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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 10:50

(mis à jour le 11/05/2011, refonte et edition: 05/07/2012)

 

Vous en avez sûrement entendu parler; « l'Ankoù », la mort personnifiée en Bretagne (certains ont trop vite précisés « basse Bretagne » mais nous allons voir que la croyance en ce personnage est aussi attestée dans le Nord du pays Nantais et ailleurs en Haute Bretagne).

 

 

 

  • L'Ankoù en Loire Atlantique

 

Sébillot à été l'un des premiers à se pencher sur l'existance de la croyance en la charette de la mort en Haute Bretagne, ce dernier à en effet surtout collecté et étudié les cultures des départements d'Ille et Vilaine et l'Est des Côtes d'Armor. La charrette de la mort y était présente dans les croyances populaires et connue jusqu'aux limites de la Normandie, .

Cependant la croyance en l'Ankoù est bel et bien attestée dans L'Ouest de la Loire Atlantique; en 1882 le Marquis de L'Estourbeillon originaire de Penhoët en Avessac :

 

"Ce vallon des Melleresses n'est pas un lieu vulgaire : sur l'un de ses placis, près du village de Castonnez, se voient encore des ruines, des débris de murailles, derniers vestiges de l'antique chapelle frairienne de la frairie de Rolland. Ce lieu, disent les anciens, est souvent hanté par les esprits et le "Grand Yaüme"; l'on y voit des "chaouses, qui font grand paour au paövre monde", et un prêtre, revêtu d'ornements sacerdotaux, apparaît de temps à autre et fait trois fois le tour des murailles en disant toujours d'une voix lamentable : "Qui donc viendra meshui me répondre à la messe ? Jadis dans quel endret, y avait dou peuple en grande foule ; la désolation et l'ankou (1) regnant partout meshui"."
(1) note de bas de page : Ankou, la mort, vieux mot breton conservé dans le patois du pays.

 

" Légendes bretonnes du pays d'Avessac", Bulletin de la société archéologique de Nantes, 1882 p. 59 

 

La charrette de la mort, connaît elle de nombreuses attestations.

 

Le nazairien Fernand Guériff parle du « charigo d'nuit » qui hante la grande Brière, équivalant gallo du « karrig an Ankoù » bas breton. Ainsi à Crossac il est tiré par des oiseaux (ailleurs il semble tiré par des boeufs invisibles). Le même Fernand Guériff a compilé une histoire se déroulant au Croisic où l'Ankoù devient parain d'un jeune enfant lui donnant du même coup des pouvoirs surnaturels.

Il y a aussi Arthur Maillard qui mentionne la crainte d'entendre les « jirouells » de la même charrette à Bouvron.

Il y aurait une autre attestation à Fégréac (je n'ai pas encore les sources)

Ces fameuses roues ne font pas "wig ha wag" comme en Basse-Bretagne mais "boum-roum-boum-roum" ou encore "cric-crac-cric-crac", pendant que les âmes attrapées par l'Ankou hurlent de façon affreuse.

 

Au début du 20ème siècle, Monsieur  De Parscau Du Plessix, charmé par la "légende de la mort" d'Anatole le Bras décide de faire sa petite enquête dans les environs de Donges, il en fera deux livres dont un entierement dédié à la conception de la Mort («Contes et croyances populaires de la Brière » Henri de Parscau du Plessix, Princi Negue 2008). Même si le style de l'auteur est un peu lourdingue il a receuillis plusieurs témoignages de cette croyance dans les environs de Donges, le conducteur comme l'attelage semblent être invisibles, mais la voix de l'Ankoù ainsi que l'odeur pestilencielle et la sensation de froid attestent bien leurs présences.

 

Paul Sébillot dans son "le folklore de France" mentionne la peur du même charigot dans les communes de Guenrouët et de Plessé, plus particulièrement le long de la forêt du Gâvre.

Cette croyance était aussi répendue à Campbon sous le nom de "cherigot d'ne"

Enfin, le collecteur rochois, Hervé Dréan montre dans son blog (cf sources), l'existance d'une étude faite par Georges Ferronnière sur la charrette de la mort, Sébillot remarquera que les lieux où Monsieur Ferronnière a ouï mention du fameux charigot correspondent avec la limite linguistique Loth ( proposition d'une limite maximale de la langue bretonne en fonction des noms de lieux en "-ac" et "é"). Cette étude reste à retrouver, peut être dans les archives de Nantes ?

 

Voici une carte de la répartition des communes où la croyance est attestée : Elle n'est pas définitive. Les communes noircies sont celles où est attesté le charigot de nuit. La ligne noire à droite est la limite Est des communes ayant plus de 5% de toponymes bretons sur leurs territoires, attestant une pratique de la langue plus ou moins ancienne.

 

kart-I.jpg

 

      --> Descriptions du charigot de nuit dans le pays nantais:

 

Type de charrette :

 

Dans tout les cas elle est en bien mauvais état, d'où le bruit qu'elle produit.

Dans une histoire c'est une charrette à boeufs ("une panne").

Elle a peut être des lanternes, en tout cas elle emet une lueur. (Une panne, Le père Jean-Marie)

Dans un collectage en Brière l'auditoire dit que c'est une "charrette à courbe" (montant de ridelle). Nous y reviendrons.

Dans une histoire, la charette est invisible ("en rentrant de la maison")

 

Manifestation :

 

Le bruit du charigot est souvent sa première manifestation

Dans toutes les histoires elle se démène dans un sentier peu pratiquable

Plutôt de nuit, même si une histoire la mentione de jour (Le père Jean Marie)

Ensuite vient l'odeur de pourriture

Et des pleintes et cris

Un grand froid

 

Equipage:

 

Elle est toujours tirées par des bêtes, parfois visible (des oiseaux à Crossac), parfois invisible et donc supposés "des boeufs ou des chevaux".

Le conducteur, aussi, est invisible, mais parle d'une voix effrayante et conduit ses bêtes "hue donc ! hue donc!" ou encore "hé là ! "hé là!"

Le charrigot est empléni d'âmes, qui hurlent et demande à un passant ("une panne") "débouti nous ! " déboutis nous ! mais ne regarde pas dedans"(sic dans le charrigot)

 

-> Comme l'a remarqué Daniel Giraudon  ("sur les chemins de l'Ankoù"), en Haute Bretagne le conducteur est absent. Ici il semble en avoir un (puisqu'il parle), mais invisible.

-> édition II : il semblerait que même en Basse Bretagne l'ankoù n'est pas toujours visible comme l'indiquerait ce témoignage de Jean Mahé :

"Dans le Finistère on ne voit pas ce fantôme, mais il annonce son arrivée par le bruit de sa brouette, cariquell an ancou".

 

Conséquence :

 

Déja, le charrigot est un ajournement, l'entendre est un mauvais présage.

Le voir n'implique pas forcément la mort de l'interressé, même ils sont toujours très atteints (maladie, nuits blanches, ...). D'autant plus que ceux qui se trouvent sur son chemin semblent projetés en l'air, perdent l'usage de membres, et sont pétrifiés par un froid mordant.

En revanche il se déplace forcément pour chercher une âme (d'où l'inquiétude de Pierre dans "en rentrant de la maison" pour sa fille malade)

 

(entête d'un article de Marie-Edmée Vaugeois dans la revue des traditions populaires, 1903)

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Sur l'ankoù en général

  • Différentes perceptions de la mort dans les sociétés rurales :

 

Les ethnologues classent les croyances traditionnelles (de l'hexagone) au sujet de la mort en trois catégories :

Dans la très grande majorité des cas :

-
1 "animiste":la mort est la séparation des deux parties constituantes du défunt, corps et âme.

Beaucoup plus rare, et souvent diluée dans la première :

-2 "contagionniste": la mort comme une qualité positive, transmissible par contact ( cf rites de purifications : "dans le Berry si un enterrement passait alors que le linge séchait, on ne manquait pas de le relaver")

et enfin la plus rare :

3: la mort est un être mythologique. comme dans les danses macabres médiévales et l'Ankoù breton avec son chariot/brouette.

Ces dernières croyances"présentent un caractère de fatalité inéluctable, qu'il y ait ou non de la faute des personnes qui les voient ou les entendent. Ils présupposent donc une orientation mentale pré chrétienne ou para-chrétienne, ou tout au moins l'idée que la destinée de chacun, en ce qui concerne la durée de sa vie est fixée par des circonstances sur lesquelles il ne peut exercer aucun contrôle"
"Arnold Van Gennep; Le Folklore Français; du berceau à la tombe"

 

Van Gennep précise que cette croyance n'existe qu'en Basse Bretagne même si quelque expressions ou croyances personnifiant la mort existe aussi dans la Beauce et les Vosges par exemple.

 

  • L'Ankoù :

 

Le meilleur ouvrage sur la question est sûrement le travail d'Anatole Le Braz qui publia au XIX un formidable recueil de récits et de témoignages concernant l'Ankoù, et les croyances qui l'entoure, «la légende de la mort chez les Bretons armoricains » que vous pouvez vous procurer aisément.

S'en détache un personnage masculin qui n'est pas la mort elle même mais son « ouvrier » (oberour ar marv). Il y en a un par paroisse, et passe d'un corps à un autre tout les ans à la Saint Sylvestre, le dernier défunt de l'année deviendra ainsi son « navire » en quelque sorte pour toute l'année durant.

L'Ankoù est connu pour être suivit par une charrette, une brouette ou encore une barque où il met les âmes qu'il recueille.

Aujourd'hui, il est représenté avec une faux monté à l'envers mais originellement portait plutôt une flêche/javelot ou encore un marteau.

Il y a toute une croyance aux intersignes qui l'accompagne, entendre le bruit de sa charrette, ou l'entrevoir est un présage de mort.

 

 

Alors dorénavant si vous entendez les craquements d'une charrette la nuit dans les bocages nantais, vous saurez à qui vous avez à faire ;)

 

 

DSC_0069.JPG

(danse macabre à la chapelle de Saint Roch, à Blain)

 

Sources :

«Contes et croyances populaires de la Brière » Henri de Parscau du Plessix, Princi Negue 2008

"Sur les chemins de l'Ankou", Daniel  Giraudon, Yoran Embanner  2012

L'enquête de George Ferronnière: blog d'Hervé Dréan : ici

Folklore De France, Paul Sébillot

Le parler du pays de Bouvron, Arthur Maillard, édition Label LN 2009

 

 

 

plus d'information sur le forum bretagne l'ib

 

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Published by Seoc - dans Croyances
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commentaires

Hervé Dréan 08/09/2012 14:19

Bonjour,
Merci pour m'avoir cité sur votre joli blog. Je n'ai toujours pas retrouvé les papier de Ferronière cité par Paul Sébillot dans son Folklore de la France... je ne désespère pas. Bonne continuation
à vous,
Hervé Dréan

Seoc 27/07/2010 11:09


Oui mais justement, le mot local gallo pour l'Ankou, est aussi Ankou, comme il est précisé à la fin de l'article


Jess 21/07/2010 16:27


Je pense plutôt qu'on parle d'Ankou uniquement en Basse Bretagne pour une question de vocabulaire.

L'Ankou est un mot de langue bretonne et les bretons de l'est ne parlaient pas cette langue.


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