Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 10:12

  Même si le sujet est à la fois déroutant pour les jeunes et citadins (comme moi !) mais aussi tabou dans la sphère rurale (même si les langues se délient facilement au vue des centaines de témoignages enregistrés), nous allons parler aujourd'hui de la sorcellerie dans les campagnes, et son poids dans la société rurale. Pratique qui, j'ai pu le constater plusieurs fois, est encore vivante en 2012...

L'étude de la sorcellerie dans le bocage armoricain a été le sujet d'une étude magistrale de l'histoire de l'ethnographie, je veux parler de l'étude de Madame Jeanne Favret-Saadaet son livre culte : « les morts, les mots , les sorts »(1977) l'auteur qui a littéralement plongé dans le milieu à décrit une fine analyse de ce mode de pensée complexe. Cet article est donc basé sur ce livre agrémenté de témoignages du Nord de la Loire Atlantique.

Nous affinerons encore la vision traditionnelle de la vie et de la mort dans les traditions rurales du département.

 

Bien sûr vous pouvez partager vos témoignages et réflexions dans les commentaires.



Pour comprendre le mécanisme de la sorcellerie, il faut déjà comprendre le stade normal des choses: dans la vision rurale la « vie » (appelons ça comme ça) serait un tout, qui ne peut être réduit ni augmenté. Dans le meilleur des cas, dans un village, cette « vie » serait partagée également entre les foyers (important, il s'agit toujours de foyers, pas d'individus). Dans ce cas les gens et les animaux sont en bonne santé, les céréales poussent, des petits naissent....

Voici un schéma (naïf comme toujours) montrant le « stade idyllique », les ronds figurent les parts de « vie »:

sorc0

(tout va bien ! )



Mais voilà pour reprendre l'expression gallaise, il y a des gens qui on le « sang fort » et décident, pour augmenter leurs biens, pour amener de la vie dans leurs foyers, de « voler » celle des autres... Ce sont les « ancraoudou (-err): les sorciers.

Pour réussir ils vont faire certaines pratiques « magiques », elles sont nombreuses et ne manquent pas de cachet ! Certaines périodes de l'année sont particulièrement propices aux sorciers, vous les connaissez, ce sont toujours les mêmes (Toussaint/Noël/Premier mai/Saint Jean).

Ces derniers accapares donc la vie des autres, deviennent tout un coup « riches », alors que la mort, la maladie et les mauvaises récoltes accablent les autres. Les ancraoudous sont « sur eux » selon l'expression.


sorc.jpg

(suite des magnifiques schémas, ici l'ancraoudou se met "sur" deux autres foyers et accroit ses récoltes)



Mais ne paniquez point ! Il y a des solutions ! Un quidam se croyant, lui et ses gens, ensorcelé peux appeler à la rescousse une autre personne au sang fort qui pourra lutter contre le sorcier, c'est la (ou le) dézancraoudou(-err), le désensorceleur. Ces derniers sont des personnages bien identifiés, et sont souvent de minis « héros » locaux. Certains dézancraoudou particulièrement efficaces étaient connus dans plusieurs départements. Il s'agit autant d'homme que de femme dans tout les cas.

Le dézancraoudou va dans un premier temps repérer le sorcier, il n'a pas le droit de dire son nom directement aux ensorcelés, ces derniers doivent deviner en fonction de ses indications. Puis le dézancraoudou protègera le foyer des sorts de l'ancraoudou (avec du sel bien souvent dans ce que j'ai pu entendre en Loire Atlantique), pour finalement l'attaquer. Cette attaque est un duel « à mort » dans le sens où il faut que l'un vole la vie de l'autre. Si c'est le dézancraoudou, les foyers volés retrouveront un stade normal des choses alors que le sorcier, bien souvent, mourra (ou quelqu'un de ses gens) et connaitra la pauvreté.

Heureusement plus aujourd'hui, mais dans les années soixante-dix encore, ces tensions on mené de pseudos sorciers au lynchage et parfois même pousser certains au meurtre.



Si vous voulez en savoir plus, n'hésitez pas à en parler avec les anciens, ou consulter les liens suivants :

_Un article dans le site de "sciences humaines" : ici

_Un article sur Cairn : ici

et la page wikipedia : ici


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Par Seoc - Publié dans : Société
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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 11:31

En Bretagne nous avons la chance d'avoir une association sérieuse et bien établie dédiée au collectage de traditions orales: Dastum. Depuis 40 ans le nombre de documents qui constituent leurs fonds est ...gargantuesque.

C'est en glanant sur leur site que je suis tombé sur une chanson chantée lors d'une veillée à Guémené Penfao en 1977.

Elle a pour sujet la fameuse Fée Carabosse, la reine des fées de Tréguély (cf article), qui vit sur le côté le plus naturel du Don et semble personnaliser l'aspect plutôt sauvage de cette vallée encaissée.

Cette chanson nous apprend comment la fée Carabosse s'est transformée en pierre.

 

Je ne suis expert, mais je pense que cela se dance en rond, sans doute en "rond de Guémené-Penfao" donc :

 

C'est la fée Carabosse lon la
C'est la fée Carabosse

Qui n'est pas loin du Don diguedon ma dondaine
Qui n'est pas loin du Don diguedon ma dondon

Elle s'en fut à la noce lonla
Elle s'en fut à la noce

la noce à la vallée diguedon ma dondaine
la noce à la vallée diguedon ma dondé

Que voulez la belle lonla
Que voulez la belle

Lui demande le marié diguedon ma dondaine
Lui demande le marié diguedon ma dondé

Je voudrais bien rentrer lonla
Je voudrais bien rentrer

Voici votre cavalier diguedon ma dondaine
Voici votre cavalier diguedon ma dondé

A la première polka lon la
A la première polka

La tête lui a tournée diguedonmadondaine
La tête lui a tournée diguedonmadondé

A la deuxième polka lonla
A la deuxième polka

Elle a manquée de tomber diguedon ma dondaine
Elle a maquée de tomber diguedon ma dondé

A la troisième polka lonla
A la troisième polka lona

En pierre elle s'est figée diguedon ma dondaine
En pierre elle s'est figée diguedon ma dondé

Si vous voulez la voir lonla (bis)
Si vous voulez la voir

Prenez l'train d'la vallée diguedon ma dondaine
Prenez l'train d'la vallée diguedon ma dondé

Elle vous acceuillera lonla
Elle vous acceuillera

Un ruisseau à ses pieds diguedon ma dondaine
Un ruisseau à ses pieds diguedon ma dondé

 

L'integration parmis les humains lui aura donc été fatale...

 

IMG_1271.JPG

(La vallée)

Par Seoc - Publié dans : Gallo
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Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 17:19

Et voici le tour de Plessé d'avoir une carte en gallo.

L'écriture est inspirée de celle de Chubri encore (1). Je propose sous la carte un choix de noms de lieux et de leurs éthymologies (ouvertes au débat bien évidemment). Entre parenthèse je mettrais la prononciation gallaise.

 

piése

(Cliquez pour agrendir)

 

Le gallo de Plessé est typique du nord-ouest du pays nantais, et ce rattache aux dialectes gallos de l'ouest (avec ceux du Morbihan). L'Isac fait la différence entre la prononciation en "eo" et "iao". Ainsi à Plessé ont dit "de l'iao" (de l'eau) et à Guenrouët de 'l'eo"

 

Plessé : (Piéseu): Toponyme breton, de Pleb-Sei, cf article sur l'histoire du château de Sei et de ce nom. On retrouve Sei, un nom d'homme, dans les villages de Lansé (Lanse) "l'église de Sei" et Tressé (Trése) Le "village de Sei" en breton . De par son nom et sa localisation, Plessé est un "plouef" typique.

 

Souraudais, Hamonais, Guiguenais:  noms de lieux gallos, formés à partir du nom du propriétaire : Souraud, Hamon, Guinguené (?).

 

La grande Noë: (la granwde nou): Une noë, est une prairie inondable en gallo ou un ruisseau. Très fréquent en haute Bretagne.

 

Le Dresny : (le Deurni): Formé à partir du breton "Draen" (épine), c'est donc l'équivalent breton de "l'Epinaie" (épinaï). Les deux langues ayant été parlées sur le même territoire, les doublets sont courants(2).

 

Rouzay: (Rouzè), sans doute à partir du gallo "rouziao" (roseaux). "Le lieu aux roseaux" donc.

 

Catelroc, Castel, Châtelier...: Les châteaux sont nombreux dans la communes, d'où la belle brochette de noms de lieux en rapport avec eux.

 

Carheil: Le premier élement semble breton "Car" (fortification), le second est encore mysterieux. Un autre"Careil" existe aussi à Guérande ainsi qu'à Iffendic. C'était le nom à la fois de la famille noble du lieu et du pays qui s'étale des deux côtés de l'Isac. Ce dernier sera rattaché au Coislin au 17ème siècle. Une des prononciation ancienne était plus "bretonne": Cerheil (1815), les autres : Kareye 1419, Karhel 1448, Karheil 1462, Karhel 1481, Karheill 1494. (Hervé Tremblay)

Carheilskoed.jpg

(blason de Carheil selon l'armorial de Bretagne)


 

Le Coudray : (L'Coudraï): le lieu planté de coudriers.

 

Trémar, Trélan, Trégouët (Trémâ, Teurlanw, Teroué): noms bretons formés à partir de "tré" (village) : Tremar:le grand village, Trelann : le vilage du "lann", Tregoed : le village de la forêt. Sans surprise les noms en "couët" sont courant dans les environs : Couëtmeleuc, Couëtmeur...

 

Landron: nom breton aussi, de Lanndron : l'église de la vallée, une autre forme du mot breton "tron" se trouve dans le Thenot, qui vient du breton "tenoù" (vallée).

Edition : "Landron"; Il y a de bonne chance pour que ce soit un nom d'homme.

 

Calan: (Calanw), que l'on retrouve dans le Morbihan (Calan), semble venir d'un nom d'homme breton quelque peu béliqueux Kalan ("au moults combats")

 

Lavrac : (Lavra) toponyme ancien puisque gaulois, de *Lavariacon (3), le domaine de Lavaros (le "hableur" cf breton "lavarout" : parler). En gallo les "-ac" gaulois deviennent "-a". En revanche pour les noms en "-iac" c'est une autre affaire, un même locuteur n'hésitera pas à dire à la fois Derfé, Dréfeu, Dréfé pour Dréfféac (*Derviacon, "le lieu aux chênes"), ou Fegré/Fégeria...(4)

 

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Voici 4 noms des huit (?) frairies de la communes (cf article):

-Saint Clair

-Rozay

-Trégouët

-Grande Noë

 

Assez logiquement on pourrait rajouter une frairie du bourg et de Carheil.

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1) http://www.chubri.org/

2) Selon J.Y.Le Moing, 24,20% des toponymes de Plessé sont bretons, et se trouve donc en plein dans la zone "mixte" ou "médiane". (à titre d'exemple comparable: Ploërmel (23,20%)). Selon les chartres de l'abbaye de Redon, Plessé semble en (très) grande majorité bretonnante au haut moyen-age. Selon la toponymie on peu penser que le gallo sera bel et bien majoritaire dès le milieu du bas Moyen-age.

3) Delamarre, Noms de lieux celtiques de l'Euripe ancienne. édition errance 2012

4) Cette diversité de noms est peut être le reste de registres de langues perdus comme c'est le cas sur la presqu'île guérandaise, où une commune peu avoir plusieurs noms gallos : Prenons l'exemple du Pouliguen où est attesté la prononciation "Pouligen", romane. Et celle plus bretonne mais considérée comme de registre peu élevé : Pouligènn. De même à Saillé, où une prononciation bretonne existait et devait être en compétition: Selag... Les exemples pourraient se multiplier. Malheureusement les linguistiques n'ont pas toujours été bien informés de cette pluralité de forme et ont parfois tirés des conclusions attives à partir d'une seule d'entre elles, alors que les autres, en fait, les contredisent...c'est ti ingrat !

 

IMG 2394

(Vers Toulan)

Par Seoc - Publié dans : Gallo
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Mercredi 4 avril 2012 3 04 /04 /Avr /2012 10:22

Voici un rapide article présentant une carte de la commune de Sion et quelques uns de ses toponymes en gallo(1), une éthymologie sera proposée pour certains d'entre eux.

 

 

sion

(Cliquez pour agrandir)

 

 

Sion : le nom de la commune, qui a plusieurs homonymes; le mot viens très probablement comme ses homonymes du gaulois "Seg-dunon" la "forteresse puissante". D'anciens Seg-dunon existent en France, Suisse, Espagne, Grande-Bretagne....(2).

Formes anciennes : Syun (1248), Soyon (1287).

 

Roberdâ, Morinâ, Grandâ..:  La ferme de.. Robert, Morin, et LeGrand. Les "-ais" français donnent "-â" en gallo.

 

L'Châtelie: Toponyme roman courant et apprécié des archéologues, il indique une ancienne place forte,  le site semble d'ailleurs parfait pour une ancienne forteresse (le fameux "Seg-dunon" ?), il surplombe la Chère sur une hauteur en forme d'ongle.

 

Transs : Sans doute du latin "Trans", "de l'autre côté".

 

Touzé : Paradoxalement pour une forêt, "Touzé" signifie "rasé" en gallo. C'est aussi un nom de famille courant, il y a des chances pour que ce soit plutôt le nom d'un ancien propriétaire des bois.

 

Limell : Sans doute du gaulois "Lemo-ialon", "la clairière des ormes". Toponymes là encore fréquent (Limeil, Limeuil..)

Edition : Nous avons une autre proposition d'éthymologie proposée par Dewi dans les commentaires :

"Limele qui correspondrait pour ma part plutôt à un toponyme breton formé avec le préfixe "lis" (cour, résidence d'un tiern/chef) et peut-être d'un nom de personne "Mael". Ou pour une fonction qui est la signification de Mael à savoir "prince" ou "chef". La traduction pourrait être donc: "la cour du prince". Etymologie qui pourrait se trouver confirmée par le toponyme "la cour de Limele" situé en contrebas du village. La "cour" étant la continuité des "lis" en pays gallo après la perte du breton. A savoir que sous l'ancien régime cette "cour de Limele" était une terre noble et que jadis il y avait une motte féodale. De plus, la tradition populaire a gardé qu'il y avait dans le temps "un seigneur à la cour" (de Limele)."

-> hypothèse appuyée par le toponyme "Tremel" (Tre-Mael, village du prince) non loin dans la commune d'Erbray.

 

Qheneu: Du breton "kenec'h", "mont". Les noms de lieux d'origine bretonne ne sont pas très nombreux à Sion. Ils représentent 6,10% des toponymes de la communes (3). Le bilinguisme à du y être précoce.

 

 

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1) : Ecriture: Chubri : http://www.chubri.org/

2) : Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, édition errance. 2008

    Delamarre, Noms de lieux celtiques de l'Euripe ancienne. édition errance 2012

3)  Jean-Yves Le Moing Noms de lieux bretons de Haute Bretagne. Coop Breizh. Pour donner une ville connue avec à peu près le même pourcentage: Cancale (35) :5, 70%

Par Seoc - Publié dans : Gallo
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Vendredi 21 octobre 2011 5 21 /10 /Oct /2011 14:46

 

 C'est l'automne, les feuilles prennent leurs couleurs dorées et les journées comme la température chutent tranquillement; c'est le retour de la saison froide dont on plaçait traditionnellement le départ à la Toussaint (1), période de tout les dangers comme nous le verrons.

 

C'est durant cette période où, bien avant que l'oncle Sam ne s'en mêle, les gens creusaient déjà des visages grimaçants dans des betteraves où étaient plantées des bougies, à Guenrouët on les nommes « biettes » ou encore « lizette » en rapport au légume. En breton ces légumes effrayants prennent le nom d'  « ar vol ». Ni en hivers ni en été, cette période est intemporelle où les morts peuvent se mélanger aux vivants. Croyance d'origine celtique qui se rencontre dans une vaste zone géographique et dont les premières références datent de l'époque gauloise.

C'est aussi le retour de la période des veillées (fileries) et des contes... 

cric !crac! Et haït ! rac le fouyë l'contou commenwce o unn peré duranwt qhe dror toutes les qheriatures fërieuzes sont en devarinne, l'patou d'në est à oualë, les ptits courrigans dance cont les folets, le huchou huch, les bonns donnes ghèt ou qeuniaws pour les agrichës, l'ancou, la bétè Jenwnette et l'mao picou vont de part le peï cont lou bërouë d'ërvnanwts...(2)


C'est donc sur ces derniers que nous allons « travailler » aujourd'hui, les revenants étant tout particulièrement actifs cette nuit là. De part sa conception de la mort, le pays entre Loire et Vilaine se trouve à la croisée de plusieurs traditions, elles sont cependant toutes intimement liées et l'on ne peut comprendre l'une sans connaître l'autre; nous en avons eu un avant goût avec l'article sur l'Ankou dans le pays nantais, cette fois-ci nous élargiront le thème en voyant chez la concurrence pour ainsi dire, car d'autres cortèges et assemblée d'âmes sont présentes dans la mythologie populaire nantaise. Leurs études permettra une meilleurs compréhension de la perceptions de la mort dans la société rurale de la zone que nous avons choisit pour ce blog.

 

Même si leurs origine est préchrétienne, le clergé s'est efforcé de donner un vernis ou même un sens chrétiens aux croyances des assemblées d'âmes, au point qu'il est difficile de comprendre sont sens primitif. Heureusement certaines légendes sont moins passées par la moulinette de l'église que d'autre. Nous verrons quatre légendes mitaws, les deux première sont largement christianisées et leurs sens ne se révélera qu'avec l'étude des deux dernières (oui il faut bien un peu de suspens !!).

 

Pour commencer nous allons dans la commune d'Avessac, racontée par un berger de Ramballay et recueillie au 19ème siècle (3); l'action se passe à Trioubry, une pinaie serrée où se trouve les restes d'une ancienne chapelle templière.

« Un soir, je gardais mes bestiaux sur la lande et j'eus la malencontreuse idée de venir m'abriter du vent dans les ruines sinistres de la chapelle. Soudain, elle s'illumina et j'aperçus des rangées de squelettes qui écoutaient la messe dite par un grand moine tout vêtu de rouge. Quand il me vit, ce dernier se mit à courir après moi, en poussant des cris. Je me sauvais et m'étant retourné quelques centaines de mètres plus loin, je le vit disparaître sous les pierre du coteau »

Le lieu était si dangereux que les habitants qui se rendaient à la fontaine proche y allaient armés.

Ce moine rouge serait un ancien templier, son fantôme chasse les pêcheurs égarés dans les limites de sa chapelle, en dehors de celle-ci il ne peut rien faire.

Le moine rouge semble être le chef des rangées de morts présents dans la ruine, c'est aussi un « chasseur d'âme », il n'est pas étonnant qu'il n'ait de pouvoir que sur un territoire précis, c'est un thème récurent, dans certains endroit de basse Bretagne, les gens pensaient qu'il y avait un Ankoù par paroisse... Les créatures mythique sont souvent avant tout un génie du lieux (4), c'est la grande différence avec les contes où il y a toujours un flou artistique sur l'origine géographique.

L'histoire des templiers est un rajout postérieur, pour comprendre cette histoire et faire le liens aux suivantes, il faut en dégager la structure : un lieu abandonné redevient la propriété d'un génie local, chef des morts du dit lieux (le monde des morts est toujours dans des endroits sauvages ou inaccessible). A cela s'est accroché le mythe de la chapelle aux morts (que l'on retrouve au Croisic).

A noter que parfois, ce moine rouge est présenté sur un terrifiant cheval squelette, le cheval reviendra, sont lien avec la mort pourrait alimenter bien des articles.

 

P1060037.JPG

 

La deuxième légende vient de la commune du Coudray, au bord de la forêt du Gâvre (5), curieusement cette commune (6) possède deux légendes liées au cortège des âmes, une primitive, se rattachant aux croyances à l'Ankou (cf article), et l'autre que voici, qui est complètement remaniée; parfait exemple montrant a quelle point une croyance peut être remaniée complètement, gagner une toute nouvelle signification (ici religieuse) et repasser dans les couches populaires. Avec cette légende, nous rentrons de plein pied dans la grande famille des « chasses fantastiques », et touchons du doigt un élément de ce qu'on appelle le « folklore international » car ce thème se retrouve de l'Inde à L'Irlande, du Canada au Japon...Il commence a être bien compris du moins dans le contexte européen.

Voici un résumé de la légende,

Saint Hubert et Saint Georges sont frère, le premier est un chasseur invétéré seigneur du château de Claye, le second est un prêtre. Un jour alors qu'il se rendait à la messe de son frère pour Pâque, le piqueur d'Hubert vint le prévenir qu'il a relevé une trace du cerf gigantesque qui hantait alors la forêt du Gâvre... La tentation est trop grande ! Hubert lâche alors « rien à craindre ! Le cerf sera pris avant l'élévation.. Sinon que mon château soit englouti et ma chasse changée en pierre ! », et lui de partir, chevauchant à travers la vaste forêt en quête de l'animal fabuleux, mais alors sonna la cloche de l'élévation une croix apparue entre les ramures du cerf,  et tous s'immobilisèrent alors et se transformèrent en pierre, cerf, seigneur piqueurs et chiens; et son château disparu dans les entrailles de la terre...

Une quarantaine de menhirs s'étendant du Don à L'Isac sont censés être les restes pétrifiés de cette chasse, le cerf étant le menhir de Lansé.

La morale chrétienne est évidente, même si un peu maladroite, on ne comprend pas bien pourquoi Hubert est un saint... Les éléments trop païens comme l'assemblée d'âmes ont été purement éradiquée, le cerf géant psychopompe, sans doute un peu trop louche, passe quand même bien mieux avec une croix entre les ramures !

 

Nous allons voir maintenant une version plus archaïque du même thème, où le lien avec la mort est beaucoup plus évident que dans la légende précédente, elle est aussi assez courante.

 

En Brière ont entendais les nuits d'automne parmi un déluge de pluie de tonnerre et de bourrasques

le bruits du galops et les cris des âmes en peine de la « chasse Arthu » (que l'on appelle aussi « chasse infernal », « chasse Hennequin » ou encore le « diable et son train »), lorsqu'elle passait les brièrons se signaient « la chasse passe. Prions pour les damnés ».

Le nom de chasse Arthu est connus de la Normandie à l'Aquitaine, la chasse Hennequine (à Chateaubriant) ou Hellequin a un domaine encore plus large, de l'Angleterre à l'Italie.

La Bretagne est citée plusieurs fois comme étant traversée par ces chasses fantomatiques, et ce depuis longtemps. Le gallois Walter Map les mentionnent au 13ème siècle: « En petite Bretagne, on vit des proies nocturnes et des chevaliers qui passaient toujours en silence. Souvent les Bretons leur volaient des chevaux et des animaux et ils s'en servaient, ce qui amena la mort des uns, les autres restant indemnes ».

Cet Arthur drène donc avec lui une grande quantité d'âme dans sa course folle, nous retrouvons les chevaux encore une fois, même si en se signant les brièrons semblent les craindre, l'aspect de chasseur d'âme n'est pas mentionné, cependant à Saint Suliac vers Saint Malo, la chasse Arthus massacre les animaux domestiques et les Humains qui se trouvent sur son passage (7). Témoignage qui est cohérent avec le texte de Walter Map.

Notez la référence au tonnerre et aux intempéries, c'est une des origines probables de ce mythe.

 

 

Nous revenons dans la forêt du Gâvre, qui sera notre avant dernière halte dans cette course aux fantômes !

Cette tradition a été notée en 1835, elle concerne un géant redoutable vivant dans la forêt, le Mau Piqueur (hybride gallo-français, probablement prononcé « maw piquou »), on le surnommait « l'avertisseur de tristesse » car sa vue était un très mauvais signe. Il tenait en laisse un chien noir reniflant les pistes pendant qu'il était en train de couper du bois. Quiconque le voit est sûr de mourir dans les jours qui suivent. Ses yeux pleuraient des flammes lorsque sa voix résonant dans la forêt profonde disait

« Fauves par les passées,

Gibiers par les foulées 

Places aux âmes damnées »

Son apparition nous dit Paul Sébillot annonçait la grande chasse aux réprouvés.

 

Parfait témoignages que celui-ci qui regroupe tout les thèmes.

Le Mau piqueur est un fantôme, c'est un chasseur d'âmes comme Arthur, le moine rouge et l'Ankoù, il chasse les âmes avec l'aide de son chien fantastique qui viennent alors grossir sa « menée » (ici les âmes sont citées mais semblent invisibles). De plus il est lié aux intersignes (cf article sur l'ankoù), sa vue annonce une mort certaine. Notez que sa petite poésie rimée, assez obscure semble montrer qu'il est aussi le maître d' animaux sauvages (ce qui est récurant, la chasse hennequine de Chateaubriant (8) est constituée en partie d'animaux).

 

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("Places aux âmes damnées !")

 

Pour finir nous allons sortir du département pour aller outre Vilaine et mentionner une autre chasse infernale, le « chariot David » à Redon, il passe dans le ciel et vrombit comme le vent, un chariot est en effet parfois présent dans ces chasses infernales. Le parallèle est évident, toutes ces légendes, même si elles semblent différentes à première vues, tirent leur origine d'une source commune; bien malin celui dira laquelle (9), cependant nous avons plusieurs traditions bien attestée qui montre la croyance en un personnage psychopompe qui conduit les âmes des morts sur terre. La croyance en l'Ankoù et son charigot de nuit « karrigell an Ankoù » semble être la plus primitive (il ne prend pas que les âmes damnées mais toutes), les autres que nous avons vus aujourd'hui ont vus leur sens déviés afin de coller à la morale chrétienne.

Le chapitre sur la mort en Loire Atlantique, n'est pourtant pas clos, car il reste une dernière famille de passeurs d'âmes, plus aquatiques, allez je donne un indice... « Mallet » ça vous dit quelque chose ? Non et bien soyez patient !

 

 

 

 1: Particulièrement évident en breton vannetais où Novembre se dit «Kala-Gouiañv», les «calendes d'hiver» et précède le «gouel an anaon» fête des âmes. En breton guérandais l'hiver se disait «Goê».

  2: en gallo dans le texte « cric crac ! C'est partit ! Auprès du foyer le conteur commence avec une histoire effrayante pendant que dehors tout les monstres sont en fête, le pâtre de nuit se pleint, les lutins dances avec les folets, les huchous hurlent, les fées surveillent les enfants pour les enlever, la mort, la bête Jeannette et le Mau piqueur vont de part le pays avec leurs assemblées de revenants... ». L'orthographe employée n'est pas officielle et n'est utilisée que pour rendre plus accessible les particularitées du gallo mitaw a des francophones.

  3: Bulletin de la société de mythologie française, n°116.

  4: Claude Lecouteux, 1995, Démons et génies du terroir au moyen-age, édition Imago.

  5: receuillie par le docteur Desmars en 1912.

  6: Où soit dit en passant est fait un exellent chouchen (ou chamillard en gallo).

  7: Paul Sébillot, Tradition et superstitions de la Haute Bretagne, édition G.P Maisonneuve

  8: Selon le petit Matao, « Heneqhinne » a le sens de « fantomatique » en gallo.

  9: Certains verrait un dieu celtique de la mort derrière ces personnages, le chasseur présentant certain attribut commun avec le dieu gaulois Sucellos. C'est interressant mais à prendre avec des pincettes, sachant que ce thème se retrouve dans des pays n'ayant jamais été de langue celtique, comme en Scandinavie.

 

 

Sources :

 

Cet article à été largement nourri de l'analyse de Claude Lecouteux, (professeur de littérature et civilisation germaniques médiévale à la Sorbonne) dans son livre "chasse fantastiques et cohortes de la nuit au moyen age", 1999 aux édition IMAGO.

 

L'ankoù en Loire Atlantique : http://mitaw.over-blog.com/article-l-ankou-en-loire-atlantique-49537352.html

Par Seoc - Publié dans : Croyances
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