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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 11:03

Du passage du breton au roman dans le nœud fluvial entre Don/ Isac / Chère.

 

C'est régulièrement que nous nous penchons sur cette zone et aussi régulièrement que nous la mentionnons à travers les langues qui y sont parlées ou qui y ont été parlées. Nous avons vu que cet endroit était à l'origine de langue bretonne et qu'il est aujourd’hui de langue gallaise. Bien.

Mais bien avant les écoles, la télé ect … par quel processus un pays peut-il changer de langue ?

Il s'agit d'un changement culturel important et qui a du toucher en profondeur la société d'alors et malheureusement les sources sont rares.

Mais heureusement certains spécialistes proposent des pistes, comme Bernard Tanguy dans son article (lien) c'est à partir de son raisonnement qu'est construit l'article suivant.

 

 

Un peu de géographie :

 

La zone qui nous intéresse répond à deux particularités, elle forme d'abord un nœud fluvial autour de l'Isac du Don et de la Chère, de leurs affluents et de la Vilaine au Nord permettant la circulation des gens, des biens et des idées. Elle est coupée au sud-est par la forêt du Gâvre et au sud-ouest par les marais.

 

( le nœud fluvial  Don/ Isac / Chère avec Redon en rouge)

 

Cette zone fluviale se rattache au nœud fluvial plus important qui a Redon pour centre. C'était, depuis la fondation de l'abbaye par Conwoïon, un carrefour religieux, politique et économique très important dans la Bretagne médiévale.

 

Elle est ensuite éloignée à la fois de la sphère d'influence de Nantes et de Rennes, ces dernières étaient les épicentres de la langue romane en Bretagne. Notre zone était alors le ventre du S que dessinait la limite de la langue bretonne.

(en vert la zone de langue bretonne au haut Moyen Age, Carte geobreizh)

 

 

Bernard Tanguy (p 451)

"Si l'on note, d'autre part, que les affluents de la rive gauche de la Vilaine, situés en aval, sont donnés comme navigables, la Chère sur 5 km, le Don sur 9 km, l'Isac sur 13 km, on comprend mieux encore l'incurvation de la limite des noms en -ac dans ce secteur. on conçoit aisément que l'action de la romanisation se soit heurtée à une zone de conservatisme s'appuyant sur un réseau navigable dont les documents s'accorderont au Moyen Âge à souligner le rôle économique prépondérant."

 

 

Etape 1 : une zone conservatrice (premier Moyen Âge).

 

Sans doute du fait de son éloignement des deux grandes cités Nantes/Rennes, la langue celtique s'y maintient face au roman contrairement aux zones plus à l'est où elle disparaîtra manifestement durant la fin de l'Antiquité.

Comme nous l'avons vu dans d'autres articles (,, et ) l’anthroponymie, les documents de l'époque ainsi que la toponymie montrent alors une contrée bretonnante, même si le bilinguisme ne devait pas être rare.

Au haut Moyen Âge les relations entre les deux langues sont parfois tendues et provoquent des désordres politiques dans cette zone comme le montre l'histoire de l'éphémère évêché de Guérande au IXème siècle :

 

« Puis Gislard, que le roi Nominoé avait institué comme évêque de Nantes, quitta cette cité et trouva refuge, sous le pouvoir des bretons, à la cour de Quiriac (qui par ces mêmes bretons qui y habitent est maintenant appelée Guérande , mais qui auparavant était du ressort des évêques de Nantes). Là, se constituant en siège par usurpation, Gislard sépara du diocèse de Nantes toutes les paroisses nantaises de la région allant depuis le fleuve Erdre, jusqu'à la Vilaine et au Semnon et se l'appropria tant qu'il fut de ce monde »

(traduction du latin par Erwan Vallerie)

La zone décrite dans cet extrait correspond bien avec la zone bretonnante du pays nantais de l'époque (comparez avec la carte plus haut).

 

 

Etape 2: Victoire du roman (second Moyen Âge).

 

Le basculement du breton au roman aura cependant lieu dans la ville de Redon quatre ou cinq siècles plus tard, aux environs du XII-XIIIème siècle, sans doute pour des raisons politiques (l'élite du duché devient alors francophone). Or cette ville, comme nous l'avons vu est la clé de voûte culturelle et économique de cette zone, cet événement aura pour conséquence l'ouverture inéluctable au roman de toute la zone à la fois vers le comté de Nantes par le Don, l'Isac et la Chère et vers le comté de Vannes par l'Oust et l'Arz.

Le processus ici encore, ne se fit certainement pas au cours d'une vie humaine mais s'étala sur plusieurs générations et concerna sans doute d'abord les commerçants et l'élite. Et la progression se fit manifestement d'est en ouest avec peut-être quelques poches de résistance comme à Drefféac qui présente un fort pourcentage de toponymie bretonne par rapport aux communes voisines, ce qui pourrait être le signe du maintien de cette dernière un peu plus longtemps qu'ailleurs.

 

La différence de statut entre les deux langues peut être mise en évidence notamment par le lexique de ces dernières, le breton à largement emprunté aux français alors vue comme une langue de prestige, alors qu'au contraire le gallo de cette zone ne présente que très peu de mots d'origine bretonne.

 

 

Wild wild west :

 

Une fois cette zone autours de Redon devenue gallaisante, la frontière entre la langue gallaise et bretonne en pays nantais se stabilisa dans les marais de la Brière et ce durablement, puisque ce fut le cas jusqu’à l'époque contemporaine.

 

Bibliographie

Tanguy Bernard, La limite linguistique dans la péninsule armoricaine à l'époque de l'émigration bretonne (IVe-Ve siècle) d'après les données toponymiques, Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest , v 87

Mathelier Yves, Le Guérandais, mémoire

Tanguy Bernard, Recherches autour de la limite des noms en "-ac" en Haute-Bretagne, Tome II, Thèse. 1973

 

Au bord de l'Isac à Guenrouët

Au bord de l'Isac à Guenrouët

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 21:34

Globalement, la langue bretonne a été dans la majeure partie de son histoire une langue socialement méprisée. Les langues du continuum roman jouissaient ainsi d'un statut plus élevé aux yeux de la population.

Il en fut ainsi, en tout cas du Moyen Âge central à l'époque moderne, car il fut deux époques où les locuteurs de langues romanes eurent une vision positive, ou du moins, moins négative de la langue bretonne : le haut Moyen Âge et l'époque contemporaine.

 

Les « faux-kêrs » :

Mode gallaise étonnante de la fin du XIX et au XXè : la création de « faux » toponymes bretons (puisque donnés par des gens qui n'en savaient pas un traître mot) en contexte rural parmi une population majoritairement de langue gallaise.

 

Ces noms de lieux sont assez aisément repérables car formés de deux éléments : Ker, qui est un préfixe breton bien connu indiquant un « lieu habité » et un nom de propriétaire (une femme dans la majorité des cas). De plus ils ne présentent pas de formes anciennes dans les cadastres, preuve qu'il s'agit de créations récentes.

 

Nous en retrouvons de nombreux, concentrés dans certaines communes du nord-ouest du pays nantais :

 

Plessé : Kêr Thérèse, Kêr Phillippe, Kêr Jeanne, Kêr Jean, Kêr Marie-Anne

Guémené-Penfao : Ker Aline

Derval : Ker Emma

Pontchâteau : Ker Emma, Ker Anna, Ker Maria, Ker Emile, Ker Luce, Ker Paul

Missillac : Ker Alex, Ker Marie, Ker Hortense

Campbon : Ker Maria

 

C'est une copie un peu surfaite de ce qu'est l'usage réel de la toponymie en langue bretonne, d'ailleurs bien représentée dans le département. Ils ne doivent ainsi surtout pas être confondus avec ces derniers car Pontchâteau, par-exemple, présente ainsi aussi de vrais « kêr » comme Kerguily (« lieu du bosquet »).

 

Deux constatations sur ces toponymes :

-ils sont concentrés dans des communes plus importantes (Pontchâteau) ou plutôt riches par rapport aux communes alentours. Nous pouvons ainsi comparer Guenrouët qui n'en présente aucun juste à côté de Plessé qui en a un grand nombre, cette dernière était plus aisée que sa voisine.

 

-Les faux « kêr » ruraux sont majoritairement présents dans la zone mixte.

 

Pour le premier point la raison principale est l’intérêt que porta une partie de l'élite et des lettrés à la langue bretonne tout au long du XIXè, portée principalement par le courant romantique. Le breton passe alors petit à petit du statut de « langue de ploucs » à celui de « langue des origines » (de Bretagne voir même de toute la France). Et romantisme oblige, les élites fortunées de l'époque ayant des résidences sur les côtes bretonnes s’amusent à nommer leurs villas avec des noms bretons souvent formés sur le mot « Kêr » justement, imitant ainsi la pratique bretonnante.

 

Nos « faux-kêr » en milieu rural on dut être inspirés par ces villas bourgeoises côtières, et quelques-uns ont dut vouloir imiter les pratiques mondaines pour rajouter du « cachet » à leur résidence.

 

Le fait qu'il s'agisse, à l'origine, d'une pratique un peu mondaine expliquerai donc le fait que nous les retrouvons surtout dans des communes plutôt aisées, ou en tout cas moins pauvres.

 

Le second point est aussi révélateur, le fait que ces « faux-kêr » (hors côte) soient concentrés majoritairement dans la zone mixte montrerait qu'il ne s'agit pas là seulement d'une pratique calquée sur l'élite, mais qu'elle a aussi été favorisée par le contexte historico-linguistique de la région. La création d'un faux toponyme breton étant pour ainsi dire motivé par le fait qu'il soit entouré de « vrais ». Montrant peut-être du même coup qu'il existait parmi une frange instruite de la population rurale gallaise de ces zones une sorte de conscience de vivre dans la zone mixte (?).

 

Les plus récents de ces « faux-kêr » doivent quant à eux avoir une origine politique (affirmation du pays nantais à la Bretagne). Pour l'anecdote, ce ne serait d'ailleurs pas la première fois que des populations romanes utilisent le breton à ces fins. Il fut ainsi la mode dans l'Avranchin médiéval de porter des prénoms bretons dans le but un peu provocant de montrer sa défiance envers le pouvoir du Duc de Normandie

 

 

 

(1) : Von Torhoudt E. L’Avranchin dans les premières décennies du XIe siècle: ni Bretagne, ni Normandie ? dans : Quaghebeur J., Merdrignac B. (dir.), Bretons et Normands au Moyen Âge. Rivalités, malentendus, convergences, PUR, Rennes, 2008

 

(2) : En gallo, le mot « maho » désigne les bretonnants.

Ker Jean en Plessé

Ker Jean en Plessé

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 11:51
L'hiver et le Bonhomme Gerouâo

Nous allons aujourd’hui parler d'une figure hivernale : Le Bonhomme Gerouâo /bɔ̃nɔ̃m gəʁwɑw/.

 

Il semble surtout connu entre Campbon et Bouvron, mais peut-être l'était-il ou bien l'est-il encore dans d'autres zones environnantes, ou encore ailleurs sous un autre nom. Si vous en savez plus long, n'hésitez pas à nous envoyer un message.

 

«Bonhomme Gueurouau :  Bonhomme Hiver. Personnage du monde enfantin symbolisant le grand froid, la glace, la neige qui, l'hiver, empêchent les gens de sortir. » (Arthur Maillard)

 

Son nom « Gerouâo » vient de la racine « grou » = la « glace sur l'eau » en gallo, gëroue= glacer, gërouée =résultat du fait de glacer, et même le néologisme gerwérr = congélateur.

Le bonhomme Gerouâo est donc la personnification de l'hiver, après les premières gelées on dit que ce dernier est passé... laissant sur son sillage neuj, grou et frimm (neige, glace et frima) et laissant aussi le monde gerzi (glacé) et ferziànt (frissonnant) !

 

Il semble être devenu aujourd’hui un personnage du monde enfantin, mais il n'en a sans doute pas toujours été ainsi.

 

En effet ce cher Gerouâo a des cousins un peu partout. Dans le vannetais il y a le tristement méconnu Souhin, qui est « ar pezh eo an Ankoù d'ar marv eo Souhin d'ar Gouiañv »(1), en français c'est le «Bonhomme Hiver », il y a aussi de particulièrement nombreux et populaires exemples dans les Alpes avec le Böögg en Suisse par exemple.

 

C'est souvent le mois de janvier personnifié qui représente l'hiver, ailleurs en pays gallo on le nomme simplement Janvier (cf Sebillot) et il en est à peu près de même chez les berzounets où l'on parle de la gwrac'h Genver (sorcière de janvier) et des « Dent Genver » (les dents de janvier) c'est à dire les stalactites...

 

Ces bonhommes et sorcières de l'hiver ont dans beaucoup d'endroits été des prototypes de ce qu'est devenu le « père Noël », ayant ainsi deux facettes, l'une hivernale et inquiétante mais aussi une bienveillante symbolisant la promesse des jours qui se rallongent déjà.

 

 

L'hiver à été pour les Hommes une période inquiétante où les nuits sont longues et où les plantes meurent, d'où le besoin de le personnifier dans de nombreuses cultures.

 

Bibliographie :

Maillard, A. (2009). Le parler du pays de Bouvron. Ploudalmézeau: Label LN.

Sebillot P. Coutumes populaires de la Haute-Bretagne, Rennes, G.-P. Maisonneuve et Larose (Paris)

 

1) : "l'Ankoù est à la mort ce que Souhin est à l'hiver"

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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 17:10

Nombre de noms de lieux du département de Loire Atlantique proviennent de ce que nous appelons le gallo (souvent appelé « patois »), en fait simplement la forme que prit le bas-latin dans l'est de la Bretagne ; langue malheureusement de moins en moins parlée, rendant le sens de ces noms obscur pour une grande partie de la population.

En voici un choix avec leurs explications, certains d'entre eux sont très courants tous ont un rapport étroit avec l'agriculture.

Landas (Saint Gildas des Bois)

Un landa est un lieu abandonné.

Le Racoin (Guenrouët) :

Un racouin désigne un « petit champ » en gallo, sans doute à rapprocher de « racouet » (avorton, benjamin, dernier du famille) et est à rapprocher étymologiquement du français "recoin".

Les Sios (Pierric) :

Variante phonétique gallaise de « clos » (qui désigne aussi un champ enclos), les « cl » deviennent régulièrement « sy » dans le nord du département « clocher » « syochë »

Le Douet (Guenrouët) :

Désigne un lavoir ou encore une grande mare.

Les Buailles (Quilly) :

La buâille c'est la broussaille.

Le Mortier (Missillac) :

Un « mortier » est une sorte de mare.

Le Garet de Der (Mouais)

Un « garet » est une terre labourée, et der= derrière, c'est donc la « terre labourée de derrière ».
La Grée du Bran (Herbignac)

Une « grée » est une colline en gallo, ce toponyme est d'ailleurs une tautologie, « bran » signifiant déjà colline en breton.

Le Fleu Neu (Mouais)

Le « fléau (flleu) nouveau (neu) ».

Trelebois (La Grigonnais).

Tre est un suffixe courant en toponymie gallaise signifiant «par-delà », à ne pas confondre avec le breton « trev » (village). Tre le bois = par-delà le bois.

Les Touches (Avessac)

Une touche est une zone ayant été défrichée. Terres gagnées sur la forêt.

Tre Les Fréches (St-Anne-sur Brivet)

Une « fréche » est une terre en friche. « au delà des friches » donc.

Les Prinses (Quilly)

Une « prinzz », c'est encore un type de champ prélevé dans une lande commune

La Chaintre (Guémené-Penfao)

Une « chaintr » désigne la lisière d'un champ. On dit aussi « folièrr » ou « qëryeurr ».

Les levées des berches (Chapelle-des-Marais)

Ces "levées" sont courantes autours de la Brière et signifient "digues", quant à la "berche" c'est l'entrée du champ.

Les Areaux (Besné) :

Du gallo « arô » (andains).

Le Psais (Drefféac)

Sans doute un mot gallo désignant une sorte de pâturage (cf : pésson= pâturage)

Les Landas des froux (Plessé) :

Un « frou » est une terre inculte.

La Sauderaie (Guémené-Penfao)

Saod = saule, la sauderaie (saodra) c'est donc la saulaie.

La Crière (Saint-Gildas)

Une « Qerierr » désigne la lisière d'un champ.

Bechi de la pré (Plessé):

un "béchi" est une terre béchée, et "la prée" en gallo c'est "le pré" en français. Changement de genre donc.

Bibliographie :

Auffray R. (2007). Le Petit Matao. Rennes. Rue des Scribes.

Maillard, A. (2009). Le parler du pays de Bouvron. Ploudalmézeau: Label LN.

http://herve.tremblay.monsite-orange.fr/

Pour en savoir plus sur la toponymie en gallo du département, l'association Chubri a mise en ligne une liste des noms de communes du 44 en gallo.

Quelques noms de lieux en gallo
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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 14:47

Voici un article présentant quelques mots gallos connus entre Loire et Vilaine, j'ai indiqué la provenance de ces mots (si rien n'est indiqué c'est qu'ils sont employés un peu partout), plus la forme en API (alphabet phonétique international) l'orthographe de cette langue n'étant pas encore une. Enfin j'ai mis l'étymologie de ces mots, leurs origines est diverses : parfois formés à partir d'autres mots gallos, dérivant du latin ou encore issus d'un substrat gaulois (cf : article) ou breton ou encore d'un superstrat germanique.

 

 

 

Adoliche, verbe, /adoliʃə/

Travailler le bois à la manière des enfants, du gaulois *dolbô (façonner).

 

 

Amiele ,verbe, /amjɛle/ verbe, Brière

Flatter, de « miel », « donner du miel ».

 

 

Arsin : /aʁsɛ̃/ masc, Brière.

goût de brûlé, à rapprocher du moyen-français « arsin » (incendie), ces mots viennent du latin ardere (brûler). Le français actuel « ardent » est de même origine.

 

 

Berchè : /bəʁʃɛ/ masc.

Tabouret. Comme celle des Hommes l'Histoire des mots est parfois tortueuse, accrochez vous : ce mot vient en fait du celtique brusket (breton : brusk /bruchet) qui indique au sens propre la poitrine. Par analogie, il a par la suite ausssi désigné une « pièce servant de support » pour finalement désigner le tabouret en gallo et en breton (briched) et le tréteau au moyen-français.

 

 

Bij-goulinne, fem, /biʒgulin/ Brière

De « bije » (embrasser) et de goule (visage), la bij-goulinne est celui ou celle qui embrasse beaucoup.

 

 

Bonn : /bɔn/ fem

Borne, comme le français « borne » ce mot dérive de la racine celtique : bunda (sol, fond) à rapprocher du mot breton « bonn » (borne).

 

 

Bourdri, fem, /buʁdʁij/ Guémené-Penfao

Ferme, à comparer au moyen-français « bourderie », venant lui-même de borde (chaumière, cabane), vient du francique *borda (cabane). Le mot français « bordel » est de même origine.

« Laboureux ont du mal foison Car ilz n'ont borde ne maison Ou ilz se sachent maintenir » (Xvème) (RÉGNIER (Jean).- Les Fortunes et adversitez. Texte publ. par E. Droz.- Paris : É. Champion, 1923)

 

Chamillart : /ʃamijaʁ/ Sion, Plessé,...

Chouchenn (alcool de miel), on dit aussi chouchènn par endroit (Fégréac), ce mot vient sans doute du verbe « chamiller » (marcher de travers) le chamillart est l'alcool qui fait chamiller donc. Le verbe « chamiller » se retrouve dans d'autres langues d'oïl (Picardie) et il est peut-être à rapprocher des mots gallos : càmpi et càmpen = boiteux (à moins que ces derniers ne soient des formes de « clopiner »). L'origine de chamiller est la racine celtique *cambo (courbe, boiteux) qui a donné le breton « kamm » (boiteux, courbe). Remarquez que dans chamiller le « c » est devenu « ch », c'est un traitement roman typique alors que dans càmbi et càmpen (s'ils ont bien la même origine) le « c » du radical est resté dur /k/, ce serait alors l'influence du breton.

 

Chouc /ʃuk/ (Herbignac)

Tronc d'arbre. Ce mot est à rapprocher du français « souche ». Les deux mots ont pour origine le gaulois *tsuka. Ce mot ancien a donné plusieurs variantes en gallo, ainsi il se dit /s əʃ/ (soùch) à Quinsignac en Saint-Nicolas de Redon ou encore "sico" à Guérande.

 

Courje : vb /kuʁrʒə/

Donner des coups de fouet, vient du latin corrigia= fouet. Ce mot latin a donné le français « corriger »

 

 

Couyeu : masc, /cujø/ Guémené-Penfao

Paysan (péjoratif) ; sans doute parent du mot cueilleur.

 

 

Derouen : masc, /dəʁwɛ̃/ Guémené-Penfao

Naïf et guilleret d'où derouennè (roitelet breton laouenan=le petit joyeux) vient sans doute , comme proposé par la revue Pihern, du breton drev (joyeux) à moins qu'il ne soit en rapport avec Drouin le prénom du moineau dans le roman de Renart, comme en français, plusieurs noms d'animaux gallos tirent leur nom de ce roman : rnar (Renart le goupil) et Belin (Belin le bélier).

 

Écaobu : masc /ekawby/

Essart (terre défrichée par brûlage). Je rapprocherais ce mot de la racine celtique *scolp- qui aurait eu comme sens couper à rapprocher du gallois ysgolp et du breton scolp (copeaux) et d'ailleurs aussi du français « copeau ». Le verbe breton vannetais « skolpiñ » («essarter/ écobuer » et « couper la chaume ») me semble affirmer cette thèse.

Il me semble aussi probable que le terme mentionné par Guériff "Ecao" désignant les faucheurs bretonnants employés dans la presqu'île dérive de la même racine.

L'écobuage a été pratiqué dans le pays nantais jusque dans les années 60 (secteur Guenrouët/Plessé) (un article au sujet de l'écobuage dans le 44)

 

 

Faochè masc /fawʃchɛ/, Bouvron

épervier, de la racine latine falc (faux), qui aurait donné falco (cf français : faucon), l'auteur antique Festus explique que les gens ont appelé ces animaux ainsi en rapport à la forme courbe de leurs serres quand ils attaquent. En réalité, ce mot pourrait simplement venir du gaulois volcos qui signifie "faucon" et l'anecdote de Festus une étymologie populaire sans fondement. (G. Quentel, p 144)

 

 

Gâpâ : masc, pl /gɑpɑ/

Mélange de paille et de céréales, et vient d'une racine celtique en *uaspa (déchets) (breton : gwaspel : paille hachée par la machine à battre). En Loire-Atlantique la marée des gâpâ est la grande marée fin septembre qui tirerait son nom, selon Arthur Maillard, du fait qu'elle arrive à la fin des gros travaux agricoles. D'autres mots découlent sans doute de la même racine comme gâpi (pourri) ou encore gaboraj :

(le mot "gaboraj" prononcé /gaboʁaʃ/ par un Plesséen né à Trégouët)

 

gaboraj : /gaboʁaʃ/ ou /gaboʁaʒ/ mélange grossier de céréale pour l'alimentation des animaux.

Cette racine est aussi connu hors de la Bretagne (substrat gaulois) et a donné le français « gaspiller » notamment.

(La marée des gapois à Pen-Bé)

 

Gôd : /god/ (Piriac)

Pingouin. Semblable au breton « god » qui signifie « petit pingouin » et plus généralement les membres de la famille des « alcae ». Dans le Morbihan « god beg-ruz » (le pingouin au bec rouge) désigne ainsi le macareux. Pour Deshayes dans son dictionnaire étymologique du breton ce mot se rattache à la racine germanique "kodde" (d'où "godet", « godell » (poche)...). Ce mot se retrouve de la Vendée (Noirmoutier) à la Normandie, et était utilisé par Jacques Cartier et ses hommes au XVIème siècle. C'est ainsi qu'on le retrouve aussi au Québec encore de nos jours.

 

 

Jao : masc, /jaʊ/

Coq, du latin gallus (coq)

 

Hale /alə/ verbe

Jeter, tirer, : « hal-te ! » (vas t'en !). Parfois utilisé comme préfixe : Halbâton = de la bagarre, Haltabu = du tapage. Ce mot est aussi connu en français (haler) et a donné le mot halage par exemple (parce qu’on y « tire » les bateaux). Il vient d'une racine germanique *hâlon (emmener, aller chercher).

 

Incarvane : /ɛ̃kaʁvane/ (La Turballe) verbe :

Sentir très mauvais. Ce mot est basé sur la racine bretonne « karvan » (charogne, corp d'animal mort), incarvaner c'est donc sentir la bête morte... Cette racine se retrouve un peu partout en pays gallo : qervengn, carvigne (Guémené-Penfao)

 

Kiètt : /kjɛt/ adverbe.

Rien. Dans quelques expressions : « j'y comprends kiett » Plessé (s'utilise avec comprendre et entendre). Viens manifestement du breton « ket » (rien, pas) comme dans « ne gomprenan ket » (je ne comprends pas) que les bretonnants devaient souvent répondre aux gallaisants. Ce mot n'est peut être pas un substrat car comme le remarque Ernault cette locution étant aussi connue dans le Bas Maine (St Pierre des landes). Les gallos l'auraient simplement empruntée (de manière peut être un peu moqueuse?) un peu comme en français "nada" (espagnol) ou "niet" (russe).
Dans le même style nous avons "Niskett" à Saint-Julien-de-Concelles et autours de Nantes qui semble bien venir du breton "N'eus ket" (il n'y a rien / non) et signifie "non ! " "rien du tout !".

 

 

Lorieu : adj /lɔʁjø/

Fier, parent du français glorieux.

 

Matra: fem ./matʁra/ Brière

Désigne une sterne à Saint Joachim, c'est peut être un peu aventureux, mais je propose d'y voir un cousin du moyen français « matras » (carreau d’arbalète), ces mots dérivent du gaulois mataris désignant une petite lance. La forme et surtout le bec pointu de cet oiseau rappelle assez bien celui d'un trait.

 

Marga : /maʁga/ Brière

Mucus des anguilles, sans doute à rapprocher de la racine celtique marga (boue, souillure) qui a donné le moyen-français margouiller (souiller) et margain (sorte de petite anguille, mot encore connu en gallo). De « marga » dérive le verbe « émargasse » (enlever la dite matière).

 

Mârée : fem. /mɑʁəj/ (Saint Dolay)

Estuaire (?). Ce mot désigne la « Vilaine » dans les communes de son embouchure, or une basse à l’entrée de la Loire se nomme «morée » justement. Nous avons sans doute là un mot gallo qui signifiait « estuaire » ou son flux à l’origine. On retrouve ce mot dans le vocabulaire des marais salants.

 

Minarr : /minaʁ/ (partout sur la côte)

Pieuvre. Sans doute composé du mot « mine » (cavité) et du suffixe « -ard » la pieuvre appréciant se « musser » dans les cavités sous marines.

Morgouilh : /m ɔʁguj/

Méduse. Mot breton, composé de « mor » (mer) et de « kouilh » (gelée), ce mot se retrouve dans d'autres langues celtiques comme en cornique : morgowl.

 

Ouale : verbe, /walə/

Pleurer, du breton « oueliñ » de même sens, que l'on retrouve dans d'autres langues celtiques comme en gallois (wylo) et cornique (ola).

 

Pastt (Herbignac)

Désigne un pâté. Ce mot a bien sûr la même origine que le mot français, c'est à dire le latin « pasta » à ceci près que « as » n'a pas évolué en /ɑ/ comme en français ou même dans la quasi-totalité des autres mots gallos. Ce n'est pourtant pas un cas unique, croûton se dit ainsi « crouston » à Bouvron dérivant lui du latin « crusta » et préservant aussi son « s ». Ce pourrait être dû à une influence extérieure (laquelle?).

 

Pratell :masc /pʁatɛl/ Fégréac

Pré à herbe, l’étymologie ressemble parfois a une partie de ping-pong ,ce mot vient du breton « pratell » désignant une pelouse et vient lui-même du latin « pratum ».

 

 

Pigo : /pigo/,masc, d'où pigoche : verbe, /pigoʃə/

Bec d'oiseau ; picorer, vient sans doute du latin « picus ».

"Sio don ton pigo ! " (ferme ta gueule !) 

 

 

Pirono : /piʁono/ (Piriac)

Requin griset. Mot aussi connu sur les rives de la Manche et voisin de « piloneau » tout deux dérivant du verbe «piler» (du latin "pilare") c'est à dire « réduire en petits fraguement par par un choc répété »... image parlante pour un type de requin pouvant atteindre jusqu'à 6 mêtres de long.

 

Souliviao, masc /sulivjaw/ Sion les mines

Le plafond, les poutres. Correspond au moyen français solives (poutres) et un diminutif.

 

Tall : fem /tal/

Plante qui s'élargit par des racines adventives ; du celtique « tal » (front, avant).

 

Talmoch : / talmɔʃ/ (Quinsignac)

Vermée, mélange pour pêcher les anguilles. Mot cousin du moyen-français « talemache » qui signifie à l'origine un « masque » avec un sens magique et négatif (un « talmache d'enchanteur »), se « talmacher » c'est ainsi à l'origine se barbouiller le visage d'une mixture colorée pour se faire un masque. Lié à la sorcellerie ce mot péjoratif s'est vu avoir beaucoup de sens figurés, et « talmacher » signifie souvent «souiller, nuire » et « talmache » faire des mélanges louches ou de mauvais goût, c'est par ce dernier sens qu'il a fini par s'appliquer à la mixture peu ragoutante donnée aux anguilles pour les piéger. L'étymologie du mot est plus difficile à cerner, le « mache »/  « moch » final pourrait avoir la même origine que « masque » mais ce dernier est lui-même obscur.

 

Tèrr : fem. /tɛʁ / (Piriac)

La raie. Ce dit de même en Normandie et un peu partout sur la côte Atlantique (Lorient, Arcachon,...). Ce mot vient du radical celtique «*tar- » (percer) à cause de leur dard. D'autres animaux piquants dérivent de la même origine comme « tarach » qui signifie un «tique» par exemple.

 

Terjetaj : /təʁʒətaʒ/ (Quinsignac)

Rotation des champs. Correspond au moyen-français « tresjeter » (transformer) formé à partir du latin « jactare » (jeter).

 

Touze: /tuzə/ verbe

Tondre, du latin tonsare=tondre (qui a donné le français « tonsure »), attesté en moyen français :

Pastourielles, de Jean Froissart : "mainte brebis bien tousee" (XIVème)

 

Trava : /tʁava/ masc

Appareil pour immobiliser les bœufs afin de les ferrer. Vient du latin tripalium qui désignait un appareil servant à immobiliser les humains (pour les torturer) ou les chevaux (pour les ferrer). Le sens de ce mot a évolué en français et d'un instrument de torture il a abouti au mot français « travail » actuel...

 

 

Lusè : masc, /lysɛ/,

Porte à battant. Sans doute une mauvaise coupe de *l'uset (l'huiset) (prononcé l'usè en gallo) ancien mot désignant la porte que l'on retrouve dans le français « huis clos » par exemple.

 

 

Yocbao : masc (péjoratif) /jɔkbaw/ Guémené-Penfao

Un monsieur. De yoc (dents, crocs) et biao (beau), le yocbao est donc celui qui a de belle dents, qui est de la haute. Plus à l'ouest (Brière,...) yoc se dit gnoc.

 

 

De nouveaux mots viendront à mesure.

 

 

 

Bibliographie :

 

Bizeul, L. J. M., & Brasseur, P. (1988). Dictionnaire patois du canton de Blain. Nantes: Université de Nantes.

Floc'h D. La Turballe, 150 ans au pays de l'or bleu. Piriac, Adunat communication

 

Garnier Michel, Mots et expressions des gens de mer en Presqu’île Guérandaise, dans Histoire et Patrimoine, n°75, 2011, p2-17

 

Lacroix, J. (2005). Les noms d’origine gauloise. Paris: Éd. Errance.

 

Mikael, Y., & Cogrel, E. (2010). Pays mitaw, pays breton: histoire, linguistique & toponymie d’un pays breton entre Loire et Vilaine. Blain: Pihern.

 

Maillard, A. (2009). Le parler du pays de Bouvron. Ploudalmézeau: Label LN.

 

Nouël J-M (2004). Mon village au temps des civelles, Quinsignac en pays de Vilaines. Spézet, Keltia graphic .

 

Gilles Quentel (2014), Les problèmes méthodologiques de l'étymologie d'origine gauloise en français, Studia Romanica Posnaniensa XVI/3 (disponible en ligne)

 

Walter, H., & Martinet, A. (1988). Le français dans tous les sens. Paris: R. Laffont.

 

(en ligne :)
 

Dictionnaire de gallo en ligne : Lecuyer Fabien, http://teinzoudougalo.unblog.fr/teinzou-dou-galo/

 

Dictionnaire du moyen français en ligne : http://www.atilf.fr/dmf/

 

Französisches Etymologisches Wörterbuch : https://apps.atilf.fr/lecteurFEW/index.php/

 

 

ùnn berouey d'potirons

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 11:44

Nombre d'archives ont été numérisées et compilées sur les sites généalogiques qui présentent de longues suites de prénoms et de noms de l'époque moderne. Parfois le gallo ou encore plus rarement le breton apparaissent dans ces listes d'anciens habitants du nord du pays nantais.

Mais, malheureusement, toujours d'une manière assez miraculeuse, car ces derniers sont passés par une double standardisation : la première à l'époque, fruit de l'administration, la seconde résultant du zèle des personnes qui mettent les informations en ligne et qui francisent ou modernisent souvent les prénoms, ce qui facilite les recherches généalogiques, mais qui donne une seconde couche de peinture sur ces prénoms.

 

Le prénom Louis et Louise présentent la trace de gallo que j'ai remarqué le plus souvent, car ces derniers sont prononcés avec une diphtongue dans la dite langue « lë:wi » ou encore « lë:wiz », cette diphtongue gallaise est souvent rendue par ü à l'écrit : Louise = Leoüise.

 

 

(Leoüise Le Roux de Derval)

 

On retrouve la même graphie « ü » dans le nom Brangoüin, à la fois nom de village (Pierric) et de famille et marquait peut-être ici aussi une diphtongue. Exemple : Loüis Bougoüin (Avessac, XVIIIème)

 

La prononciation gallaise apparaît aussi dans quelques autres prénoms trouvés dans ces donnés, par exemple :

-Toine à Sévérac (XIXème) (prononcé /twɛ̃n/) correspond au prénom Antoine ou encore Toinnette à Drefféac à la même époque.

-Bénoni à Saint Malo de Guersac (XIXème) (prononcé /benɔ̃ni/) correspond au prénom Benjamin.

-Pertonille toujours à Saint Malo (XVIIIème) correspond à Pétronille, le «r » pouvant être syllabique en gallo.

-Ménanis à Drefféac (XIXème) peut être une forme gallaise de Mélanie

-Nouel à Crossac (XVIIIe) est la prononciation gallaise de Noël

-Roux à Besné (XVIIème) se prononce "Rou" et correspond à Raoul.

-Félisse à Besné (XVIII), prénom féminin curieusement.

-Ugène à Escoublac (XIX), forme gallaise de Eugène.

 

Parfois ce sont des prénoms locaux ou inédits qui apparaissent, généralement d'origine bretonne :

 

Armel (Fégréac, Pierric...), Malo (surtout à Drefféac et Saint-Malo de Guersac sans surprise), Fiacre (Plessé), Guinolay (surtout vers Guérande, c'est la version populaire de Gwenole), Guingal à Pierric (version de Gwengar ou de Gwenole), Brevin ou Breven à Saint-Brévin, Mahé/ Macé (formes bretonnes de Mathieu, Drefféac XVIème)... ou encore Guédasse ou Gildaze  (Missillac, XVIIIème) qui semble être une forme féminine du prénom breton Gweltaz bien connu en gallo (Ghedas, Jedâ..) et aussi en français (Gildas)

 

 

(Malo Cado de Drefféac, mort en 1683)

 

(Brevin Jarniou né à Saint-Brévin en 1665)

 

(Guingal Herroüin né à Pierric en 1696)

 

(Benoni Kergorre au Croisic, recensement de 1841)

 

Nous remarquons une autre pratique orale à travers ces données, l'usage de transmettre le même prénom d'une génération à une autre mais sous une variante, permettant ainsi de différencier le père du fils ou la mère de la fille. Cette pratique n'était généralement qu'orale, mais nous en avons tout de même quelques traces :

Hermelle Moyon de Saint-Malo de Guersac (XVIIIème) est fille d'Armelle Fouré, dans la même commune un siècle plus tôt, nous trouvons une Mery fille de Marie

 

Voilà, comme quoi, même après force de standardisation l'usage oral de ces prénoms apparaît parfois entre les lignes.

 

 

Bibliographie et infos :

-Chassé, Vincent, and Institut Chubri. Prénoms de Haute-Bretagne: Déz ptit non en galo. Temps-An Amzer, 2013.

-Et sur cet article de la mairie de Rennes.

-Archives du 44

-geneanet

Saint-Malo de Guersac

Saint-Malo de Guersac

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 09:43

Malgré sa lenteur légendaire, le site « cadastre.gouv.fr » est un vrai trésor pour les amoureux des noms de lieux et d'Histoire.

La commune de Plessé a attiré assez tôt les curieux et ses noms de lieux ont été bien étudiés (par Hervé Tremblay par exemple). Il faut croire que cette commune cache encore des surprises au vu des toponymes restés discrets mentionnés par cadastre.gouv.

En voici quelques-uns, le manque de formes anciennes appelle cependant à la prudence. Il ne s'agit que de suggestions.

**************************************************

_Dont quelques noms de lieux bretons :

Clos du Miny :

Présent aussi dans « pré du Miny ». Les plesséens reconnaîtront le même mot que dans « Pont Miny » à Fégréac.

Ces toponymes sont intéressants car ils pourraient indiquer la présence médiévale d'un « Minihi » mot breton désignant un lieu consacré, un lieu d'asile. Le mot breton « minic'hi » devient « miny » en gallo.

Selon Hervé Tremblay : « Le Minihy éventuel de Fégréac pourrait représenter un établissement religieux qui serait à l'origine du pont et aurait perçu des droits. Le cartulaire de Redon évoque des menehi dont celui d'Avessac ».

Toullin :

Nous retrouvons le même élément que dans Toullan : Toull = trou, dépression. Et peut être le mot «lenn = lac. Le trou du lac.

Coimeron :

Semble formé à partir du koed (bois) et d'un élément que nous retrouvons dans Tréveron à Besné. Peut-être un nom d'homme.

Quinhoret :

Semble formé du mot kenec'h (monticule) que l'on retrouve dans Quinhu (guenrouët) ou encore dans Coiquenay à Guémené Penfao. Le second élément pourrait être un nom d'homme vieux breton Uuoret.

Nombre de toponymes bretons sont en rapport avec les sommets et les hauteurs, selon K. Jacskon, ce qui témoigne pour une civilisation d'élevage de bétail. "Les Bretons pouvaient installer une économie d'élevage dans des terrains moins riches pour la culture que ceux qui étaient mis en valeur par les Gallo-romains" (J Y Le Moing).

Carmeil :

Est ce une coquille pour Carheil ? Il y a des chances ! Si non, il serait comme lui formé de Car (lieu fortifié), le second élément serait plus obscur, peut être le prénom Mael.

Trebon :

Nous pourrions y voir une forme de Trebont (village du pont) comme Trébon à Surzur ou Trébont à Muzillac (56 ) ou encore Trebon à Crossac (44) d'ailleurs près d'un pont actuel. Cet endroit se trouve à proximité d'un ruisseau.

Quilly :

Au Nord de la commune, de Kili (bosquet, bocage), classique de la toponymie bretonne, il a aussi donné son nom à une commune des environs (Quilly).

 

**************************************************

D'autres toponymes obscurs : Trelion, Trenerin, Kernouer, Kerguemer (Carguemetz), Pessin-Nic, Cafeny...

*****************************************

_Et une masse de noms gallos :

Ces derniers posent moins de problèmes :

Le clos de la fée :

Clos désigne un champ en gallo.

Bois de la lune

Bignon :

Source

Bauche de la noë :

Bauche désigne un pisé et une noë est une plaine humide.

La Seencie :

Sensie, terre grévée du cens

La Cabosse :

Cabosse: grosse butte

Les Tréfoussés :

Ici il ne s'agit pas d'un nom breton en "Tre" mais bien d'un toponyme gallo : Tré (par delà) et foussés (fossés)

La Cheréy :

Le français "-ée" correspond au "-ey" gallo et c'est avec cette diftongue que ce toponyme écrit la Cherée en 1790 est désormais écrit.

**************************************************

En savoir plus :

-www.cadastre.gouv.fr

http://fr.wikipedia.org/wiki/Minihi

Tremblay Hervé, Noms de lieux et itinéraires anciens en Loire Atlantique, Goubault imprimeur, 1996

Le Moing Jean-Yves, Les noms de lieux bretons de Haute-Bretagne, coop Breizh 1990

Quelques microtoponymes plesséens :
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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 16:39

Après les animaux, entamons une nouvelle promenade toponymique cette fois en retenant les noms rapportant aux arbres et comme précédemment en en profitant pour préciser de petites notes ethnographiques ou historiques.

 

La flore en général occupe une grande place dans la toponymie, c'est aussi le cas des arbres, bois et autres taillis, car ils étaient et sont toujours d'une grande valeur pour les Hommes, ils leurs donnent de quoi se chauffer, bâtir, se guérir, sont un refuge pour le gibier etc...

 

Beaucoup de toponymes ne font pas référence à un arbre en particulier mais au groupe : le bois, « koed » (ou « koad ») en breton, nombres de villages se sont nommés en rapport à ce « désert » médiéval : Talhouët= le front du bois, Penhouët = Le bout du bois, Trégouët= le village du bois, Coispéan= le bois païen, Couëtmeur= le grand bois, Coët Roz= le bois du tertre, Kercoat = village du bois,  Kercoudy =le village du petit bois, Coiquenay= Le bois de la butte...

En gallo il en est de même, les « bois » (prononcez « boué » ou « bois ») sont courants (« bois du gué », « bois de Pourhan »...).

 

Le mot « forêt » est rare, de toute manière il est à l'origine un terme juridique (« territoire soustrait à l'usage général et dont le roi se réserve la jouissance »), au moyen age l'on pouvait tout à fait avoir des « forest » sans arbres …


En revanche nous avons bien des taillis et des bosquets : Killi en breton (Quilly, Kerguily..) ou « brousse » en gallo ( la brousse au cerf, la brousse...). Il y a aussi le breton « Bod » = buisson mais nous ne citerons pas tout sinon nous y serons encore demain. Regardons plutôt de plus près...

 

La déforestation en Europe fut précoce, beaucoup de toponymes suggèrent ce défrichement :

En gallo :

Ecobu= brûlis.

En breton :

Krann, (Cranda, Crancoët...)

 

Les forêts des climats océaniques offrent une grande diversité d'essences, on pourrait s'attendre à toute sorte d’espèces d'arbres citées, et pourtant que neni ! Les bretons (comme les autres) ont leurs marottes, et à croire leurs toponymes il n'y aurait que des hêtres ! Des hêtres ! Des hêtres (et puis aussi accessoirement un peu de chênes de châtaigniers, de tremble et de saules)

 

 

-Ils sont foux ces hêtres ! (désolé)

 

En gallo (fou) comme en breton (faou) le mot vient du latin (fagus), c'est d'ailleurs la première bizarrerie ( Rome n'est pas connue pour ces impénétrables hétraies...), deuxième bizarrerie relative, c'est de trouver autant de noms de lieux rapportant aux hêtres dans des zones où ils ne sont pas particulièrement présents. Il faut cependant savoir que le climat a changé et des périodes plus froides comme le bas moyen age ou la fin de l'antiquité étaient être plus adaptées à notre camarade fagus sylvatica.

Enfin, pourquoi lui ? Je n'ai pas de réponses exactes, peut être des pistes : c'est le plus haut, ses fruits peuvent être consommés (le « café » de fouenne), c'est une essence noble et puis ce serait l'arbre préféré d'un champignon arboricole rigolo : l'amadouvier, qui brillerai la nuit (??) et surtout connu depuis la préhistoire à la fois comme excellent pour démarrer un feu (on les utilisait pour les briquets), mais aussi comme remède. C'est d'ailleurs l'un des rares champignons à avoir le droit à un nom en breton et qui plus est sans connotation péjorative (tonn), c'est peut être un cas unique d'ailleurs (les bretons étaient du côté « mycophobe » de la force, pour en savoir plus lisez l'article de Levy Strauss en bas de l'article, tout cela sent fort le tabou!).

 

Noms de lieux : Penfao, Tréfoux, Faugourbin, Faugunot....

 

  • Le chêne :

 

L'autre superstar, en breton « derv »=les chênes, on le retrouve dans Derval et Drefféac. En gallo c'est « chengn ». C'est aussi une essence noble, l'arbre peut vivre vieux, très vieux, et ça, c'est fascinant ! Le chêne au Duc dans la forêt du Gâvre aurait ainsi vécu 1100 ans. C'est peut être cette longévité qui lui a donné ce petit côté sacré aux yeux des Hommes. Nombres d'arbres sacrés sont des chênes, comme celui de Juzet où sont encore déposées de petites offrandes.

Il n'est pas toujours bon d'être un chêne adoré, d'anciennes traditions attestées en pays nantais montrent que l'on abattait un chêne la veille de la Pentecôte pour le placer sur la place du bourg où il restait toute l'année (ces traditions existent tout autour du globe, et sont sans doute à relier avec le mythe de l'arbre monde ).

 

Article 6 du cahier de doléances de Sion :

"...contraire à la religion et aux bonnes mœurs. Voici en quoi il consiste : le seigneur a droit de faire marquer par son sergent audiencier un pied de chêne situé sous le proche fief d'une seigneurie inférieure à la sienne, la veille de la fête de la Pentecôte, et de contraindre par voie de justice les sergents baillagers de sa châtellenie à faire abattre le dit chêne dans une charrette, et de la faire conduire dans cette voiture le lendemain également jour de fête par ces hommes attelés comme des bœufs sur cette charrette, au bourg de Sion éloigné de quelquefois d'une lieue où se prend l'arbre, à travers les mauvais chemins, les rivières et les ruisseaux qui se rencontrent. Arrivés au bourg de Sion, les malheureux traînent la charrette et l'arbre autour du cimetière et de l'église et puis ils finissent par le planter sur la place publique du dit bourg où il reste jusqu'à l'année suivante où on déplace l'ancien pour y substituer le nouveau."

 

Sources :

-Tremblay Hervé, Noms de lieux et itinéraires anciens en Loire Atlantique, Goubault imprimeur, 1996

-Giraudon Daniel, Du chêne au roseau, Yoran embanner, 2010

-archives départementales de Loire Atlantique

-Levy Strauss Claude, Les champignons dans la culture. disponible en ligne ici

(- à propos de l'arbre monde (un chêne) dans la tradition celtique antique lire les articles de X. Delamarre :

-Andrusteihae Matres

-Les rois du monde)

(tronc du chêne de Juzet à Guémené-Penfao, à droite de petites offrandes)

(tronc du chêne de Juzet à Guémené-Penfao, à droite de petites offrandes)

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 13:44

 Qhoq sië pourr caozë gallo du Hao du pey Nàntâz

 

Nous verrons ici quelques particularités phonologique du gallo de la région du Nord de la Loire Atlantique (même si les variantes sont nombreuses).

La zone concernée est autour de l'Isac et du Don.

 

Le gallo, à ne pas confondre avec le breton, est l'ensemble des formes que prit le bas latin dans l'actuelle Bretagne.

 

Cette article est basé principalement sur la prononciation. Il est appuyé de témoignages directs ou de lectures (cf biblio).

 

Consomnes :
 

_Pl / Bl / Gl -> pi, bi, i

 

Plessé : Piesë / Blain : Biengn / Gland : Ienw

 

(cette prononciation est connue à peu près partout dans le sud de la Bretagne)

 

_Cl -> Si

 

Clocher: siochë , Clair -> siérr,  Lit-clos : lit-siou

Du côté de Saint-Nicolas de Redon "cl" donne "ch" comme dans Chië : clée

(prononciation typique des alentours de Redon)

 

 

-Lorsque le son «g» ou «k» est suivi d'un «e», «i» ou «u» il y a une palatisation:

Verre de terre : beghen ( prononcez à peu près bedjen, ou comme un «y» en collant contre le palais)

Jambe : qhett (tchett).

Parfois la consonne "t" peut aussi être palatisée en "tch" par confusion -> mitaw (mitchaw)

 

_Consomnes finales peuvent parfois être durcies, un même locuteur peut très bien utiliser les deux formes :

Grande : grantt (ou grandd)

Poivre : pouèf (ou pouev)

Raide : rètt (ou rèdd)

«mélange de céréales» : gaborach(ou gaboraj)

Rouge : rouch (ou rouj)

 

Cette prononciation est présente mais reste rare, probablement les restes d'une prononciation ancienne (autres exemples : chmenss (chemise), caoss (cause), enposip (imposible), paof (pauvre).

(cette prononciation vient probablement d'une influence du breton où se durcissent les consomnes finales, elle n'existe en gallo qu'à proximité de la frontière linguistique, même si ce genre de durcissements existait en moyen français)

 

Voyelles:

 

Nasalisations:

 

Le gallo de cette région est très nasalisé, toute voyelle (sauf "i") suivie d'un «m» ou «n» est nasalisée :

Dame: Demm ( «dainme»)

Musicien : Sonnou («son-nou»)

 

Diphtongue et nasale :

Les «an» français deviennent «àn» («anw»)

Nantes : Nàntt (Nanwtt)

 

Nasale finale :

 

En fin de mot et de phrase, une nasale peut être appuyée :

Vin : vingn

Chien : chengn

 

 

_«O» peut devenir «ou» :

 

Notre : Noutt

Gros : Grou

(Sauf du côté de Redon, c'est un trait du Sud-Est de la Bretagne et Anjou)

 

_ «ou» devient «eù»:

Son proche du «-où» (euw) en breton vannetais, on le rencontre dans quelques mots comme:

Soul : seù

Le Cougou : L'Qegeù

Mouche : meùch

(ce son existe principalement autour de Saint Brieuc mais longe la frontière linguistique jusqu'à chez nous)

 

_ «-ée» -> «-euy»/ «-èy»:

En gallo on fera la différence entre :

la pomme est mangée = prononcé "mànjey"

Le gâteau est mangé = prononcé "mànjë"

le corbeau est niché : la groll al è anijey

 

_Semi comsomne:

Pas obligatoire mais courant

De : ed

Le : el

Ce : ez

Ce jour là : Ez jou là

 

_Diphtongues :

 

_«-eau» > «-iao» ou «-eo»

 

De l'eau : de l'iao / de l'eo

Iao «à l'est de l'Isac)

 

_ «au»/ «aux» : «ao»:

 

cheval : chfao / choao

 

_diphtongue «ài»:

 

se prononce «»

Toi et moi : Tài e mài

Vrai : vrài

 

Quelques particularités syntaxiques :

 

 

1) Après un verbe le pronom change :

 

Toi ! Mange moi ! : Tài ! manj me ! (mais «moi ?» -> «mài» ?)

assis toi ! : Siett te !

 

2 ) Répétition du pronom :

 

Il est peureux : Il è li pouvrouz !

Elle est grande : Al è yel gràntt !

(trait présent aussi en gallo du Morbihan et breton vannetais)

 

 

DSC_0373-001.JPG

(Marais à  Pen-Bu / Barvatië a Pen-Bu)

 

Bibliographie :

 

Auffray Régis : Chapè chapiao, édition : rue des scribes 2012

Eugène Cogrel : Raconte, groupement Breton des Pays de Vilaine, 2012

Revues Pihern, édition Vantyé

Association Chubri (cf liens blog)

Fabien Lecuyer, teinzou dou galo (en ligne)

 

Apprendre le gallo en Loire Atlantique : Il existe des ateliers au Petit-Mars

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 09:31

En Bretagne nous avons la chance d'avoir une association sérieuse et bien établie dédiée au collectage de traditions orales: Dastum. Depuis 40 ans le nombre de documents qui constituent leurs fonds est ...gargantuesque.

C'est en glanant sur leur site que je suis tombé sur une chanson chantée lors d'une veillée à Guémené Penfao en 1977.

Elle a pour sujet la fameuse Fée Carabosse, la reine des fées de Tréguély (cf article), qui vit sur le côté le plus naturel du Don et semble personnaliser l'aspect plutôt sauvage de cette vallée encaissée.

Cette chanson nous apprend comment la fée Carabosse s'est transformée en pierre.

 

Je ne suis expert, mais je pense que cela se dance en rond, sans doute en "rond de Guémené-Penfao" donc :

 

C'est la fée Carabosse lon la
C'est la fée Carabosse

Qui n'est pas loin du Don diguedon ma dondaine
Qui n'est pas loin du Don diguedon ma dondon

Elle s'en fut à la noce lonla
Elle s'en fut à la noce

la noce à la vallée diguedon ma dondaine
la noce à la vallée diguedon ma dondé

Que voulez la belle lonla
Que voulez la belle

Lui demande le marié diguedon ma dondaine
Lui demande le marié diguedon ma dondé

Je voudrais bien rentrer lonla
Je voudrais bien rentrer

Voici votre cavalier diguedon ma dondaine
Voici votre cavalier diguedon ma dondé

A la première polka lon la
A la première polka

La tête lui a tournée diguedonmadondaine
La tête lui a tournée diguedonmadondé

A la deuxième polka lonla
A la deuxième polka

Elle a manquée de tomber diguedon ma dondaine
Elle a maquée de tomber diguedon ma dondé

A la troisième polka lonla
A la troisième polka lona

En pierre elle s'est figée diguedon ma dondaine
En pierre elle s'est figée diguedon ma dondé

Si vous voulez la voir lonla (bis)
Si vous voulez la voir

Prenez l'train d'la vallée diguedon ma dondaine
Prenez l'train d'la vallée diguedon ma dondé

Elle vous acceuillera lonla
Elle vous acceuillera

Un ruisseau à ses pieds diguedon ma dondaine
Un ruisseau à ses pieds diguedon ma dondé

 

L'integration parmis les humains lui aura donc été fatale...

 

IMG_1271.JPG

(La vallée)

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