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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 16:59

 

 

La nature bas de l'aile en ce début de XXIème siècle, pas moins de 25 % de la surface totale du département de Loire Atlantique, dont 85 % de la surface des 500 mètres côtiers sont bétonnées;

même si la donne semble changer et des institutions aux buts très urbains comme «Nantes métropoles» semblent vouloir inverser la tendance en réservant des espaces naturels dans leurs périphéries.

Cet article, est une suite aux quelques articles sur les croyances rurales  du département, nous nous pencherons sur ces créatures qui symbolisaient la Nature, le but n'est pas simplement «folklo» (dans le sens dépréciatif du terme qu'il a pris en français) mais bien au contraire, loin d'être naïves, ces croyances nous renseignent sur des choses aussi diverses que les relations entre l'Homme et sont environnement, des faits de langues, de toponymies, et souvent avaient même une influence sociale, leurs origines, enfin, alimentent de nombreuses recherches.

Enfin, ces articles partent aussi du constat que les brochures touristiques au sujet des légendes de Bretagne ne donnent généralement qu'une toute petite place à la Loire Atlantique (quand elle en a une); c'est, je pense en partie dût à la difficultés de se procurer les données collectées par les ethnologues. C'est dommage car la richesse de ces légendes n'a rien à enviée aux autres départements.

 

 

 

_Les fées, la nature féconde :

 

La croyance aux fées en Loire Atlantique, à déclinée beaucoup plus rapidement que celles des korrigans, cependant, elle était suffisamment forte pour que, aussi surprenant que cela puisse paraître, elles possédaient encore des biens immobiliers au début du XXème siècle (selon le cadastre de 1904) , comme le champs des Fontenils à Pornic, de plus de 35 hectares, qui étaient propriété exclusive des «bonnes dames», on raconte que malgré leurs bontés les imprudents qui essayaient de labourer leur terre mourraient dans l'année. La première mention de fée dans le département est probablement celle du lai breton médiéval de Tydorel (1), la reine de Bretagne est séduite par un fée sortit d'un lac près de Nantes alors qu'elle se reposait ; de leur amour naîtra deux enfants, une fille qui sera la mère de deux ducs de Bretagne: Alain et Conan, et un fils, l'énigmatique Tydorel, qui ira rejoindre son père dans le lac...

 

champs-des-fontenils.jpg

(Le champs des Fontenils à Pornic, était encore au début du XXème la propriété des "bonnes dames")

 

Ces êtres semblent symboliser la nature féconde, elle n'hésitent pas à aider et soigner les Hommes si ils se montrent aimables, ainsi trois fées sœurs auraient crées trois fontaines (deux à Plessé et une à Guenrouët) où les femmes venaient y plonger leurs seins. A Donges, les bonnes dames du val des fées donnaient du pain en abondance aux habitants. Elles avaient la forme de jolies femmes portant des robes de toiles blanche et des ceintures violettes. Comme les nains elles hantent les zones délaissées par les humains : landes, régions accidentées et il serait vain de les nommer tous tant ils sont nombreux... et se réfugient souvent près des menhirs ou tumulus, comme celui de Dissignac, où elle vivraient et garderaient un trésor de même à Campbon où elle distribuaient des écus d'ors depuis les rochers de Crincouët. Une légende du lac saint Laurent nous montre un ermite qui s'était caché dans un arbre creux, et ne pouvant plus en sortir, se serait mis à gratter dans l'arbre et arriva en plein jour entouré de fées. Cette légende offre même une vision de l'autre monde qui malgré sont ermite demeure peu chrétienne !

Comme nous l'avons vus précédemment elles peuvent aussi se montrer terribles lorsque les humains ne les respectent pas, en rendant leurs champs stérils ou en leurs jetant des malédictions (comme la reine des fées de Treguély (entre Guémené-Penfao et le Guénouvry), au nom bien connu de Carabosse influence littéraire ?) que l'on voyait souvent accrochée le long des falaises qui bordent le Don, rendra la culture du lin impossible dans le dit lieu parce que des jeunes femmes se seraient moquées de sa laideur. Les fées de Tréguély volaient aussi les enfants des habitants des alentours.

 

 

treguilly.jpg

(les bois de Tréguély sur les hauteurs de la vallée du Don, serait le refuge des fées)

 

Il y a enfin tout une tradition en Bretagne (et ailleurs), sur la disparition des fées, cette «fin» des fées est parfois clairement liée à l'emprise de plus en plus grande de l'homme sur le territoire, jusqu'à ce qu'il ne reste plus de zone naturelle qui ne soient pas entièrement anthropisée; nous sortons du cadre de la Loire Atlantique pour illustrer cette idée avec une très belle légende de Guernesay, île anglo-normande, où les fées, à force céder du terrain aux humains arrivairent au bord de l'île et n'eurent d'autre choix que de se détruires(2). Dans le Nord-Est de la Bretagne, les fées seraient partie en bateau, à Donges, c'est une légère modification du déroulement de la messe qui est à l'origine de leurs départ.

 

La croyance aux fées (ou à leurs pendants masculins les «faitauds») , pour ce qui concerne la Bretagne semble être une mode plutôt gallèse, toutes leurs dénominations sont d'origines romanes : fées (feuy), bonnes donnes (boñn doñn), bonnes dames (boñn deñm). A mesure que l'ont vas à l'Ouest du département elles semblent disparaitres au profit des korrigans, ou alors elles deviennent des êtres assez différents, beaucoup plus inquiétants et se rapprochant plus du monde des revenants comme les lavandières de la nuit ou la fée de Kercassier. Le personnage les plus proches des fées de l'Est, semble être la reine des korrigans, charmant personnage qui offre une écuelle magique à un paludier trop cupide dans un conte de Batz sur mer (3)

A noter qu'une tradition disparue semble tourner autours d'une fée, ou d'une "reine des fées" appelée Berthe, parfois au pluriel : les "mainberthes"; elles sont néanmoins attestées par la toponymie.


 

P1060056.JPG

(Tumulus de Dissignac près de Saint Nazaire, demeure des fées de Signac)

 

 

_Les nains, le monde des morts :

 

 

Les descriptions divergent, mais ils sont généralement petits velus et porte de larges chapeaux, ou des vêtements faits de feuilles comme à Avessac. En Brière ont les surnomment les charbonniers du faits de leurs noirceurs, à Donges à l'inverse ils sont blond et ont des yeux rouges. Ils sont souvent présentés comme ayant de belles chevelures.

Ils ont parfois une reine à leurs têtes comme vus précédemment. Les dénominations sont beaucoup plus nombreuses que celles des fées, nous allons nous y attarder :

Korrigan : korr-ig-an, «tout petit nain» en breton, paradoxalement, ce mots est connus dans une aire géographique restreinte en Basse-Bretagne où les noms pour ces créatures sont d'une richesse incroyable (4). Le mot est très proche des monstres de la mythologie galloise : les coraniaid qui envahirent l'île de Bretagne. En breton, comme dans le gallo le «o» est fermé, proche du son «ou».

Crapados: vocable brièron, semble formé sur le breton «krap»/ «krapad»: «agripper» et d'un diminutif.

Follet: bien connus partout, présent aussi en français standard : dans «feu-follet» par exemple. Le mot est formé à partir de «fou».

Huchou: Formé à partir du verbe gallo «huchae» (hurler) et du suffixe «oux», parce qu'ils appellent et égarent les voyageurs nocturnes.

Mennequis: A Severac, le mot a ici gardé le sens ancien de «mannequin», c'est à dire «petit-homme» qui viens de l'allemand Männchen.

Leuton: Mot frère du français «lutin» (nûton en wallon), le mot viens du noms d'une ancienne divinité diabolisée par la religion catholique, selons certains il s'agirait du dieu romain Neptune pour d'autre du dieu gaulois Nodont.


grotte-copie-1.jpg

(la grotte du Courican au Pouliguen)

 

Les voilà présentés, voyons maintenant leurs origine. Elle est contée dans une très belle légende brièronne rapportée par F. Guériff (et vue sur l'article des légende brièronne), où les korrigans de la famille Japhet, partagent le monde avec les Humains, il est décidé que tours à tours ils iraient sur terre et sous terre. Cependant les Humains les trahirent et cloisonnèrent toute les sorties du monde inférieur pour empêcher les korrigans de remonter (5).

Le noms donné à la famille des korrigans n'a sans doute pas été choisis au hasard, c'est une référence biblique, Japhet est l'ancêtre des Hommes du nord de la Méditerranée. Ce nom, donne une nouvelle dimension à cette légende, les Hommes définissent le monde des morts (dont les habitants ne sont autre que les nains). Le liens très fort entre morts et nains est visible en bien des endroits, nottament dans une expression bretonnes pour dire «mourir» : mont da lutun / devenir lutin.

 

Leurs demeures sont souvent sous le sol, plusieurs grottes sur la côtes se nomment «grottes des korrigans», le dolmen du Crugo en Brière habriterait des crapados et leur trésor jalousement gardé. Sous le marais, depuis leurs galeries ils essayent d'attraper les humains pour les emmener dans leurs monde souterrain.

Certaines communes de Loire Atlantique, auraient carrément été l'objet d'invasions de korrigans, comme celle de Trépied, près de Guérande,où ils s'introduisant même dans les habitations. Les habitants pour se protéger déposèrent alors des coquilles d'œufs pleine d'eau bouillante près de leurs foyers; les korrigans, indignés (il en faut peu), s'exclamèrent alors :

«Depuis deux cent ans

Qu’on est p’tits korrigans

On n’a jamais vu tant

De petits pots bouillants…»

Cette légende a été racontée par madame Denier en 1957. Le «coup des coquilles» est un classique, connus un peu partout en Europe de l'Ouest, dans un conte de changelling collecté dans la région vannetaise en 1842, la «poulpeganez» s'exclame à la vue de la coquille d'eau bouillante :
"Ché mé touchand kand vlai ha biskoah kement ral
Ne mes bet hoah guélet !!!"

«me voilà qui aura bientôt cent ans et jamais autant

je n'ai vus ça !!!»

 

Sur la côte, ils habitent dans les grottes des falaises où ils gardent leurs trésors et naufragent les bateaux en allumant des feux la nuit sur les rochers dangereux.

 

P1060061-1.JPG

(Le chemin des korrigans à Kerbironné où les nains passaient pour envahir le village voisin de Trépied)

 

Les landes, territoires en friche sont aussi avec les monuments mégalitiques et les carrefours particulièrement sujettes aux créatures nocturnes, ainsi à Avessac, les korrigans des landes de Guihéal et les follets de Tréguhel s'attaquent aux passants la nuit, tout particulièrement aux tailleurs. A Blain les leutins des landes passaient la nuit dans les fermes pour y faire des farces comme tresser et monter les chevaux.

 

A l'inverse des fées, plus l'on vas à l'Est plus les nains semblent disparaitre, à Bouvron, ils apparaissent sous une autre forme; l'abbé Pierre Roberdel les décrit ainsi: «le Leutin c'était, à n'en pas douter, bien qu'il ne fut pas nommé, le diable, incarné dans quelque animal noble afin de tenter le passant et de l'entraîner à sa perte» (5). On retrouve cependant une histoire de lutin domestique à Orvault.

 

 

       

1)  Lais bretons (XII-XIII siècles) Marie de France et ses contemporains. Champion classiques.

2) H. Donteville, « fées et farfadets », bulletin de la société de mythologie française VI.

3) http://mitaw.over-blog.com/article-deux-legendes-chenes-au-duc-grotte-des-korrigans-39967180.html

4) http://sbahuaud.free.fr/ALBB/Kartenn-410.jpg

5) http://mitaw.over-blog.com/article-la-creation-de-la-briere-dans-les-croyances-populaires-73651951.html

6) A. Maillard, « le parler du pays de Bouvron ». édition Label LN.

 

édition : Dans le receuil "ethnographies briéronnes", 2005, l'harmattan, ce sont les humains qui sont de la famille Japhet et non les korrigans, Sébillot semble être le premier à avoir receullit cette croyance.

 

 

 

 

→ Un grand nombre de légendes présentes ici ont été collectées par F. Guériff, cf BSMF n° 116, n°54.

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Published by Seoc - dans Croyances
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commentaires

Laorans 24/07/2011 22:48


Très intéressant ton blog et complet. C'est étonnant de voir que les Fées possédaient encore des biens immobiliers au début du XXème siècle (selon le cadastre de 1904.) Ces légendes anciennes sont
fascinantes. Je vais continuer la visite.
Bonne continuation.

Laorans


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