Dans ce blog vous trouverez des informations sur l'histoire, les langues, et les traditions orales du Nord-Ouest du pays nantais.
Vous passez peut-être devant les panneaux "Nantes / Naoned" tous les jours, mais vous êtes-vous déjà demandé d'où viennent ces noms ? Leur histoire est tortueuse, et comme nous le verrons, elle n'a pas encore révélé tous ses mystères.
D'abord, la ville tient son nom du peuple gaulois des Namnetes (et non l'inverse) qui vivaient dans la région.
1) Évolutions !
Alors comment le mot Namnetes a pu évoluer vers Nantes dans les langues romanes et Naoned en breton ? A l'origine, tout est une histoire d'accent tonique !
| Evolution romane | Evolution bretonne | |
| Prêts, feu, partez ! |
Namnetes En jaune la syllabe accentuée |
Namnetes En jaune la syllabe accentuée |
| Antiquité |
Namntes A cause de la forte accentuation sur la syllabe initiale, le premier "e" disparaît. Ce qui explique le maintien d'un "t" dans Nantes, contrairement au nom de Vannes (de Venetes) par-exemple. > Fort bien ! Mais difficile de prononcer trois consonnes à suivre ! Dès l'antiquité mn évolue facilement vers "m" ou "n". Les formes mérovingiennes Nametiu et carolingiennes Nannetis témoignent peut-être de ces deux variantes. Spoil, c'est la seconde qui va gagner ! |
Namnedes L'accent permet le maintien du second "e". Le "t" intervocalique devient "d". Phénomène qui touche à la fois les langues celtiques et le latin vulgaire au IVe siècle de notre ère
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| Ve |
Nantes Tadam ! Comme sur le panneau ! Mais attention, il faut bien dire toutes les lettres : Na-n-téss. |
Navned/t Poubelle ! Au Ve siècle, les langues celtiques brittoniques se débarrassent de ces vieilleries de désinences ! Comme en breton moderne, le "d" final peut se prononcer "t" à l'occasion.
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| XIe |
Nãntës On nasalise ! Le "a" de Nantes se prononce alors comme aujourd'hui. Mais le "n" se dit toujours et le "es" aussi ! |
Rien à signaler |
| XVIIe |
Nãt Voilà ! la moitié des 6 lettres de Nantes sont devenues muettes ! |
En 1499, le Catholicon, premier dictionnaire breton, donne la forme Naffnet |
| Nantes | Naoned | |
| Formes locales | En gallo : [nɑ̃ːt], [nãt] et [nɛ̃ʊ̆t] (chubri) | En breton de Batz-sur-Mer : [nɛ̃'nɛjt] |
Voilà ce qu'il en est dans la petite dimension, presque mécanique, de la phonétique historique. Mais si vous avez bien suivi et si vous connaissez un peu l'histoire des langues locales, vous avez peut-être remarqué qu'il y a un problème : Nous avons deux formes qui se différencient avant le IVe... et c'est un peu tôt pour parler de breton ! Je pense que nous avons quatre scénarios possibles :
1) Les Bretons d'Outre-Manche fréquentaient suffisamment le port de Nantes à l'Antiquité pour qu'ils aient un nom dans leur langue qui dérivait régulièrement d'une forme celtique plus ancienne.
2) La brittonisation a commencé avant le IVe siècle. C'était l'opinion du chercheur Léon Fleuriot qui la faisait démarrer au IIIe siècle.
3) La langue de la première case de la seconde colonne n'est pas du breton, mais une autre langue celtique proche : le gaulois tardif, sur lequel le breton serait venu se greffer dans ce cas, à la fin de l'Antiquité, sans passer par la case "latin vulgaire". D'où une évolution celtique régulière.
4) Je me trompe ! Dans ce cas, laissez des commentaires !
Un mélange des scénarios 2 et 3 est possible.
2) Le sens ?
L'origine du nom des Namnetes, selon les recherches de Xavier Delamarre, est lié à la racine namn-, qu'évoque le verbe nemnalijumi signifiant "je célèbre," inscrit sur la tuile gauloise à Châteaubleau. Ce lien se renforce avec la présence du terme nemnall en vieil irlandais, synonyme de "célébration." Ainsi, les Namnetes seraient les "Célébrants".
Bibliographie :
Concernant l'évolution de "mn" > "n/m" : Fouché, Pierre, Phonétique historique du français, Paris, Klincksieck, 1952, p.806
Concernant l'évolution de /t/ en /d/ entre deux voyelles : Zink, Gaston, Phonétique historique du français, Paris, Presses universitaires de France, 1999, p.204
Hypothèse de Léon Fleuriot : «Quelques remarques sur des noms de Namnètes», Archéologie en Bretagne. n° 17, 1er trimestre 1978
Concernant le départ de la brittonisation, hypothèse de Léon Fleuriot : Les origines de la Bretagne, Paris, Payot, 1980
A propos des noms antiques en -etes : Michael Weiss, "Observations on a Widespread Indo-European Tribal Name", 2018, Farnah
Xavier Delamarre, Dictionnaire des thèmes nominaux du gaulois, Tome 2, Les Cent Chemins, 2023