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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 13:53

Voilà une créature encore courante dans les récits des anciens en haute Bretagne que nous n'avons encore que peu mentionnée, la bête est effectivement assez insaisissable, elle porte plusieurs noms et peut se présenter sous plusieurs formes.


La nuit, au bord d'un champ, d'un carrefour, voire même dans une barque posée sur les brumes de la Vilaine... elle hante. Elle semble toujours là pour obstruer une voie que le visiteur nocturne pensait emprunter.
Elle serait particulièrement active dans un triangle Avessac-Guémené-Marsac (1).


Selon l'endroit elle s'appelle bête Jeannette (dans l'Ouest de la haute Bretagne), la peielle (de l'autre côté de la Vilaine) ou encore tout bêtement « la bête blhànch » (blanche). La seule chose qui semble sûre est en effet sa couleur, et le fait qu'elle ressemble généralement à un animal domestique et franchement peu inquiétant: levrette, chat, mouton, cheval ou encore à une chouette …

 

Autre particularité, elle gonfle, grossie au fur et à mesure que l'on s'approche d'elle.
Le promeneur nocturne prendra soin de ne pas parler de la « bête jeannette » mais de la « belle jeannette » pour ne pas l'offusquer.


À Avessac, depuis sa barque, dans la Vilaine elle attire les passants qui veulent traverser le fleuve avant de les précipiter dans l'eau glaciale.


Albert Poulain (2) a collecté à Pipriac une histoire au sujet d'une jeune femme qui se transforme en bête blanche, c'est la « peielle ». En allant à la foire de Saint Nicolas de Redon un homme se trouve nez à nez avec elle, il sait que pour s'en débarrasser il faut la blesser au-dessus de la mâchoire, il prit alors son « coutè » et le lui plantât entre les deux yeux, l'animal infernal disparu.

Il le retrouvera à Redon où un aubergiste refuse qu'il paye et lui redonne finalement son couteau.


Mais revenons de ce côté-ci de la Vilaine, avec deux légendes de Guémené qui sont sans doute cousines, la première est recueillie par Fernand Gueriff:


_un homme de Tréfou à Guémené-Penfao (3), parie pendant une soirée bien arrosée de sortir du cellier et d'aller trouver la bête jeannette pour monter sur son dos. Ce qui fut fait.
Elle bondit alors et survolèrent landes et forêts pour finir sur le parvis de l'église de Guémené et dit à l'imprudent «ne recommence jamais ou je te mangerais».
Il ne sortit plus jamais la nuit.

 


_Un peu la même histoire contée par le père Jean Debeix (4), selon celui-ci la bête Jeanette était une sorte de chouette-effraie. Un homme particulièrement fort, toujours à Guémené-penfao paria aussi de monter sur le dos de la bête qui se tient à la croix de Bruc. Là il la trouve, elle lui propose de monter sur son dos, et pars dans les airs, l'homme y voit différentes scènes curieuses, tour à tour joyeuses, tristes ou effrayantes.

Il finit aussi devant l'église de Guémené.

 

Comment comprendre la bête Jeannette ?
Difficile de classer une créature aussi polymorphe. Elle semble cependant appartenir à une grande famille d'animaux fantastiques et infernaux, comme le Misticourtin que l'on retrouve un peu plus à l'Ouest (Missillac, la Roche Bernard....), cheval blanc qui s'allonge pour recevoir plus de cavalier avant de les précipiter dans l'eau.
Ces créatures sont en fait souvent aussi des lutins, comme le témoigne Pierre Roberdel à Bouvron :


« le Leutin c'était, à n'en pas douter, bien qu'il ne fût pas nommé, le diable, incarné dans quelque animal noble afin de tenter le passant et de l'entraîner à sa perte» (5)


S'ils apparaissent dans les carrefours et au bord de l'eau c'est sans doute parce que ces lieux sont souvent vus comme des portes vers l'autre monde dans de nombreuses cultures.
Nous l'avions déjà vu (6), lutins, esprits et revenants sont souvent la même chose. Nous ne savons malheureusement plus qui était de son vivant cette jeune femme, Jeannette. Nous savons seulement qu'elle prend la forme d'animaux familiers pour tuer les humains, ou leur faire des « tours de lutins ». La couleur étrange de l'animal, le blanc, est le signe qu'il viendrait de l'au-delà.

 

Ces croyances sont peut-être aussi en rapport avec les garous que l'on retrouve souvent dans les histoires du nord-est du département, mais ce sera pour un autre article...

 

DSC_0608-001.JPG

(champs submergés à Penfau (Avessac) que la bête Jeanette hanterait dans sa barque)

 

 

1_ Fernand Gueriff.
2_ http://www.mediatheque.dastum.net/Record.htm? record3

3_N°116, Fernand Guériff, Mythologie Française

4_Cogrel Eugene, Raconte, Groupement culturel breton des Pays de Vilaine, 2012

5_A. Maillard, « le parler du pays de Bouvron ». édition Label LN.

 

 

En savoir plus, une étude sur la bête Jeannette sur la rive nord de la Vilaine : ici

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Published by Seoc - dans Croyances
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