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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 06:47

C'est vrai que ce blog tire son nom de ce mot. Si vous cherchez des informations sur le net, vous trouverez des infos disparates. Certaines cartes montrent un minuscule « pays » autour de la Roche-Bernard, ailleurs il est question des alentours de Guémené-Penfao, mais entre les deux ? Et puis c'est quoi mitao ou mitaw ? C'est le propos de cet article.

 

Anciennes attestations :

Il semble que la première mention de ce terme date de 1893, par Léon Maitre dans son L'ancienne barronie de la Roche-Bernard. En 1908, dans la Revue de Bretagne, un "breton de Paris" oppose "gallo" et "mitau": :


"on jurerait quelques fois des haines; mais est-ce qu'un "Gallo" a jamais chassé un "Mitau" vers Paris, est-ce qu'un "Pourlette" s'est jamais enfui vers la capitale parce qu'il détestait le "Mouton" son voisin ? " (source)

 

Opposer "gallo" et "mitau" semble étonnant ( peut-être que pour lui "Gallo" ne s'appliquait qu'aux habitants proches de la frontière linguistique).

 

1) Une recette.

 

Parce que, oui, ce n'est peut être pas très romantique, mais le « mitao » /mitaw/ ou « mitchao » /mitʃaw/ c'est une recette paysanne. Il en existe plusieurs versions, mais en gros il s'agit d'une sorte de soupe de blé noir chaude avec du cidre. À Plessé, des informateurs parlaient de vin plutôt que de cidre. Dans le même secteur Plessé / Guenrouët, on m'a dit que le mitao se mangeait après les battage, très froid (avec des glaçons) et du vin blanc (confusion avec la mitonnée ?).

Il existe une autre recette proche : « la mitaode », spécialité (oubliée?) nantaise qui consiste en une galette trempée dans du vin blanc (forcément). Les rennais ont leur galette saucisse, mais les nantais ont oublié la mitaude ! L'univers est impitoyable !

D'autres pistes étymologiques ont été avancées, Léon Maitre a proposé d'y voir un composé en « mit-eaux » au XIXème siècle, mais je n'y crois pas trop. D'une, le mot « mitao » a des équivalents dans les autres langues proches. Ensuite, « eau » se dit « iao » à l'est de l'Isac, on devrait avoir un doublet « miteo »/ « mitiao ». Ce n'est pas le cas.

 

2) Mitouney, mie, …

 

Ce mot « mitao » et donc « mitaode » (on écrit donc « mitaud » en français), a des voisins dans les autres langues romanes. À Vendôme une « miottée » est « du pain trempée dans du vin » par exemple, "mitton" (miette de pain) en Normandie, "mitonnaille" (soupe de pain en pays de Retz), "michao" (pain au lait à Oléron), "mitchao" dans le Bas-Maine (reste d'un repas)... Tout ces mots sont à rapprocher étymologiquement de « mitonner » (mitounë en gallo nantais), « miette » ect…

 

 

3) Le pays de Vannes.

 

Étape incontournable. C'est alors qu'un certain nombre d'habitants du pays nantais allèrent travailler la terre de l'autre côté de la « marëy », la Vilaine. Il faut croire que leurs mœurs culinaires étonnèrent puisqu'ils furent surnommés du nom de cette mixture. Un « mitao » devint cet être étrange venu des sauvages contrées du sud de la Vilaine. La mitaode et le mitaod devinrent des exonymes.

 

4) Marouao.

 

La revue Pihern de Guémené-Penfao mentionne un autre surnom pour les habitants du sud de la Vilaine par les habitants des alentours de Redon : Marouao. Ce mot serait à rapprocher de « marouao » (cri du chat en chaleur) et de « marouaodë » (crier, pour les chats en chaleur). Ces mots sont liés au moyen français « maraud » (filou). En pays nantais on dit aussi « avoir l'air d'un chat-maroux » (avoir les cheveux en bataille, être sans tenue ). Tout ces mots viennent de « maraud » (matou) et sont d'origine onomatopéique.

 

5) Les exonymes.

 

Il y a les « bobos », les « parigos », les « ventres à choux »,… « mitao » est donc à placer parmi ces surnoms (signeuriss) un brin péjoratifs. Nous savons aussi nous défendre et les individus qui s'agitent de l'autre côté de la Vilaine sont des « bihennè » /biɛ̃nɛ/, contraction de « Morbihan » et prononcé à la nantaise.

 

Et puis il y a les « culs-salés » des marais salants, surnommés aussi « gweriganed » en breton. Les habitants du sud de la Loire étaient surnommés simplement les "bousoux" ou les « petarins » (sans doute à cause de la chouannerie, ceux-là ont eu la gâchette facile sur leurs « petouerrs »). Les nantais étaient les « berlingots » (encore à cause d'une spécialité) ou encore les « nannètt » /nɑ̃nɛt/ à Saint-Mars (cf : F.Lecuyer. Sans doute du nom breton de la ville : Naoned qui se prononce /nɑ̃nɛt// dans les parlers du sud). Pour les briérons des îles, tout ce qui venait du « continent » était « naquèt » (peut-être à rapprocher du manchois « naqueter » = bégayer. Le « naquet » serait celui qui baragouine ?). Les briérons étaient surnommés les "moutoux" (à cause des mottes de tourbe), et on disait qu'il fallait trois briérons pour faire un Homme.

 

Et puis il y a la chimère du « vrai breton », origine de biens des surnoms. Règle de base, le « vrai breton » c'est toujours l'autre. À Saint-Julien de Concelle, les « bërtons » sont de l'autre côté de la Loire. Dans les communes morbihannaises autours de la Roche-Bernard (H. Dréan) c'est ceux de l'autre côté de la Vilaine (sans doute pour d'anciennes raisons linguistiques), pour les morbihannais gallos ils sont à trouver parmi les bretonnants vannetais, mais si vous demandez à ces derniers ont vous dira que le vrai breton est quand même dans le Finistère, etc.

Ces surnoms reflètent parfois des situations sociales, les « bertons d'éqhuri » étaient les employés bretonnants dans les fermes gallaises du côté de Blain. Cette main d’œuvre bretonnante était aussi surnommée « éqao » dans la presqu'île (F. Guériff).

 

Locuteurs de telle ou telle langue traînent ainsi aussi leurs surnoms. Pour les gallos, les bretonnant-es étaient les « berzounèttes »/« berzounèts » (Brière et Nantes, de « brezhoneg »), ou les « mahos » (de « mav ») et puis il y a ceux qui parlent « chino » (à ne pas confondre avec « chinois » même si nous parlons de deux contrées du Levant) surnom de « français », francophones donc.

Les bretonnants appelaient les autres simplement « gall » (français) ou « galloù » («francillon») qui a donné bien des patronymes comme Le Gall, ainsi que le mot même de « gallo ».

 

Sans parlers des surnoms se rattachant aux métiers, les « gorou d'begen » (castreur de vers de terre) sont les paysans, etc..

 

 

6) Le « modèle de la Basse-Cornouaille ».

 

Bref, c'est bien beau les surnoms. Mais pourquoi avons nous un pays Mitaw sur certaines cartes, avec drapeau et tout le tsointsoin et point de « pays naquet » « pays ventre à choux » ou encore « pays des gorou d'begen » ?

Je pense que c'est motivé à l'origine par le morcellement de la Basse-Cornouaille en micro-pays qui n'avaient bien souvent pas d'existence administrative mais qui se démarquaient de leurs voisins essentiellement par l'habit (Bro C'hlazik, Bro Ruzik,…), voire les danses.

Ce système n'était pas aussi fort partout en Bretagne, loin de là. Mais j'ai l'impression qu'avec la renaissance culturelle durant le XXème siècle, il y a eu le désir de faire coïncider la situation de la Basse-Cornouaille à toute la Bretagne, quitte à forcer un peu le trait sur des « pays » qui ne sont pas grand-chose de plus que des surnoms par endroits. Dans le pays nantais, ces micro-pays existent bien et certains sont bien marqués, même historiquement, comme le pays de Retz par exemple. Dans la zone qui nous intéresse,d'un point de vue historique, il y a eu le « Coislin » qui a recouvert une vaste zone du nord du pays nantais, mais c'était le résultat des expansions territoriales d'une famille noble locale. Il faut aller dans la presqu'île pour rencontrer quelque chose pouvant rappeler nos broioù de Basse-Cornouaille. Il y a aussi eu le pays de la Mée, mais aux contours très variables selon l'époque et les cartes.

 

 

Sources :

 

Dréan Hervé, Autour de la Roche-Bernard, Dastum, 1985

Lecuyer Fabien, Raczaereriy : Maùvv e Saent-Marr, Lez Emóleriy Au Sórgarr

Mikael, Y., & Cogrel, E. Pays mitaw, pays breton: histoire, linguistique & toponymie d’un pays breton entre Loire et Vilaine. Blain: Pihern. 2010

Anonyme, Les bretons de Bretagne jugés par un breton de Paris, Revue de Bretagne, 1908 

Carte : Lambilly, 1706

Carte 1706, Lambilly

Carte 1706, Lambilly

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Published by Mài - dans Société
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