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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 09:53

Vous connaissez tous les « berniques », et vous pensez qu’il s’agit d’un mot bien standard ? Et bien détrompez-vous, ce mot est dialectal et ne se trouve que dans l’Ouest de la France, le mot standard étant « patelle ».

« Bernique » vient en fait du breton « brennig », rien de très étonnant à priori. Mais voilà, il y a un problème, car ce mot breton est employé aussi en Normandie et en Vendée... Et il n'est pas le seul dans ce cas. Ces mots sont-ils vraiment bretons ? Jusqu'où sont ils utilisés ? C'est le propos de ce nouvel article !

 

Alors que signifie « brennig » ? Il est plaisant de penser qu'il est formé du mot « bronn » (poitrine/sein) et d'un diminutif « -ig ». Notre bernique est donc un « petit sein », regardez le bien et vous comprendrez. La racine « bronn » est restée vivante en gallo où l'ont dit les « brons » ou les « abrons » pour les seins. Ce mot est en fait connu dans toutes les langues celtiques, des Hébrides (bàirneach) à la Vendée (beurnic). (edit. Une seconde étymologie est aussi possible (cf commentaires).

 

(le bernique et son royaume)

 

Le breton, ou plutôt le vieux breton aimait, un peu à la manière de l'allemand, combiner deux mots pour n'en former qu'un. Les exemples maritimes sont nombreux : « mor » (mer)+ «pig » (pie) = morbig (huîtrier-pie), « mor »+ « hoc'h » (cochon) = morhoc'h (marsouin). Pour nommer les espèces marines ont a donc souvent eu recours au substantif « mor » suivit d'un animal terrestre. C'est assez commode pour les repérer. Ce type de construction se trouve dès le gaulois avec des attestations du type "moritasgos" (blaireau de la mer). 

J'ai donc fouillé les glossaires en lignes de poitevin, gascon, normand mais aussi galicien, asturiens et scot (en vain pour ce dernier) pour en retrouver. Voici un tableau :

 

(en bleu les langues latines, en vert les langues celtiques.)

 

Cette recherche n’a pas été très poussée puisque je n’ai utilisé que des documents en ligne et un collectage, mais si vous avez des informations complémentaires n’hésitez pas !

 

Seiche :

 

"Morgad".Ne se trouve que sur le continent pour la bonne raison que le terme « gad » n'existe pas dans les langues celtiques insulaires (sauf en gallois mais c'est un emprunt). Morgad est composé de « mor »+ « gad » (lièvre), peut-être pour sa tendance à dresser deux de ses bras au dessus de sa tête dans l'eau. Les langues d'Oïl utilisent plutôt une forme en « a » : margate ou margade (margade au nord de la Vendée)sauf à proximité de la basse-Bretagne, nous y reviendrons.

 

 

Marsouin :

 

Morhoc'h en breton, le terme est connu en gallo : morhou, morhô mais est attesté aussi dans le nord de la Vendée à Bouin (Emile Ernault, "Glossaire moyen-breton", p. 426 ), commune anciennement bretonne. Morhoc'h est composé de « mor »+ « hoc'h »(cochon). On retrouve ce mot dans les autres langues brittoniques, les langues gaéliques utilisant la même image mais avec un autre mot.

 

(comme d'habitude excusez-moi pour mes cartes toujours aussi moches)

 

Méduse :

 

Morgouilh en breton, formé de « mor »+ « kouilh »(gelé), il est connu en cornique de l'autre côté de la Manche, mais aussi en gallo et au nord de la Vendée sous la forme margouille, ou morgouille à proximité de la langue bretonne.

 

Appât à poisson :

 

Boued signifie « nourriture » en breton et a des correspondants dans toutes les langues celtiques (gaëlique écossais : biadh, irlandais: bia, gallois : bwyd, cornique : bos). Ce mot est bien connu sur presque toute la côte atlantique avec le sens d’appât pour la pêche. La racine en ancien celtique est *beit- et nous la retrouvons avec le sens restreint à la pêche en Normandie (bète), Bretagne gallaise (bouette), Poitou (bouette), Charente (bouitte) et pays Basque (bait). L'anglais connait aussi le mot "bait" de même sens, cependant les langues germaniques et celtiques partagent ici la même racine, nous avons donc achuré les zones anglophones en bleu dans le doute.

 

 

 

Gwrac'h :

 

"Gwrac'h" = vieille/sorcière.

La vieille est un poisson qui traîne une réputation de poisson magique parmi les langues celtiques, d'où son nom : gwrac'h (sorcière). Ce mot se retrouve en cornique : gwragh et en gallois : gwrach. Le mot sorcière est attesté en gaulois : vrac-.

C’est sans doute le mot breton que nous retrouvons au Croisic (kra).

Le mot celtique ancien vrac- se retrouve des deux côtés de l’atlantique dans des zones ayant perdu leur langue celtique depuis longtemps. En anglais il a donné wrasse, sur les côtes de la Manche : vras, vrac ou encore vra. Nous avons aussi des formes plus évoluées avec un « k » à l’initiale comme au Croisic, mais aussi dans la baie de Saint-Brieuc et à Oléron.

 

 

Le goémon :

 

Le mot goémon est en concurrence avec le mot normand « varech » en français standard et vient du breton : « gouemon ». C'est un mot que l'on retrouve dans toutes les langues celtiques actuelles : gallois : gwymon, cornique : gubman, irlandais : feamainn, gaélique écossais : feamainn (un « f - » à l'initiale dans une langue gaélique correspond à un « gw- » dans une langue brittonique). Dans les langues romanes il est connu de la Manche à la Saintonge sous plusieurs formes (gouamon, goumon). En breton de Loire-Atlantique il se disait « goemeoñ ». Nous retrouvons la même carte que le bernic.

 

 

 

Goéland

 

Autre mot ayant été adopté par le français standard (ce qui s'explique puisque ce dernier était une langue terrienne). C'est un mot celtique que l'on retrouve dans tout le domaine : breton : gouelan, gallois : gwylan, cornique guilan, gaélique : faoileann. Il est connu du Havre à la Vendée (sous plusieurs formes : goal, galan, goualan,...). En gallo du 44 (et nord Vendée) on le nomme aussi guillou qui contrairement à la croyance populaire n'est pas un prénom mais une forme bretonne plus archaïque de gouelan. Cette racine a aussi été empruntée (à moins qu'il ne s'agisse d'un substrat) par l'anglais : gull.

 

 

 

D’autres mots ?

 

Les mots ci-dessous sont moins évidents, ils ne sont que des propositions soumises au débat.

 

Morc’hast :

 

« mor »+  « gast »(chienne) = Requin-hâ.

Une prononciation vannetaise de ce mot /mo:raʃt/ pourrait bien à mon sens donner /moraʃ / en langue d'Oïl. Le mot « morache » et « marache » bien connu dans l'insulte maritime « gueule de marache » sur une grande partie du rivage atlantique et de la Manche avec plusieurs sens, mais toujours au sujet d'animaux peu flatteurs : baudroie ou requin. Nous retrouvons encore le doublet « mor »/ « mar ». Le mot « morc'hast » existe en cornique : « morast » (requin bleu). Dans son article Daniel Le Bris retrouve ce mot de la Cornouailles brittanique à la côte atlantique de la péninsule ibérique "marracho" et de là ce mot fut popularisé par les marins portugais, galiciens et asturiens jusqu'aux Açores mais aussi auprès des basques, catalans et marocains arabophones qui empruntèrent ainsi ce mot.

"Si nous parvenons à établir une similitude morpho-syntaxique entre les formes armoricaines et ibériques, nous ne pouvons pas en rendre compte par un simple phénomène d'emprunt récent. La connaissance d'un même type de composé morpho-syntaxique de part et d'autre du Golfe de Gascogne pourrait s'expliquer par l'existence d'une aire linguistique et culturelle ancienne s'étendant le long des côtes atlantiques. Les concordances linguistiques seraient dans ce cas des survivances de cette aire." (D. Le Bris)

Notre morache serait l'un des derniers témoignages de l'extension des langues celtiques tout au long des rivages atlantiques (sauf Aquitaine/pays basques) durant la proto-histoire et l'Antiquité.

Pour faire le rabat-joie, on voit cependant mal comment le groupe /ʃt/ (morc'hast) dans les langues brittoniques peut avoir comme équivalent un /ʃ/ dans le nord de la péninsule ibérique (marachu) et un /θ/ en basque (marrazo). Alors si la construction du mot pourrait bien être « celtique » dérivée de « mor »+ nom d'animal. Le second élément reste mystérieux.

 

 

Morvoc'h :

 

« mor »+  « moc'h » (cochons) = synonyme de « morhoc'h ».

Notre « cochon marin » pourrait bien se retrouver dans le mot gascon « mormoc » (grosse méduse blanche), aussi connu en poitevin : « marmoux » à Oléron. S'ils viennent bien d'un « mor+moc'h » la formation de ces mots paraîtrait, surtout pour le gascon, très archaïque. Nous n'avons pas de trace de mutation ce qui plaiderait plutôt pour une origine celtique ancienne avec un terme gaulois du type * mori-moccos  (cochon de mer) ?

Une autre possibilité : ce mot se retrouve aussi en basque : marmoka, aucune étymologie n'est proposée pour ce mot mais la racine basque "marm" désigne des êtres grossiers ou monstrueux, c'est une piste. Les emprunts celtiques en basque sont nombreux mais les mots gascons étant des emprunts au basque sont aussi courants. Difficile de trancher, le fait de retrouver la dualité mar/mor et qu'il s'agisse d'un animal marin pourrait plaider pour une origine celtique.

 

Morgazh :

 

« mor »+ « kazh » (chat) = pieuvre (et petite roussette)

Le « chat de mer » est aussi connu en gallois et cornique  : morgath et désigne la raie. Nous n'avons pas trouvé d'équivalent de ces mots en gallo (on dit « minard ») mais « morga » signifie « petite roussette » à Oléron. Il pourrait s'agir d'un hasard, et le mot serait alors à rattacher à la racine gauloise « marga » (souillure).

 

 

Origine de ces mots ?

 

Mais pourquoi diable les normands et vendéens auraient attendu les Bretons pour donner un nom au bernique ? En fait ces mots sont-ils bien bretons ? Difficile à dire, voici quelques pistes.

 

1) Évolution phonétique.

 

Langue gauloise et bretonne se disputent donc la paternité sur ces mots, un moyen de les départager peut être la phonétique car le gaulois étant une langue morte un certains nombres d'évolutions ne se sont pas faites chez cette dernière.

 

Morou/ Morhoc'h :

 

L’équivalent gaulois de « morhoc'h » serait *mori-succo et aurait donné quelque chose comme *morso(c) ou *marso(c) dans une langue d'oïl actuelle. Le fait que le « s » à l'initial devienne « h » puis rien du tout est un trait phonétique breton. On a donc une bonne raison d'affirmer que « morou » est bien breton, ce mot ne semble d'ailleurs attesté qu'en Bretagne actuelle et dans des communes vendéennes ayant appartenues à la Bretagne.

 

Mormoc/ Morvoc'h :

 

À l'inverse comme nous l'avons vu plus haut le « mormoc » à ce petit charme désuet avec ses consonnes restées inchangées qui flaire bon la langue gauloise…. Ce mot n'est d'ailleurs pas connu en Haute-Bretagne.

 

La dualité "mar"/"mor" pourrait aussi être un indice, les mots en "mor" semblent surtout se trouver dans le voisinage des bretonnants. Les formes en "mar" seraient plus romanes.

 

Pour les autres mots ce n'est pas aussi simple...

 

 

2) La loi du marché :

 

Prenons le raisonnement inverse, et penchons-nous sur les mots latins dans les langues celtiques. Voici un tableau présentant des « morages », des fruits de mer et poissons à la mode sur les tables romaines durant l'Antiquité :

 

 

Vous remarquerez que les langues celtiques sont très proches du latin. En fait elles ont abandonné leurs mots autochtones pour les termes latins car ces animaux étaient des produits recherchés sur les marchés de l'Empire. D'où une loi curieuse : plus un animal marin était courant sur les marchés antiques plus il y a de chance pour que son nom soit latin dans les langues celtiques actuelles.

De la même manière que le pêcheur gaulois Caratacos vend ses huîtres au marché à des gallo-romains au point que le terme latin « ostrea » remplace son mot natif.  Caradeuc, breton médiéval et baleinier, abandonne le mot « morvil » pour « balum » avec le développement de la chasse aux cétacés..

 

Nos morgouilles, berniques et autre goémon ayant des qualités alimentaires pour le moins discutables, nous pourrions proposer à l'inverse que ces termes soit restés celtiques parce qu'ils n'ont jamais été assez « bankables ».

 

J'ai orienté les cartes vers l'est, outre le fait que c'était la vision qu'en avaient les marins autrefois cette orientation permet de voir l'Atlantique sous une autre perspective. Loin d'être une frontière, la mer a toujours été un axe de communication. On y transportait gens et marchandises en plus grande quantité et plus sûrement que par voie terrestre, et ce depuis la préhistoire.

 

En guise de conclusion voici un extrait de Facing the Ocean de l'archéologue Barry Cunliffe (en français plus loin), théorie qui fait pas mal parler d'elle en ce moment parmis les archéologues.

 

« A sharing of landfalls and access to local ressources would have created social interactions which developed, as we have suggested, into cycles of gift exchange, creating the basis for the more complex systems of exchanges and trade that were to follow. In this way the varied ressources of the Atlantic littoral were developed and exploited. With these maritime movements came the unrestricted spread of knowledge and beliefs and values. Thus the ocean facilitated the emeregence of a shared Atlantic culture communicated through a lingua franca we have come to know as 'Celtic ' ». p 565.

 

Les permissions d'accoster et l’accès aux ressources locales ont créé des interactions sociales qui se sont développées, comme nous l’avons proposé, à travers des périodes d’échanges de dons, créant ainsi la base d'un futur système complexe d'échanges et de commerces. Ainsi, les différentes ressources du littoral atlantique furent développées et exploitées. Grâce à ces interactions maritimes se diffusa connaissances, croyances et valeurs. Ainsi l'Océan facilita l'émergence d'une culture Atlantique commune, qui s'exprima au travers d'une « lingua franca » qui nous est connu comme « celtique ». p 565.

 

Sources principales :

 

Le Bris Daniel-Carpitelli Elisabetta, Concordances aréales en Europe Atlantique, Current Approaches to Limits and Areas in Dialectology, Cambridge scholars publishing, 2013 (très bon article disponible en ligne)

 

44 :

Buron Gildas, Des mots venant du breton dans les parlers entre Loire et Vilaine , poster.

Garnier Michel, Mots et expressions des gens de mer en Presqu’île Guérandaise, dans Histoire et Patrimoine, n°75, 2011, p2-17

Floc'h D. La Turballe, 150 ans au pays de l'or bleu. Piriac, Adunat communication

Site : Patois Mesquer/Quimiac

 

85 :

Collectage : merci à O. Francheteau de Beuvoir-sur-mer (85) et sa petite fille.

Site : Dictionnaire « troospeanet »

Glossaire du patois Noirmoutrin

 

17 :

Patois d'Oléron

 

Gascon :

Lo congres

Le Bordeluche

 

Arabe marocain

 

Langues celtiques :

Deshayes Albert, Dictionnaire étymologique du breton, Chasse-marée, Quimper 2003

Y geiriadur mawr. (pdf)

Cornique

Gaélique d'Écosse

Une baleine dans le Golfe de Gascogne

Une baleine dans le Golfe de Gascogne

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Published by Mài - dans Gallo Breton
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commentaires

Buidheag 12/03/2016 23:28

Et les eòin mhara ? (oiseaux de mer)

En gâlic, il y a les faoileagan (mouettes), les sgarbhan (cormorans), les luaireagan (pétrels), les lachan dhonna (eiders) et bien-sûr les buthaidean (macareux) !

Concernant les berniques, un breton m’avait dit que le mot est à rapprocher du français « barnacle » (aussi employé en anglais). Deux thèses étymologiques : soit 1, comme vous dites, du breton « bernic », de « bron », « poitrine », soit 2. du latin « bernaca », emprunté au celte « barennika », qui signifie « rocher »...

Évidemment, la première étymologie est beaucoup plus... Disons séduisante ;)

Mitaw 19/03/2016 18:40

Merci beaucoup pour vos précisions sur la "barnacle" que je ne connaissais pas ! C'est même tout à fait convaicant !

Flinn 17/08/2015 00:10

Etude fort intéressante, anat eo deoc'h !
Concernant la traduction du mot Brennig(enn) par" petit(s) sein(s)" qui se dit également Bernig(enn) en breton, ne pourrait-on pas trouver cette autre traduction : "petit(s) tas (qui reste tout aussi explicite) ?

Mitaw 18/08/2015 08:35

mersi deoc'h evit ho kerig !
La forme bernnig/enn est le résultat d'une métathèse (déplacement du "r"), le mot original étant brennigenn, nous n'avons donc pas le mot "bern" mais "bren" qui signifie "mamelon" que l'on retrouve dans "brennidenn" (soutien-gorge) par exemple.

Ólöf Pétursdóttir 16/08/2015 22:42

Voici une étude fort intéressante, en effet.
Un peu de vocabulaire islandais pour corser les choses:
En islandais, le mot marsvín - líttéralement cochon de mer - désigne la baleine Globicephala melas.
Le préfixe mar- veut dire: de la mer en islandais.
Pour l'appât, en islandais nous disons: beita - aussi dans un sens plus large.
En islandais, l'huître, c'est ostra.
On sait qu'au moyen-âge, beaucoup d'emprunts ont été faits au norrois/islandais pour tout ce qui touche à la navigation, comme en témoigne le vocabulaire maritime breton.
Mes hommages.

Mitaw 16/08/2015 23:23

Merci pour ce commentaire Ólöf, effectivement les mots d'origine scandinave sont prégnants dans le vocabulaire maritime de nombreuses langues européennes (comme le mot français "marsouin" c'est vrai) . En breton et en gallo aussi (il y aurait de quoi faire un autre article !).
Langues celtiques et germaniques auraient donc toutes oublié leur mot autochtone pour l'huître pour le terme latin !
Enfin pour "beita", ici nous avons une racine indo-européenne commune, on remarque tout de même que le normand est plus proche des langues germaniques avec son "bète" alors que les langues d'Oïl ont des formes plus proches du breton "bouette" "bouite", ... affaire à suivre !

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