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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 13:40


 

Je ne vous apprendrais rien en vous disant que le pays Nantais, comme une bonne partie du Nord-Ouest de l'hexagone est un pays de bocage..

Mais ce bocage est le fruit d'une histoire et a lui même influencé la façon de vivre de ses habitants pendant de nombreux siècles. Nous allons voir dans cette article l'évolution de l'organisation rurale dans le Nord-Ouest de la Loire Atlantique qui marque encore aujourd'hui les paysages même si autrefois, la zone du Nord-Ouest dudépartement caractérisée par l'existence des frairies (cf plus bas) était entrecoupée de vastes landes et de champs "en bandes" ouverts.

 

1) L'habitat dispersé:

 

 

Le bocage breton n'est pas un fait unique en Europe, loin de là, la Normandie, Vendée, Belgique, Grande Bretagne, l'Irlande,Galice, Asturies, nord du Portugal...

Il est en revanche ancien, et serait apparu dès le Moyen Age (ou peut être même avant 1). Le bocage est synonyme de paysannerie moyenne, la Bretagne et l'ouest sont vues comme des terres de liberté sous l'ancien régime. Le servage est rare, les corvées peu nombreuses.

Ailleurs c'est le féodalisme qui au Moyen Age est à l'origine du regroupement des populations en village (encellulement/incastellamento); appelé à se défendre, le peuple doit prêter serment à un seigneur capable de les défendre contre les agression en échange de taxes diverses. Ce système pourrait être une évolution d'un système développé par les Francs pour défendre leurs royaumes des invasions « barbares ».

 

La Bretagne n'ayant jamais tout à fait été intégrée au Royaumes de France, elle n'a jamais été un fief, le duché étant en marge de l'Europe Féodale, il a donc peu connu les phénomènes « d'encellulement » et « d'incastellamento ». D'où un habitat dispersé.

 

Cet habitat dispersé fut encore mis à mal par l'Eglise, qui aussi, essaya de regrouper les communautés autour d'église et en limitant la construction de chapelles.

 

Un autre cas particulier est la relative proximité entre les élites et le peuple, la noblesse bretonne est nombreuse (entre 20% et 30% de la population, jusqu'à 40% parfois au XVIII !) et a peu de moyens, nombre de familles dites « nobles » n'était que de simple paysans, taverniers ou marchands. A contrario un taux important (2/3) des paysans étaient propriétaires de leurs terres. Cependant leurs exploitations étaient très modestes ( en 1750, 60% d'entre eux avait moins d'un hectare).


 

2) Treves:

 

 

On associe souvent un peu trop vite l'habitat dispersé à un « individualisme paysan », en effet ce système permet une certaine autonomie. Cependant le lien social entre les familles étaient fait autrement. C'est la « trève » (trev en breton), qui jouait ce rôle. Chaque commune est divisée en petites parties. Une trève est une sorte de mini « démocratie rurale », chaque année un chef est élu, ce dernier peu choisir la date des différents travaux agricoles, la trève avait aussi un pouvoir juridique et religieux, ce dernier était représenté par la frairie (breuriezh en breton ou encore "frari" en gallo ) et vénérait un saint.

Beaucoup d'indices portent à croire que ce système est ancien, outre le fait qu'elles ne se juxtaposent pas forcément aux limites paroissiales, les saints vénérés sont souvent d'origines celtiques, citons ainsi pour le seul cas de la Loire Atlantique Saint Gildwen à Herbignac, Saint Gwenole à Pierric, Batz,.. Riowenn à Blain, Glen à Derval...(cf liens dans sources). De plus la limite orientale des fairies correspond étonnement (sauf pour les rives de la Loire) à la limite maximale de la langue bretonne.

Enfin des systèmes similaires existent dans d'autre pays dit « celtiques », comme le système des « baile » irlandaises largement combattus par le pouvoir anglais.

Le mot gallo « trève » vient du breton trev qui signifiait « village », le même mot était connus en gaulois « treb- ». Il a aussi marqué la toponymie avec les nombreux noms de village qui commence en « tré » : Trelan, Treffieux, Tressé, Tregouët....

 

 

3) Biens communs

 

Outre cela il existait un certains nombre de biens communs aux habitants de la trève, ce sont les « communias » (dont le nom est présent plusieurs fois sur d'anciennes cartes des marais au Sud de Redon par exemple. Il pouvait s'agir de prairies, prés, noes (prairies inondables en gallo), mais aussi de troupeaux, de fours.. que chacun pouvait utiliser librement. Ces champs communautaires étaient vastes et ouverts. Ont les appelaient Gagnerie, Domaines ou encore îles (équivalant du breton « maez» pour la même chose, qui se retrouve dans de nombreux noms de lieux (cf commentaires).

 

Ce système rural disparu entre les deux guerres en Loire Atlantique comme dans une grande partie de la Bretagne bretonnante et mixte, et les toutes dernières trèves dans le centre Bretagne pendant les années 70.

 

P1000249.JPG

(ferme de Kercradet)

 

 

1) Par la palynologie (analyse des pollens), les archéologues ont pu constater la présence d'essences qui confirmeraient la présence de réseaux de haies à Plouër sur Rance, durant la fouille d'une ferme de l'age du fer. Mais la haie ne fait pas le bocage...


Sources :


_Revue Flaran : l'habitat dispersé dans l'europe médiévale et moderne

_Revue Flaran : Prés, prairies et pâturages dans l'Europe médiévale et moderne

_Frairies en Bretagne : http://vincnet1.9online.fr/frairie/index.htm

_Champs ouverts, habitudes communautaires et villages en alignements dans le nord de la Loire-Atlantique : des micro-sociétés fossilisées dans l’Ouest bocager :http://insitu.revues.org/2350

_André Meynier, En Armorique et dans l'Ouest britanique : problème de structure agraire. 1955 / http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1955_num_10_1_2403

 

édition 21/03/2013:

Articles sur les frairies bretonnes sur le site nazairien Karrikell :

http://karrikell.over-blog.com/article-la-frairie-ou-le-clan-breton-116212846.html

 

 

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Published by Seoc - dans Société
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Bertrand 02/08/2010 13:23


Bonjour Seoc,

Bravo pour ce blog très bien fait et particulièrement bien présenté.

Une petite remarque sur le terme "île" employé dans la toponymie guérandaise au sens de gagnerie, champ ouvert (et le plus souvent noté isle au cadastre ou dans les documents anciens) : il ne
semble pas résulter d'une traduction du breton enez.

En effet la toponymie locale regorge de noms formés sur le terme breton maez, dont le sens de "champ ouvert, champagne, gagnerie" est parfaitement attesté. Citons pour exemples Mézerby et
Mesbolomer à Piriac, Mébriand à Guérande, Misbérin à Batz, Guérande et Herbignac, Le Mesquin à La Turballe, etc. Il subsiste plus de cinquante occurences modernes, et les documents anciens en
fournissent bien davantage.

Le mot enez est lui aussi présent en pays guérandais, et ne concerne en rien des champs ouverts (ex: Pénéné à Piriac, "le bout de l'île", près du port, ou Le Ninize à Pénestin, de "en enez").

A l'arrivée le terme gallo isle/île semble être une création romane originale, peut-être née dans la partie orientale du pays guérandais, dont le sens évoque la forme de ces champs ouverts et leur
délimitation dans le paysage : il sont littéralement des îles indépendantes, composées de petites parcelles assemblées.

Cordialement,

Bertrand


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