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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 08:36

Les langues ont toujours emprunté des mots à leurs voisins et c'est bien sûr aussi le cas de la langue bretonne. Pour des raisons sociales, la langue bretonne à largement emprunté au gallo, ou plus généralement aux langues romanes, alors que de son côté le gallo a très peu emprunté au breton, et le substrat breton y est minime. La situation de ces deux langues pourrait rappeler celle des îles britanniques où la langue anglaise s'est étendue sur des territoires autrefois celtiques mais n'a que très peu emprunté à ces langues, alors qu'à l'inverse le gallois et les langues gaélique comptent de nombreux anglicismes. Ces dernières ne jouissaient pas du même statut dans les représentations de l'époque.

Nous verrons un choix de quelques mots bretons, empruntés au gallo ou plus généralement à une  langue romane.

 

Le titre est un clin d’œil à un autre article « quand les gallos imitent les mahos », le mot « maho » désigne les bretonnants en gallo et serait formé du breton « mav » (jeune homme).

 

Jediñ : Calculer.

à rapprocher du poitevin « jeter » (connu en Vendée par exemple) signifiant aussi « calculer ». Ces mots ont la même origine que le français « jeton ». Les jetons servaient en effet à l'origine à calculer. En gallo nous ne trouvons plus que « carqhulë » dans ce sens, les zones alentours connaissant ce mot, il est très probable que les gallaisants aient connu puis perdu ce verbe.

 

Boutin : En commun.

Ur park boutin c'est un champ commun en breton, un cllos boutin c'est un champ commun en gallo (il y a un "pré boutin" à Crossac).

Petit mot fort pratique « boutin » à la même origine que le français « butin » ou que l'anglais « booty ». En effet « butin » avait en moyen-français la même signification que nos langues bretonnes : mettre quelque chose à butin = mettre quelque chose en commun.

Les abeilles « butinent » est c'est encore le même mot. Elles vont ça et là puis regroupent, mettent en commun.

Ce mot semble germanique (haut-allemand bute, proie) et serait passé dans nos langues par le jargon maritime.

 

Flour : Doux.

Ce mot vient d'un mot roman pour fleur. Peut-être bien le gallo où ce dernier se dit « fllour ». L'anglais « flour » (farine) a d'ailleurs aussi la même origine romane, « la fleur de farine ». On le retrouve encore dans le breton « floudelis » (fleur de lis ).

 

Brav : Beau

On voit parfois ce mot donné comme un emprunt au roman. Le gallo dit en effet « brave », ce mot « brave » est aussi connu en français et dans bien d'autres langues romanes (italien, espagnol, occitan,...). Mais il est aussi bien connu dans d'autres langues celtiques (braf (agréable) en gallois brea en irlandais). Les dictionnaires sont souvent peu loquaces sur l'origine de ce mot. Mystère donc.

 

Nouelenn : Chant de Noël.

Emprunt à un mot roman. Noël se prononce « nouel » dans de nombreux endroits de Haute-Bretagne (Guémené-Penfao, Nivillac,...) ou encore "noué" (Brière). Une autre prononciation : naù à Cordemais.

 

Señdegri / Jeñdegri : Datura.

Dans le Morbihan on utilisait la datura (plante hallucinogène) pour faire de mauvaises blagues et la jeter dans le cidre. En pays gallo c'est de la « cendre de gris » que l'on jetait dans le cidre avec le même but. La manière est différente mais l'usage et le but sont les mêmes, les bretonnants ont emprunté l'expression « cendre de gris ».

 

A-gri : Beaucoup, en grand nombre.

Expression vannetaise qui fait beaucoup penser à une expression gallaise du pays nantais « a-griy » de même sens (Guémené-Penfao). Ce mot est un bon exemple de la complexité des recherches étymologiques entre breton et gallo lorsque le substrat celtique ancien s'en mêle. Le gallo nantais « griy » doit avoir la même origine que le béarnais « grei » désignant un troupeau, que l'on retrouve dans le moyen- français « grège » de même sens, qui à donné l'actuel « grégaire », bien. Cependant cette racine est celtique et se retrouve en breton « gre », en gallois « gre » et en irlandais « graigh ». Alors qui à piqué à qui ?? L'absence de mutation (on dit a+goude= a-c'houde, mais nous n'avons pas eu a+gre=*a-c'hre) me fait pencher plutôt pour un emprunt du breton au gallo mais sans certitude.

 

("et ne pas le boire abondammant comme ça", Dihunamb)

 

Riboulat :Déambuler, circuler.

 

En Brière le verbe « ribouler » veut dire « tomber en roulant ». Ribouler existait aussi en français avec les sens primitif de « rejeter une boule » aux jeux (d'où le nom "re-boule-er"), puis par glissement : frapper, repousser et rouler.

 

Rabin : Allée d'arbres.

Se dit aussi en gallo « rabine » avec le même sens. Ce mot veut dire primitivement « champs de raves ».

 

Chasplouzenn : Chenille.

 

En gallo nous retrouvons le même mot : « chaplouzz ». Ces termes ont la même origine que l'anglais « caterpillar » et dérivent du vieux français « cate pelose », « chat pileux».

 

Kos-enn : Charançons, vers intestinaux.

 

En Brière on parle de “cô” pour les charançons, ce mot se retrouve aussi à l'est de la Bretagne et dans les autres langues d'Oïl, souvent sous la forme “cosson” dans le Coglais et jusqu'en Suisse romane. Ce mot se retrouve aussi en moyen-français : cosson. Tous sont dérivés du latin “cossus” qui désigne une sorte d'insecte.

 

 

Tabut: Dispute .

 

Ce mot est aussi connu en gallo, par exemple dans le verbe tabutë (chercher des noises), se tabutë (se tracasser). Le mot tabut se retrouve en fait dans presque tout le domaine d'Oïl avec le sens de tapage, fracas. Il est attesté en moyen-français où tabuster signifie «se quereller» et tabut «fracat». Tout ces mots dérivent probablement d'une onomatopée (comme «tapage», «taper», faire une «tape»...).

 

Judell: Foulque.

 

C'est l'un des noms bretons d'un petit oiseau des marais. En gallo on dit aussi judell pour le même animal. Dans d'autres endroits ou à d'autres époques, il désigne aussi des oiseaux physiquement proches de la poule d'eau: joudelle ou jodelle en moyen-français. La forme judelle se retrouve surtout dans l'ouest, plus au sud on a des formes proches du moyen-français joncelle comme jôzelle (Vendée)...

 

 

Kouezhañ e bod (breton de Groix) : Tomber en ruine.

 

"Êtr en bott" c'est être en ruine dans gallo nantais. On dit aussi "tomber en botte" qui est l'équivalent exact de l'expression groisillonne. Cette expression peut-être entendue outre Altantique, au Québec et dans les Antilles. Tomber en botte c'est donc tomber comme une botte (de foin).

 

 

 

Français de basse-Bretagne :

 

Curieusement il semble que quelques mots gallos se trouvent en français de Basse-Bretagne sans qu'ils soient connus en breton.

 

Pignou-se :

Emprunt au gallo. À rapprocher du français piailler, de l'ancien français « pignier ». Ces mots sont d'origine onomatopéique.

 

 

Sources :

Piette Jean-Raymond-François, French loanwords in middle Breton, University of Wales, Cardiff : 1973

Französisches Etymologisches Wörterbuch

Deshayes Albert, Dictionnaire étymologique du breton, Chasse-marée, Quimper 2003

Association la Madelaine d'hier et d'aujourd'hui, Parlers et patois de la Madelaine...en Brière, Saint-Nazaire association, 2008

Quand les Mahos imitent les Gallos

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Published by Mài - dans Breton Gallo
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