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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 19:41

Nouvelle serie sur le blog Mitaw, nous parlerons cette fois de la place des femmes dans la société entre Loire et Vilaine à différentes époques et sous différents angles.

Ce premier article traitera de l'époque médiévale et de ce que le cartulaire de Redon, source innévitable pour la zone qui nous intéresse, nous apprend sur cette longue période et des évolutions qui ont été remarquées par les spécialistes (ici par André Chédeville).

 

  1. Haut Moyen-Age :

Nous commençont notre voyage juridique au haut Moyen-Age donc, autours du IX, et X principalement. Même si les sources sont rares, le cartulaire de Redon nous donne quelques rares indices et exemples du rôle qu'avaient les femmes à cette époque et résèrve même quelques surprises.

 

Pouvoir politique :

Aourken, en 872 porte le titre de Mac'htiern (à Carentoir) : « et commendavit Salomon Aourken tirannisse » titre important dans la Bretagne alto-médiévale et que l'on peu traduire par « chef gageur ». Ce dernier (ou du coup manifestement parfois cette dernière) exerce le rôle de juge et prononce les sentences lors d'un conflit. Il contrôle un ou plusieurs « plou » (paroisse bretonne médiévale). Le mari d'Aourken était aussi mac'htiern.

À noter cependant que le cas d'Aourken est unique dans le cartulaire de Redon, si la charge de mac'htiern ne devait pas être interdite aux femmes, ces cas devaient être rares.

 

Pouvoir économique :

Plus que femme ou homme, les différences économiques semblaient dépendre aussi du fait d'être un Homme libre ou non et à quel degré. Les femmes libres, comme les hommes, pouvaient posséder des biens et les vendre sans avoir besoin du consentement de leur mari.

C'est le cas par exemple de Roiantdreh qui vendit des biens au roi Salomon de Bretagne. Le minic'hi de Wakamoe en Bains de Bretagne est vendu par une femme : Cleroc.

Dans le pays Nantais, dans une zone manifestement mixte, Winnanau vend une vigne à son fils Unrog pour 150 sous.

À Caro le couple Gredcanham et Wiuhoiam vend une terre, il est précisé que les deux tiers de la vente reviennent à Gredcanham et le dernier tiers à sa femme prouvant sans doute une certaine autonomie économique de la femme dans le couple.

En plus de sa dot, le mari doit donner à sa femme l'enepwert (le prix du visage) la veille du marriage. Ces possessions resteront la propriété de cette dernière.

 

Pouvoir juridique :

Des femmes apparaissent parfois aussi comme témoins aux affaires juridiques comme Riscomnit  à Saint-Nicolas de Redon.

 

Pouvoir religieux:

Il peut être de deux sortes.

  • Rôle dans le christianisme. Une grande partie des religieux de la Bretagne durant le premier Moyen Age suivent la règle irlandaise de saint Colomban, c'est ce que certains appellent le «christianisme celtique». Les femmes peuvent prendre part à l'ofice religieuse. Ce sont les diaconesses. Ces pratiques sont rapidement critiquées par l'Eglise comme le montre ces citations de trois évêques de l'ouest de la Gaule au VIème siècle qui critiquent les pratiques bretonnes :

«on rapporte que vous célébrez la messe avec des femmes appelées « Conhospitae », dont vous admettez la présence au sacrifice divin»

«En accord donc avec les statuts des Pères, nous prescrivons à votre charité non seulement que ces minables sortes de femmes ne polluent plus les divins sacrements»

  • Rôle parachrétien. Même s'il est discret dans les sources car ces dernières sont écrites par des religieux. Mais il y a fort à parier que certaines femmes devaient avoir un rôle religieux important localement, comme voyante, sorcière ou dormeuse comme ce fut le cas par la suite.

 

 

 

2. En zone romane :

Le cartulaire traite deux zones culturelles, la première est la zone alors bretonnante qui nous intéresse, mais aussi la zone romane plus à l'est (dans les alentours directs des villes de Nantes et de Rennes et l'extrème est du royaume de Bretagne). La place des femmes diffère entre les deux zones, dans les espaces de langues romanes ces dernières apparaissent encore plus rarement et n'ont de rôle que lorsque leur mari est décédé ou avec le consentement de ce dernier (sauf un cas). "Godildis, et filius meus Guntarius, cum concensu mariti mei Permig" (Godildis et son fils Guntarius, avec le consentement de l'époux de Godildis, Permig)

 

En conclusion, nous somme dans une société patriarcale, cependant la femme Bretonne bretonnante du haut moyen-age semble jouir de plus de droits que son homologue de langue romane.

 

3. Moyen-Age central :

Avec la féodalité, les particularités sociales « bretonnes » s'estompent et le « mac'htiernat » disparaît, le royaume devient duché et les institutions se « francisent », le changement linguistique est amorcé (cf article). Le cartulaire de Redon ne montre plus de femmes comme Roiantdreh, Cleroc, Winnanau, Riscomnit ou encore Aourken. Le statut de la femme entre Loire et Vilaine devient le même que celui qui était dans l'extrème est du royaume de Bretagne et dans le reste du monde féodal.

 

 

Bibliographie :

Chédeville André, Cartulaire de Redon, Société et économie. Dvd Cartulaire de Redon

Cassard Jean-Christophe, La femme bretonne au haut Moyen Âge, Annales de Bretagnes et des pays de l'Ouest, v93, 1986. (disponible en ligne)

http://www.cn-telma.fr/

(photo : troupe Letavia)

Femmes entre Loire et Vilaine. I (Statut de la femme au Moyen-Age)

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