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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 12:27

 

 

Voici un deuxième volet de nos aventures gallèses, langue trop souvent mise de côté alors qu'elles renferme bien des trésors; nous avons déja vu que comme la toponymie elle garde des souvenirs oraux des gens et de leurs langues qui l'ont précédée; dans notre région le substrat est double : gaulois et breton. Deux langues celtiques, ce qui pose un serieux problème, comment savoir si un mot viens d'une des deux langues. Il y a bien une méthode : le substrat gaulois est présent dans tout le domaine d'Oïl (et plus loin), ainsi si un mot est connus dans une autre de ces langues, il y a des chances que ce soit un mot gaulois (même si l'ont est pas à l'abris des méchants hasards).

Nous avons déja vus cela dans l'article sur la langue bretonne (1).

 

Cet article sera une occasion parfaite pour réviser un peu son Histoire, et découvrir des termes d'autres l'angues d'Oïl,d' Occitan, ou encore d'Arpitan.

 

Ces mots sont precieux, car les gaulois, vous le savez sans doute, «n'écrivaient pas», en réalité, ils écrivaient peu, et c'est bien notre chance, car des textes écrit dans cette langue sont découverts de temps en temps. Le pays entre Loire et Vilaine fournis un bon contrepied, ainsi à la butte du Bro à Fégréac en 1887 a été découverte pendant les travaux du chemin de fer reliant Nantes à Brest la statuette d'une déesse sans tête, entourée de symboles bien connus dans la religion de ces peuples (berniques et rouelles). Et surtout une inscription, une dédicace à l'arrière : «REXTVGENOS SVLLIAS AVVOT»; Rextugenos est un prénom formé de Rext : droit ( cf breton : reizh) et de Genos : famille (cf vbreton: gen); Sullias : nom au génétif, «bonne vue» (directement comparable au prénom breton «Hoel»); Avvot : à fabriqué : «Rextugenos fils de Sulli- a fabriqué» (2).

 

venus_de_rextugenos_g.jpg

(statuette d'une déesse sans tête trouvée à Fégréac et portant une inscription en gaulois sur le revers)

 

Il est difficile de dire quand est ce que le gaulois a disparus, il y a encore des indices de sa présence au V / VIème siècle et puis plus rien, ainsi les parents de Grégoire de Tours (mort à la fin du VIème siècle) savaient le gaulois, au Vème l'évêque de Clermont Ferrand se félicite que la noblesse arverne abandonne l'usage du gaulois pour le latin. Il est plus que probable que l'usage de la langue est continuée dans les sphères populaires de la société dans les régions peu romanisées mais nous ne pouvons pas le prouver; en tout cas l'évengélisation des campagnes a certainement été le coup de grâce du gaulois et plus généralement des langues celtiques continentales en donnant une nouvelle légétimité à la langue latine.

 

Dans ce qui sera la Bretagne le gaulois s'est confondus avec le vieux breton (3)(on ne sait pas dans qu'elle mesure, le débat est en cours) dans les zones où ils étaient implantés (notamment entre Loire et Vilaine); dans les zones de l'Est les populations passèrent aux langues romanes dont le gallo sera issus. A la fin de l'empire romain, au tournant du haut moyen age, trois langues étaient donc parlées dans l'actuel département : le bas latin ancêtre du gallo, le brittonique ancêtre du breton et le gaulois. Elles se sont toutes les trois influencées, c'est le propos de cet article du point de vue gallo :

 

Je n'ai pas cité les mots communs au français et au gallo, entre parenthèse les équivalents en breton et dans les autres langue romanes de France(4). La liste est loin d'être exhaustive puisque environs 8% du vocabulaire serait d'origine gauloise (5)...

 

Abavent: volet, gaulois «ande-banno»=pointe en avant

Abron: sein, gaulois «bronn-» =sein (bre: bronn), (connus dans tout l'Ouest)

Ancraoudë : ensorceler , gaulois «caragios»=sorcier (connus en Franche-Comté et Poitou)

Bloce : prunelle sauvage, gaulois : «*bulluca», (bre : bolos). (connus dans l'Ouest, et le Nord-Est)

Balay : genêt, gaulois: «*balatno»=genêt (bre : banal, balan) (a donné le nom du «balai» en français)

Barvatië: peut-être du gaulois marais : «*berura» (vbre: beror)

Belou : paysan, rustre. Tout comme le mot "paysan", ce mot est dut à la réputation païenne des ruraux, formé à partir du nom de dieu gaulois "Belen" et suffixe gallo "-ou", devenus l'archétype du dieu païen au début du Moyen Age avec Diana (6); en ce sens ce n'est peut être pas un mot strictement d'origine gauloise mais peut être une création médiévale. Le nom de ce Dieu à servit pour nombre de dénominations négatives, comme le "belin" occitan (sorcier), c'est une origine probable au mot breton obscure : Beleg (prêtre).

Braitë : vanter, gaulois : "bratu-" plaidoyer (bret : breutaat : plaidoyer)

Bray: pantalon, gaulois «braca» (bre: bragez) (a donné «braies» en français, les gaulois étaient réputés pour leurs pantalons).

Bëy: ventre, gaulois «bolga» (bret : bolc'h)

Bogue: coque, aussi du gaulois "bolga" (bret : bolc'h), connus dans tout l'ouest.

Bourrië: saleté (gaulois «*borua»)

Brin: sciure de bois, gaulois «*brenno» (bret : brenn) (connus partout)

Bwinë: donner des coups de cornes, gaulois «*banno-» (corne) (connus le long de la Loire et du Rhône)

Caté/cont/cantë/cati : avec, gaulois «canti-»/»canto-» (bret: gant/get) (7)

Chohon: hibou, gaulois «cauannos» (bret: kohann/kaouenn) (présent un peu partout, a donné les mots français : chat-huant par éthymologie populaire et «chouan»).
Dal: faux, gaulois «del-» ( connus surtout au Sud de la Loire)

Erusë: enlever l'écorce, gaulois «rusca» écorce (bret: rusk) (a donné le mot «ruche» en français, les anciennes ruches étaient faites en écorce

Gâpas: rejets de balles de blé, gaulois «*uaspa» (br: gwaspel)

Garè: fusain, arbuste; gaulois «*garra»: patte (br: garr : jambe/ garrenn: tige de plante)

Gërwa : pierrailles, tout comme "gërwel" (gravelles), "grëy" (colline) et bien d'autres, le mot vient du gaulois"graua" (sable, gravier), qui a donné les mot français gravier, grève, groue.. les correspondants bretons son "grae", "gro", (cailloux de rivière)"grav" (côte, colline)... Il est possible que le mot gallo "grô" (glace) et ses dérivés dérivent du même mot, la glace étant de l'eau solide.

Gorr : truie, comme le mot "Gorret", ce mot viendrait du celtique *gor(v)os= cochon.

Gorwë : couver les poussins, gaulois «*grodo-» (br : goriñ) (connus le long de la Loire, le long du Rhône et une partie de la Lorraine)

Jotte: bouillie, gaulois : «jotta» (br: yod) (connus dans les langues d'oïls, arpitan et dans le domaine gallo-italique)

Queniaw: enfant, gaulois «canauos»: jeune guerrier (vbr: ceneu)

Nâche: lien, gaulois «*nasca» (br: nask) (connus dans l'Ouest)

Noue: prairie inondable «*nauda»

Soue: abrit des cochon «*suteg» maison des cochons (br : hoc'h+ti)

Tach: clou, gaulois tasco-, (br: tach) (connus jusqu'en Espagne)

Vouj : grosse serpe, gaulois *vidubion "serpe à long manche"

 

 

 

1)http://mitaw.over-blog.com/article-sur-les-traces-de-la-langue-bretonne-en-loire-atlantique-76311240.html

2)Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, édition errance. 2008

3) Le département de Loire Atlantique détient des traces d'échanges entre gaulois et breton, ainsi, le nom de la commune d'Héric (autrefois "Iheric"), et de la rivière Isac (autrefois "Isar"), le nom de cette segonde provient du gaulois "isara" ("impétueuse"/"vigoureuse") et pour le premier d' "isaracon" (domaine de l'Isar), (l'une des différences entre gaulois et brittonique est la prononciation du "s" qui se prononce "h" par les seconds): la prononciation du noms de lieux en référence à la dite rivière a donc été "bretonnisé" isaracon->iharacon; qui donnera Iheric et enfin Heric. La rivière, comme c'est souvent le cas, gardera, elle, le nom original.

4) Nombreux exemples trouvés dans : J. Lacroix, les noms d'origines gauloise; la Gaule des activités économiques, éditions errance, 2005

5)Claude Capelle, Le gallo et les langues celtiques, Institut culturel de Bretagne 1988

6) Un exemple médiéval parmi d'autre, dans le "Roman de la rose "(13ème siècle) un passage de mis en garde envers les femmes soit disantes enclines à toutes sortes de sorcelleries, et aux sciences de "Belenus" :

"Mais gart qu'ele ne soit si sote

Pour riens que clerc ne lay li note

que jà riens d'enchantement croie

ne sorcerie, ne charmoie

ne Belenus, ne sa science

ne Magique, ne nigromance"

7) Leon Fleuriot, l'expression quant et moi "avec moi" et le celtique cantos (bord), canta (à côté, avec) cantimi (avec moi), The Bulletin of the Board of Celtic Studies t.27, 1977.

 

Dernière édition de l'article : 18 Novembre 2011

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Published by Seoc - dans Gallo
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commentaires

Natacha 17/01/2015 17:35

Bonjour, une vénus identique ou très proche a celle-ci a été découverte en Vendée dans les vestiges des puits funéraires exploré par l'abbé Baudry au Bernard. Elle est exposée à l'Historial de Vendée et ressemble presque comme une sœur à celle-ci, même posture, presque les mêmes motifs et absence de la la tête brisée. Elle est appelée Vénus à graines.

Mitaw 18/01/2015 17:14

Bonjour, ce type de statuettes était moulé pour être reproduit, un grand nombre de ces dernières a du être trouvé par les archéologues un peu partout

MSO 23/06/2014 10:42

Bonjour,
Pour la définition du terme Erusë, "à donné" est à corriger.
Bonne journée.

MSO 23/06/2014 10:43

En fait, une petite relecture s'imposait avant la publication. Bonne journée quand même.

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