011, p2-17

 

Lacroix, J. (2005). Les noms d’origine gauloise. Paris: Éd. Errance.

 

Mikael, Y., & Cogrel, E. (2010). Pays mitaw, pays breton: histoire, linguistique & toponymie d’un pays breton entre Loire et Vilaine. Blain: Pihern.

 

Maillard, A. (2009). Le parler du pays de Bouvron. Ploudalmézeau: Label LN.

 

Nouël J-M (2004). Mon village au temps des civelles, Quinsignac en pays de Vilaines. Spézet, Keltia graphic .

 

Gilles Quentel (2014), Les problèmes méthodologiques de l'étymologie d'origine gauloise en français, Studia Romanica Posnaniensa XVI/3 (disponible en ligne)

 

Walter, H., & Martinet, A. (1988). Le français dans tous les sens. Paris: R. Laffont.

 

(en ligne :)
 

Dictionnaire de gallo en ligne : Lecuyer Fabien, http://teinzoudougalo.unblog.fr/teinzou-dou-galo/

 

Dictionnaire du moyen français en ligne : http://www.atilf.fr/dmf/

 

Französisches Etymologisches Wörterbuch : https://apps.atilf.fr/lecteurFEW/index.php/

 

 

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Published by Mài - dans Gallo
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