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Dans ce blog vous trouverez des informations sur l'histoire, les langues, et les traditions orales du Nord-Ouest du pays nantais.

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Plessé, Lalocan et Merlin… être "efféminé" au haut Moyen Âge

En 854, à Plessé (Cartulaire de Redon), éclate une affaire autour de la possession de la villa de Treb-Hinoi entre un certain Lalocan d’un côté, et Couuelic et Brithael de l’autre. « Furent alors entendus les nobles et les habitants de Plessé qui témoignèrent que Lalocan avait plus de droits sur Trebhinoi que Couuellic et Brithael ».

Lalocan est donc le premier plesséen connu.

 

extrait de la charte de Plessé avec le nom de Lalocan

 

Le nom Lalocan est intéressant car il a un homonyme prestigieux de l’autre côté de la Manche. Le livre rouge de Hergest (en gallois médiéval) mentionne Merlin ainsi : « Kyuarchaf ym llallogan vyrdin ». « Je salue mon « lalocan » Merlin »...nous avons là, l’exact correspondant gallois de notre plesséen Lalocan. Fort bien mais que signifie « lalocan » ? Herve Bihan (professeur à l'université de Rennes 2) propose d’y voir un dérivé de la racine « lall » (polysémique mais dont le sens premier serait "efféminé"). Le Lalocan de Plessé comme le fameux Merlin seraient des personnages efféminés ? L’idée pourrait être renforcée par le rapprochement fait entre le nom Merzhin (Merlin en breton) et le mot Milzin/Mirzin (délicat) proposé par Léon Fleuriot. Pour enfoncer le clou, un célèbre homme-sauvage et prophète (parfois confondu avec Merlin) vivant dans les forêts de Calédonie était nommé Lailoken. Il est cité au VIème siècle dans la vie de Saint-Kentigern. Il semble que le monde brittonique médiéval faisait une association entre le fait d'être efféminé et la figure du devin (à l'homme "viril" la voie du guerrier et à celle de l''efféminé" celle de la divination ?).

 

Le mot « llallog » a aussi un sens affectueux aujourd’hui en gallois (ami, frère) mais aussi en breton (lalligenn = chouchou, lallig = homme efféminé, enfant trop choyé). Lalican est toujours porté dans la région de Loudéac, comme nom de famille.

 

Sources :

La charte du cartulaire de Redon (cliquez ici)

Le livre rouge de Hergest (cliquez ici)

A.O.H Jarman, Lailoken a Llallogan, BBCS 9, 1939, pp 8-27, L'étude sur Lailoken / Merlin et le thème de l'homme sauvage (en gallois, cliquez ici)

Cours d'Herve Bihan à Rennes 2

 

https://en.wikipedia.org/wiki/Lailoken

http://devri.bzh/dictionnaire/l/lall-lallig-lellig/

 

Rajout :

à propos de la figure de Merlin en Bretagne, il faut savoir qu'elle est attestée dans plusieurs contes populaires sous divers noms Le Murlu, Merlik, Le Merlin,... à la fois en Haute et en Basse Bretagne. Ces contes contiennent tous le motif de "l'homme sauvage". Qui est une facette importante du personnage dans la tradition brittonique que les gallois appellent Myrddin Wyllt (Merlin Sauvage). Le magicien devenu fou vit dans les arbres parmi les bêtes. Le passage d'une langue à l'autre ainsi que la confusion entre Merlik, Murlu et le mot français "Merle" me font suspecter que le personnage de Jean le Merle de Saint-Dolay pourrait être un avatar de ce motif. Il s'agit d'un tout petit personnage magique qui vit dans une haie de houx à côté d'un tertre sur lequel vivait Gargantua (le tertre au Grippé, ancienne fortification non datée). Il pouvait, dit-on (collectage d'Albert Poulain auprès de Madame Malnoe du Petit-Bezo), traverser la Vilaine jusqu'à Rieux sur son "paletot rouge" magique. Nous avons, bien sûr, trop peu d'éléments pour l'affirmer (son nom, ses pouvoirs, le fait qu'il vive dans les arbres) mais c'est une piste intéressante. 

(Entre les prairies du Bezo et celles de Cran, le tertre au Grippe, demeure d'un avatar de Merlin dans le folklore du pays nantais ?)

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