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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 14:40

Voilà le mois d'Octobre et bientôt la basse saison et comme chaque année depuis la création de ce blog il sera question d'un article rapportant à la conception de la mort en pays nantais.

Nous avions parlé de la charrette de la mort, des cortèges d'âmes et de leurs meneurs, aujourd'hui nous nous pencherons sur la figure un peu « fofolle » du double qui est à l'origine de nombreuses croyances en Bretagne comme dans les quatre coins du globe.

 

Consciemment ou non nous avons hérité (en Europe en tout cas) de la conception chrétienne de l'âme, c'est à dire « unique ». Il n'en à pas toujours été ainsi, pour les Grecs antiques comme Homère l'Homme en possédait deux, avant la christianisation les Scandinaves pensaient eux en avoir trois, environs deux pour les Finlandais, Estoniens, Lituaniens etc...

 

C'est une conception culturelle qui change d'un peuple à l'autre et il semble que les habitants celtiques de l'Europe antique pensaient eux aussi à la multiplicité de l'âme (deux ou trois) comme semble le montrer un texte de Plutarque (cf biblio).

 

 

 

 

  1. Autrefois, les professionnels du « double ».

 

 

Partout en Europe, et jusqu’à tardivement, une partie de la population était considérée ou considérait pouvoir « envoyer » une de leurs âmes ailleurs sous forme humaine ou animale tout en restant vivant:

 

Voici un exemple parmi d'autre, ici en Norvège :

 

« Un pêcheur de Lubeck vint à parler de magie avec un Lapon de Bergen, et celui-ci se vanta de pouvoir envoyer son esprit dans des pays lointains et en rapporter les nouvelles[...] plus tard tout se révéla exact. Entre-temps, le Lapon était étendu sur le sol, comme mort. »

(Braslius, Historia Norwegiae, écrit au XVIème)

 

Dans la mythologie, nous retrouvons aussi des témoignages proches de ceux de nos "dormeurs", ici c'est le dieu Odin qui s'exerce à cette "magie" :

"Odin changeait de forme, Alors son corp gisait comme endormi comme endormi ou mort mais lui était oiseau ou animal, poisson ou serpent et allait en un instant dans des pays lointains"

(Ynglinga Saga, chapitre 7, XIIIème siècle, traduction de Régis Boyer)

 

Comparons avec cette anecdote nantaise, couchée par Jean Bodin, à la même époque :

 

« «Quand j'étais à Nantes, en 1546, j'ai entendu dire des choses stupéfiantes sur sept magiciens qui, en présence de nombreuses personnes, déclarèrent qu'ils allaient, en l'espace d'une heure, rapporter des nouvelles de tout ce qui se déroulait dans un rayon de sept lieues. Ils perdirent alors connaissance et restèrent trois heures dans cet état, puis ils se redressèrent et dirent ce qu'ils avaient vu à Nantes et aux alentours. Ils décrivirent avec précision circonstances, lieux, actes et personnes. Les recherches entreprises révélèrent l'exactitude de leur dire."

 

Qu'ils soient Lapons, ou Nantais ces personnes étaient considérées comme sorciers ou magiciens. Pour avoir l'impression de sortir de leurs corps, ces gens devaient s'isoler (même si souvent accompagné d'un proche) et la consommation de psychotropes aidant (édition: mais en fait pas forcément, les "rêves lucides" ou des cas de "paralysie du sommeil" peuvent aussi marcher), ils atteignaient un état physique que leurs contemporains pensaient proche de la mort. Et leur cerveau partait dans un beau délire où leur double allait se promener.

 

Difficile de dire jusqu'à quelle époque ce genre de pratiques ont pu exister en Bretagne, le dernier texte (à ma connaissance) relatant des expériences extatiques bretonnes est le manuscrit de Saint Guenn datant du 17ème , je me permet de mettre un extrait qui vaut, disons « son pesant de cacahuètes » :

 

« prenez un vase muni d’un couvercle. Placez deux onces et demie d’axonge. Joignez un drachme de résine de chanvre. Ajoute une pincée de graines écrasées de tournesol. Remplissez la partie vide du vase avec des fleurs de coquelicot. Fermez soigneusement le vase, placez le au bain marie et lissez le mijoter pendant deux heures.

Filtrez en retirant du feu. C’est prêt. Ce soir avant de coucher passez vous de cet onguent derrière les oreilles, sur le cou, sous les aisselles et sur la région du grand sympathique vers la gauche. Puis endormez vous tranquillement : cette nuit vous irez en sabbat. »

 

(Si vous pensez essayer vous savez à quoi vous attendre !)

 

édition : ces histoires d'onguents sont assez courantes dans les croyances des anciens à la campagne, revenons dans le pays nantais, cette fois dans les années 1980 :

« comment ils font pour se mettre en sorcier la nuit ? » et bien, il y en avait un qu'avait garde...Il avait vu un comment qu'il avait fait, il avait un petit..c'était des lits clos... Il avait un petit pot qui était bien caché sous son lit clos et avant de partir à aller faire sa tournée, la nuit, il se graissait partout, partout, partout, partout, alors il se mettait à la bête de ce qu'il voulait. Hein ! Allez donc vous voir ? Ça était un sort.. » Férel, 1980

(collecté par Dréan Hervé, Autour de la Roche-Bernard, Dastum, 1985)

 

(Anecdote des 7 sorciers de Nantes)

 

 

Les professionnels du double modernes : édition

 

Finalement ces « professionnels » ont existé plus longtemps, j'en ai trouvé la trace dans un article des années 30 issus de la revue en langue bretonne « Dihunamb » où il est question de « gouskerézed » (dormeuses):

« Pegours é vo diamoèdet er gèh tud get er houskerézed ? »

(Quand est ce que les pauvres gens se détromperont des « gouskerézed » ?)

L'article est une mise en garde face à ces pratiques.

Un paysan va voir une «gouskerez »(Le mot breton signifie simplement « dormeuse ») à la foire de Lorient vers 1897 mais, très crédule, il va se faire joliment arnaquer par cette dernière.

Une note traduit le mot « gouskerez » par « somnambule », en fait il faut comprendre le mot français par ses sens anciens :

« -Personne qui est sous l’influence du sommeil hypnotique.

-(En particulier) Femme à laquelle on attribue le don de prévoir l’avenir dans ce sommeil. » (Wiktionnaire).

Le fait que cet article fut publié dans les années 30 peut être un indice de la survivance de ces pratiques au début du XXe siècle.

 

Nous avons donc un témoignage assez proche de celui de Jean Bodin, de gens allant voir des « dormeurs » ayant des dons divinatoires.

 

Le mot breton g/kouskerez a un cousin gallo : « dormeüze » (petit Matao) : guérisseuse par le sommeil. / « dormou » = exorciste. Aussi basés à partir du verbe "dormir".


Avec ces dormeüzes, ou dormouères du pays gallo la boucle est bouclée, leurs pratiques paraissent semblables à celles du Moyen Age que nous avons vues plus haut, voici pour l'illustrer un témoignage se passant dans les années 50, une femme raconte sa visite chez une dormeuse :

"...sa fille lui prenait la main comme ça et puis elle s'endormait et elle racontait tout exactement c'qui s'est passé chez nous, sans que personne lui dise. Elle disait, vous avez telle ou telle chose quoi. Et quand ils entendaient, i'disaient oui c'est ça, c'est bien ça hein !"

(Christophe Auray, cf biblio)

pour comprendre le passage où la fille prend la main de sa mère dormeuse, il faut savoir qu'en pays gallo une personne aide la dormeuze en lui pinçant le petit doigt pendant son sommeil.

Il s'agit généralement de femmes.

 

Contrairement à ce que je pensais les pratiques de ces « magiciens dormants » pratiquant une sorte de transe ont perduré jusqu'au XXème siècle en Bretagne.

 

 

 

  1. Époque contemporaine, les « Arrizhoù » vannetais.

 

 

Autres formes du "double" dans les croyances.

 

"Génie Cad était une "bonne soeur des rues" du village de Kerné, connue pour son don de voyance. Un soir qu'elle passait à la brune de nuit à travers la dune de Kerné, elle vit un matelot le sac sur l'épaule venant à sa rencontre et se dirigeant vers le village. Lorsqu'il passa à sa hauteur, elle reconnut un matelot dont on était sans nouvelles [...] Revenue au village, elle ne manqua pas de rapporter ce qu'elle avait vu. Lorsque la nouvelle en arriva aux oreilles des parents, ils ne conservèrent aucun espoir, car Génie avait vu le fantôme de l'absent : "djwilet i doè i rèheu"

(Quiberon, 19ème siècle, cf biblio)

 

Sur le littoral vannetais la croyance au double est encore vivante sous le nom de « arizhoù » (et dérivés : « rezhoù », « arezhoù »). Où la vision du fantôme d'un vivant est un mauvais présage.

Un autre témoignage entendu sur Radio Bro Gwened dans l'émission Kreiz Mintin (en 2009) racontait l'histoire d'un homme étonné d'avoir vu une jeune fille du village sur un pont la nuit ; ce dernier vient la voir le lendemain et lui faire part de son étonnement de la voir traîner la nuit de la sorte. Mais tadam !

À la surprise générale ce n'était pas elle, l'homme avait vu ses arizhoù, son double. Très mauvais signe, la jeune fille mourru peu après.

 

Petit témoignage collecté en 2011 à Locoal-Mendon, où ce mot était aussi présent :

«ni 'doe kemeret an traoù-señ evit...oh ! Penaos 'vez lâret an dra-señ...eeeh...ah oui ! «ar rezhoù» ! Ma karez ni a gomze a rezhoù-marv, «un intersigne quoi». Setu».

 

(On avait prit tout ça pour oh ! Comment dit on déjà...eeuuh « ah oui » ! des « rezhoù » ! Tu vois on parlait de rezhoù-de mort « un intersigne quoi ». voilà.)

 

Dans ces croyances, le double se détache de la personne peu avant la mort, et apparaît aux gens qui ont le don.

Les arizhoù firent l'objet d'une étude que vous trouverez dans la biblio.

 

 

 

  1. Le double animal

 

XIIIème siècle, « De hominibus qui se vertunt in lupos » :

 

« Il existe certains hommes de races celtique qui ont un pouvoir merveilleux qu'ils tiennent de leurs ancêtres. Par une force diabolique, ils peuvent, à volonté, prendre la forme d'un loup [...]Quand ils sont d'humeur à se transformer, ils quittent leur corps humain, ordonnant à leurs amis de ne pas le changer de position ou de le toucher . »

(Nennius, Historia Britonum, cf Claude Lecouteux)

 

Le double n'a pas de forme franchement défini, nous avons rapidement mentionné qu'il peut aussi se présenter sous forme animale, en Bretagne c'est sous cette dernière forme que les traces sont les plus courantes. Ces gens croyant, en extase, être loup, ours, oiseau ou encore souris donneront naissance à bien des croyances populaires, dont la plus « populaire » justement est celle du « garou », particulièrement vivace dans le pays de Châteaubriant (cf Bête de Béré) qui regorge d'histoires d'homme devenant bête la nuit pendant leur sommeil.

 

J'ai eu la chance d'entendre une histoire de doubles animaux en 2012. Une grand-mère considérait un certains nombres d'oiseaux vivant autour de sa ferme comme étant les doubles de ses petits enfants. Lorsqu'un oiseau semblait en difficulté elle se précipitait à son téléphone pour appeler le petit enfant dont le dit oiseau était le double pour prendre de ses nouvelles.

 

 

 

De cette croyance antique en la multiplicité de l'âme découlent des croyances et histoires encore bien en usage longtemps après la christianisation. Et nombres d'éléments de la mythologie populaire semblent en dériver : garous, sorciers et sorcières, anges gardiens, métamorphoses et sans doute en partie même l'Ankoù....

 

 

Des traces dans la langue :

 

Surtout en breton, pour l'instant :

 

"Envoyer son esprit" dans le sens d'extase:

Em zougen a isprid.

En em deurel a spered

En em strinkiñ a spered

(tout issu de traductions bretonnes de la Vie dévote)

 

Gwelet a spered = avoir une vision (dihunamb)

 

Ce genre d'expression est assez courant :

leuskel e spered da nijal trema ubk= littéralement "laisser son esprit voler vers quelque chose"

 

L'étymologie de certains mots bretons semble aussi être lié à cet ensemble de croyance, comme le mot vannetais semeilh qui signifie "fantôme" et vient du français "sommeil". Il y a aussi le mot "rezi" signifiant "rêve" et venant de la racine "red-" (voyager).

 

Le mot "Ankoù", en fait, semble parfois simplement si gnifier le double d'un individus :

"Me wel ma ankoù 'barzh ar vered

Hag eñ ken glas ha pour pilet"

Je vois mon Ankou dans le cimetière

Aussi vert que du poireau écrasé

(Luzel François Marie, Pontplancoat, gwerziou 1, Pariz, 1971, (cf Daniel Giraudon))

 

lorsque le verre de quelqu'un se trouve sur le bord d'une table, en équilibre, on dira :

"Emañ etre daouarn hec'h Ankoù"

il est entre les mains de son Ankoù.

(cf Daniel Giraudon)

 

Autre témoignage de l'Ankoù comme double dans le Morbihan (Joseph Mahé)

"Un ouvrier que j'ai connu étoit tombé d'un toit qu'il réparoit. Comme on lui demandoit la cause de sa chute, il répondit : "je n'ai fait aucune imprudence, et il semble que c'est mon ankheu qui m'a renversé"

 

Sources :

Bernier Gildas , "Vieux breton Arrizh, vannetais de Quiberon Arrèheu", Annales de Bretagne, Tome 76, 1969, p 659-661

Lajoye Patrice, "Les Navigations et l'âme celte dans l'Antiquité", Ollodagos, XVIII

Lecouteux Claude, Fées, sorcières et loups-garous au Moyen-age, une histoire du double, Imago 1992

Harf-Lancner Laurence. Claude Lecouteux.  Fées, sorcières et loups-garous au moyen âge. Histoire du double, 1992, Cahiers de civilisation médiévale, 1993, vol. 36, n° 143, pp. 318-319.

Bodin, Jean, De magorum daemonomania libri IV Basileae : Per Thomam Guarinum 1581

 

l'article du wikipedia anglophone est riche d'informations avec une catégorie amusante de personnages historiques ayant été en rapport aux doubles, comme le présidant Lincoln qui se vit passer dans un miroir.

 

Edition :

Er Melinér Alban, Pegours é vo diamoèdet er gèh tud get er "houskerézed", Dihunamb

Auffray Régis, Le petit Matao, rue des scribes, 2007

Giraudon Daniel, Sur les chemins de l'Ankou, Yoran Embanner, 2012

Auray Christophe, Magie et sorcellerie dans les fermes bretonnes, Ouest France, 2006

Mahé Joseph, Essai sur les antiquités, Galles, Vannes 1825

La revue des traditions populaires (consultable sur gallica) mentionne des histoires de dormeurs en Haute et Basse Bretagne mais aussi ailleurs sous le nom de "somnambulles": dans les alentours de Poitier, Franche Comté, Mayenne, Menton, Troye et Liège. En fait ces gens existaient à peu près partout en Europe jusqu'au début du XXème siècle.

( dans le miroir le double, ce diable...)

( dans le miroir le double, ce diable...)

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 13:53

Voilà une créature encore courante dans les récits des anciens en haute Bretagne que nous n'avons encore que peu mentionnée, la bête est effectivement assez insaisissable, elle porte plusieurs noms et peut se présenter sous plusieurs formes.


La nuit, au bord d'un champ, d'un carrefour, voire même dans une barque posée sur les brumes de la Vilaine... elle hante. Elle semble toujours là pour obstruer une voie que le visiteur nocturne pensait emprunter.
Elle serait particulièrement active dans un triangle Avessac-Guémené-Marsac (1).


Selon l'endroit elle s'appelle bête Jeannette (dans l'Ouest de la haute Bretagne), la peielle (de l'autre côté de la Vilaine) ou encore tout bêtement « la bête blhànch » (blanche). La seule chose qui semble sûre est en effet sa couleur, et le fait qu'elle ressemble généralement à un animal domestique et franchement peu inquiétant: levrette, chat, mouton, cheval ou encore à une chouette …

 

Autre particularité, elle gonfle, grossie au fur et à mesure que l'on s'approche d'elle.
Le promeneur nocturne prendra soin de ne pas parler de la « bête jeannette » mais de la « belle jeannette » pour ne pas l'offusquer.


À Avessac, depuis sa barque, dans la Vilaine elle attire les passants qui veulent traverser le fleuve avant de les précipiter dans l'eau glaciale.


Albert Poulain (2) a collecté à Pipriac une histoire au sujet d'une jeune femme qui se transforme en bête blanche, c'est la « peielle ». En allant à la foire de Saint Nicolas de Redon un homme se trouve nez à nez avec elle, il sait que pour s'en débarrasser il faut la blesser au-dessus de la mâchoire, il prit alors son « coutè » et le lui plantât entre les deux yeux, l'animal infernal disparu.

Il le retrouvera à Redon où un aubergiste refuse qu'il paye et lui redonne finalement son couteau.


Mais revenons de ce côté-ci de la Vilaine, avec deux légendes de Guémené qui sont sans doute cousines, la première est recueillie par Fernand Gueriff:


_un homme de Tréfou à Guémené-Penfao (3), parie pendant une soirée bien arrosée de sortir du cellier et d'aller trouver la bête jeannette pour monter sur son dos. Ce qui fut fait.
Elle bondit alors et survolèrent landes et forêts pour finir sur le parvis de l'église de Guémené et dit à l'imprudent «ne recommence jamais ou je te mangerais».
Il ne sortit plus jamais la nuit.

 


_Un peu la même histoire contée par le père Jean Debeix (4), selon celui-ci la bête Jeanette était une sorte de chouette-effraie. Un homme particulièrement fort, toujours à Guémené-penfao paria aussi de monter sur le dos de la bête qui se tient à la croix de Bruc. Là il la trouve, elle lui propose de monter sur son dos, et pars dans les airs, l'homme y voit différentes scènes curieuses, tour à tour joyeuses, tristes ou effrayantes.

Il finit aussi devant l'église de Guémené.

 

Comment comprendre la bête Jeannette ?
Difficile de classer une créature aussi polymorphe. Elle semble cependant appartenir à une grande famille d'animaux fantastiques et infernaux, comme le Misticourtin que l'on retrouve un peu plus à l'Ouest (Missillac, la Roche Bernard....), cheval blanc qui s'allonge pour recevoir plus de cavalier avant de les précipiter dans l'eau.
Ces créatures sont en fait souvent aussi des lutins, comme le témoigne Pierre Roberdel à Bouvron :


« le Leutin c'était, à n'en pas douter, bien qu'il ne fût pas nommé, le diable, incarné dans quelque animal noble afin de tenter le passant et de l'entraîner à sa perte» (5)


S'ils apparaissent dans les carrefours et au bord de l'eau c'est sans doute parce que ces lieux sont souvent vus comme des portes vers l'autre monde dans de nombreuses cultures.
Nous l'avions déjà vu (6), lutins, esprits et revenants sont souvent la même chose. Nous ne savons malheureusement plus qui était de son vivant cette jeune femme, Jeannette. Nous savons seulement qu'elle prend la forme d'animaux familiers pour tuer les humains, ou leur faire des « tours de lutins ». La couleur étrange de l'animal, le blanc, est le signe qu'il viendrait de l'au-delà.

 

Ces croyances sont peut-être aussi en rapport avec les garous que l'on retrouve souvent dans les histoires du nord-est du département, mais ce sera pour un autre article...

 

DSC_0608-001.JPG

(champs submergés à Penfau (Avessac) que la bête Jeanette hanterait dans sa barque)

 

 

1_ Fernand Gueriff.
2_ http://www.mediatheque.dastum.net/Record.htm? record3

3_N°116, Fernand Guériff, Mythologie Française

4_Cogrel Eugene, Raconte, Groupement culturel breton des Pays de Vilaine, 2012

5_A. Maillard, « le parler du pays de Bouvron ». édition Label LN.

 

 

En savoir plus, une étude sur la bête Jeannette sur la rive nord de la Vilaine : ici

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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 11:53

 

Il y a en plusieurs communes de Loire Atlantique un «chemin des morts» (Plessé, Campbon, Sion, Missillac...). Ce sont de petits chemins creux et anciens, c'est par ces endroits consacrés que passaient autrefois les convois mortuaires acheminants les cercueils jusqu'au bourg.

 

Ces chemins étaient sacralisés, personne ne pouvait les posséder... et étaient aussi craints:

 

"Les vivants l'ont déserté depuis qu'ils se sont ouvert des routes meilleures et plus praticables, mais les défunts continuent d'y passer" (Anatole Le Braz)


cmort.jpg

 

Outre les défunts, le charigo d'ne (charrette de la mort) y cahote la nuit durant ses morbides affaires. Le passant égaré est étonné d'entendre une charrette dans un sentier si mal tenu !

Il ne serait venu à l'idée de personne de s'y promener la nuit.

 

Les âmes passants la nuit par ces chemins, il ne fallait surtout pas entraver le chemin des morts. Si jamais quelque chose le bloquait, le coupable aurait bien vité été réveillé par les défunts.

«Bien fou serait celui qui songeait à gêner la marche de l'Ankou par les vieux sentiers, en dressant des barrières ou en semant des obstacles devant lui. Il lui devrait autant d'années de sa vie que l'obstacle resterait de minutes en travers du chemin» (François Cadic)

 

Le chemin des morts n'est pas spécifiquement breton, on le retrouve en Irlande, Gironde, Ile Anglo-normande, Périgord, Grande Bretagne...la charrette de la mort en moins !

 

 

Giraudon Daniel, Sur les chemins de l'Ankou, Yoran Embanner, 2012

Le Braz Anatole, Le passeur d'âme, terre de Brume, 1998

Cadic François, Contes et légendes de Bretagne, PUR 2000

 

--> En savoir plus sur l'Ankou en Loire Atlantique, ici !

 

DSC_0505-002.JPG

(chemin des morts, Plessé)

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 12:46

 

 C'est l'automne, les feuilles prennent leurs couleurs dorées et les journées comme la température chutent tranquillement; c'est le retour de la saison froide dont on plaçait traditionnellement le départ à la Toussaint (1), période de tout les dangers comme nous le verrons.

 

C'est durant cette période où, bien avant que l'oncle Sam ne s'en mêle, les gens creusaient déjà des visages grimaçants dans des betteraves où étaient plantées des bougies, à Guenrouët on les nommes « biettes » ou encore « lizette » en rapport au légume. En breton ces légumes effrayants prennent le nom d'  « ar vol ». Ni en hivers ni en été, cette période est intemporelle où les morts peuvent se mélanger aux vivants. Croyance d'origine celtique qui se rencontre dans une vaste zone géographique et dont les premières références datent de l'époque gauloise.

C'est aussi le retour de la période des veillées (fileries) et des contes... 

cric !crac! Et haït ! rac le fouyë l'contou commenwce o unn peré duranwt qhe dror toutes les qheriatures fërieuzes sont en devarinne, l'patou d'në est à oualë, les ptits courrigans dance cont les folets, le huchou huch, les bonns donnes ghèt ou qeuniaws pour les agrichës, l'ancou, la bétè Jenwnette et l'mao picou vont de part le peï cont lou bërouë d'ërvnanwts...(2)

 

C'est donc sur ces derniers que nous allons « travailler » aujourd'hui, les revenants étant tout particulièrement actifs cette nuit là. De part sa conception de la mort, le pays entre Loire et Vilaine se trouve à la croisée de plusieurs traditions, elles sont cependant toutes intimement liées et l'on ne peut comprendre l'une sans connaître l'autre; nous en avons eu un avant goût avec l'article sur l'Ankou dans le pays nantais, cette fois-ci nous élargiront le thème en voyant chez la concurrence pour ainsi dire, car d'autres cortèges et assemblée d'âmes sont présentes dans la mythologie populaire nantaise. Leurs études permettra une meilleurs compréhension de la perceptions de la mort dans la société rurale de la zone que nous avons choisit pour ce blog.

 

Même si leurs origine est préchrétienne, le clergé s'est efforcé de donner un vernis ou même un sens chrétiens aux croyances des assemblées d'âmes, au point qu'il est difficile de comprendre sont sens primitif. Heureusement certaines légendes sont moins passées par la moulinette de l'église que d'autre. Nous verrons quatre légendes mitaws, les deux première sont largement christianisées et leurs sens ne se révélera qu'avec l'étude des deux dernières (oui il faut bien un peu de suspens !!).

 

Pour commencer nous allons dans la commune d'Avessac, racontée par un berger de Ramballay et recueillie au 19ème siècle (3); l'action se passe à Trioubry, une pinaie serrée où se trouve les restes d'une ancienne chapelle templière.

« Un soir, je gardais mes bestiaux sur la lande et j'eus la malencontreuse idée de venir m'abriter du vent dans les ruines sinistres de la chapelle. Soudain, elle s'illumina et j'aperçus des rangées de squelettes qui écoutaient la messe dite par un grand moine tout vêtu de rouge. Quand il me vit, ce dernier se mit à courir après moi, en poussant des cris. Je me sauvais et m'étant retourné quelques centaines de mètres plus loin, je le vit disparaître sous les pierre du coteau »

Le lieu était si dangereux que les habitants qui se rendaient à la fontaine proche y allaient armés.

Ce moine rouge serait un ancien templier, son fantôme chasse les pêcheurs égarés dans les limites de sa chapelle, en dehors de celle-ci il ne peut rien faire.

Le moine rouge semble être le chef des rangées de morts présents dans la ruine, c'est aussi un « chasseur d'âme », il n'est pas étonnant qu'il n'ait de pouvoir que sur un territoire précis, c'est un thème récurent, dans certains endroit de basse Bretagne, les gens pensaient qu'il y avait un Ankoù par paroisse... Les créatures mythiques des croyances sont souvent avant tout des génies du lieu (4), c'est la grande différence avec les contes où il y a toujours un flou artistique sur l'origine géographique.

L'histoire des templiers est un rajout postérieur, pour comprendre cette histoire et faire le liens aux suivantes, il faut en dégager la structure : un lieu abandonné redevient la propriété d'un génie local, chef des morts du dit lieu (le monde des morts est toujours dans des endroits sauvages ou inaccessible). A cela s'est accroché le mythe de la chapelle aux morts (que l'on retrouve au Croisic).

A noter que parfois, ce moine rouge est présenté sur un terrifiant cheval squelette, le cheval reviendra, sont lien avec la mort pourrait alimenter bien des articles.

 

P1060037.JPG

 

La deuxième légende vient de la commune du Coudray, au bord de la forêt du Gâvre (5), curieusement ce bourg (6) possède deux légendes liées au cortège des âmes, une primitive, se rattachant aux croyances à l'Ankou (cf article), et l'autre que voici, qui est complètement remaniée; parfait exemple montrant a quelle point une croyance peut être remaniée complètement, gagner une toute nouvelle signification (ici religieuse) et repasser dans les couches populaires. Avec cette légende, nous rentrons de plein pied dans la grande famille des « chasses fantastiques », et touchons du doigt un élément de ce qu'on appelle le « folklore international » car ce thème se retrouve de l'Inde à L'Irlande, du Canada au Japon...Il commence a être bien compris du moins dans le contexte européen.

Voici un résumé de la légende,

Saint Hubert et Saint Georges sont deux frères, le premier est un chasseur invétéré seigneur du château de Claye, le second est prêtre. Un jour alors qu'il se rendait à la messe de son frère pour Pâque, le piqueur d'Hubert vint le prévenir qu'il avait relevé la trace du cerf gigantesque qui hantait alors la forêt du Gâvre... La tentation est trop grande ! Hubert lâche alors « rien à craindre ! Le cerf sera pris avant l'élévation.. Sinon, que mon château soit englouti et ma chasse changée en pierre ! », et lui de partir, chevauchant à travers la vaste forêt en quête de l'animal fabuleux, mais alors sonna la cloche de l'élévation une croix apparue entre les ramures du cerf,  et tous s'immobilisèrent alors et se transformèrent en pierre, cerf, seigneur piqueurs et chiens; et son château disparu dans les entrailles de la terre...

Une quarantaine de menhirs s'étendant du Don à L'Isac sont censés être les restes pétrifiés de cette chasse, le cerf étant le menhir de Lansé.

La morale chrétienne est évidente, même si un peu maladroite, on ne comprend pas bien pourquoi Hubert est un saint... Les éléments trop païens comme l'assemblée d'âmes ont été purement éradiquée, le cerf géant psychopompe, sans doute un peu trop louche, passe quand même bien mieux avec une croix entre les ramures !

 

Nous allons voir maintenant une version plus archaïque du même thème, où le lien avec la mort est beaucoup plus évident que dans la légende précédente, elle est aussi assez courante.

 

En Brière ont entendais les nuits d'automne parmi un déluge de pluie de tonnerre et de bourrasques

le bruits du galops et les cris des âmes en peine de la « chasse Arthu » (que l'on appelle aussi « chasse infernal », « chasse Hennequin » ou encore le « diable et son train »), lorsqu'elle passait les brièrons se signaient « la chasse passe. Prions pour les damnés ».

Le nom de chasse Arthu est connus de la Normandie à l'Aquitaine, la chasse Hennequine (à Chateaubriant) ou Hellequin a un domaine encore plus large, de l'Angleterre à l'Italie.

La Bretagne est citée plusieurs fois comme étant traversée par ces chasses fantomatiques, et ce depuis longtemps. Le gallois Walter Map les mentionnent au 13ème siècle: « En petite Bretagne, on vit des proies nocturnes et des chevaliers qui passaient toujours en silence. Souvent les Bretons leur volaient des chevaux et des animaux et ils s'en servaient, ce qui amena la mort des uns, les autres restant indemnes ».

Cet Arthur drène donc avec lui une grande quantité d'âme dans sa course folle, nous retrouvons les chevaux encore une fois, même si en se signant les brièrons semblent les craindre, l'aspect de chasseur d'âme n'est pas mentionné, cependant à Saint Suliac vers Saint Malo, la chasse Arthus massacre les animaux domestiques et les Humains qui se trouvent sur son passage (7). Témoignage qui est cohérent avec le texte de Walter Map.

Notez la référence au tonnerre et aux intempéries, c'est une des origines probables de ce mythe.

 

illustration de la revue des traditions populaires (n 12, 1907)

 

Nous revenons dans la forêt du Gâvre, qui sera notre avant dernière halte dans cette course aux fantômes !

Cette tradition a été notée en 1835, elle concerne un géant redoutable vivant dans la forêt, le Mau Piqueur (hybride gallo-français, probablement prononcé « maw piquou »), on le surnommait « l'avertisseur de tristesse » car sa vue était un très mauvais signe. Il tenait en laisse un chien noir reniflant les pistes pendant qu'il était en train de couper du bois. Quiconque le voit est sûr de mourir dans les jours qui suivent. Ses yeux pleuraient des flammes lorsque sa voix résonant dans la forêt profonde disait

« Fauves par les passées,

Gibiers par les foulées 

Places aux âmes damnées »

Son apparition nous dit Paul Sébillot annonçait la grande chasse aux réprouvés.

 

Parfait témoignages que celui-ci qui regroupe tout les thèmes.

Le Mau piqueur est un fantôme, c'est un chasseur d'âmes comme Arthur, le moine rouge et l'Ankoù, il chasse les âmes avec l'aide de son chien fantastique qui viennent alors grossir sa « menée » (ici les âmes sont citées mais semblent invisibles). De plus il est lié aux intersignes (cf article sur l'ankoù), sa vue annonce une mort ou un malheur certain. Notez que sa petite poésie rimée, assez obscure semble montrer qu'il est aussi le maître d' animaux sauvages (ce qui est récurant, la chasse hennequine de Chateaubriant (8) est aussi constituée en partie d'animaux).

 

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("Places aux âmes damnées !")

 

Pour finir nous allons sortir du département pour aller outre Vilaine et mentionner une autre chasse infernale, le « chariot David » à Redon, il passe dans le ciel et vrombit comme le vent, un chariot est en effet parfois présent dans ces chasses infernales. Le parallèle est évident, toutes ces légendes, même si elles semblent différentes à première vues, tirent leur origine d'une source commune; bien malin celui dira laquelle (9), cependant nous avons plusieurs traditions bien attestée qui montre la croyance en un personnage psychopompe qui conduit les âmes des morts sur terre. La croyance en l'Ankoù et son charigot de nuit « karrigell an Ankoù » semble être la plus primitive (il ne prend pas que les âmes damnées mais toutes), les autres que nous avons vus aujourd'hui ont vus leur sens dévier afin de coller à la morale chrétienne.

Le chapitre sur la mort en Loire Atlantique, n'est pourtant pas clos, car il reste une dernière famille de passeurs d'âmes, plus aquatiques, allez je donne un indice... « Mallet » ça vous dit quelque chose ? Non et bien soyez patient !

 

 

 

 1: Particulièrement évident en breton vannetais où Novembre se dit «Kala-Gouiañv», les «calendes d'hiver» et précède le «gouel an anaon» fête des âmes. En breton guérandais l'hiver se disait «Goê».

  2: en gallo dans le texte « cric crac ! C'est partit ! Auprès du foyer le conteur commence avec une histoire effrayante pendant que dehors tout les monstres sont en fête, le pâtre de nuit se pleint, les lutins dances avec les folets, les huchous hurlent, les fées surveillent les enfants pour les enlever, la mort, la bête Jeannette et le Mau piqueur vont de part le pays avec leurs assemblées de revenants... ». L'orthographe employée n'est pas officielle et n'est utilisée que pour rendre plus accessible les particularitées du gallo mitaw a des francophones.

  3: Bulletin de la société de mythologie française, n°116.

  4: Claude Lecouteux, 1995, Démons et génies du terroir au moyen-age, édition Imago.

  5: receuillie par le docteur Desmars en 1912.

  6: Où soit dit en passant est fait un exellent chouchen (ou chamillard en gallo).

  7: Paul Sébillot, Tradition et superstitions de la Haute Bretagne, édition G.P Maisonneuve

  8: Selon le petit Matao, « Heneqhinne » a le sens de « fantomatique » en gallo.

  9: Certains verraient un dieu celtique de la mort derrière ces personnages, le chasseur présentant certain attribut commun avec le dieu gaulois Sucellos. C'est interressant mais à prendre avec des pincettes, sachant que ce thème se retrouve dans des pays n'ayant jamais été de langue celtique, comme en Scandinavie.

 

 

Sources :

 

Cet article à été largement nourri de l'analyse de Claude Lecouteux, (professeur de littérature et civilisation germaniques médiévale à la Sorbonne) dans son livre "chasse fantastiques et cohortes de la nuit au moyen age", 1999 aux édition IMAGO.

 

L'ankoù en Loire Atlantique : http://mitaw.over-blog.com/article-l-ankou-en-loire-atlantique-49537352.html

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 16:59

 

 

La nature bas de l'aile en ce début de XXIème siècle, pas moins de 25 % de la surface totale du département de Loire Atlantique, dont 85 % de la surface des 500 mètres côtiers sont bétonnées;

même si la donne semble changer et des institutions aux buts très urbains comme «Nantes métropoles» semblent vouloir inverser la tendance en réservant des espaces naturels dans leurs périphéries.

Cet article, est une suite aux quelques articles sur les croyances rurales  du département, nous nous pencherons sur ces créatures qui symbolisaient la Nature, le but n'est pas simplement «folklo» (dans le sens dépréciatif du terme qu'il a pris en français) mais bien au contraire, loin d'être naïves, ces croyances nous renseignent sur des choses aussi diverses que les relations entre l'Homme et sont environnement, des faits de langues, de toponymies, et souvent avaient même une influence sociale, leurs origines, enfin, alimentent de nombreuses recherches.

Enfin, ces articles partent aussi du constat que les brochures touristiques au sujet des légendes de Bretagne ne donnent généralement qu'une toute petite place à la Loire Atlantique (quand elle en a une); c'est, je pense en partie dût à la difficultés de se procurer les données collectées par les ethnologues. C'est dommage car la richesse de ces légendes n'a rien à enviée aux autres départements.

 

 

 

_Les fées, la nature féconde :

 

La croyance aux fées en Loire Atlantique, à déclinée beaucoup plus rapidement que celles des korrigans, cependant, elle était suffisamment forte pour que, aussi surprenant que cela puisse paraître, elles possédaient encore des biens immobiliers au début du XXème siècle (selon le cadastre de 1904) , comme le champs des Fontenils à Pornic, de plus de 35 hectares, qui étaient propriété exclusive des «bonnes dames», on raconte que malgré leurs bontés les imprudents qui essayaient de labourer leur terre mourraient dans l'année. La première mention de fée dans le département est probablement celle du lai breton médiéval de Tydorel (1), la reine de Bretagne est séduite par un fée sortit d'un lac près de Nantes alors qu'elle se reposait ; de leur amour naîtra deux enfants, une fille qui sera la mère de deux ducs de Bretagne: Alain et Conan, et un fils, l'énigmatique Tydorel, qui ira rejoindre son père dans le lac...

 

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(Le champs des Fontenils à Pornic, était encore au début du XXème la propriété des "bonnes dames")

 

Ces êtres semblent symboliser la nature féconde, elle n'hésitent pas à aider et soigner les Hommes si ils se montrent aimables, ainsi trois fées sœurs auraient crées trois fontaines (deux à Plessé et une à Guenrouët) où les femmes venaient y plonger leurs seins. A Donges, les bonnes dames du val des fées donnaient du pain en abondance aux habitants. Elles avaient la forme de jolies femmes portant des robes de toiles blanche et des ceintures violettes. Comme les nains elles hantent les zones délaissées par les humains : landes, régions accidentées et il serait vain de les nommer tous tant ils sont nombreux... et se réfugient souvent près des menhirs ou tumulus, comme celui de Dissignac, où elle vivraient et garderaient un trésor de même à Campbon où elle distribuaient des écus d'ors depuis les rochers de Crincouët. Une légende du lac saint Laurent nous montre un ermite qui s'était caché dans un arbre creux, et ne pouvant plus en sortir, se serait mis à gratter dans l'arbre et arriva en plein jour entouré de fées. Cette légende offre même une vision de l'autre monde qui malgré sont ermite demeure peu chrétienne !

Comme nous l'avons vus précédemment elles peuvent aussi se montrer terribles lorsque les humains ne les respectent pas, en rendant leurs champs stérils ou en leurs jetant des malédictions (comme la reine des fées de Treguély (entre Guémené-Penfao et le Guénouvry), au nom bien connu de Carabosse influence littéraire ?) que l'on voyait souvent accrochée le long des falaises qui bordent le Don, rendra la culture du lin impossible dans le dit lieu parce que des jeunes femmes se seraient moquées de sa laideur. Les fées de Tréguély volaient aussi les enfants des habitants des alentours.

 

 

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(les bois de Tréguély sur les hauteurs de la vallée du Don, serait le refuge des fées)

 

Il y a enfin tout une tradition en Bretagne (et ailleurs), sur la disparition des fées, cette «fin» des fées est parfois clairement liée à l'emprise de plus en plus grande de l'homme sur le territoire, jusqu'à ce qu'il ne reste plus de zone naturelle qui ne soient pas entièrement anthropisée; nous sortons du cadre de la Loire Atlantique pour illustrer cette idée avec une très belle légende de Guernesay, île anglo-normande, où les fées, à force céder du terrain aux humains arrivairent au bord de l'île et n'eurent d'autre choix que de se détruires(2). Dans le Nord-Est de la Bretagne, les fées seraient partie en bateau, à Donges, c'est une légère modification du déroulement de la messe qui est à l'origine de leurs départ.

 

La croyance aux fées (ou à leurs pendants masculins les «faitauds») , pour ce qui concerne la Bretagne semble être une mode plutôt gallèse, toutes leurs dénominations sont d'origines romanes : fées (feuy), bonnes donnes (boñn doñn), bonnes dames (boñn deñm). A mesure que l'ont vas à l'Ouest du département elles semblent disparaitres au profit des korrigans, ou alors elles deviennent des êtres assez différents, beaucoup plus inquiétants et se rapprochant plus du monde des revenants comme les lavandières de la nuit ou la fée de Kercassier. Le personnage les plus proches des fées de l'Est, semble être la reine des korrigans, charmant personnage qui offre une écuelle magique à un paludier trop cupide dans un conte de Batz sur mer (3)

A noter qu'une tradition disparue semble tourner autours d'une fée, ou d'une "reine des fées" appelée Berthe, parfois au pluriel : les "mainberthes"; elles sont néanmoins attestées par la toponymie.


 

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(Tumulus de Dissignac près de Saint Nazaire, demeure des fées de Signac)

 

 

_Les nains, le monde des morts :

 

 

Les descriptions divergent, mais ils sont généralement petits velus et porte de larges chapeaux, ou des vêtements faits de feuilles comme à Avessac. En Brière ont les surnomment les charbonniers du faits de leurs noirceurs, à Donges à l'inverse ils sont blond et ont des yeux rouges. Ils sont souvent présentés comme ayant de belles chevelures.

Ils ont parfois une reine à leurs têtes comme vus précédemment. Les dénominations sont beaucoup plus nombreuses que celles des fées, nous allons nous y attarder :

Korrigan : korr-ig-an, «tout petit nain» en breton, paradoxalement, ce mots est connus dans une aire géographique restreinte en Basse-Bretagne où les noms pour ces créatures sont d'une richesse incroyable (4). Le mot est très proche des monstres de la mythologie galloise : les coraniaid qui envahirent l'île de Bretagne. En breton, comme dans le gallo le «o» est fermé, proche du son «ou».

Crapados: vocable brièron, semble formé sur le breton «krap»/ «krapad»: «agripper» et d'un diminutif.

Follet: bien connus partout, présent aussi en français standard : dans «feu-follet» par exemple. Le mot est formé à partir de «fou».

Huchou: Formé à partir du verbe gallo «huchae» (hurler) et du suffixe «oux», parce qu'ils appellent et égarent les voyageurs nocturnes.

Mennequis: A Severac, le mot a ici gardé le sens ancien de «mannequin», c'est à dire «petit-homme» qui viens de l'allemand Männchen.

Leuton: Mot frère du français «lutin» (nûton en wallon), le mot viens du noms d'une ancienne divinité diabolisée par la religion catholique, selons certains il s'agirait du dieu romain Neptune pour d'autre du dieu gaulois Nodont.


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(la grotte du Courican au Pouliguen)

 

Les voilà présentés, voyons maintenant leurs origine. Elle est contée dans une très belle légende brièronne rapportée par F. Guériff (et vue sur l'article des légende brièronne), où les korrigans de la famille Japhet, partagent le monde avec les Humains, il est décidé que tours à tours ils iraient sur terre et sous terre. Cependant les Humains les trahirent et cloisonnèrent toute les sorties du monde inférieur pour empêcher les korrigans de remonter (5).

Le noms donné à la famille des korrigans n'a sans doute pas été choisis au hasard, c'est une référence biblique, Japhet est l'ancêtre des Hommes du nord de la Méditerranée. Ce nom, donne une nouvelle dimension à cette légende, les Hommes définissent le monde des morts (dont les habitants ne sont autre que les nains). Le liens très fort entre morts et nains est visible en bien des endroits, nottament dans une expression bretonnes pour dire «mourir» : mont da lutun / devenir lutin.

 

Leurs demeures sont souvent sous le sol, plusieurs grottes sur la côtes se nomment «grottes des korrigans», le dolmen du Crugo en Brière habriterait des crapados et leur trésor jalousement gardé. Sous le marais, depuis leurs galeries ils essayent d'attraper les humains pour les emmener dans leurs monde souterrain.

Certaines communes de Loire Atlantique, auraient carrément été l'objet d'invasions de korrigans, comme celle de Trépied, près de Guérande,où ils s'introduisant même dans les habitations. Les habitants pour se protéger déposèrent alors des coquilles d'œufs pleine d'eau bouillante près de leurs foyers; les korrigans, indignés (il en faut peu), s'exclamèrent alors :

«Depuis deux cent ans

Qu’on est p’tits korrigans

On n’a jamais vu tant

De petits pots bouillants…»

Cette légende a été racontée par madame Denier en 1957. Le «coup des coquilles» est un classique, connus un peu partout en Europe de l'Ouest, dans un conte de changelling collecté dans la région vannetaise en 1842, la «poulpeganez» s'exclame à la vue de la coquille d'eau bouillante :
"Ché mé touchand kand vlai ha biskoah kement ral
Ne mes bet hoah guélet !!!"

«me voilà qui aura bientôt cent ans et jamais autant

je n'ai vus ça !!!»

 

Sur la côte, ils habitent dans les grottes des falaises où ils gardent leurs trésors et naufragent les bateaux en allumant des feux la nuit sur les rochers dangereux.

 

P1060061-1.JPG

(Le chemin des korrigans à Kerbironné où les nains passaient pour envahir le village voisin de Trépied)

 

Les landes, territoires en friche sont aussi avec les monuments mégalitiques et les carrefours particulièrement sujettes aux créatures nocturnes, ainsi à Avessac, les korrigans des landes de Guihéal et les follets de Tréguhel s'attaquent aux passants la nuit, tout particulièrement aux tailleurs. A Blain les leutins des landes passaient la nuit dans les fermes pour y faire des farces comme tresser et monter les chevaux.

 

A l'inverse des fées, plus l'on vas à l'Est plus les nains semblent disparaitre, à Bouvron, ils apparaissent sous une autre forme; l'abbé Pierre Roberdel les décrit ainsi: «le Leutin c'était, à n'en pas douter, bien qu'il ne fut pas nommé, le diable, incarné dans quelque animal noble afin de tenter le passant et de l'entraîner à sa perte» (5). On retrouve cependant une histoire de lutin domestique à Orvault.

 

 

       

1)  Lais bretons (XII-XIII siècles) Marie de France et ses contemporains. Champion classiques.

2) H. Donteville, « fées et farfadets », bulletin de la société de mythologie française VI.

3) http://mitaw.over-blog.com/article-deux-legendes-chenes-au-duc-grotte-des-korrigans-39967180.html

4) http://sbahuaud.free.fr/ALBB/Kartenn-410.jpg

5) http://mitaw.over-blog.com/article-la-creation-de-la-briere-dans-les-croyances-populaires-73651951.html

6) A. Maillard, « le parler du pays de Bouvron ». édition Label LN.

 

édition : Dans le receuil "ethnographies briéronnes", 2005, l'harmattan, ce sont les humains qui sont de la famille Japhet et non les korrigans, Sébillot semble être le premier à avoir receullit cette croyance.

 

 

 

 

→ Un grand nombre de légendes présentes ici ont été collectées par F. Guériff, cf BSMF n° 116, n°54.

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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 13:44

 

Encore un article sur les croyances du nord-ouest du pays nantais, voici une petite carte où sont placées quelques icônes (naïves) représentant telle ou telle créature fantastique et son nom vernaculaire (en marron).

 

Bien évidemment elle n'est pas exhaustive et si certains personnages ne sont pas mentionnés ici, c'est ou par manque de place (trop de « Gargantua », de "chasse Arthur", et autres "bonom gerwaw" ), par manque de donnés dans certaines communes, ou encore parce que le personnage est « unique » et ne rentre dans aucune des cases de la légende (comme la bête Jeannette ou des moines rouges par exemple).

Certaines de ces croyances ont déjà été mentionnées dans des articles du blog. D'autres le seront à l'avenir.

Cette petite carte peut avoir plusieurs intérêts, linguistique notamment du fait de la richesse de ces appellations populaires, parfois étonnantes, ou encore aux conteurs, dessinateurs... qui voudrait "dépoussierer" un peu ces "oralités" sympatiques.

 

J'essayerais de mettre cette petite carte à jour. N'hésitez pas à me mentionner des oublis (avec sources si possible).

 

judennla-2-copie-2.JPEG

(cliquez pour agrandir)

 

 

Dernière édition de la carte : 22/06/2011

 

Sources :

 

Divers articles et ouvrages de Fernand Guériff, nottement issus du bulletin de la société mythologique de France (n°11 et n°45), pour le reste, j'ai repris les mêmes sources que dans les articles cités précédement dans la catégorie "croyances".

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 21:11

 

 

La Brière ( « Beriorr », « «Boerdjèrr ») et son environnement si particulier stimule l'imagination de ses habitants depuis longtemps. Ces derniers ont essayé de comprendre quelle était son origine. La formation de ce territoire pour des esprits pré-scientifiques étaient forcément le jeu de personnages puissants et surhumains. Cependant, comme nous le verrons, parfois les anciens brièrons surent faire les bonnes observations pratiques, et leurs légendes se regroupent parfois avec la science:

 

-Les tourbières (touji) sont des écosystèmes très particuliers et fortement tenus en matière organique, elles se forment avec l'accumulation de matière végétale non décomposée dans un milieu humide puis de leur assèchement. Ces conditions très particulières permettent nottament une exellente préservation dans le sol, les « corps des tourbières » sont célèbres(1), des cadavres de personnes mortes il y a plusieurs milliers d'années sont retrouvés intacts avec peau, organes, cheveux et équipement. Ceci explique les récits de «chevalier intacts» trouvés dans la tourbe pendant les extractions. Des arbres anciens peuvent aussi être trouvés (les "morta"), ces derniers sont sûrement à l'origine d'une partie des légendes qui suivent.

 

DSC_1846.JPG

 

 

  1. La foret primitive.

 

Jadis, la Brière était occupée par une immense forêt, où se situait un château fabuleux protecteur d'un trésor tout aussi fabuleux. Ce dernier était convoité par un sorcier qui, pour arriver à ses fins, déclencha bourrasques et tempêtes, bouleversa tant et si bien tout les éléments que lorsque le château fut enfin anéanti, toute la forêt avait été submergée, laissant place à l'immense marécage (barvatië) que nous connaissons. Notre personnage, cupide, se précipita à travers ce décor hostile mais le trésor prit la fuite (!) en se transformant en crapado (lutin) et alla se cacher dans les profondeurs de la terre sous le menhir de Crugo(2).

 

 

    2) La sorcière et son taureau :

 

 

Une autre légende assez semblable:

 

Comme dans l'autre conte la Brière serait une antique forêt qui appartenait à une femme très puissante qui, comme toute brièronne qui se respecte, était peu ou prou versée dans la magie. Celle-ci avait un fils qui était particulièrement ingrat. Les choses ne se faisant sans doute pas à moitié à l'époque, la reine trouva de bon ton de littéralement « retourner » la Brière pour engloutir son fils sous terre. Cependant cette dernière possédait un taureau, ne voulant pas tuer sa propre bête elle commanda dans ses incantations d'épargner l'endroit où se trouverais son animal pendant le grand retournement. La bête broutait alors dans le village de Tréhé, qui fut donc le seul endroit épargné.

Les habitants du marais expliquaient ainsi le fait qu'ils trouvaient des arbres fossilisés parfois très profond dans la terre.

 

 

 

    3) La création des canaux:

 

La création des canaux serait l'œuvre d'un serpent ou d'une anguille géante sillonnant le marais. Cette dernière était appelé le grand « pimpernaud » ou « pimpenaud ».

Un autre animal, si ce n'est le même, aurait été tué par un forgeron appelé Lyphard, qui devint ainsi saint et donna son nom à sa commune.

 

 

  1. Le bas et le haut du monde :

 

 

La Brière semblait être vue comme une sorte de monde à bascule, avec un monde du dessus, le marécage et un monde du dessous donc. Aujourd'hui nous pouvons naïvement nous promener dessus mais il n'en aurait pas toujours été ainsi. Il y a fort longtemps les humains  de la famille Japhet et les kourrigans (3) (lutins) durent se partager la Brière, il fut décidé que tour à tour les uns vivraient sur terre pendant que les autres vivraient dessous. Ce petit jeux ne devait pas plaire aux machiavéliques humains, qui , un jour qu'ils se trouvaient sur le plancher des vaches, profitèrent de la situation pour murer le monde empêchant leurs cousins chthoniens de remonter à la surface. Depuis cette supercherie les Hommes vivent « à l'étage » du monde, mais ces derniers oublièrent de colmater les cheminées, libérant le chemin au fameux kourrigan noir surnommé le « charbonnier » ou « le frêre ainé de la Mort », il a beau être « fameux » je n'ai pas trouvé d'autres références à propos de ce personnage, affaire à suivre donc...Il est présenté comme étant la cause de nombreux soucis pour les Hommes (cf édition).

Si la Brière, petit à petit, ne cesse de monter, c'est parce que la masse de kourrigans enfermés sous terre pousse le sol vers le haut.

Ainsi, les brièrons semblaient inquiétés par ces petits êtres (4), qui se manifestaient tout de même un peu trop souvent à leurs goûts, dansants autour des ruines et pierres ou tressant les crinières des chevaux. Pour éviter ce genre d'insupportables désagréments, toute maison brièronne bien tenue (en réalité cette pratique était connue ailleurs en Bretagne) se devait de mettre une « runche » pleine de mil, le soir devant son entrée, le follet, ce grand étourdi, ne manquera pas de se cogner dedans et de renverser tout les grains de mil par terre, et de s'empresser de tous les ramasser et les remettre un par un dans la runche (maniaque avec ça !), dégouté, il ne revenait jamais dans les parages.


 

D'autres ont trouvé des techniques plus expéditives, se débarrasser des petits êtres en faisant cuire de l'eau dans un contenant absurde (souvent dans la coque d'un gland) est un grand classique des croyances aux changellings(5). Au bord de la Brière, les habitants de la Madelaine réussirent à faire fuir tout une famille de kourrigans en mettant à cuire de l'eau dans des tas de petites coquilles à l'endroit où ils se réunissaient , interloqués ces dernier s'esclaffèrent :

"depuis deux cents ans

qu'on est p'tit korrigans

on n'a jamais tant

vus de petits pots bouillon".

Et ne furent plus jamais vus.

 

00006844.jpg

(un korrigan selon la "revue des traditions populaires")

 

 

 

              2: Les vieux.

 

Selon ses habitants, la Brière auraient été aussi peuplée de géants forts anciens, ils n'ont pas vraiment de noms, mais les brièrons semblaient les considérer comme leurs ancêtres. Ces derniers versés dans l'art de la magie et vivant aussi sous les pierres et tumulus, sortaient parfois de leurs tanières souterraines durant les nuits d'orages pour mener d'interminables batailles qui produisait un formidable tapage dans le marais.

L'un des lieux les plus fameux où se déroula l'une de leurs batailles fût le Pont d'os (Pondo).

Leurs armes favorites étaient les «pierres à tonnerre», là encore les croyances se mêlent avec la réalité, ces objets bien réels n'ont rien de magiques et sont de simples pierres les «marcassites», un minéral composé de sulfure de fer que l'on rencontre souvent dans la nature.

 

___

 

Edition:

 

Les légendes et croyances de Brière forment un tout étonnant par ses archaïsmes et son étendue ! Voilà encore d'autre informations glanées dans les mêmes sources :

 

Selon les habitants de Kerconan les mégalithes détruits de Brettineaux était la demeure d'un dieu ("c'est là que demeurait un dieu")

 

Intéressante aussi cette relation à la Brière, comparée à un corp en putréfaction : "Lorsque l'on tranche la terre brune à la bêche, elle ne se referme pas, sa blessure ne se cicatrise pas, comme dans une chair malsaine" (dit par un paysan briéron à f. Guériff)

 

---------

 

Coupés du monde, les brièrons ont développé toute une cosmogonie de « leur monde » basée, en partie sur l'observation de l'écosystème si particulier où ils se trouvent. Esperons que ce lieu stimulera l'imagination de bien d'autres encore !

 

-> Le kourrigan noir semble lire l'avenir et prenait un malin plaisir à prévenir les humains des malheurs qui les frapperait  (Soulvestre)

 

1: http://fr.wikipedia.org/wiki/Homme_des_tourbi%C3%A8res

2: du breton « krugoù » :tumulus.

3 : le mot « kourrigan » est à rapprocher du breton de Batz « kourrican » formé de « korr » (nain) et des diminutif « -ig » et « -an » : « tout petit nain ». Le mot est en concurrence avec « crapado », « folet » et « luton ».

4: Et pour longtemps, dans le début des années 70, un de ces petits hommes fût la cause d'un accident de circulation en Brière, selon des témoins présentés commme « dignes de fois » par les gendarmes...

5:link

 

 

DSC_1836.JPG

 

 

Toutes ces légendes ont été receuillis et/ou compilés par l'éthnologue et musicologue Fernand Guériff (1914/ 1994) , vous les trouverez dans son livre "Brière de brumes et de rêves" 1979.

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 10:50

(mis à jour le 11/05/2011, refonte et edition: 05/07/2012)

 

Vous en avez sûrement entendu parler; « l'Ankoù », la mort personnifiée en Bretagne (certains ont trop vite précisés « basse Bretagne » mais nous allons voir que la croyance en ce personnage est aussi attestée dans le Nord du pays Nantais et ailleurs en Haute Bretagne).

 

 

 

  • L'Ankoù en Loire Atlantique

 

Sébillot à été l'un des premiers à se pencher sur l'existance de la croyance en la charette de la mort en Haute Bretagne, ce dernier à en effet surtout collecté et étudié les cultures des départements d'Ille et Vilaine et l'Est des Côtes d'Armor. La charrette de la mort y était présente dans les croyances populaires et connue jusqu'aux limites de la Normandie, .

Cependant la croyance en l'Ankoù est bel et bien attestée dans L'Ouest de la Loire Atlantique; en 1882 le Marquis de L'Estourbeillon originaire de Penhoët en Avessac :

 

"Ce vallon des Melleresses n'est pas un lieu vulgaire : sur l'un de ses placis, près du village de Castonnez, se voient encore des ruines, des débris de murailles, derniers vestiges de l'antique chapelle frairienne de la frairie de Rolland. Ce lieu, disent les anciens, est souvent hanté par les esprits et le "Grand Yaüme"; l'on y voit des "chaouses, qui font grand paour au paövre monde", et un prêtre, revêtu d'ornements sacerdotaux, apparaît de temps à autre et fait trois fois le tour des murailles en disant toujours d'une voix lamentable : "Qui donc viendra meshui me répondre à la messe ? Jadis dans quel endret, y avait dou peuple en grande foule ; la désolation et l'ankou (1) regnant partout meshui"."
(1) note de bas de page : Ankou, la mort, vieux mot breton conservé dans le patois du pays.

 

" Légendes bretonnes du pays d'Avessac", Bulletin de la société archéologique de Nantes, 1882 p. 59 

 

La charrette de la mort, connaît elle de nombreuses attestations.

 

Le nazairien Fernand Guériff parle du « charigo d'nuit » qui hante la grande Brière, équivalant gallo du « karrig an Ankoù » bas breton. Ainsi à Crossac il est tiré par des oiseaux (ailleurs il semble tiré par des boeufs invisibles). Le même Fernand Guériff a compilé une histoire se déroulant au Croisic où l'Ankoù devient parain d'un jeune enfant lui donnant du même coup des pouvoirs surnaturels.

Il y a aussi Arthur Maillard qui mentionne la crainte d'entendre les « jirouells » de la même charrette à Bouvron.

Il y aurait une autre attestation à Fégréac (je n'ai pas encore les sources)

Ces fameuses roues ne font pas "wig ha wag" comme en Basse-Bretagne mais "boum-roum-boum-roum" ou encore "cric-crac-cric-crac", pendant que les âmes attrapées par l'Ankou hurlent de façon affreuse.

 

Au début du 20ème siècle, Monsieur  De Parscau Du Plessix, charmé par la "légende de la mort" d'Anatole le Bras décide de faire sa petite enquête dans les environs de Donges, il en fera deux livres dont un entierement dédié à la conception de la Mort («Contes et croyances populaires de la Brière » Henri de Parscau du Plessix, Princi Negue 2008). Même si le style de l'auteur est un peu lourdingue il a receuillis plusieurs témoignages de cette croyance dans les environs de Donges, le conducteur comme l'attelage semblent être invisibles, mais la voix de l'Ankoù ainsi que l'odeur pestilencielle et la sensation de froid attestent bien leurs présences.

 

Paul Sébillot dans son "le folklore de France" mentionne la peur du même charigot dans les communes de Guenrouët et de Plessé, plus particulièrement le long de la forêt du Gâvre.

Cette croyance était aussi répendue à Campbon sous le nom de "cherigot d'ne"

Enfin, le collecteur rochois, Hervé Dréan montre dans son blog (cf sources), l'existance d'une étude faite par Georges Ferronnière sur la charrette de la mort, Sébillot remarquera que les lieux où Monsieur Ferronnière a ouï mention du fameux charigot correspondent avec la limite linguistique Loth ( proposition d'une limite maximale de la langue bretonne en fonction des noms de lieux en "-ac" et "é"). Cette étude reste à retrouver, peut être dans les archives de Nantes ?

 

Voici une carte de la répartition des communes où la croyance est attestée : Elle n'est pas définitive. Les communes noircies sont celles où est attesté le charigot de nuit. La ligne noire à droite est la limite Est des communes ayant plus de 5% de toponymes bretons sur leurs territoires, attestant une pratique de la langue plus ou moins ancienne.

 

kart-I.jpg

 

      --> Descriptions du charigot de nuit dans le pays nantais:

 

Type de charrette :

 

Dans tout les cas elle est en bien mauvais état, d'où le bruit qu'elle produit.

Dans une histoire c'est une charrette à boeufs ("une panne").

Elle a peut être des lanternes, en tout cas elle emet une lueur. (Une panne, Le père Jean-Marie)

Dans un collectage en Brière l'auditoire dit que c'est une "charrette à courbe" (montant de ridelle). Nous y reviendrons.

Dans une histoire, la charette est invisible ("en rentrant de la maison")

 

Manifestation :

 

Le bruit du charigot est souvent sa première manifestation

Dans toutes les histoires elle se démène dans un sentier peu pratiquable

Plutôt de nuit, même si une histoire la mentione de jour (Le père Jean Marie)

Ensuite vient l'odeur de pourriture

Et des pleintes et cris

Un grand froid

 

Equipage:

 

Elle est toujours tirées par des bêtes, parfois visible (des oiseaux à Crossac), parfois invisible et donc supposés "des boeufs ou des chevaux".

Le conducteur, aussi, est invisible, mais parle d'une voix effrayante et conduit ses bêtes "hue donc ! hue donc!" ou encore "hé là ! "hé là!"

Le charrigot est empléni d'âmes, qui hurlent et demande à un passant ("une panne") "débouti nous ! " déboutis nous ! mais ne regarde pas dedans"(sic dans le charrigot)

 

-> Comme l'a remarqué Daniel Giraudon  ("sur les chemins de l'Ankoù"), en Haute Bretagne le conducteur est absent. Ici il semble en avoir un (puisqu'il parle), mais invisible.

-> édition II : il semblerait que même en Basse Bretagne l'ankoù n'est pas toujours visible comme l'indiquerait ce témoignage de Jean Mahé :

"Dans le Finistère on ne voit pas ce fantôme, mais il annonce son arrivée par le bruit de sa brouette, cariquell an ancou".

 

Conséquence :

 

Déja, le charrigot est un ajournement, l'entendre est un mauvais présage.

Le voir n'implique pas forcément la mort de l'interressé, même ils sont toujours très atteints (maladie, nuits blanches, ...). D'autant plus que ceux qui se trouvent sur son chemin semblent projetés en l'air, perdent l'usage de membres, et sont pétrifiés par un froid mordant.

En revanche il se déplace forcément pour chercher une âme (d'où l'inquiétude de Pierre dans "en rentrant de la maison" pour sa fille malade)

 

(entête d'un article de Marie-Edmée Vaugeois dans la revue des traditions populaires, 1903)

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Sur l'ankoù en général

  • Différentes perceptions de la mort dans les sociétés rurales :

 

Les ethnologues classent les croyances traditionnelles (de l'hexagone) au sujet de la mort en trois catégories :

Dans la très grande majorité des cas :

-
1 "animiste":la mort est la séparation des deux parties constituantes du défunt, corps et âme.

Beaucoup plus rare, et souvent diluée dans la première :

-2 "contagionniste": la mort comme une qualité positive, transmissible par contact ( cf rites de purifications : "dans le Berry si un enterrement passait alors que le linge séchait, on ne manquait pas de le relaver")

et enfin la plus rare :

3: la mort est un être mythologique. comme dans les danses macabres médiévales et l'Ankoù breton avec son chariot/brouette.

Ces dernières croyances"présentent un caractère de fatalité inéluctable, qu'il y ait ou non de la faute des personnes qui les voient ou les entendent. Ils présupposent donc une orientation mentale pré chrétienne ou para-chrétienne, ou tout au moins l'idée que la destinée de chacun, en ce qui concerne la durée de sa vie est fixée par des circonstances sur lesquelles il ne peut exercer aucun contrôle"
"Arnold Van Gennep; Le Folklore Français; du berceau à la tombe"

 

Van Gennep précise que cette croyance n'existe qu'en Basse Bretagne même si quelque expressions ou croyances personnifiant la mort existe aussi dans la Beauce et les Vosges par exemple.

 

  • L'Ankoù :

 

Le meilleur ouvrage sur la question est sûrement le travail d'Anatole Le Braz qui publia au XIX un formidable recueil de récits et de témoignages concernant l'Ankoù, et les croyances qui l'entoure, «la légende de la mort chez les Bretons armoricains » que vous pouvez vous procurer aisément.

S'en détache un personnage masculin qui n'est pas la mort elle même mais son « ouvrier » (oberour ar marv). Il y en a un par paroisse, et passe d'un corps à un autre tout les ans à la Saint Sylvestre, le dernier défunt de l'année deviendra ainsi son « navire » en quelque sorte pour toute l'année durant.

L'Ankoù est connu pour être suivit par une charrette, une brouette ou encore une barque où il met les âmes qu'il recueille.

Aujourd'hui, il est représenté avec une faux monté à l'envers mais originellement portait plutôt une flêche/javelot ou encore un marteau.

Il y a toute une croyance aux intersignes qui l'accompagne, entendre le bruit de sa charrette, ou l'entrevoir est un présage de mort.

 

 

Alors dorénavant si vous entendez les craquements d'une charrette la nuit dans les bocages nantais, vous saurez à qui vous avez à faire ;)

 

 

DSC_0069.JPG

(danse macabre à la chapelle de Saint Roch, à Blain)

 

Sources :

«Contes et croyances populaires de la Brière » Henri de Parscau du Plessix, Princi Negue 2008

"Sur les chemins de l'Ankou", Daniel  Giraudon, Yoran Embanner  2012

L'enquête de George Ferronnière: blog d'Hervé Dréan : ici

Folklore De France, Paul Sébillot

Le parler du pays de Bouvron, Arthur Maillard, édition Label LN 2009

 

 

 

plus d'information sur le forum bretagne l'ib

 

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